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19 avril 2009 7 19 /04 /avril /2009 07:39

Récits de mes deux accouchements

Il me tient à coeur de témoigner sur le sujet de l'accouchement aujourd'hui en France. J'ai vécu un premier accouchement très banal du point de vue de la réalité des maternités où les pratiques surmédicalisées dominent largement. Cette réalité me met hors de moi, car le bien-être mental et physique des femmes, des maris et de leurs bébés est complètement évincé. La grande peur du risque infime d'une complication lors de l'accouchement engendre énormément de mal, de danger, et de mensonges. Quelques sages-femmes en France accompagnent encore les femmes dans leur désir d'accoucher naturellement. Et je voudrais leur dire un grand bravo pour leur courage. Elles font un merveilleux métier, et elles ont beaucoup de mérite de braver le médico-légal. Mon récit est un peu long, mais je pense que tous les détails sont importants pour présenter l'accouchement de nos jours en France.

Notre premier bébé, A., est né par césarienne sur rendez-vous. Cette première grossesse s'est déroulée sereinement jusqu'à la visite du 8e mois où un gros bébé en siège est confirmé. Je me retrouve en consultation à la maternité pour une tentative " inoffensive " pour essayer de retourner mon bébé. D'après mes lectures, cela consistait à ce que le papa où l'obstétricien place ses mains au-dessus du ventre de la maman et l'incite à changer de position en entrant en contact avec lui au travers des mains mais sans toucher. C'était bien naïf de ma part de croire que dans une maternité classique, on connaisse cette méthode. En réalité, après avoir écouté le coeur, le gynécologue-obstétricien pose ses mains sur mon ventre et d'un coup sec appuie de toutes ses forces. Je pousse un cri de douleur et d'horreur, moi qui avais protégé ce nid du moindre coup de coude pendant 8 mois. Ca s'arrête là : " Non Madame, ça serait dangereux de continuer, la césarienne est la solution la plus sure pour votre bébé et vous ".

Toute mon âme refuse ce verdict, mais devant tout le personnel médical qui me laisse entendre que je serai égoïste et inconsciente de tenter quoique ce soit d'autre qu'une césarienne sur r.d.v., je bloque mes émotions et accepte. Je rentre la veille de l'opération. La sage-femme me rase intégralement, ça me pique légèrement, elle me coupe une bonne dizaine de fois, et se justifie ainsi : "J'ai oublié de vous dire de vous raser chez vous avant de venir ; on nous donne que des rasoirs de mauvaise qualité ici ; et l'obstétricien exige qu'il n'y ait plus l'ombre d'un poil, à cause du risque d'infection ". Je ne vois pas bien comment je pourrais m'infecter avec mes propres poils !!! Bref, le processus de dépersonnalisation a commencé.

On me donne un calmant pour que je ne déclenche pas les contractions durant la nuit. (Le superbe monitoring indique que j'ai des belles contractions : " Madame, vous ne sentez rien, c'est très étonnant ! " Et lorsque je réponds que je ne ressens absolument rien, le gynécologue préfère penser que je ne suis pas très sensible à la douleur, plutôt que de remettre la machine en doute ! Aujourd'hui je sais ce que sont les contractions, et je peux donc maintenant affirmer que je n'en avais pas ce jour-là).

On dit à mon conjoint de revenir à 8h. Le lendemain vers 6h, on me donne une chemise (transparente et ouverte sur les côtés), puis vêtue ainsi (la dépersonnalisation continue), je marche jusqu'à une salle d'accouchement pour installer la sonde à urine. C'est plus que désagréable, d'autant plus que la sage-femme s'y reprend à plusieurs fois avant de réussir. J'ai froid, je dois rester sur cette table dure sur le dos, position fort inconfortable que j'évitais déjà depuis plusieurs mois ; des gens inconnus rentrent et sortent. Finalement, la sage-femme revient pour me dire qu'on y va. Vent de panique, mon conjoint n'est pas encore là (puisqu'il n'est pas encore 8h). Mais il arrive au moment où je dois prendre l'ascenseur pour la salle d'opération, toujours à plat sur cette table étroite. Je sens une montée de larmes me submerger, les portes se referment, mais le jeune " responsable de livrer les patients " s'avère être très sympa, se met à blaguer, et je me force à l'écouter pour retenir le flux de larmes.

En salle d'opération, il faut attendre. J'ai maintenant les lèvres et les ongles bleus. Une infirmière sympa me donne une couverture de " survie ". L'obstétricien arrive comme une fleur, bien entourée (on se croirait dans " Urgences "). Là commence " les chaises musicales " : on attend l'anesthésiste, l'oust. repart, l'un d'entre eux revient etc., il y a une urgence, l'obstétricien ne pourra intervenir que dans une heure, on prévient mon conjoint qui quitte la maternité pour aller boire un café au coin. Mais encore un retournement de situation, il n'y a plus d'urgence, on y va. De ce fait, mon conjoint ne verra pas son bébé à la naissance. C'est tout juste si moi non plus d'ailleurs.

Il y a un grand drap devant moi, mes deux bras sont liés de chaque côté de la table. L'anesthésie finale est lancée, je commence à me sentir bloquée au niveau de la respiration. J'en fait part à l'anesthésiste qui répond : " Oups, ça doit suffire alors ! " Je me concentre de toutes mes forces, je ne veux pas tomber dans les vapes et louper l'arrivée de mon bébé. L'obst. demande à une infirmière de tenir mon ventre car " ma colonne vertébrale ne supporterait pas le poids du bébé et de tout ce qui l'entoure avec l'anesthésie " ! Très rassurant. Dix minutes d'incision, et là ils se mettent à me secouer dans tous les sens, la table entière bouge, et ils le sortent. J'ai l'impression d'être sur un champ de bataille.

Je ne vois toujours rien avec le drap qui nous sépare. Ils le pèsent avant de me le montrer, puis quand ils me l'amènent de l'autre côté du drap, les deux bras toujours attachés à la table, je peux juste l'effleurer avec ma joue gauche, le renifler. Mais quel grand bonheur, je me dis que je peux endurer toutes leurs " conneries " en attendant de retrouver ce si joli bébé. Ils me recousent pendant 45min. tout en discutant de ce qu'il y aura à la cantine à midi, charmant… Je vous précise qu'il n'y avait pas de sage-femme dans la salle d'opération.

En salle de réa., je demande à voir mon bébé : " On ne peut pas emmener un nouveau-né dans un endroit où il fait si froid. Il faut attendre de retourner à votre chambre! " Soit. Mais en ressortant de l'ascenseur, le " jeune sympa " me propose d'aller voir A. dans la pouponnière malgré mon horrible table encombrante. Merci !

Après ce bref instant, je retrouve mon conjoint, qui a tout de même vu son bébé depuis. On pleure tous les deux de bonheur, moment gravé à jamais dans mon coeur, complicité qu'il n'auront pu nous voler. Puis, on nous amène A. dans sa " boîte roulante fermée", car on ne sait jamais, il pourrait avoir froid après une césarienne, ou faire une jaunisse où je ne sais quoi encore. Il ne leur viendrait pas à l'esprit que posé sur sa mère, un bébé est assuré de ne pas avoir froid. Personne ne me dit non plus qu'il serait largement temps de mettre mon bébé au sein. J'ai pourtant précisé un certain nombre de fois ce souhait sur leurs formulaires.

Je vous épargne la semaine passée ensuite dans cette maternité, qui fût un réel défi, mais nous avons survécu ! Et en sortant de là, j'ai étouffé encore ma hargne car ma priorité était de rattraper un début d'allaitement catastrophique, voir inexistant. J'ai bataillé un mois avec l'aide de deux associations (dont LLL), merci encore ! A. a tété jusqu'à 2 ans et demi.

Cette première expérience a été traumatisante pour nous trois, mais lorsque je vois les reportages à la télévision, et que j'entends les témoignages de mamans autour de moi qui ont le droit à un accouchement avec péridurale, monitoring, épisiotomie, forceps, déclenchements artificiels, de nombreux touchers vaginaux par des personnes différentes et inconnues, etc. etc., je me sens presque privilégiée.

J'ai beaucoup lu pendant la première année d'A. Il prenait son temps pour s'endormir profondément au sein (de 1h à 1h30 tous les soirs) et j'ai profité de ces moments pour m'instruire, plutôt que d'écouter mon entourage qui disait que je me " faisais avoir " par mon petit ! et qu'un nouveau-né se met au lit, tout seul, dans le noir, " il arrêtera de pleurer au bout de quelques temps, il s'habituera ". Qui sait, peut-être qu'un jour nos médecins prendront leurs responsabilités en main, et se feront un devoir de communiquer aux parents les études sur les façons connues d'éviter les morts subites des nourrissons !

J'ai donc lu de nombreux numéros d'Allaiter Aujourd'hui (les témoignages sont très instructifs), L'Art de l'Allaitement Maternel, Le Bambin et l'allaitement, etc… Et dans un numéro consacré à l'allaitement après une césarienne, je trouve le titre du livre suivant : " Silent Knife, Cesarean Prevention & Vaginal Birth After Cesarean ", Nancy Wainer Cohen & Lois J. Estner, Editions Bergin & Garvey). Nous pensons justement à un deuxième bébé, et le titre de ce livre me " fait tilt ". Je le commande, et le temps de le recevoir, je suis enceinte.

Je suis bien décidée à essayer d'accoucher par voie basse, et surtout de trouver un endroit humain où accoucher. Mais après la lecture de ce livre, je suis décidée et armée pour accoucher le plus naturellement du monde et chez moi ! En effet, il regorge d'informations : ce que les femmes ressentent après une césarienne, notamment la notion de viol ; les pratiques médicales sont toutes revisités (monitoring, péridurale, épisiotomie, forceps, pour n'en citer que quelques-unes) ; la dépersonnalisation des femmes enceintes dès leur arrivée à la maternité ou dès le début de leur grossesse ; la croissance spectaculaire du nombre de césariennes et d'épisiotomie/forceps, les raisons de cette croissance et bien sur comment éviter d'en faire ou refaire partie ; un chapitre est également consacré aux témoignages de femmes qui ont décidé d'accoucher autrement suite à leur(s) première(s) expérience(s) ; les risques réels d'une césarienne répétée ou d'un accouchement par voie basse suite à une césarienne aussi bien pour la maman que pour son bébé ; etc…

Le parcours du combattant est engagé, mais je suis sûre que je dois mettre mon deuxième bébé au monde naturellement, sans aucune intervention. " Je vais bien trouver quelqu'un qui peut m'aider ! "

J'entame une recherche/documentation plus vaste, en contactant plusieurs associations, et en visitant les nombreux sites et livres que l'on m'a indiqué :

- Le répertoire des coordonnées des sages-femmes libérales pratiquant l'accouchement à domicile dans les départements que j'envisage ;

- L'association Naissance et Citoyenneté qui me met en contact avec une maman qui a accouché par voie basse à domicile suite à une césarienne en France (voir aussi l'association Césarine) et qui me parle également du Portail Naissance où il y a beaucoup d'infos ;

- L'association Femmes/Sages-Femmes d'Aquitaine <www.fsfa.asso.fr>, liste d'associations, de sites Web et bibliographie ;

- Une autre césarienne ? Non merci, Hélène Vadeboncoeur, Ed. Québec/Amérique. Ce livre traîte de l'accouchement vaginal après une (ou plusieurs) césariennes. Il démontre que la rupture de la cicatrice n'est pas un risque, et que toutes les femmes ayant déjà subi une césarienne peuvent essayer d'accoucher par voie basse. Ecrit par une journaliste, il est plein d'informations techniques, statistiques, tout en restant agréable à lire. Il peut aider à vaincre la peur que cette idée provoque souvent. A commander à L.L.L.F, Info-Services B.P. 18, 78620 L'Etang-la-Ville www.lllfrance.org

- Une Naissance Heureuse, Isabelle Brabant, Ed. Saint-Martin.

- Il existe également la liste Césarine <http://groups.yahoo.com/group/Cesarine/> pour partager son expérience de la césarienne et/ou de la naissance par voie basse après césarienne. Guérir physiquement et moralement. Préparer une autre naissance. Geneviève Treille qui a créé la liste "césarine", rassemblant des femmes ayant subi une ou des césariennes, a elle même pu accoucher 3 fois par voie basse après 3 césariennes...

Je discute aussi au téléphone avec une maman, qui à la suite de 3 césariennes, a eu 3 accouchements par voie basse à l'hôpital avec un obstétricien ami, qui lui laissa le champ libre.

La première sage-femme (X) que j'appelle (la seule sur mon département), est accueillante à prime abord, puis change de ton radicalement lorsque je prononce le mot césarienne. " Mme, ce n'est pas possible, adressez-vous à une maternité " et raccroche.

Je contacte ensuite une Maison de Naissance qui s'avère être déjà complète alors que je suis enceinte de 6 semaines. " Mme, ici les parents réservent leur place dès que la mère arrête sa contraception ! " Ma déception se dissipe rapidement, car j'apprends peu de temps après que les pratiques de cette Maison de Naissance s'apparentent de plus en plus avec celles d'une maternité classique, conséquence malheureuse de sa popularité.

La deuxième sage-femme (Y) de la liste, réside très loin de chez nous, mais à côté du département où nous envisagions de retourner vivre lorsque l'occasion se présenterait. Elle me demande les raisons de ma césarienne, et me dit qu'elle est prête à me suivre pour une AVAC à la maison puisque que les raisons de ma césarienne étaient de fausses raisons. Je suis ravie !

A trois mois de grossesse, n'ayant toujours pas trouvé de logement, je rappelle Y pour m'assurer qu'elle est toujours d'accord et que je figure bien dans son agenda. Elle me rassure, et me propose même de me louer son gîte pour plusieurs mois. Il doit se libérer bientôt ! A cinq mois, retournement de situation, son gîte ne doit plus se libérer. En fait, Y voulait probablement déjà se rétracter, mais je ne l'ai pas compris à ce moment là. J'avais confiance en elle avec son enthousiasme de départ, et surtout, elle ne me dit rien de tel.

Vers six mois de grossesse, une amie de ma mère a un appartement libre. A sept mois, nous nous y installons. Sitôt arrivés, j'appelle Y pour enfin la rencontrer et la connaître mieux pour préparer cet accouchement qui est bien proche maintenant. Et tenez-vous bien, elle s'excuse mais ne peut plus me suivre car j'ai emménagé 60km au sud de chez elle, alors qu'il était prévu 60 à l'est ! Je n'en crois pas mes oreilles, je la rappelle presque en suppliant car je n'ai personne d'autre. Elle me répond qu'elle s'est engagée envers une autre personne qui a un terme qui se rapproche du mien, et à 60km à l'est. Mais ne s'était-elle pas engagée envers moi aussi ? Et si je me trouvais à ces fameux 60km est, et que nos deux accouchements se déclenchaient en même temps, qu'aurait-elle fait ? Bref, me revoilà à la case départ, à sept mois de grossesse.

Il y a une autre sage-femme (Z) dans le département. Elle ne suit pas d'AVAC à domicile, mais accepte de m'accompagner à l'hôpital, de m'y préparer ; toutefois, si ça ne tombe pas un certain week-end où elle doit s'absenter. Elle me suggère de prendre r.d.v. avec la sage-femme en Chef et l'obst. de la maternité, et de leur présenter un projet d'accouchement. Je connaissais le débat sur Gynelist sur le Web autour du projet d'accouchement d'un couple, et les réponses du milieu médical n'étaient guère encourageantes ! Mais, qui sait, peut-être tomberais-je sur des gens " émotionnellement intelligents ".

Et non, ce ne fût pas le cas : la Chef dit me comprendre, mais sait que ça ne sera pas accepté chez eux. Quant à l'obst., il a été tour à tour outré, moqueur, imbu de sa personne et de sa toute puissance pour nous mettre rapidement dehors. En gros, on verra bien si vous ne voulez toujours pas de péridurale au moment voulu, et il est hors de question que vous vous déplaciez pendant le travail. Soit, je n'accoucherai pas chez eux. On conclut avec Z de faire le travail préalable chez elle pour se rendre ensuite à une autre maternité prés de chez elle.

Mais je " gamberge " beaucoup, relit toute ma doc, parle avec mon conjoint de nos ressentis. Je ne veux pas faire mon travail chez quelqu'un d'autre, d'une part ; d'autre part, je ne veux absolument pas me séparer de mon premier qui a seulement 20 mois, et qui ne s'est jamais trouvé sans l'un d'entre nous. Je souhaite qu'il vive l'arrivée de ce deuxième enfant. Je pense que c'est important pour qu'il l'accepte naturellement (ils sont d'ailleurs très complices). Peut-être pourrions-nous nous imposer à cette autre maternité en arrivant " à l'improviste " tous ensemble ? On ne prend aucune décision. On se dit qu'on saura quoi faire le moment venu…

Nous y sommes. C'est le week-end où Z n'est pas là. Je me réveille le samedi matin avec des contractions, bien espacées, pas très longues, ni très douloureuses. Mon conjoint et moi nous regardons, et l'évidence nous apparaît maintenant : nous allons nous débrouiller seuls. Nous appellerons les pompiers au dernier moment. Ces premières contractions sont un réel bonheur. Je sais enfin ce qu'est une contraction, je me sens femme, j'ai l'impression de faire un bond dans le temps et de mener mes deux grossesses à terme en même temps. Je peux enfin faire le deuil de cette césarienne. Je me sens libre, légère, entière !

L'après-midi, j'ai envie de marcher, alors nous partons tous les trois à pied faire les dernières provisions avant de retourner au nid. En rentrant, je me détend et essaie les positions et respirations apprises avec Z pour étudier leur effet sur la douleur avant que le vrai travail commence. Je ne constate pas de différence, mais ça m'aide tout de même à me détendre. Vers 17h, le calme plat revient. Le calme avant la tempête ! J'endors A . au sein, discute avec mon conjoint devant la télé, puis je décide d'essayer de dormir, un peu déçue de ce que je croyais une fausse alerte.

A peine ai-je le temps d'entrer en première phase de sommeil, que les contractions reviennent, plus fortes cette fois, mais parfaitement supportables. Je me relève, et accompagne ces douleurs sereinement jusqu'ici. Elles se déroulent de la manière suivante : 1 toutes les vingt min. pendant une heure, puis 3 ou 4 qui se suivent littéralement. J'ai l'impression que mon corps me prépare doucement mais sûrement à cette épreuve. Elles se situent dans le bas du dos, et je trouve instinctivement la position qu'il me faut : debout, dans le couloir, le dos appuyé contre le mur, les mains contre la commode en face, et je pousse de toutes mes forces sur la commode pour " enfoncer " le bas de mon dos " dans le mur ". La méthode s'avère efficace jusqu'au moment où je ressens également le besoin de faire des sortes vocalises, de laisser sortir des sons de l'intérieur. Je fais ce que mon instinct me dicte !

Après 9h et demi de travail, la douleur est très très forte, les contractions s'enchaînent non-stop, et j'ai l'impression d'être entre la vie et la mort. Non pas que je pense mourir, mais je suis entre les deux mondes. C'est difficile à expliquer, mais je suppose que les femmes ayant accouché naturellement savent de quoi je parle. Je suis aussi " en contact " régulier avec mon bébé, je sens qu'il va bien (ça aussi, c'est difficile à expliquer, mais au cours de mes deux grossesses, j'ai toujours su communiquer avec mes deux bébés). Mais je me demande tout de même pourquoi c'est si long (c'est très difficile dans cette situation, seule, de lutter contre les peurs qui nous sont inculquées tout au long de notre vie, depuis l'enfance, et même l'enfantement).

Mon conjoint appelle donc les pompiers, avec mon accord. Devant cet ultimatum, je me laisse complètement aller à mes " instincts profonds ", et me jette en avant sur le sol (pour atterrir dans la salle de bains). Là, la poche des eaux se rompt et la contraction suivante me commande de me tenir accroupie avec mon conjoint qui me tire les bras vers le haut. Nous sommes interrompus par les sirènes des pompiers et mon conjoint courre leur indiquer le chemin. Je me suspens donc au lavabo pour la suite. Quatre pompiers passent la tête par la porte de la salle de bains. L'un d'entre eux me demande de venir m'allonger. Je leur réponds fermement non, et qu'ils n'ont pas besoin d'être tous dans la même pièce que moi !

Tout cela se passe très rapidement. Dans l'ouverture de la porte, il y a mon conjoint avec A. dans les bras et un pompier. A quatre pattes, je place une glace entre mes jambes pour m'apercevoir que la tête est juste là ! J'en reviens pas, je touche la tête de mon bébé qui est là ! Encore une contraction et la tête sort. Mon conjoint me dit plus tard que c'était une image magnifique, cette tête entre mes fesses qui les regardait. Je demande au pompier si il est prêt à attraper B., et une contraction de plus, et B. arrive en boulet de canon !!!!!!! avec des litres de liquide amniotique.

B. est né avec le cordon autour du cou, et avec un nœud au cordon. Le pompier a le réflexe immédiat de démêler tout çà pendant que j'essaie de sortir de la salle de bain qui s'est transformée en patinoire avec tout ce liquide. Un deuxième pompier m'aide à sortir (j'aurais dû prévoir des bottes en caoutchouc!), et j'accepte maintenant d'aller m'allonger avec mon bébé sur mon ventre. Aucun mot ne peut exprimer l'immense bonheur de ces instants. Mon conjoint et A. sont à mes côtés, émerveillés. Et les quatre pompiers sont devant nous, tout aussi émerveillés (l'un d'entre eux nous avouera d'ailleurs qu'avec ses quatre enfants, il n'avait jamais vécu quelque chose de si émouvant !). Ils veulent procéder au " clampage " du cordon, mais on leur explique gentiment les raisons pour lesquelles on veut attendre ; ils ne s'y opposent pas.

Le médecin de garde arrive 5 bonnes minutes après l'action. Il s'assure que nous allons bien, essaie lui aussi de procéder au " clampage ", et accepte d'attendre. Le cordon sera donc coupé une bonne vingtaine de minutes après l'accouchement. Trois quarts d'heure plus tard, la crainte de la non-sortie du placenta se fait pressante. Les pompiers ne peuvent plus attendre et le médecin souhaite que je me rende dans un hôpital pour attendre le placenta. Je demande au médecin si j'ai déchiré pendant l'accouchement. Il regarde et me répond que non. Alors j'accepte l'hôpital car je me dis qu'ils ne peuvent plus intervenir maintenant, tout est fait. Quelle erreur !!!

Le placenta commence à sortir dans " l'ambulance " des pompiers. Une fois sur la table à la maternité, ce n'est plus qu'une question de minutes. Une sage-femme a tout de même le temps d'essayer de tirer sur la partie du placenta qui est à l'extérieur, ils ne peuvent pas s'empêcher d'intervenir !!!, mais je l'arrête à temps. Elle me dit ensuite : " Je suppose que ce n'est pas la peine de vous demander de faire une révision utérine ? ". Eh comment ! " C'est bien sûr hors de question ". Je lui parle de mes lectures, et elle me demande qui peut bien écrire des livres comme ça. Je lui réponds que ce ne sont pas des gens comme moi, mais bien des médecins et sages-femmes comme elle. Elle n'a pas beaucoup apprécié cette remarque.

Lors de la sortie du placenta, misère, elle me dit que j'ai une belle déchirure qui se termine juste avant l'anus, et qu'il faut recoudre. Je repense à tous les témoignages de femmes qui se font recoudre après une épisiotomie et qui en souffrent des mois après, voir à vie. Je voudrais contacter Z pour avoir son avis, mais dans la précipitation et étant certaine qu'il ne pourrait y avoir de problème, je n'ai pas pris ses coordonnées. Je finis par m'y résoudre, en me disant qu'ils doivent bien pouvoir réussir la suture d'une déchirure naturelle.

Pendant ce temps, ils insistent pour regarder le bébé. Je presse mon conjoint pour qu'il ne le quitte pas d'une semelle, et je fais bien car ils ont bien entendu l'intention de l'intuber et de lui mettre des gouttes dans les yeux, à l'encontre de mes recommandations. Mon conjoint se fâche : ils ne feront que le peser.

J'attends l'obst. qui doit me recoudre avec mes deux enfants qui têtent, chacun d'un côté, et mon conjoint près de nous. L'obst. arrive et me propose une anesthésie générale pour me recoudre !!!! que je refuse bien évidemment. La sage-femme passe le spray local, et un premier point est posé. Mon conjoint repart chez nous avec l'ainé me chercher des vêtements. Mais le deuxième point est tellement douloureux que je hurle. Mon conjoint revient en courant, interroge l'obst. qui répond que je suis très douillette. Il lui dit alors que sa femme vient d'accoucher toute seule sans pousser aucun cri de cette sorte ! L'obst. jette littéralement ses outils dans le bac sur la table et rétorque qu'il continuera seulement sous anesthésie générale, et quitte la pièce ! Ah, elle est belle la médecine !

Nous annonçons à la sage-femme et l'infirmière restées dans la pièce que nous partons. Mon conjoint réclame le nom de l'obst., mais elles refusent de nous le communiquer. Quel beau Service où tout le monde a peur. L'infirmière me donne tout de même une blouse pour que je ne sorte pas de là semi à poil. En sortant, une autre infirmière me guette pour me donner des chaussons de clinique.

En rentrant chez nous, j'essaie de joindre Z, mais je peux seulement laisser un message sur son portable. Je m'inquiète de garder cette déchirure ouverte et décide de contacter une sage-femme dans l'annuaire pour lui demander son avis. Elle paraît sympa au téléphone, et viens me voir en fin d'après-midi. Elle veut me faire un toucher que je refuse, " je veux seulement votre avis sur la déchirure, pouvez-vous la recoudre ". Elle se vexe, appelle les pompiers à nouveau sur son portable. Je suis prise au piège, je ne peux tout de même pas lui arracher le portable des mains.

Nous sommes très gênés d'avoir dérangé les pompiers une nouvelle fois, mais ils restent " cool ". Nous voilà donc repartis vers une autre maternité, celle qui s'était moqué de nous avec mon projet d'accouchement. Je suis soulagée d'apprendre en arrivant que le gynécologue en chef ne soit pas de garde ce jour là. Nous sommes évidemment confrontés à : " votre mari et votre aîné ne peuvent pas entrer ". Mais il est hors de question que je me retrouve à leur merci. Ils finissent par accepter notre présence à tous les quatre. Je me fais recoudre par une infirmière ou sage-femme pour les " points faciles " et une obst. pour les " points plus sensibles ". C'est douloureux, mais je ne ressens pas la nécessité d'hurler cette fois. L'autre était donc bien un charcutier !

Une fois le " boulot " terminé, l'obst. me dit que je dois rester sous surveillance deux jours chez eux ! Est-ce le besoin de contrôler ou un besoin financier ? Ou les deux ? Evidemment, je refuse. Les menaces commencent : " Je ne vous donnerai pas votre ordonnance si vous ne voulez pas rester ! " Je lui réponds que cela m'est égal, que je ne prendrai pas ses antibiotiques de toute manière. Je rentre chez moi, un point c'est tout. Elle attaque donc sur un autre plan : " Votre bébé siffle un peu, il est en difficulté respiratoire, je souhaite qu'il voit le pédiatre pour vous donner le feu vert. " On sait très bien que notre bébé va bien puisqu'il tète depuis le matin, qu'il dort dans nos bras le reste du temps avec un air très paisible, et il a déjà été vu par un médecin et un pédiatre. Mais on décide de leur accorder le pédiatre pour que tout le monde soit satisfait.

On attend une heure de plus. J'ai accouché vers 9h du matin, il est maintenant 9h du soir. L'aîné s'impatiente, je meurs de faim (je n'ai pas mangé depuis la veille) et nous sommes tous épuisés. Cette fois, on s'en va quoiqu'ils disent. On s'engage dans le couloir, un subalterne du pédiatre nous menace de prévenir le procureur si on s'en va. Mon conjoint lui répond qu'il peut prévenir le Président de la République ! Bien parlé !

Et ce n'est toujours pas fini ! Le lendemain matin, on sonne à la porte. Derrière se trouve deux policiers et une assistante sociale. Ils disent venir sur demande du Procureur (ils ne m'ont présenté aucun papier venant du procureur), et qu'ils ne repartiront pas avant qu'un médecin n'ait vu le bébé. La plainte de l'hôpital spécifiait que nous nous étions "évadés" ! Soit. Ils appellent un médecin. Celui-ci ausculte très sommairement notre bébé pour leur annoncer que tout va bien. Il est très agacé d'avoir été appelé en urgence pour cela.

Dernier chapitre : je reçois une convocation de l'assistante sociale. Je comprends en me rendant à cette convocation, qu'elle a profité du moment de la visite du médecin à notre domicile où nous étions tous les deux affairés, pour aller visiter notre chambre. Elle n'y a trouvé aucun lit de bébé ! Oh mon dieu, quel crime !!! Je lui réponds qu'il n'y a aucune loi qui précise où doit dormir un nouveau-né, et que c'est une pratique courante pour une femme qui allaite de dormir avec son bébé. Elle ne veut rien entendre et me menace au niveau des allocations familiales.

Je suis allée voir une association de consommateurs pour leur raconter toute l'histoire. Ils n'ont pas été très surpris pour la maternité. Ils me préviennent que ça serait une cause perdue d'avance que de vouloir m'attaquer à l'obst. qui a refusé les soins. Par contre, je n'ai plus jamais entendu parler de cette assistante sociale.

Voilà ! Je conseille donc vivement à toute femme qui veut un accouchement normal de s'adresser à une sage-femme pratiquant l'accouchement à domicile dès sa première grossesse !!! Je souhaite tout de même préciser que si c'était à refaire, je le referai sans hésiter car c'était la seule façon qui m'était disponible pour mettre mon bébé au monde moi-même. Maintenant, je me sens très femme. Et je suis très fière d'avoir mis mon bébé au monde. Et " last but not least ", je remercie mon conjoint d'avoir été à mes côtés. Nous avons tous les deux beaucoup " grandis " par ces expériences. Et un petit message pour la sage-femme Z, qui se reconnaîtra sûrement si elle vient à lire ce témoignage. Merci pour ta présence après l'accouchement, pour tes soins physiques, et pour le soutien moral.

Natasha

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Published by Sophie Gamelin-Lavois - dans Récits de naissances
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commentaires

Julie 29/05/2009 14:04

Bonjour, j'ai encore une larme qui roule sur ma joue après cette lecture de L'accouchement naturel après une césarienne programmée pour siège. Je suis enceinte de 4 mois révolus de mon deuxième bébé après une césarienne identique, ais contacté sage-femme libérale proche de chez moi, pas moyen d'avoir qui que ce soit à domicile en Moselle, je ne la sens pas zen avec un AVBAC, parle de rupture utérine, d'appeler un obst. que je ne connais pas en cas de pb au lieu de voir le mien avec qui (malgré la césa. je me sens bien)...Serait-il possible de vous contacter pour discuter ?Bonne journéePS : il n'y a pas de date sur ce post...