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13 mai 2006 6 13 /05 /mai /2006 15:02

 

Le réflexe d'éjection du foetus et l'art de la sage-femme

 

Article de Michel Odent.
Source : Fetus ejection reflex and the art of midwifery
Visiter le site Womb Ecology, de Michel Odent.

 

L'art de la sage-femme est-il de créer les conditions pour un réflexe d'éjection du foetus ? L'expression « réflexe d'éjection du foetus » a été à l'origine présentée par Niles Newton dans les années 60, quand elle étudiait l'effet de l'environnement sur la naissance des souris (1). Je l'ai trouvée pertinente dans les années 80 pour sauver ce terme de l'oubli et aussi l’appliquer aux humains (2). Aujourd'hui je considère ce « réflexe » comme une référence physiologique nécessaire de laquelle on devrait essayer de ne pas trop dévier. Pendant les puissantes et irrésistibles contractions d'un réflexe d'éjection authentique il n'y a aucun espace pour les mouvements volontaires.

 

Un malentendu culturel de la physiologie de la naissance est la raison principale pour laquelle la naissance du bébé est habituellement précédée par une deuxième étape, qui peut être présentée comme une rupture du réflexe d'éjection de foetus. (3) Tous les événements qui dépendent du dégagement de l'ocytocine (en particulier l'accouchement, rapports sexuels et lactation) sont fortement influencés par des facteurs environnementaux.

 

Le passage vers le réflexe d'éjection du foetus est inhibé par n'importe quelle interférence avec l'état d'intimité. Il ne se produit pas s'il y a un « préposé de naissance » qui se comporte comme un "entraîneur", ou un observateur, une aide, un guide, une « personne de soutien » (4). Il peut être inhibé par les examens vaginaux, par un contact d'oeil-à-oeil, ou par l'imposition d'un changement d'environnement. Il ne se produit pas si l'intellect de la femme en travail est stimulé par un langage rationnel (« maintenant vous êtes à la dilatation complète ; vous devez pousser »). Il ne se produit pas si la salle n'est pas assez chaude ou s'il y a des lumières agressives.
 
Il est facile reconnaître un réflexe typique d'éjection du foetus. Il peut être précédé par une crainte soudaine et transitoire exprimée en manière irrationnelle (« tuez-moi », « laissez moi mourir », etc...). Dans une telle situation la plus mauvaise attitude serait de rassurer avec des mots (5). Cette expression courte et transitoire de la crainte peut être interprétée comme le (bon) signe d'une augmentation spectaculaire de dégagement hormonal, y compris l'adrénaline. Il devrait être immédiatement suivi d'une série de contractions irrésistibles. Pendant les dernières contractions puissantes la mère-en-devenir semble être soudain pleine d'énergie, avec une envie d’attraper quelque chose. Le corps maternel a une tendance soudaine à passer à la verticale. Par exemple, si la femme était précédemment sur ses mains et ses genoux, son buste tend à se redresser. D'autres femmes se tiennent debout jusqu'à la naissance, le plus souvent en s’appuyant sur le rebord d'un meuble. Un réflexe d'éjection du foetus est habituellement associé à une posture inclinée vers l’avant. Quand une femme se penche en avant, le mécanisme de l'ouverture de la vulve est différent de ce qu'il est dans d'autres positions. On élimine le risque de déchirures graves. Après un réflexe typique d'éjection, le placenta se détache souvent  dans les minutes qui suivent.
 
Il y a des circonstances particulières où il est plus impératif que jamais de dévier le moins possible du modèle physiologique. C'est le cas d'une naissance par le siège. Une naissance par le siège n'est pas dangereuse quand la première étape a été facile et est suivie d'un réflexe puissant d'éjection du foetus. Bien que j'aie une expérience personnelle d'environ 300 naissances par le siège par voie vaginale, je suis d’accord avec les obstétriciens qui préfèrent proposer une césarienne par habitude. Nous devons tenir compte du malentendu répandu sur la physiologie de naissance. Une naissance par le siège est dangereuse en présence d'un obstétricien effrayé (ou sage-femme, ou père, etc.). Une naissance par le siège est dangereuse quand des efforts volontaires sont nécessaires pour pousser le bébé dehors.
 
Ces considérations sur le réflexe d'éjection en contraste avec la « deuxième étape » sont l’occasion de suggérer que le vrai rôle de la sage-femme est de favoriser un environnement qui rend le réflexe d'éjection possible. L'important est de garder présents à l'esprit les besoins de base des femmes en travail. L'important est de réconcilier le besoin de l'intimité et la nécessité de se sentir en sécurité. Ceci souligne l'importance de la sage-femme comme référence maternelle. Une mère est la première personne protectrice. En outre on ne se sent pas observé ni jugé par sa mère. Le vocabulaire que j'emploie est inspiré par les travaux pilotes de Niles Newton. Il aide à comprendre que la sexualité est un tout. Aujourd'hui il est artificiel d'étudier de manière isolée les épisodes essentiels à la survie de l'espèce (6). Les mêmes hormones sont impliquées. Des scénarios semblables sont reproduits, de sorte qu'il y ait toujours un réflexe final d'éjection : le réflexe d'éjection du lait (7), le réflexe d'éjection du sperme, le réflexe d'éjection du foetus.


Références :

1. Newton N, Foshee D, Newton M. Parturient mice: Effect of environment on labor. Science 1966; 151: 1560-61.
2. Odent M. The fetus ejection reflex. Birth 1987; 14: 104-105.
3. Odent M. The second stage as a disruption of the fetus ejection reflex. Midwifery Today Int Midwife. 2000 Autumn;(55):12
4. Odent M. Why laboring women don't need support. Mothering 1996; 80: 46-51.
5. Odent M. Fear of death during labour. Journal of Reproductive and Infant Psychology 1991; 9: 43-47.
6. Odent M. Sexuality as a whole. In: The Scientification of Love. Free Association Book. London. Nov 1999.
7. Newton N, Newton M. Relation of the let-down reflex to the ability to breastfeed. Pediatrics 1950; 5: 726-733
 
Pour aller plus loin :

- L'amour scientifié, Michel Odent, Ed. Jouvence, 2001.
- Césariennes, questions, effets, enjeux, Michel Odent, Ed. Le Souffle d'Or, 2005.
 
Vidéos :
 
Labor was so fast the midwife didn't make it in time. When we called her to ask where she was, she said she was just five minutes away, so my husband went downstairs to meet her and let her in the house. I gave birth in the meantime, and the midwife arrived two minutes later. (oljos78, 9 janvier 2010).

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Published by Sophie Gamelin - dans La poussée
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commentaires

Sophie Gamelin-Lavois 19/05/2007 14:31

Je t'encourage à lire le livre "L'amour scientifié" de Michel Odent où il explique largement son point de vue. Extrait p.63, sous le titre "Répétition des mêmes scénarios" : "J'ai adopté les expressions "réflexe d'éjection du sperme", "réflexe d'éjection du foetus" et "réflexe d'éjection du lait" pour souligner les similarités."
 
Il est courant de lire "réflexe d'éjection" pour le lait, mais il est très rare de lire le mot "réflexe" associé à l'expulsion du foetus... d'où cet emploi de la part de Michel Odent afin d'expliquer clairement un phénomène particulier et surtout involontaire. Ce terme a été à l'origine utilisé par Niles Newton, de Chicago.
 
Enfin pour finir, le réflexe d'éjection du lait n'est pas seulement amorcé par la succion de bébé. Le dire ainsi est réducteur. C'est l'ocytocine, "hormone de l'amour", qui provoque ce réflexe : ainsi la sortie du lait peut être due à la succion du bébé, à la mère qui pense au bébé et a donc du "plaisir", à un plaisir sexuel, etc.

Paula MEYER 18/05/2007 01:17

J'ai une petite question est-ce qu'on n'utilise pas généralement le terme de réflexe d'expulsion pour la sortie du bébé et le réflexe d'éjection pour les seins lors de la sortie du lait, amorcée par la sucion du bébé ?
Paula