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19 avril 2009 7 19 /04 /avril /2009 07:45

Mon corps a trouvé le chemin...

Bonjour à toutes et tous. Je viens de mettre au monde mon deuxième bébé, une expérience très différente de la première. Mon premier accouchement, à terme, a été très et assez mal néanmoins, médicalisé. Je suis arrivée à la maternité, que j'avais pourtant choisie pour sa réputation de respect des désirs des parents, avec des contractions qui n'avaient pas encore eu d'effet sur la dilatation du col, simplement de l'effacement. J'étais déjà fatiguée par la fin de la grossesse, et je n'ai pas eu envie de déambuler. Le travail n'avançant pas, la douleur augmentant, et la sage-femme insistant lourdement !, j'ai accepté une péridurale à un moment où la douleur restait supportable, et cela a aussi permis qu'on m'injecte des ocytociques, et qu'on perce la poche des eaux, toujours pour accélérer le travail (par la suite, mon bébé a été colonisé, sans heureusement être infecté, par une bactérie, et je pense maintenant que cette rupture précoce en est la cause majeure).

Par la suite, le travail avançait, mais malheureusement, je ne réagissais pas très bien à l'anesthésie. Et malgré des doses très importantes, une douleur d'écrasement dans le bas du dos s'amplifiait jusqu'à l'insupportable. Au final, j'ai accouché au bout de 13h, pliée de douleur malgré un bloc moteur à cause des injections de péridurale, ne sentant rien de la poussée, de la descente, ne sentant rien du tout si ce n'est le dos. Le bébé descendait bien, mais comme je ne contrôlais rien, la tête ne sortait pas, et il a fallu un petit forceps, et une épisiotomie.

D'autre part, la douleur et l'épuisement m'ont fait complètement perdre de vue la finalité de ce qui n'était qu'une lourde épreuve physique. La douleur du dos ne s'est estompée que plusieurs heures après la naissance, j'étais épuisée, et n'ai eu envie de prendre mon bébé que deux heures après sa naissance. Heureusement, il était en parfaite santé, et a passé ce temps dans les bras de son père, et non dans une couveuse !

Cette naissance ne me laisse pas un très bon souvenir, et surtout, je dois dire que je me suis sentie très flouée par l'anesthésie inefficace. Il semblerait que certaines positions du bébé in utero soient en cause ?

Quoi qu'il en soit, je ne voulais pas revivre un tel accouchement, et je me suis encore davantage informée lors de ma deuxième grossesse. Notamment, je ne voulais absolument plus d'épisiotomie, (dont la douleur post-partum est scandaleusement sous-estimée et négligée, dont le résultat, quelle que soit la « qualité » de cicatrisation, n'est rien d'autre qu'une mutilation ; v. www.afar.info), et je ne voulais pas connaître à nouveau cette abominable douleur du dos.

Je me suis renseignée surtout sur la physiologie de l'accouchement, les positions qui facilitent la descente, et également sur la poussée, je garde un très mauvais souvenir des exhortations à "pousser fort" qui ne correspondaient à rien de mes sensations. D'autre part, certains textes sur le réflexe d'expulsion du bébé me semblent plus correspondre à ce qui doit être un événement physiologique, non un travail dirigé par une autre personne !

Pratiquement au même terme que la première fois, j'ai commencé à ressentir des petites contractions bien espacées un matin vers 8 heures. Elles revenaient toutes les 15-20 minutes, des contractions de début de travail, que je gérais sans difficulté aucune. Je vaquais à mes occupations, en marchant et en bougeant, sans avoir à me ménager, ce qui est plutôt agréable après des mois à se ménager justement ! Vers 15 heures, les contractions revenaient toutes les dix minutes. Je marchais vite à ce moment, en expirant profondément.

Vers 17h, j'ai commencé à sentir quelques contractions plus fortes, toutes les 7 minutes environ. J'ai alors pensé que malgré tout, je demanderais une anesthésie, en espérant qu'elle soit efficace, parce que ces contractions-là me rappelaient ce qu'avaient été certaines des contractions d'accouchement, et je n'ai plus senti de raison de les subir. Compte tenu de l'avancement du travail, j'ai dû aller dans une maternité proche, au lieu de me rendre dans celle où j'avais prévu d'accoucher, et où j'avais fait part de certains désirs : notamment pas d'épisiotomie, une liberté posturale, et un accompagnement réel de la part de la sage-femme.

A 18h30, la dilatation était de 3-4 cm, et les contractions devenaient plus fortes, néanmoins encore supportables à condition de promener énergiquement la douleur. J'étais dans la zone de consultation des urgences, pour faire le monitoring obligatoire. J'ai eu le temps de parler de mes douleurs au dos, et ai obtenu de la sage-femme qu'elle me fixe le monitoring alors que je restais debout. D'autre part, j'ai eu les prélèvements de sang nécessaires à la péridurale (cet hôpital ne la pose qu'avec des prélèvements effectués le jour même, ce qui n'est pas le cas de l'endroit où je devais accoucher initialement, et où je pense qu'on m'aurait posé à ce stade la péridurale). Je savais donc que je devais attendre environ une heure, et que je n'aurais rien avant.

Le monitoring a duré environ trois quarts d'heures. Etonnamment, je me débrouillais très bien. Les contractions étaient fortes, mais je les maîtrisais en expirant profondément, en me penchant (ce qui interrompais l'enregistrement ; une des sages-femmes s'inquiétait des décélérations, heureusement, l'autre pensait qu'elles étaient des artefacts dus à la perte du signal). Elles ne me semblaient pas très longues ; et surtout, entre, une sensation étonnante de relâchement m'envahissait, accompagné d'une impression de fraîcheur tout à fait reposante. J'étais seule dans la salle, seule avec moi-même et mon souffle.

Néanmoins, probablement à un stade de huit ou neuf centimètres, la douleur à commencé à me peser dans le bas du dos, et c'est surtout l'anxiété d'anticipation qui m'a envahie. Je n'étais pas sûre de pouvoir garder la posture que je souhaitais, et j'étais vraiment terrifiée à l'idée d'être sur le dos encore avec cette douleur du dos, et cette fois sans péridurale pour au moins enlever la douleur des contractions utérines, puisque les résultats ne devaient pas être arrivés.

La sage-femme m'a fait répondre à un questionnaire, entre deux contractions qui devenaient très violentes, à pleurer de douleur, et surtout une pression dans le dos qui montait. Vers 19h30, libérée du monitoring, j'essayais de marcher, je suis sortie pour voir si mon mari arrivait, et je me suis pliée dans ses bras face à une très violente contraction, en pleurant de douleur, et en sentant une envie de pousser déjà, puis une sorte de craquement et d'écartèlement dans le dos, et enfin un écoulement : c'était la rupture de la poche des eaux. La sage-femme a dit qu'il fallait passer dans la salle de naissance, mais je voulais encore aller uriner ; dans la confusion, elle a accepté ; cela peut paraître étrange, mais avoir envie de faire pipi sans y parvenir est aussi une douleur lancinante ! Je me pliais encore en deux sous l'envie de pousser, mais heureusement, grâce à l'eau du robinet mise à couler par la sage-femme, j'ai réussi à faire pipi, et cela m'a beaucoup soulagée.

Très bizarrement (?) J'ai été emmenée en fauteuil dans la salle de naissance, en suppliant pour avoir une péridurale, même sans les résultats, j'étais prête à signer une décharge. Arrivée dans la salle, je n'ai pas pu m'allonger, cette envie de pousser effrayante, qui ressemble à un écartèlement, me semblait moins dangereuse à quatre pattes. Un court instant je me suis retournée, la sage-femme a constaté l'engagement du bébé, et m'a dit que dans quelques minutes, il serait là ; je me suis vite remise à quatre pattes (monitoring posé), bien qu'elle insistait pour que je respecte les fonctions de son matériel. Ca a été le moment de la plus terrible contraction, j'ai instinctivement poussé un hurlement tout à fait primal, qui a eu l'effet extraordinaire, au moment où je l'émettais, d'atténuer presque complètement la douleur ; et lorsque le cri s'est épuisé, j'ai constaté avec stupéfaction que la douleur l'était aussi. La sage-femme a demandé que je me remette allongée, je refusais absolument ; j'avais très peur, cela aurait été comme de mettre sa main au feu ! Elle a dit "mettez vous à ma place", réflexion drôle quand on y pense, j'aurais bien voulu ! Mon mari lui a demandé de se mettre à la mienne, elle a parlé de risque de périnée complet. J'ai accepté de me mettre sur le dos lorsque j'aurais une dernière fois poussé à quatre pattes, une poussée ultime, où j'ai senti la tête du bébé passer, ce qui cette fois ne cause pas de douleur, ni de sensation d'écartèlement justement, juste le passage.

La sage-femme, toujours derrière moi, a dit "ah, voilà la tête, c'est trop tard (sous-entendu pour m'allonger)", puis "ne poussez plus", mais cette demande était inutile, je ne sentais pas d'envie de pousser. Puis une nouvelle poussée spontanée, "l'épaule", je ne poussais plus, puis une dernière, j'ai senti le corps du bébé glisser hors de moi, sans douleur, rien, il était né, il a crié.

Le bébé n'a bien sûr pas pu grimper sur mon ventre pour téter, comme je le souhaitais. J'étais très calme et détendue, mais je ne ressentais pas (à ce moment-là, immédiatement après la naissance) l'extraordinaire émotion parfois décrite. Simplement j'étais tranquille, le devoir accompli, et également assez stupéfaite d'avoir réussi sans anesthésie.

Je n'ai eu qu'une petite déchirure très superficielle, deux points, bien que le bébé avait un bon poids. La délivrance a été accélérée par du Syntocinon, je crois ; j'ai mis le bébé au sein après environ un quart d'heure, le temps qu'on lui fasse les examens classiques, et que je me remette.

Au final, malgré le cadre hospitalier très classique, je pense que cette naissance a été très peu médicalisée ; au sens strict, pas du tout puisque je ne considère pas le monitoring comme une médicalisation (pas d'effet direct, pas de chimie).

Cette expérience a bien sûr beaucoup modifié mon point de vue sur la naissance, certainement dans le courant de cette liste (ndlr : la "liste-naissance"). J'en retire quelques enseignements (personnels) : tout d'abord, me concernant, le bain, ou le travail dans l'eau, ne me convient absolument pas ; comme je l'ai écrit, "promener" la douleur était beaucoup plus efficace ; il y a une douleur lors de la contraction, c'est indéniable. Mais le mouvement permet au corps d'éprouver d'autres sensations que la douleur ; au contraire, le bain élimine les autres sensations, laissant le champ libre à la contraction. J'ai marché pendant tout le pré-travail, et la plus grande partie du travail.

Deuxième point, lié, la verticalité. Là encore, je suis persuadée que la dilatation et le positionnement du bébé sont nettement aidés ; j'avais eu un début de travail dystocique la première fois, et mon bébé avait une "mauvaise" position. La douleur du dos n'est intervenue qu'à la toute fin de l'accouchement, pratiquement au stade terminal. L'effet mécanique du poids du bébé sur le col est donc bien plus efficace que les ocytociques, forçant l'ouverture. J'ajoute qu'avec la bonne volonté médicale, une surveillance par monitoring est parfaitement compatible avec au minimum une station debout, et dans certains cas il y a des équipements mobiles.

Troisième point, la préservation de la poche des eaux, encore liée ; il semble, à lire diverses expériences, que dans les accouchements naturels et sans immobilisation, celle-ci intervient à la toute fin du travail ; en tout cas, c'est mon expérience pour le deuxième enfant, et je connais une personne, qui, pour son quatrième, a poussé pour la poche des eaux, puis pour le bébé. Je pense qu'il y a certainement un effet protecteur pour le bébé ; il reste dans son milieu stérile, il ne ressent que très amorties les contractions. On la perce très souvent pour "accélérer" le travail ; je pense à présent qu'elle n'est que le résultat, le marqueur de cette accélération, lorsqu'elle survient, elle indique que le moment de la naissance est imminent. C'est donc complètement perturber le processus naturel que de l'utiliser littéralement à contre-sens, comme déclencheur (sans doute l'expérience de sages-femmes permettra de discuter cette hypothèse que j'émets). En tout cas, pour ma part, compte-tenu du risque néonatal majeur que constituent les infections, et qui sont je le pense extrêmement favorisées par la rupture précoce de cette poche, l'amniotomie semble être particulièrement iatrogène.

Quatrième point, la possibilité d'obtenir l'aide naturelle de son organisme, via les endorphines, lorsque le travail se fait naturellement et qui plus est activement, il me semble que le mouvement favorise leur sécrétion. En plus de l'effet apaisant, ressentir que son corps prend en charge les deux aspects du travail (contraction et repos ) est un important élément de confiance. Je me souviens d'ailleurs que la sage-femme m'a indiqué 16 de tension, en ajoutant que c'était normal, le signe du travail du corps. Ceci me donnant l'impression que mon corps "savait" ce qu'il avait à faire, en dehors d'une connaissance que j'aurais acquise, de lui-même, et que là aussi, il fallait lui faire confiance.

Cinquième point, le doute sur la pertinence, au moins dans mon cas, d'un accompagnement. J'ai passé au final tout le prétravail chez moi, seule (avec mon aînée), puis jusqu'à pratiquement probablement 8 ou 9 cm de dilatation, seule dans la salle de consultation. Je rentrais en moi-même, j'étais concentrée, je ne me surveillais pas, je ne dépendais également de personne. J'ai bien senti que lorsque la sage-femme venait relever le monitoring, sa seule présence m'incitait à me plaindre (à mettre des mots sur la douleur, donc à la ressentir deux fois au moins), à réclamer une assistance, à me déposer en ses soins, que de toute façon, elle ne pouvait pas me donner, c'est moi qui accouche. Les injonctions à respirer ne sont qu'agaçantes (pour moi). Le travail de l'accouchement est à mon sens un travail solitaire, pour lequel on rentre en soi, on est seule à s'aider. J'ai pratiqué l'haptonomie, dont j'apprécie les effets et l'esprit pendant la grossesse. Mais dans un accouchement sans péridurale, donc avec des sensations qui finissent par être violentes, elle me semble hors de propos. On n'a pas le temps, ni l'énergie de se consacrer au bébé (et heureusement, celui-ci est bien protégé dans sa bulle, normalement). J'étends cette remarque au moment de l'expulsion, pour en venir au sixième point.

Sixième point, je m'insurge absolument à présent contre la poussée "dirigée", et je me rends compte de son emprise sur notre conception de l'accouchement, qui ne saurait apparemment se faire sans les injonctions de l'accoucheur (se) "poussez, poussez". Comment quelqu'un d'extérieur peut avoir à nous dire cela ? A-t-on besoin de quelqu'un pour nous indiquer quand et comment utiliser nos autres fonctions ? On sent le besoin de pousser, ou plus exactement "ça pousse", et puis "ça ne pousse plus". C'est ma plus grande satisfaction dans cette naissance, la certitude que j'ai de pouvoir mettre le bébé au monde sur mes seules sensations, et je dirais même, conformément à certains textes du portail Naissance (www.naissance.ws), de le mettre au monde sans avoir besoin de le faire volontairement. C'est le bébé qui vient au monde par lui-même, et il s'agit de faire confiance à son corps pour être ce chemin qu'emprunte le bébé... Je considère comme un abus de pouvoir très grave cette main-mise sur la "poussée", qui est la seule propriété de la mère.

Septième point et dernier, la position. Comme je l'ai expliqué, la seule position qui me paraissait possible était à quatre pattes/ à genoux. La sensation ultime ressemble à une sorte d'éclatement ou écartèlement, non douloureux en lui-même, mais inquiétant, paniquant même, probablement quelque chose d'archaïque. Il est vrai que j'ignorais que cela signifiait physiologiquement, à savoir l'engagement et la descente du bébé dans le vagin. Et ce danger me semblait jugulé dans cette position. Je précise que la sortie du bébé elle-même ne m'a pas fait cette sensation, ce n'est donc pas au niveau des muscles vaginaux ou périnéaux, ceux-ci sont parfaitement conçus pour s'ouvrir. Et je pense que la sortie sans dommage et sans douleur d'un bébé même plutôt gros est bien le signe que cette position correspond à ma physiologie, si ce n'est à la physiologie de l'accouchement. En tout cas, la position en décubitus dorsal, ou même assise, ne paraît incompatible ; elle ne laisse pas libre l'espace où se joue la naissance, elle le réduit même, et reporte la compression sur d'autres zones, non compressibles, d'où l'ouverture chirurgicale forcée.

Voilà pour ce long récit.
M., février 2002.

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Published by Sophie Gamelin-Lavois - dans Récits de naissances
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