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14 avril 2009 2 14 /04 /avril /2009 14:17

Malgré le deuil, c'est le récit d'une naissance sans médicalisation outrancière, selon les voeux des parents.

J'espère que ce témoignage pourra aider les parents confrontés à une IMG (interruption médicale de grossesse) à mieux vivre cet accouchement si particulier.

Se réapproprier l'IMG et faire de cet acte médical un acte d'amour. Voici l'histoire de notre petit ange, né sans avoir pu voir le jour le 14 septembre 2005.

C'était l'hiver 2004. Cet hiver là, il a neigé pendant deux longs mois. Les anciens n'avaient pas vu cela depuis au moins trente ans, nous disaient-ils. Notre petite fille commençait à dire ses premiers mots et à montrer plus d'indépendance dans ses jeux, et, pour la première fois depuis sa naissance, son papa et moi, nous avons évoqué l'idée d'avoir un autre enfant.

Pendant que j'étudiais auprès du poêle à bois, dans l'unique pièce que nous habitions de la maison que nous étions en train de restaurer, et, que dehors, tout doucement la neige tombait, je me mettais à rêver à une nouvelle grossesse, à un deuxième enfant.

J'ai découvert avec un immense bonheur que j'étais enceinte au début du mois de mai : c'était un lundi ensoleillé et chaud. Nous étions très heureux et nous avons partagé notre bonheur en faisant vivre ce bébé dans nos imaginaires. Nous évoquions souvent cet enfant qui grandissait en moi en lui donnant tantôt l'apparence d'une petite fille, tantôt celle d'un petit garçon, et, alors que le soleil de l'été nous brûlait la peau de ses rayons trop chauds, j'aimais nous imaginer tous ensemble au coin du feu avec ce petit bébé de quelques jours blotti contre nous.

Lorsque l'on nous a dit que notre bébé ne survivrait pas à sa naissance j'entrais tout juste dans mon cinquième mois de grossesse. Je contemplais mon ventre s'arrondir avec bonheur et cet enfant avait déjà pris toute sa place dans notre famille et dans nos coeurs.

Cela a été un choc terrible, un lourd rideau noir venait de s'abattre sur notre vie. Comment pouvais-je me résoudre à accepter l'inacceptable ? Comment supporter l'idée de la mort de ce bébé qui grandissait en moi et que j'aimais déjà terriblement. J'étais profondément bouleversée. Choquée. Meurtrie. Un long cri de douleur étouffait au creux de mes entrailles. Je me sentais perdue. Impuissante. Je me préparais à donner la vie. On me demandait soudainement de donner la mort.

Il fallait pourtant bien regarder ce qui apparaissait comme une évidence aux yeux de tous : le verdict médical était froid, implacable, sans équivoque : notre bébé ne pourrait pas vivre il était atteint d'une forme très grave de spina bifida avec anencéphalie.

De longues discussions d'amoureux nous ont aidé à y voir plus clair, et à regarder ensemble, dans la même direction. Il a fallu d'abord accorder nos mots, aller au fond de nos sentiments, laisser couler beaucoup de larmes et apprivoiser nos peurs. Nous avons évoqué la possibilité d'aller jusqu'au terme de cette grossesse. Mais habitant une région reculée, nous savions que nous ne trouverions pas ici l'accompagnement humain qui nous permettrait de vivre pleinement cette grossesse et cette naissance si particulières. Et puis nous nous demandions aussi s'il ne valait pas mieux finalement nous abréger à tous d'inutiles souffrances physiques et morales. Les échographies nous renvoyaient l'image d'un petit être en souffrance, blotti tout contre le placenta et n'osant à peine bouger. A quoi bon continuer ?

Mais voilà, une fois arrivés à la terrible conclusion que nous allions mettre un terme à la vie de notre enfant, nous en arrivions immédiatement à une autre : nous voulions donner à cet acte toute la grandeur de l'amour que nous ressentions pour cet enfant.

Là, nous avons été confronté à une autre difficulté : il nous était impossible d'imaginer subir cet événement si important pour nous dans l'anonymat d'un CHRU tel que celui dans lequel nous avions vécu la dernière échographie et l'annonce de cette terrible nouvelle. Le personnel médical nous avait d'ailleurs alors vivement encouragé à en finir au plus vite et à revenir dès le lendemain pour la prise médicamenteuse. L'enfant que nous aimions et que je portais n'était plus, à leurs yeux, qu'un problème qu'ils se faisaient fort de régler au plus vite. L'aspect déshumanisé et ultra médicalisé du protocole tel qu'il se présentait à nous me glaçait le sang et j'avais peur de ses conséquences aussi bien physiologiques que psychologiques.

La question qui nous importait alors était de trouver la solution la plus humaine et la moins médicalisée possible et nous étions prêts à faire beaucoup pour cela. Nous avons immédiatement pensé à contacter V., la sage-femme qui nous avait aidé à mettre au monde notre fille dans l'intimité, avec amour et respect. Nous savions, que travaillant aussi en milieu hospitalier, elle pouvait nous être d'une aide précieuse pour cette naissance au caractère très particulier. Elle a immédiatement réagit très positivement à notre demande et après avoir longuement discuté avec elle et lui avoir exprimé la façon dont nous imaginions cette naissance nous avons convenu ensemble d'une date pour l'hospitalisation. Nous voulions attendre les 22 semaines qui permettraient à notre bébé d'exister sur notre livret de famille. C'était une maigre consolation à laquelle nous attachions beaucoup d'importance pour notre histoire familiale.

Nous avons donc confié notre petite fille de deux ans et demi à ses grands-parents et, c'est le cœur serré que nous avons fait la longue route qui nous séparait de l'hôpital. A l'arrivée, nous avons réglé les formalités administratives, et je suis repartie avec mes comprimés de Mifégyne dans le ventre. Nous avions rendez-vous le surlendemain pour l'hospitalisation.

Nous avons pris le temps qui nous était donné pour régler les démarches auxquelles nous ne pouvions plus échapper, et c'est avec difficulté que nous sommes entrés dans un établissement des pompes funèbres pour leur demander de bien vouloir prendre en charge l'incinération du corps du bébé... que je portais et qui vivait encore en moi. Choix du petit cercueil, choix de la petite urne pour les cendres, choix de la date et de l'heure de l'incinération. J'avais l'impression de commettre un meurtre avec préméditation, j'étais en plein cauchemar.

Inutile de dire que j'ai très mal dormi les deux nuits qui ont précédées l'hospitalisation. Pour la première fois depuis longtemps j'ai senti mon bébé bouger et me donner un léger coup dans le ventre. Etait-ce un adieu ? De grosses larmes roulaient sur mes joues. Sentiment de détresse, d'impuissance, de désespoir. J'étais soulagée pourtant de savoir que nous avions pris toutes les dispositions nécessaires pour que tout ce passe au mieux et convaincue que nous avions faits les bons choix. Mais j'étais loin de m'imaginer que ce moment que j'appréhendais tellement serait si... grand.

Nous sommes arrivés à la maternité à 7 heures du matin. Sachant que le travail risquait d'être long, nous avions convenu avec V. qu'elle ne viendrait pas avant midi. Elle ne travaillait pas à l'hôpital ce jour-là et s'était rendu pleinement disponible pour être à nos côtés. J'ai pris le premier comprimé de Cytotec vers 8 heures. Nous étions seuls dans une chambre. Je ne souhaitais aucun analgésiant aussi n'avons-nous eu la visite que de M., la sage-femme qui était de garde ce jour-là.

V. est arrivée en début d'après-midi, les contractions commençaient juste à se faire plus présentes et nombreuses. A 16 heures, le col était déjà bien ouvert : les contractions faisaient bien leur travail. A 16 heures trente, nous sommes partis en salle de naissance, tous les quatre (M. nous ayant rejoints). Une contraction plus forte suivie d'une subite envie de pousser... et la poche des eau s'est rompue, véritable explosion qui nous a tous surpris et mouillés. Puis, plus rien. Plus de contractions. V. m'a dit alors de pousser, que le bébé était juste là, qu'elle le sentait. Et c'est ce que j'ai fait, doucement et avec amour, convaincu que je nous délivrais tous d'une grande souffrance. J'ai senti ce tout petit corps glisser hors de moi et je me suis relevée pour voir ce tout petit bébé, notre petit amour. Le placenta est venu aussitôt après. C'est alors que j'ai demandé si c'était une petite fille, un petit garçon : nous n'avions pas voulu le savoir avant, nous avions envie de nous laisser au moins cette surprise-là...

Alyssa, mon ange, après t'avoir emmitouflée dans un petit carré de tissu, nous t'avons tenue longtemps dans nos bras, ton papa et moi. Nous n'avons cessé de te regarder, de te caresser, tu étais si petite, si fragile, si jolie. Ton visage semblait apaisé et tes lèvres légèrement entrouvertes souriaient presque. Nous t'avons parlé, nous avons pu te dire combien nous t'aimions et que nous espérions que tu étais bien, maintenant, là où tu te trouvais. Le temps semblait s'être arrêté. Nous étions seuls avec toi, et, oui, et aussi étrange que cela puisse paraître, nous étions heureux. Nous étions heureux de pouvoir faire ta connaissance, heureux de pouvoir te tenir contre nous, et de pouvoir te dire notre amour sans pudeur, sans retenue et sans tabou. Nous étions heureux d'avoir pu vivre ta naissance si simplement et dans l'amour. Nous étions apaisés aussi à l'idée de savoir ce qu'il adviendrait de ton petit corps meurtri et notre visite aux pompes funèbres prenait maintenant tout son sens : un petit linceul l'attendait dans ce cercueil que nous avions choisi pour toi. Nous pourrions aller te voir aussi souvent que nous le désirerions pendant ce jour qui nous séparait de la crémation et cette idée aussi était apaisante. Nous savions ensuite que nous pourrions t'emmener et te garder près de nous, à jamais.

Mes parents et notre petite fille nous ont rejoint le jour de la crémation et c'est tout naturellement que nous leur avons présenté Alyssa. Tel un petit ange, elle reposait là dans son petit lit blanc. Nous avions pris soin de ne laisser apparaître que son joli visage et sa petite main pour que la dernière image de ce petit bébé que nous emporterions dans nos mémoires soit celle d'un petit ange.

Aujourd'hui, Alyssa repose près de nous dans notre prairie sous un beau châtaigner que nous avons planté pour elle.

Nous remercions de tout coeur V. et M., les sages-femmes qui nous ont permis de vivre cette naissance avec autant de sérénité et d'amour. Nous remercions aussi toute l'équipe médicale de l'hôpital qui a su respecter notre choix et se montrer très discrète. Nous remercions tout particulièrement le gynécologue obstétricien de garde ce jour-là d'avoir bien voulu laisser les sages-femmes gérer cet accouchement à leur manière, selon notre volonté. Nous remercions aussi D. du service funéraire pour sa gentillesse et sa délicatesse.

Merci à tous nos proches pour leur soutien et leurs témoignages d'affection. Merci à mes parents et à notre petite fille de nous avoir rejoints pour les funérailles : nous avons été très heureux d'avoir pu leur présenter notre petit ange et c'est ainsi que nous avons pu véritablement donner à Alyssa toute sa place dans notre famille.

Sabine
yellowan(arobase)voila.fr

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Published by Sophie Gamelin-Lavois - dans Récits de naissances
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