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16 avril 2009 4 16 /04 /avril /2009 08:07

Dans la plupart des hôpitaux, une femme sur cinq subit une césarienne; le chiffre peut atteindre une sur trois dans certains centres. Il ne faudrait pas dépasser 3-4%! Et la cruauté de la césarienne ne peut être minimisée par sa fréquence: les femmes devraient pouvoir se concentrer sur leur bébé, l'amour et l'allaitement dans les premières semaines qui suivent l'accouchement; pas sur les agraphes, les cathéters et les incisions douloureuses.

Après cette section (comme dans section transversale; vivisection), je connus le calvaire: essayer de prendre soin de mon nouveau-né tout en me relevant d'une opération chirurgicale majeure dans un lit dur d'hôpital fut la plus navrante expérience de ma vie: chaque mouvement était une agonie, des douleurs de gaz envahissaient mon abdomen ravagé; le cathéter dans l'urètre me faisait mal et me causait des douleurs aigües après avoir été enlevé. Je pouvais à peine bouger pour changer les langes de mon bébé, et le personnel de l'hôpital était trop occupé pour m'aider. L'adhésif qui tenait en place le tuyau pour l'intraveineuse arrachait mes poils de bras et demandait constamment à être repositionné.

Je n'avais pas le droit de manger: après l'opération, liquides pour le Jour Un, grueau pour le Jour Deux, et purée pour le Jour trois, n'étaient pas la nourriture dont j'avais besoin pour permettre à mes seins d'avoir du lait, ni pour guérir les cicatrices de mon corps ravagé. J'étais une patiente, une malade invalide, une femme de vingt et un ans qui devait faire pipi dans un sac, et qui devait maintenir son ventre avant de rouler sur le côté. J'étais impuissante à m'occuper de mon nouveau-né et je me souviendrai toujours de ses premiers jours de vie comme étant grotesquement inconfortables et pleins de tristesse. Je ne pouvais même pas me lever et me brosser les dents.

Pourquoi les risques considérables de la césarienne ne sont-ils pas discutés? Je ne connaissais même pas le danger dans lequel je me trouvais: les femmes ont jusqu'à seize fois plus de chance de mourir après un accouchement par césarienne que par les voies naturelles; la césarienne est la cause d'iléus (associé à la lésion intestinale -- c'est la perte ou le manque de coordination du péristalisme intestinal), de l'ambolie pulmonaire, du syndrome de Mendelson (aspiration pulmonaire acide); elle est à l'origine aussi des adhésions et obstructions intestinales. Le risque d'infection est grandement augmenté -- un problème important de par la prolifération à l'hôpital des microbes résistant aux antibiotiques.

Après une césarienne une femme souffre plus de dépression puerpérale. Et le traumatisme de la naissance -- si incompris que la plupart des docteurs n'en ont jamais entendu parlé -- provient des sentiments d'impuissance et de dépréciation à la suite de naissance violente à l'hôpital. Les chances d'hystérectomie dues à l'hémorragie post-opératoire sont dix fois plus élevées qu'avec un accouchement par la voie vaginale. Les femmes peuvent avoir des troubles urinaires à vie quand la vessie a été décollée de l'utérus, et les traumatismes à la vessie sont aussi communs. Des études ont montré que la fertilité féminine est affectée par la césarienne; les femmes ont de plus un risque accru de grossesse extra-utérine, de placenta praevia, de rupture utérine, et les résultats sont moins favorables pour les enfants lors de grossesses ultérieures. Après l'opération, l'allaitement et l'attachement crucial mère-enfant sont mis en péril -- non seulement à cause du traumatisme et des drogues chirurgicales, mais aussi à cause de la lenteur du rétablissement.

Un événement privé, secret et sensuel devient une crucifixion stérile dans une pièce pleine d'étrangers découpeurs et scrutateurs. Et le viol ultime est que l'on nous dit que nous couper est nécessaire. Le sacré et le pouvoir de la naissance deviennent un simple "oui, docteur" et nous devenons spectateurs de notre propre viol; nous remercions même les docteurs pendant qu'ils se précipitent à la salle d'opération.

Dans un hôpital, nous sommes sous l'emprise d'une suffisance toute-puissante et vénéneuse tandis que nous sommes dépouillées de notre intimité, de notre dignité, et même de nos vêtements. Pourtant, nous avons une confiance absolue dans nos docteurs; nous croyons en leurs bonnes intentions et dans leur respect du serment d'Hippocrate ("ne pas faire de mal"). Mais ils font vraiment du mal -- ils font du mal chaque jour. Et ils ont l'autorisation de la société de faire de nous ce qu'ils veulent.

Ceci me rappelle les enfants violés par des gens respectés en position de pouvoir: le viol, commis égoïstement par une autre génération, sans considération pour le futur des enfants, est insidieux, et les enfants croient toujours qu'ils méritent ce qui leur arrive. Le viol du corps des femmes pendant la naissance est commis pour la convenance égoïste de la médecine, avec bien peu de considération pour la santé immédiate et future des femmes. On a dit à des générations de femmes que l'abus qu'elles subissaient était nécessaire, que la naissance qui saigne est universelle, et inévitable -- à cause de la faible capacité de nos corps à fonctionner. Femmes et enfants doivent surmonter, et se taire. Cela n'est plus tolérable. De la même façon que l'autorité de celui qui fait violence est de plus en plus tenue pour responsable de la souffrance des enfants, les praticiens médicaux exploiteurs doivent avoir des comptes à rendre pour chaque point de suture, chaque coup de couteau, chaque coupure au scalpel infligée au corps d'une femme -- même des décennies plus tard.

Le motif sous-jacent pour chaque naissance à l'hôpital est la sécurité du bébé (comme si l'environement hospitalier était sain pour une vie nouvelle). On dit à la femme qu'un bébé en bonne santé est tout ce qui compte, que la fin justifie les moyens -- si elle est coupée et découpée à la naissance, alors que cela soit; que le bébé soit dans ses bras à la fin est tout ce qui importe.

Mais une femme importe: son vagin importe, son ventre importe, ses veines intactes et son périnée importent, les excréments qui sortent de son vagin importent, sa propre estime importe, son amour de la naissance importe! Ne pas permettre un accouchement intense à une femme est comme ne jamais lui permettre d'atteindre l'orgasme; c'est comme si on lui disait: "L'orgasme n'a pas d'importance, ma chère, tant que vous concevez!"

J'appelle cette sorte de rituel sacrificiel de l'intégrité, du pouvoir et de la sexualité de la naissance: "infibulation puerpérale". De la même façon que les femmes dans certaines cultures ont leur clitoris coupé et leur vulve découpée dans sa chair et cousue (infibulation), les femmes dans notre culture ont très souvent leur vagin, leur périnée, et leur ventre ouverts par les docteurs, puis sont suturées et agraphées. Dans les deux cas, les femmes sont ou bien maintenues ou attachées pour les immobiliser quand les couteaux et les ciseaux sortent -- et n'ont rien à dire quant aux conséquences.

Il est intéressant de noter que les buts sous-jacents sont les mêmes: contrôler de façon rigoureuse la sexualité de la femme (oui, l'accouchement est un événement inhérent à sa sexualité), et de protéger les enfants à leur naissance. Beaucoup de cultures pratiquant la mutilation génitale féminine insistent sur leur croyance que si l'enfant à la naissance touche les parties génitales de sa mère, il peut en mourir (d'où l'ablation des parties extérieures du sexe). En moyenne, une femme sur quatre nord-américaine est amenée à croire que si elle n'accouche pas par césarienne, son bébé peut mourir (et bien sûr le bébé ne touche ainsi pas son vagin). Ou bien que si son vagin n'est pas coupé, l'enfant peut être blessé le long du canal étroit de la naissance. Les vagins voudraient apparaître bien effrayants à beaucoup!

Les occidentaux entendant parler de mutilation génitale féminine sont catégoriques à trouver ces pratiques culturelles sinistrement arriérées. Mais comment pouvons-nous appeler la culture ancienne barbare quand nos propres actes sont si monstrueux? Qu'une femme ait son vagin coupé dans une hutte isolée ou dans un hôpital mondialement renommé est hors propos: elle a quand-même son vagin coupé, sa souffrance est sévère et elle la subira inévitablement.

Une autre raison invoquée pour la mutilation vaginale est d'assurer une ouverture étroite pour le partenaire masculin. Dans certaines sociétés, un modèle est fait à partir du pénis du fiancé. Ce modèle est introduit dans le vagin de la fiancée; puis les lèvres sont coupées et recousues aux dimensions du modèle. Chez nous, j'ai entendu des médecins dire aux femmes avant une césarienne: "Votre mari me remerciera"; ou demander aux pères avant de recoudre une épisiotomie: "Voulez-vous que je fasse un ou deux points supplémentaires pour vous?" Oui, de nos jours, pas il y a vingt ans.

L'infibulation puerpérale est aussi enracinée dans notre culture que la mutilation génitale féminine l'est dans les cultures qui la pratiquent. Ici les femmes sont forcées à donner aveuglément leurs corps de parturientes à des praticiens interventionnistes; là, elles sont avec véhémence encouragées à devenir chirurgicalement chastes. Et on nous a fait croire à toutes au bien-fondé d'une telle mutilation, obligées que nous sommes de succomber à la sublime vision de ceux qui professent être plus savants, plus sages, plus vertueux en esprit et en action que nous, simples femmes -- on nous apprend à faire confiance dans la rectitude de l'autorité, et à dédaigner notre besoin le plus fondamental de fuir.

La résistance est éminemment futile parce-que, hélas, dans les deux cultures, nos propres mères et grand-mères -- celles qui disent nous aimer le plus -- nous poussent avec le plus d'impatience dans les mains des praticiens faisant les coupures les plus cruelles; la mère castratrice l'est de par sa génération et de façon insidieuse. La vieille génération peut rarement voir l'inutilité de ce cercle douloureux -- apparemment sa propre souffrance doit être éprouvée par les jeunes générations.

Le versement du sang à l'accouchement n'est pas prêt de prendre fin -- les femmes modernes sont sérieusement réticentes à l'idée de délaisser leurs docteurs bien-aimés et l'adoration qu'elles leur portent sur l'autel de la médecine moderne. Avec une stupidité exaspérante, la plupart des femmes n'arrivent même pas à essayer de me croire quand je leur dis qu'elles n'ont pas besoin d'aller à l'hôpital pour donner naissance; elles refusent surtout de croire que l'accouchement est digne de confiance, ne nécessite ni gants, ni monitoring frénétique, ni ciseaux chirurgicaux pour accomplir sa tâche inévitable.

Les femmes infibulées puerpérales s'efforcent de trouver une raison à leur souffrance, une fin utile à chaque coup, chaque coupure, chaque découpure au scalpel. Nous avons besoin de croire dans la justesse de ce qui nous est fait. Peut-être une certaine adoration pour son docteur prend sa source dans l'histoire d'une relation de "passation de pouvoir" dysfonctionnelle -- il semble que les femmes les plus maltraitées aux mains des docteurs sont celles qui sont les plus méfiantes à renoncer à leur contrôle. (Je sais, j'étais toujours la première à me montrer bonne fille, à faire plaisir à mes docteurs; j'étais toujours pleine de zèle à pardonner leurs erreurs). Ces réactions invalidantes sont basées sur notre hystérie collective et culturelle de la naissance; la peur des femmes et leur défiance de l'accouchement sont tellement ancrées que quelqu'un parlant de la naissance comme d'un événement intime et sensuel à toutes les chances d'être craint et vilipendé.

Dire à une femme infibulée puerpérale que la naissance est belle revient à dire à une femme dont le clitoris a été tranché que la sexualité peut être érotique et orgasmique. Toutes deux penseront que vous ne savez pas de quoi vous parlez. Mais j'ai eu mon clitoris resoudé, si l'on veut, et je dois dire au monde ce qui est perdu.

Il est simplement logique de penser qu'un enfant devrait naître là où il n'y a ni hystérie ni acier inoxydable -- la maison même de la femme.

L'accouchement à la maison est sans danger: les pays avec le plus haut pourcentage d'accouchements à domicile suivi par des sage-femmes sont ceux qui ont la plus basse mortalité infantile, et où les femmes ont le meilleur résultat. Lorsqu'elles ont lieu à la maison, les interventions sont prises très au sérieux, considérées et reconsidéres avant qu'on y ait recours (à l'hôpital, la facilité avec laquelle les interventions se produisent conduit à leur phénoménale banalisation). Oui, les accouchements à domicile ne seraient dangereux que si les interventions obstétricales communes y étaient introduites.

A la maison, la femme est moins effrayée, et la peur empoisonne la naissance. La perception de la peur amène des réponses automatiques d'incapacité à accoucher: nous libérons des hormones de stress qui peuvent être toxiques au bébé et rendent l'utérus impotent; nous devenons tout à fait dépendantes, et beaucoup plus enclines à accepter des interventions que d'habitude nous abhorrons; les sensations de l'accouchement sont cruellement distordues et deviennent des contractures insupportables: à l'hôpital, l'écrasante majorité des femmes demandent des anesthésiants -- en soi ces drogues sont suffisamment nuisibles -- mais quand une femme est ou bien ahurie, incohérente, ou paralysée à partir de la poitrine, elle ne contrôle plus son propre accouchement -- et une femme droguée ne peut plus pousser efficacement. Ceci entraîne la plupart du temps l'utilisation de forceps et ventouses -- ce qui peut endommager le plancher pelvien, causer des blessures rectales et de la vessie, ainsi que des souffrances ou lésions neurologiques chez l'enfant.

Pourtant, ce qui empoisonne la naissance en premier lieu, c'est la peur. Et puisque la peur et ses associés en sabotage de l'accouchement sont si communs dans l'environnement hospitalier, ses manifestations sont considérées normales et traitables à l'infini.

En particulier, l'accouchement à la maison dans l'eau a d'excellent résultats: l'immersion dans une piscine de naissance enlève la peur et l'inconfort; les mères n'ont pas besoin d'anesthésiants artificiels; le travail est plus rapide et plus facile; les gros bébés (comme sont beaucoup de nouveaux-nés de nos jours) sortent plus facilement, et grâce au fait que les tissus du périnée restent détendus et souples, les femmes ont rarement des déchirures. Elles peuvent facilement onduler leur corps pour favoriser le passage du bébé et trouver la position optimum sans les effets encombrants de la pesanteur "sur terre". Les femmes ayant des problèmes de genoux et de dos trouvent facilement une position d'accouchement confortable.

Après avoir donné naissance chez elles, les femmes ont des souvenirs heureux de leur accouchement, et s'en remettent plus vite. Aussi, pourquoi n'y a-t-il pas plus de femmes qui accouchent à la maison, alors que le coût et le risque sont tellement minimes? Quels intérêts servent l'ignorance forcée des femmes et l'invasion rituelle de la naissance? Pas ceux des femmes, ni des bébés.

Oui -- qu'en est-il du bébé? Si le but final dans un accouchement est de donner naissance a un enfant en bonne santé -- ce qui bien sûr est le cas -- il est bien plus sage de l'avoir à la maison de toutes façons. A l'hôpital, les bébés encourent de très grands risques.

Les nouveaux-nés sont souvent blessés lors de l'utilisation des forceps ou autres lourdes techniques d'extraction; il a été démontré qu'une naissance violente rend les gens cinq fois plus enclins à commettre des sucides violents plus tard dans leur vie.

La position d'accouchement affecte le résultat: si une femme est sur le dos pour accoucher (lithotomie: la position la plus commune en hôpital), on estime que la région pelvienne se rétrécit de jusqu'à 30%: ce qui peut comprimer dangereusement la tête du bébé, et faire diagnostiquer faussement une dystocie des épaules (épaules trop larges) ou une disproportion céphalo-pelvienne (tête trop grosse), conduisant à des extractions brutales ou des césariennes.

Alors que si les femmes sont libres d'accoucher dans la position qu'elles adoptent instinctivement -- accroupie, à genoux, à quatre pattes, à moitié assise, à moitié de côté, les bébés ont tout l'espace pour sortir; et si les femmes bougent comme elles le sentent intrinsèquement en accouchant -- en ondulant, roulant des hanches, se retournant, se pliant -- les bébés sortent de la façon la plus douce qui soit. La mère et l'enfant sont une même entité, et ce que la mère préfère est ce qu'il y a de mieux pour l'enfant.

A l'hôpital, les femmes restent à plat sur le dos pour éviter de tomber des "lits" pourvus; et les médecins préfèrent la lithotomie car cela facilite l'observation et l'accès -- même s'il est reconnu que cela freine ou arrête le travail, et donc souvent conduira à des inductions artificielles.

Les contractions paralysantes produites lors d'induction par drogues (ocytocines chimiques ou prostaglandines) peuvent entraîner un manque sérieux d'oxygène dans l'environnement utérin, comme également une irrégularité du rythme cardiaque foetal (qui conduira à la césarienne pour "détresse foetale"). La douleur pousse bien souvent les femmes à utiliser des drogues, comme le Démérol avec les péridurales. Mais les bébés nés drogués souvent ne peuvent pas respirer -- et doivent être réanimés (la réanimation agressive des bébés peut percer ou faire éclater les tissus délicats des poumons, en laissant des trous).

Les bébés doivent fréquemment venir trop tôt à la rencontre du monde à cause des règles strictes de l'induction et celles électives de la césarienne (par rapport à la date butoir). Ils souffrent souvent de détresse respiratoire aigüe pour la raison suivante: les poumons d'un enfant né trop tôt sont remplis de liquide, et doivent alors être vidés douloureusement par aspiration. Un enfant peut aussi nécessiter cette intervention à cause de l'épisiotomie: quand le vagin d'une femme à été ouvert par chirurgie, il ne peut plus serrer fortement les épaules et la poitrine du bébé lors du passage dans le canal et faire sortir facilement et naturellement les fluides de sa bouche et de son nez). Pourtant, enfoncer des cathéters d'aspiration dans la gorge menue du bébé peut comprimer le nerf Vague (pneumogastrique), ce qui va ralentir le rythme cardiaque, et rendre la respiration encore plus irrégulière.

Les difficultés d'oxygénation ("détresse respiratoire", "hypoxie intra-utérine" et "asphyxie de naissance") -- bien souvent causées par les interventions obstétriciennes pendant la naissance et juste après -- sont les complications les plus communes chez le nouveau-né, et sont la cause principale de mortalité néonatale.

Pour qu'un bébé se développe, il doit être laissé tranquille lors du passage confiant et naturel de la naissance. De sorte que choisir de rester à la maison est le moyen de préserver sa santé, loin des équipements et des praticiens qui entravent si aisément et si routinièrement la naissance.

Pourquoi nous dit-on la plupart du temps d'accoucher à l'hôpital? Je crois qu'il y a une peur culturelle profonde des phénomènes naturels, spécialement du pouvoir inné des femmes; et que notre institution médicale est le reflet de notre société. Il est plus "sûr" de médicaliser la naissance que de comprendre le vrai pouvoir des femmes, le fonctionnement digne de confiance du corps des femmes.

Aussi longtemps nous considèrerons que le viol n'inclut que l'acte sexuel, que sensuel ne peut vouloir dire qu'érotique, et que le biberon est une alternative saine à l'allaitement maternel, nous ne réaliserons pas la magnificience de notre propre existence: l'orgasme amoureux, la grossesse, donner naissance, nourrir au sein, être dingue d'amour pour son bébé, tout vient des mêmes hormones; une même pâmoison des sens. Et tous ces actes nécessitent la solitude: nous avons besoin d'intimité et de dignité pour explorer nos jardins d'amour les plus secrets.

Il y a pourtant, comme toujours des exceptions à l'accouchement à la maison et à l'allaitement: une grossesse multiple, un accouchement par le siège compliqué, et certaines conditions de santé peuvent nécessiter des soins obstétricaux; certaines femmes ont des problèmes qui rendent l'allaitement impossible. Ces femmes ne devraient jamais être blâmées pour n'avoir pas été capables de donner naissance sans intervention, ni pour nourrir leur bébé au biberon.

Treize mois après la naissance de mon cinquième enfant, j'étais de nouveau enceinte. Je ne voulais plus d'une naissance à l'hôpital.

Je me mis à chercher un meilleur moyen pour accoucher. Je lus l'ouvrage extrêmement utile de Sheila Kitzinger: "Accouchement à la maison". Je contactai les différentes sages-femmes conventionnées, mais je compris qu'elles allaient trop médicaliser ma gossesse, qu'elles me donneraient trop de tests à faire et interfèreraient sans nécessité avec la naissance.

J'entendis parler de Gloria Lemay par des amis. Je lui parlai de mes expériences au téléphone; je lui demandai combien de bébés elle avait mis au monde. "Oh, je ne mets pas les enfants au monde, ce sont les mères qui font cela! Pourtant j'ai assisté plus de six cent naissances." Je lui demandai si elle toucherait ma poitrine pour moi si j'en avais besoin au moment de l'accouchement. "Je me mettrai nue sur la tête au Mondy Park si cela peut vous aider à faire sortir le bébé!" Nous avons parlé pendant des heures. Avec mon mari, nous sommes allés la voir; elle accepta d'assister ma naissance.

Je rencontrais une hostilité et une inquiétude démesurées de la part de ma famille lointaine face à mon choix, mais après avoir entendu leurs expériences de forceps, d'examen rectal et d'étriers, je compris leur peur panique. Je rassemblai tous mes dossiers médicaux, et y trouvai de nombreuses contradictions, demi-vérités et vrais mensonges qui avaient pris place dans mon histoire obstétricienne haute en couleurs.

Quarante semaines passèrent rapidement. La date limite! Quatre litres d'Aide au Travail m'attendaient dans le réfrigérateur; mon matelas était recouvert d'un tissus pour tâches de peinture -- j'étais prête. Mais rien ne se passait! Je ne peux donner naissance sans intervention!

Alors que les jours s'écoulaient sans incident, j'appelai ma sage-femme, en pleurant; "Je ne suis pas comme les autres femmes! Je ne peux accoucher!" Et elle répondait: "Bien sûr tu peux, et bien sûr tu le feras. Ton corps accouchera, que tu le croies ou non. Ton corps a su concevoir tes enfants, il a su les allaiter, et il sait comment donner naissance." "Tu as confiance en mon corps?" "Oui, j'ai confiance en ton corps." "Ta naissance sera une belle naissance." Pendant quelques temps, je la croyais. Elle me donnait ces encouragements chaque fois que j'en avais besoin.

A quarante deux semaines ma mère devint très inquiète; j'étais née moi-même presque un mois en retard: ma mère attribuait mes problèmes de vue lorsque j'étais enfant à sa grossesse trop longue. J'appelai Gloria: "Mon bébé va naître à demi-sourd et aveugle!" "Non! Ton bébé sera bien!"

Il était très actif, et avait un battement de coeur fort et régulier. J'étais en bonne santé -- ma tension était excellente, et mon régime très bon (plus de Coca-Cola et de gâteaux d'anniversaire!). Elle dit: "Je ne peux imaginer meilleur environement pour la santé de ton enfant qu'à l'intérieur de ton utérus." Pourtant, je savais que j'aurais eu un accouchement provoqué par la plupart des autres sages-femmes, et de façon certaine par n'importe quel docteur; et parfois je doutais profondément de ce que j'étais en train de faire. Je savais que presque personne ne pouvait être d'accord avec le fait que nous attendions.

Mais j'appris que quarante semaines de gestation ne sont en fait qu'une moyenne -- des femmes différentes donnent naissance selon des durées de grossesse différentes, de la même façon chaque personne et chaque naissance sont uniques. Nous naissons, apprenons à ramper, marchons et parlons à notre propre rythme; nous ne pouvons qu'apprendre et grandir selon le schéma unique de notre développement. Nul n'a le droit d'imposer des notions préconçues dans le déroulement de la naissance et de la vie.

Je devins effrayée par l'imminence de mon accouchement. J'avais peur de la douleur. Je lus un livre écrit par une autre femme pour qui la grossesse de son sixième enfant prit plus de quarante semaines ("L'Océan Né - La Naissance comme une Initiation", de Chris Griscom). Elle disait: "N'ayez pas peur! La naissance vous appartient! Réclamez-la pour vous-même!" Je me répétais cela dans les moments de peur.

Quarante trois semaines de grossesse passèrent; je commençai un débat sur les sages-femmes dans un journal local. Je gardais mon esprit occupé. J'appris à vérifier moi-même mon cervix; il était déjà dilaté à plus de trois centimètres, réellement souple et joliment ouvert, grâce au remarquable et continu travail préparatoire. Je fis le bouchon muqueux: Gloria dit qu'elle n'avait jamais vu une femme le perdre et rester plus de quatre jours sans donner naissance.

Une semaine plus tard: trébuchant, triste dans la neige, je ressentais ma grossesse comme une camisole de force dont je ne pouvais sortir. Pourquoi n'avais-je pas encore accouché? Il n'y avait pas de confusion sur la date; j'avais fait un test deux jours après celui où je m'attendais à avoir mes règles.

Ce fut une époque de peur intense pour moi. J'étais terrifiée par toute la documentation médicale, qui disait que mon bébé ne serait pas en bonne santé, que mon placenta dépérirait. Comment pouvais-je faire confiance en cette seule femme alors que tellement d'autres auraient déclenché l'accouchement il y a presque trois semaines?

Enfin, une nuit, enceinte de quarante quatre semaines, je me levai pour uriner. En m'asseyant, je sentis un petit éclatement! -- je faisais mes eaux! J'appelai Gloria. Nous avons parlé tranquillement, et elle se mit en route. Mes enfants étaient là; je touchais leurs cheveux alors qu'ils dormaient. Je me préparai un bon bain chaud. Je m'aperçus dans le miroir -- j'étais radieuse, heureuse, belle.

Mes contractions ressemblaient à des étreintes en travers du ventre. Bill m'aida à sortir de la baignoire, et mit de la musique africaine. Nous nous embrassions et dansions. Pour la première fois, j'étais joyeuse en accouchant, et laissée tranquille -- pas d'aiguilles, couteaux, doigts, crochets, ciseaux, courroies, drogues, tuyaux, hormones synthétiques, étudiants en médecine, non-sens.

Et pas de pleurs! Les larmes que j'avais toujours eues en travail auparavant n'étaient pas dues aux hormones, mais à l'environnement.

Mon corps travaillait merveilleusement: chaque contraction était élégante, et pleine de force. Après trois heures, le temps était venu. Je m'agenouillai sur notre couche, et haletai, soupirai et criai pendant que mon bébé sortait. Il pesait dix livres et demie et il était adorable! Mon mari le prit dans ses grandes mains chaudes, je m'allongeai sur le dos pour le recevoir sur mon corps. Je n'ai jamais ressenti une telle bénédiction.

Chaque femme mérite cela! Interférer avec cette bénédiction doit être reconnu comme l'acte criminel qu'il est! Une naissance bénie est le droit de naissance de chaque femme; une offrande de son corps à son âme!

Mon placenta était parfait. Une induction aurait été brutale et inutile. J'enterrai le placenta le quatrième jour. Je ne savais pas combien il comptait pour moi; certaines cultures disent qu'ils sont les corps des anges gardiens des enfants. Je pleure encore pour tout ce qui a été perdu.

Nous vivons des temps étranges et sauvages -- on se rappellera de ce siècle comme d'un siècle de guerre et de génocide; et d'enfantement violent et coercitif. La naissance pleure, et saigne. Nos vagins peuvent être scrutés, touchés, et coupés par des étrangers. On nous fait croire que nous devons accoucher dans des hôpitaux parfois hostiles et la plupart indifférents, où la norme consiste à interférer avec les rythmes naturels de la femme en train d'accoucher. Des comportements émotionnels et physiques anormaux -- comme une peur excessive, les pleurs et le stress -- qui provoquent l'arrêt du travail, sont devenus normaux et attendus. Les bébés sont régulièrement blessés; et les auteurs sont exhaltés comme des sauveteurs, au lieu d'être vilipendés pour avoir violenté des enfants. Une naissance sans intervention inutile est maintenant inhabituelle, bien que nous ayons toutes le potentiel d'accoucher magnifiquement -- si seulement on nous laisse tranquilles.

Il y a un siècle, l'hôpital était considéré comme une alternative radicale et dangereuse à l'accouchement à domicile avec une sage-femme. Les femmes évitaient les docteurs et les hôpitaux pour différentes raisons: elles ne voulaient pas servir d'objet d'expérimentation (et beaucoup le sont encore -- spécialement les femmes pauvres, en minorité, très jeunes, et/ou ne parlant pas anglais); la fièvre puerpérale hautement contagieuse était une réalité meurtrière; la maladie était rampante (et l'est encore); l'idée d'avoir des hommes (presque tous les docteurs étaient masculins) dans la chambre d'accouchement paraissait dangereusement contraire à la pudeur; les hôpitaux et les docteurs étaient chers. Mais assez rapidement, les docteurs devinrent les pourvoyeurs des soins de maternité; et après un siècle de campagne diffamatoire par l'institution médicale, les sages-femmes et leur savoir ont presque disparu.

Mais les femmes ne sont plus disposées à être des pions transportés, positionnés et sacrifiés par la "profession" médicale. Nous sommes de plus en plus nombreuses, passionnées, à guérir la naissance pour nous-mêmes; et les grandes multipares (les femmes qui ont porté six enfants ou plus) peuvent aider les femmes et celles qui ont pour métier de servir les femmes enceintes, à comprendre les mystères et la myriade des variantes de la grossesse et de la naissance.

La naissance à l'hôpital doit être considérée de nouveau comme une alternative radicale à une naissance planifiée à la maison. Mais si les femmes insistent pour avoir une naissance à l'hôpital, elles doivent envisager d'avoir auprès d'elles constamment des personnes expérimentées pour aider le travail, telles que les doulas, pour "préserver la normale" passionnément et en donnant de la voix.

Une naissance à la maison est le moyen évident pour éviter toute intervention inutile. Les sages-femmes sont pour cela potentiellement nos plus grandes alliées; mais elles aussi doivent résister à la tentation d'essayer de "précipiter les choses", ou d'interférer quand ce n'est pas nécessaire.

Le plus important est que les femmes doivent se rappeler que la naissance d'un enfant est sacrée -- elle est, après la mort, l'événement le plus primal et le plus hormonal de nos vies. C'est aussi le plus beau -- lorsque nous rencontrons nos amours de bébés pour la première fois.

Mais nous ne pouvons pas attendre des autres qu'ils respectent et aiment nos naissances et nos corps si nous ne croyons pas nous-mêmes qu'ils sont sacrés. Cela me brise le coeur que les femmes aient encore besoin d'être convaincues qu'être coupées et poignardées à la naissance est une mauvaise chose en soi.

S'il vous plaît, femmes, réclamez la naissance pour vous-mêmes. Elle vous appartient.

Leilah McCracken.
Rape of the 20th Century © Leilah McCracken 1998.

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Published by Sophie Gamelin-Lavois - dans Médicalisation 20e siècle
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