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13 avril 2009 1 13 /04 /avril /2009 19:12

Après deux accouchements hypermédicalisés, Marie-Hélène a vécu une naissance à domicile sans gestes médicaux.

Nous avons déjà deux fils, nés il y 6 et 8 ans. Tous deux nés à l’hôpital par accouchement induit avec péridurale et épisiotomie. Tous deux après une grossesse suivie par un gynécologue, grossesses vécues comme très stressantes car je contracte beaucoup. Je passe la majeure partie de mes grossesses couchée, avec ce que cela représente comme difficultés pour l’organisation de la vie courante. Mais je finis toujours par accoucher à terme.
 
Pour la première, c’est la découverte et on ne se pose pas trop de question : nous avons une confiance aveugle dans notre gynécologue et le monde hospitalier. La deuxième grossesse se passe encore moins bien et nous commençons à remettre en question la manière de faire "traditionnelle". La graine est semée pour l’accouchement à domicile (AAD)...

6 ans plus tard, je suis à nouveau enceinte et cette fois-ci nous décidons de prendre les choses en main. Cette grossesse-ci sera la nôtre ! Avec l’aide de mon médecin traitant, je trouve une gynécologue qui n’est pas contre l’AAD. Elle se révèle très à l’écoute et chose incroyable pour moi, elle a confiance en moi. Elle nous laisse suivre notre petit bonhomme de chemin tout en nous assurant qu’elle est disponible en cas de problème.
 
Vers 20 semaines de grossesse, nous rencontrons une sage-femme qui accompagne des accouchements à domicile et l’AAD passe du stade de projet éventuel à une évidence. Nous rencontrons R., collègue de la première sage-femme (elle travaillent en collaboration) et le courant passe vraiment très bien avec elle. Ses consultations durent de 1 à 2 heures : nous parlons beaucoup des mes grossesses et accouchements précédents et de ce que nous voulons pour cette naissance-ci. Par ses paroles, R. panse beaucoup de nos blessures à l’âme, blessures dont nous n’avions parfois même pas conscience. Chose qui me sidère, plus la grossesse avance, plus je vais mieux : je n’ai presque plus de contractions, je me sens en forme, capable de porter mon bébé sans stresser à tout moment et je vis calmement mais normalement. Pour la première fois, je profite pleinement d’être enceinte.

Début mars, je contracte de nouveau : normal, la naissance est prévue pour le 14 mars. Tout est prêt pour l’AAD : j’aime beaucoup cette ambiance de préparatifs à partir de 37 semaines : les petites courses indispensables (alèses et autres), remplir le congélateur de petits plats pour mes hommes, s’organiser avec la voisine pour gérer mes deux grands le jour "j", ... J’ai l’impression de préparer une grande fête.

Le 11 mars au soir, je contracte de nouveau : de petites contractions régulières, pas assez fortes pour faire naître un bébé mais bien présentes. C’est le troisième pré-travail en 10 jours, je commence à en avoir marre.

Le 12 mars, je me réveille en contractant toujours, je me demande si c’est pour aujourd’hui, je n’ai pas envie de voir Stéphane, mon mari, partir au boulot, j’ai le moral au plus bas. Je prends un bain qui ralentit les contractions et mon mari part au travail. J’ai contacté R., qui me dit qu’elle passera ce soir si rien ne bouge : elle sent que je n’en peux plus et je lui suis hyper-reconnaissante de décider à ma place quand elle doit venir.
 
Le soir statu-quo : petites contractions mais toujours légères et qui sont de plus en plus irrégulières : je désespère de voir arriver ce bébé !
 
R. arrive vers 21h et nous faisons, avec mon mari, le tour de ce qui pourrait induire un blocage chez moi à la naissance de mon bébé. On discute une heure autour d’une tasse de thé mais sans rien de concluant. J’invite R. à m’accompagner en haut, sans mon mari : j’ai besoin de lui parler seule. Très vite nous abordons le sujet de la place de mon mari lors de mon accouchement. Le blocage est là : comme mon mari m’a toujours accompagné chez R., je n’ai jamais pu en discuter avec elle et j’avais encore des choses à "faire sortir" sur tout ce qu’implique la présence de mon mari à l’AAD (gestion du stress, de l’inconnu, de ma pudeur,...). R. est une fois de plus d’une écoute extraordinaire et cette conversation entre femmes se fait dans une ambiance particulière de "gynécée". R. repart vers 23h30, elle et moi nous nous doutons que l’accouchement va bientôt se déclencher mais nous ne le verbalisons pas.

Le 13 mars, 3h du matin, je me réveille par des contractions, pas douloureuses mais qui n’ont rien à voir avec celles "de grossesse" que je connais. Je me lève, pas envie de déjà réveiller mon homme. Je vais dans le salon, je mets mon CD préféré, je m’enroule dans une couverture, j’allume une bougie parfumée et je profite pleinement de ces contractions que j’ai tant attendues. Elles sont régulières, toutes les 7-8 minutes. Je me sens bien, je suis très sereine.
 
Vers 5h, je vais réveiller mon amoureux pour lui dire que "c’est pour aujourd’hui". Je me fais couler un bain mais dont je sors après 10 min car l’eau est trop froide : il est trop tôt, la chaudière ne s’est pas encore mise en route !
 
A 6h, Stéphane téléphone à R., qui lui explique quand il doit la rappeler pour qu’elle vienne.
Vers 7h les deux grands se lèvent et Stéphane leur demande s’ils veulent rester à la maison pour voir le bébé sortir du ventre de maman. La réponse est très claire : ils préfèrent aller à l’école et voir le bébé quand ils rentreront à 16h. Ils partent avec un grand sourire, je suis heureuse de les savoir sereins.
 
Vers 8h, je reprends un bain, bien chaud cette fois et je plane au rythme des contractions. Je les sens bien mais je me concentre pour rester dans le "OUI", dans l’acceptation. Je somnole dans l’eau chaude. Vers 9h, je me rends compte que les contractions s’espacent. Je sors du bain et demande à Stef de se préparer pour aller promener : il est temps de faire avancer le travail, on ne va pas y passer toute la journée non plus !
 
Nous faisons le tour du quartier (500m à tout casser) en nous arrêtant tous les 10m pour cause de contractions. On rigole bien vu ma démarche de canard boiteux et les arrêts fréquents. Moi qui avait encore peur que tout s’arrête, là je n’ai plus de doute je suis bien en travail !
En rentrant à la maison, Stef téléphone à R. pour lui demander de venir. Je fais des mouvements de rotations avec mon bassin, signe décrit par R. à Stef pour l’appeler.
 
J’ai envie de monter dans ma chambre et je m’installe à 4 pattes avec plein de coussins en dessous de moi. Cette position me paraît merveilleusement confortable et rend les contractions à nouveau tout à fait gérables. R. arrive très vite : elle était dans les environs, prête à venir vite si nécessaire.
 
Les contractions se suivent à 3-4 minutes et je rigole en disant que j’attends toujours d’avoir mal. J’ai toujours ce sentiment de plénitude : je suis en train d’accoucher chez moi, comme je l’avais rêvé. Je suis très consciente de m’ouvrir à chaque contraction pour mon bébé et j’accueille chaque contraction avec plaisir.
 
Et puis j’ai l’impression que tout à coup je perds pieds : j’ai l’impression que je dois aller à la selle mais R. me rassure : c’est mon bébé qui passe. La douleur que j’avais si bien gérée jusque-là me semble tout à coup insurmontable. Je sens mon bébé qui étire toutes les fibres de mon périnée et j’ai l’impression qu’il ne passera jamais.
 
J’ai peur, je panique, pourtant je sens qu’il est là en mettant ma main sur mon périnée. R. me dit d’affronter ma peur, j’attrape sa main, elle me dit de faire des sons graves, ce que je fais en poussant et c’est ce qui va m’aider. Je pousse encore une fois en faisant des sons super graves (je ne savais pas que je savais faire ça moi !!!), Stef me dit qu’il est à moitié sorti, encore une fois et ça y est mon bébé est enfin sorti ! Je suis toujours à 4 pattes, je ne le vois pas encore mais j’entends ses petits bruits de nouveau-né et je le reconnais : c’est lui, c’est mon bébé qui m’appelle ! R. me met Merlin sous moi et je l’essuie : il est magnifique !
 
Je suis épuisée, je me couche au milieu du capharnaüm qu’est notre lit, Merlin contre moi.
R. s’occupe de la délivrance et me demande de pousser encore 2-3 fois, le placenta sort mais je suis complètement dans le gaz, je ne me rappelle plus bien. Merlin est né, il va bien, rien d’autre n’a d’importance. Périnée intact, chose dont je profiterai pleinement les jours qui suivent, les épisiotomies ne m’ayant pas laissé de bons souvenirs.
 
Quelques temps plus tard, R. pèse Merlin et ... éclate de rire ! Elle nous demande de regarder sa balance avec elle sinon on ne la croira pas : Merlin pèse 4760g ! Alors qu’il était estimé à maximum 4kg.
 
R. et Stef rangent tout, R. m’aide à prendre une bonne douche et m’installe confortablement dans mon lit avec Merlin. Il prend sa première tétée.
 
Nos deux aînés rentrent de l’école vers 16h et découvrent leur petit frère. Je suis toujours émerveillée d’être chez moi, entourée de tous mes hommes. Merlin est né tout simplement, sans aucun acte médical (R. ne m’a jamais examiné, à ma demande préalable, merci R.!), sans induction, sans péri (je n’y ai pensé à aucun moment) et sans épisiotomie. Que du bonheur!

Marie-Hélène
Ottignies, Belgique.
Mars 2008.

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Published by Sophie Gamelin-Lavois - dans Récits de naissances
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