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14 avril 2009 2 14 /04 /avril /2009 14:08

Une naissance respectée à domicile qui se termine malheureusement à l'hôpital à cause d'un placenta pas sorti...

Petite étoile brille dans notre ciel depuis le 31 juillet 2004...  Petite étoile, prénommée Roxane, est née le 31 juillet à 17 h 25. Mon accouchement et la naissance de Roxane, petite princesse très brune et très chevelue de 4kg, nous laisseront un souvenir merveilleux.

Vendredi 30 juillet, il fait chaud, très chaud… Je nage beaucoup avec mon fils aîné Théo, 4 ans. Je savoure, en quelque sorte, ses derniers instants de fils unique…l'eau me rafraîchit et me porte. Vers 21h, nous attendons mon mari pour passer à table. En attendant, je m'occupe (une vraie tornade : je veux " tout faire " au cas où…). En me baissant pour attraper une corbeille, j'ai l'impression de me faire pipi dessus ! mais je reconnais cette sensation, je l'ai déjà eue pour Théo : la poche des eaux vient de se rompre. Je pousse un petit cri (de joie !) et appelle mon mari pour lui dire que notre princesse s'annonce.

Mon fils, les oreilles grandes ouvertes, m'entend et commence à sauter partout dans la maison en criant " le bébé coule… ", eu égard à mes petits cris, à chaque nouvelle coulée de liquide. Nous mangeons, j'essaie de calmer Théo, bientôt grand frère, et ma fébrilité. Vers 23h, toujours pas de contractions mais je préfère appeler notre sage-femme pour la prévenir de l'imminence de la naissance. Nous appelons aussi ma mère, qui va venir chercher Théo, trop excité pour que je puisse le gérer, et je préviens mes copines du net, dont le soutien m'est précieux.

Nous nous couchons vers 2h. La nuit est courte, j'ai mal au dos, mais toujours pas de contractions. Je me lève à 6h30. Je prépare le petit déjeuner dehors sur la terrasse. Je regarde le jour - magnifique - se lever sur le Tarn qui borde notre jardin, en savourant la brioche que j'ai préparée. Je sais que bientôt je vais serrer mon bébé contre moi… Je me force au calme. Je respire un grand coup : j'ai trèèèèès trèèèèès mal au dos.

La matinée s'écoule doucement… Mon mari me met de la musique, je lis (I. Brabant et son chapitre sur la douleur). Je prépare des pizzas maison pour le déjeuner et je ressens ma première contraction vers 10 h, énorme mais courte, dans le dos… comme pour Théo !J'ai le bas du ventre et du dos " mâchés ", je crois que je sais un peu ce qui m'attend…

10h 30, 11h, 11h30 : quelques contractions très espacées mais déjà profondes. J'appelle ma sage-femme, H., qui me fait promettre de la rappeler dès que ça s'intensifie (elle a 1h de route à faire pour nous rejoindre).

Mes contractions s'intensifient vers midi et demi (mince ! juste au moment où j'allais manger…) et deviennent rapidement très régulières (2-3 minutes) et longues (plus d'une minute). A ce rythme là, nous rappelons notre sage-femme, qui arrive 1 heure après pour constater l'effacement et la dilatation totale du col. Waouh, je suis bluffée et.... encouragée.. J'ai eu mal pendant 2 heures mais ce n'était vraiment pas pour rien !!! C'est vrai que j'ai cru ne pas tenir mais, heureusement que j'avais lu quelques heures auparavant le chapitre sur la douleur dans le libre d'I. Brabant qui décrit les premières contractions comme étant les plus douloureuses puisque travaillant à étirer un col fermé : vérifié.

A ce moment-là, je suis dans la piscine de mon fils que nous avons préparée pour l'occasion, la journée étant prévue chaude et suffocante. L'eau me fait du bien, mais je ne trouve pas vraiment de position qui me convienne alors que les premières poussées involontaires surviennent. Je dis que les voisins sont trop près, que ça me gêne qu'ils m'entendent gémir. On rentre dans notre chambre. Ma sage-femme est là, douce, présente, m'éponge le front... Dominique, est derrière moi, me soutient, m'encourage, mais je ne supporte pas grand chose, ni qu'on me parle, ni qu'on me touche trop. Les poussées sont fortes, violentes, puissantes, comme une tempête au fond de moi, qui me soulève : c'est magique, ce corps qui " travaille tout seul "... La douleur est là mais elle est différente, elle ne me broie plus comme pendant les contractions. La descente va durer presque trois heures. Ceux qui m'accompagnent dans cette aventure sont formidables : patients, discrets… Je me sens à l'aise, je n'ai pas peur de me laisser aller, je gémis (il parait que je suis restée très soft quand même), je me berce, je râle, je dis que j'en ai marre...

H. vérifie régulièrement le coeur du bébé. Tout va bien tandis que la descente s'amorce... pour m'encourager, elle me demande d'aller toucher avec mes doigts sa tête. Je n'oublierai jamais cette sensation sous mes doigts, cette rondeur qui occupe mon vagin... Vient un moment où j'en ai assez, je le dis haut et fort. H. me demande de me déplacer dans la salle de bains, de me suspendre à un des lavabos, accroupie... et c'est là, en 4 poussées, que Roxane glisse hors de moi... Sensation magique après celle de brûlure sur le périnée (intact, je précise : que c'est bon sans épisiotomie...). H. a attrapé Roxane et me la tend, le cordon est assez long pour que je puisse la mettre sur ma poitrine. Elle est toute rose, avec un peu de vernix et un peu de sang... et si brune ! Je pressens en regardant son visage et son regard que c'est une fille mais j'ouvre ses gambettes bien replètes pour vérifier : quel bonheur, une petite fille !

Nous retournons alors dans la chambre. je m'assois sur le tabouret hollandais, et nous faisons connaissance. Dominique fond en larmes, m'avouant n'avoir jamais vécu quelque chose d'aussi fort, et connaître désormais une part animale de moi qu'il n'avait pas soupçonnée...

Roxane ouvre de grands yeux et prend sa première tétée quelques minutes après. Tout va bien, la douleur s'en est allée, moi qui croyais difficilement ce qu'on disait sur la douleur oubliée dès les premiers instants, je me rends compte que c'est vrai. Autant, je ne pouvais pratiquement plus bouger quelques minutes, comme paralysée, tendue vers mon but à atteindre, autant, je pourrais (j'ai l'impression !) cavaler avec ma petite dans les bras. H. nous montre le cordon, comment il bat… Nous attendrons qu'il ait cessé de palpiter pour le couper et le clamper. Nous la pesons : 4 kg ! waouh ! et même pas une éraflure sur le périnée ! Elle est si belle, si charnue , si tendre : je fonds…. H. nous laisse seuls, s'éloigne dans le salon pour remplir les papiers de naissance, puis revient, toujours discrète, pour nettoyer la chambre qui est en sacrée pagaille...

Vers 20 h, nous nous restaurons tous. Je meurs de faim, n'ayant rien pu avaler depuis 6h30 le matin. Je mange dans mon lit, car malheureusement, le placenta n'est toujours pas sorti.... H. commence d'ailleurs à s'en inquiéter. Peu après le repas, elle me propose d'aller voir pourquoi il ne se décroche pas. Ce sera la seule ombre au tableau. La douleur qui me prend pendant ses tentatives est fulgurante, insupportable (bien pire que l'accouchement). J'ai des vertiges, ne tient plus debout. Vers 22h30 (soit 5 heures après la naissance), H. décide qu'il faut qu'on parte à la clinique. Je n'ai plus de force et manque de perdre connaissance à l'entrée de la clinique. Je suis tellement désolée d'être là…

Je me retrouve au bloc. Heureusement que je connais l'obstétricien et que les sages-femmes et infirmières présentes sont efficaces. Seule l'anesthésiste sera franchement désagréable m'assénant un " n'importe quoi ! on ne se permet pas de manger quand on n'a pas sorti le placenta… ". H. lui fait une grimace, ça me fait rire. Je suis heureuse qu'elle soit là. On m'endort, m'extirpe un placenta qui a, parait-il, résisté même aux outils chirurgicaux. Pendant que Dominique, pétrifié par la perspective de me perdre, s'occupe de Roxane durant les 3 heures où nous serons séparées, H. reste avec moi, me caresse et m'embrasse sur le front. Elle va aussi se battre aux côtés de Dominique pour refuser les biberons immédiatement proposés devant les pleurs de Roxane et le protocole qu'on tente de nous imposer (test de glycémie parce que ma Roxane fait 4 kg !). Ils remplissent tous les deux une décharge soulignant que c'est moi qui suis hospitalisée et non la petite.

Nous sommes rentrées 2 jours après : le temps des résultats des hémocultures à cause de la rupture de la poche des eaux. Evidemment, nous n'avions rien ni l'une ni l'autre (grrrrrr......). Qu'aurais-je pu attraper chez moi de plus grave que chez eux ???? Bref, j'ai accepté les antibiotiques en préventif pour moi (pas le choix, j'ai une perfusion !) mais je jette consciencieusement les antibiotiques donnés en préventif à ma fille. Je veux attendre les résultats des analyses et refuse de lui administrer des médicaments qui vont tuer ses défenses immunitaires et les précieux anticorps de mon colostrum, juste " au cas où ". Et ma fille n'ayant absolument rien, elle n'aura pas les 8 jours d'antibiotiques prescrits.

On nous prend, mon mari et moi, pour de doux originaux. Le personnel est gentil, mais assez condescendant " Ah oui, c'est vous qui avez accouché chez vous ? On nous a raconté ça… ". On nous parle de protocole (qui obligerait les mamans à rester dans cette clinique 4 jours minimum ! bah oui, faut bien continuer à creuser le trou abyssal de la sécu…), de " responsabilités " au cas où il arriverait quelque chose…et on nous laisse " sortir " (c'est une prison ?) contre la promesse d'aller voir un médecin dans les 3 jours pour la petite. Le plus dur, je crois, c'est de constater la façon dont est traitée ma sage-femme quand elle vient me voir… : ma douce et tendre H. est ignorée, carrément ! Les médecins ne lui disent ni bonjour, ni au-revoir, ne la regardent pas, ne s'adressent pas à elle. Elle est comme transparente ! J'en ai le coeur qui chavire : pourquoi tant de mépris ? Je le sais, mais j'ai du mal à admettre qu'en France, les choix " différents " soient à ce point méjugés.

Nous allons formidablement bien. Je me remets 10 fois plus vite que pour Théo car je n'ai aucune douleur, pas d'épisiotomie, pas de déchirure, rien à soigner, et un périnée qui se remet déjà formidablement bien. Je vois nettement la " différence " entre un accouchement où les instruments ont été utilisés (sûrement sans trop de précaution puisque je ne sentais rien) et celui-ci où j'ai eu droit à toutes les précautions, le respect et la douceur nécessaires à une maman en plein travail.

Malgré la révision utérine, je garde un souvenir émerveillé de mon accouchement, dont nous parlons chaque jour avec mon homme, toujours sous le coup de l'émotion. Il s'est montré formidable, c'est vrai, et puis ma sage-femme a été très présente. Je ne saurais dire assez à quel point elle m'est devenue précieuse... C'est comme un secret partagé entre nous qui crée un lien indéfinissable.


Epilogue 1
Mardi 31 août 2004

Roxane illumine nos jours. Nous avons pris nos nouvelles marques familiales. Nous sommes si heureux de cette naissance qu'on parle déjà de la troisième (si, si…). J'allaite Roxane, je la porte en écharpe, je la berce, je dors avec elle… : je l'apprivoise, c'est merveilleux ! Et ce qui me surprend le plus, c'est ma forme. Moi, qui m'attendais à être débordée, fatiguée, traînante, avec 2 enfants à assumer, je suis au contraire en forme, libre (c'est le mot qui me vient à l'esprit), sereine… Il y a bien les pleurs du soir mais rien de catastrophique. En fait, je crois, je suis intimement persuadée, que cette naissance " consciente " m'a donné force, confiance en moi et sérénité.

J'allaite Roxane sans jamais savoir l'heure de la dernière tétée, sans en compter le nombre, sans la peser… Je dors avec elle, faisant fi de tous les commentaires sur les " mauvaises habitudes " et savourant les tétées rapides et les rendormissements faciles (voilà pourquoi je suis plus en forme que pour Théo !). Je la porte toute la journée contre moi en écharpe, la berçant et lui parlant constamment, ce qui me laisse libre de tous les gestes de la vie quotidienne, de beaucoup d'activités avec son grand frère et évite l'énervement et l'épuisement que génère un bébé qui refuse de se laisser aller au sommeil dans la solitude. Et comme ils ont raison, c'est tellement mieux contre le coeur de maman…

Et le papa ? Comme moi, cette naissance " consciente " l'a totalement impliqué dans sa paternité : il est heureux et enjoué, dingue de ses enfants et d'après ses dires, de leur maman aussi, lui qui a toujours eu si peur d'assister à l'accouchement… On s'est rendus compte, en fait, que ce n'est pas l'accouchement qui l'impressionnait, mais le côté " médical " qu'on lui donne aujourd'hui, l'odeur de l'hôpital, les instruments qui font penser à une opération, les blouses blanches, les masques, l'infantilisation par " ceux qui savent ". Il ne pensait pas être capable de m'accompagner lors de la naissance de notre fils aîné à la clinique. D'ailleurs, par un étrange concours de circonstances, il n'a pas pu y assister (quel vilain terme passif !)…

Et puis, en 4 ans, nous avons cheminé ensemble sur la route d'une parentalité consciente. Je lui ai fait partager mes impressions sur cette première expérience d'accouchement et de naissance. La rencontre avec mon fils a été merveilleuse mais il me restait une impression de vol de mon accouchement, une amertume que je n'ai pas décelé de suite mais qui m'a sauté aux yeux quand j'ai lu tous les témoignages de naissance non médicalisées sur Internet : quoi, elles ont ressenti tant de choses et moi, rien ???? Le rouge me montait aux joues, alors que je me souvenais comment mon fils m'avait été extirpé de moi alors que je parlais avec la sage-femme de tout autre chose. Je me rendais compte que j'avais presque été absente à mon accouchement…

Mon mari m'a écoutée toujours, entendu et respecté dans mes désirs… J'étais prête à accoucher seule s'il le fallait (enfin, sans lui quoi) mais il a su qu'il était prêt , enthousiasmé à l'idée de ne pas avoir à partir dans ces structures où il ne sent que la mort, de ne pas avoir à assister à ce qui ressemble à une intervention chirurgicale, de ne pas sentir l'odeur de l'éther, de ne pas risquer une maladie nosocomiale pour le bébé et moi, de ne pas se séparer de moi. Il m'a aidée dans mes préparatifs et au moment, il a été formidable, présent, attentif, respectueux : avec moi, vraiment.

Depuis, nous en avons discuté maintes fois, il est heureux - et bouleversé - d'avoir vécu cette naissance telle quelle, l'accouchement ne lui fait plus peur. Il se sent prêt pour le troisième… Cette aventure que nous avons vécu ensemble a donné une dimension nouvelle à notre couple, un lien plus fort, une estime de chacun renforcée, une admiration réciproque et nous a rappelé combien la parentalité devait - et pouvait - se vivre à deux, dans une union où chacun à sa place, son rôle…


Epilogue 2
Réflexions autour du placenta….

Je voulais rester à la maison, je voulais attendre encore. Je ne sentais rien d'anormal et je ne saignais pas. Mais, mais, mais...je n'ai pas réussi à trouver les " arguments " pour apaiser H. qui a pris peur (elle ne voulait pas me laisser) et qui surtout (elle me l'a dit plusieurs jours après) craignait la réaction des obstétriciens si je débarquais plusieurs jours après en cas de placenta incomplet. Visiblement, elle n'a pas non plus l'habitude de ce type de situations et ses amies sage-femmes qu'elle a contactées pour avoir leur avis non plus...

Et ensuite, il y a eu la douleur... Comme elle a essayé à plusieurs reprises d'attraper le placenta, elle m'a fait un mal de chien (c'est bien plus douloureux que l'accouchement), qui, au final, a provoqué des saignements (mais rien d'hémorragique à première vue) et m'a affaiblie au point que je tourne de l'oeil (alors que tout allait bien après la naissance). Je n'ai plus eu la force " de lutter, " malheureusement.

Après réflexion et discussion avec H., je pense que je fais partie d'un petit pourcentage de mamans qui expulsent le placenta bien plus tard, mais qu'on n'a pas l'habitude de respecter un certain délai. Je lui ai dit que j'allais entamer des recherches et trouver des témoignages prouvant qu'on peut attendre beaucoup plus longtemps, d'ailleurs, j'ai eu des contractions très fortes le lendemain.

Ces témoignages sont importants pour faire avancer les choses, pour H., et pour mon mari et moi, qui souhaitons que la troisième naissance ait aussi lieu à la maison. Et comme c'est ma deuxième révision utérine, je voudrais éviter la troisième...

Pascale F. Patalano
famillecalou(arobase)tele2.fr

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Published by Sophie Gamelin-Lavois - dans Récits de naissances
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