Présentation

Le site a déménagé :-)

19 avril 2009 7 19 /04 /avril /2009 07:47

Chère Sophie,

Votre site [www.perinatalite.info] m'a beaucoup interressée durant toute ma grossesse. J'ai largement profité de tous les liens et de toutes les infos qu'il contient.  Alors aujourd'hui, trois semaines après avoir accouché à la maison, je souhaite faire profiter d'autres mamans de mon expérience.

En échangeant dans mon entourage, je me suis rendue compte que finalement, la naissance à l'hopital n'offrait pas tant d'avantages que ça et nous laissait, nous les femmes, les mères, "marquées" (forceps, épisio, césariennes...) à vie, dans notre esprit et dans nos chairs. Je commençais à trouver cela de moins en moins normal.

Quand j'ai su que j'étais enceinte pour la troisième fois, ma décision était prise, je voulais accoucher à la maison. J'avais les coordonnées d'une sage-femme en poche, il ne restait plus qu'à convaincre mon compagnon du bien fondé de ma démarche. Sa première réaction a été : "non !"

Louisiane, notre première fille est née en 1998, à l'hôpital. Prise de panique dès les premières contractions, j'ai réveillé mon compagnon à 2h00 du matin pour qu'il m'emmène tout de suite à la maternité. "On m'a accouché" le lendemain à 20h00. Je suis restée tout ce temps allongée (sans boire ni manger : l'enfer !), avec la perf' (dans le creux du bras, pratique pour prendre le bébé !), le monito (du côté droit du lit alors qu'on nous demande de nous allonger du côté gauche dès qu'il y a un problème, on a la sonnerie et l'affolement général sans pouvoir rien voir ! Il parait que c'est pour ne pas nous inquiéter...), deux touchers vaginaux par heure, poche des eaux perçée..... et une belle épisio. La totale quoi. Mais j'avais mon bébé dans les bras, une belle fille de 4,3 kg et 53 cm, un amour. J'allais m'appliquer à tout trouver normal.

Roxane est née 3 années plus tard dans les mêmes conditions. Je suis partie bien plus tard à la mater, sachant que j'allais "mettre du temps". Mon compagnon avait prévu un bouquin, et je dois bien l'avouer, moi aussi.... merci la péri !

J'ai eu la péri alors que le travail devenait vraiment douloureux. Pendant que l'anesthésiste faisait son oeuvre, je voyais mon compagnon en retrait, derrière toutes les blouses blanches et je me disais "si nous avions préparé un peu la naissance, je pourrais être dans ses bras, on pourrait bosser ensemble, au lieu de subir tout ça..." Puis, perf' (dans le creux du bras), monito, pendant 5 heures. On m'a accouché pour la deuxième fois, avec une petite déchirure (merci à la sage-femme pour ses massages et sa certitude que tout se passerait bien sans épisio, elle m'a rassurée, moi qui croyais que je "n'y couperai pas"...). J'ai enfin eu ma fille dans les bras, 4,3 kg, 53 cm, le bonheur.

Evidemment, je n'ai rien dit de mes doutes à personne, pas même à mon compagnon. J'avais eu deux accouchements parfaits, dans un lieu sécurisé, entouré d'un personnel compétent... mais je n'étais plus du tout convaincue.

En 2003, à nouveau enceinte, j'arrive à convaincre mon compagnon de rencontrer la sage-femme. Une rencontre formidable qui nous a permis de parler de nos vécus par rapport aux premiers accouchements. La sage-femme a aussi répondu à toutes nos questions, mêmes les plus débiles. Finalement c'est décidé, nous accouchons à la maison ! Après moult discussions et échanges de points de vue, mon compagnon est partie prenante dans l'aventure.

Seule ombre au tableau, une engueulade avec le gynécologue de l'hôpital (je dois faire un dossier et donc, les visites des 8e et 9e mois + l'anesthésiste, au cas où). J'ai eu la prétention de refuser qu'il me fasse un toucher. Je passe sur les noms d'oiseaux que j'ai dû subir. Je lui dis que je suis suivie par une sage-femme depuis la conception, que je l'ai vue le matin même et que je vais bien (il note sur le dossier "dit se porter bien"...). Je suis venue à cette visite avec ma fille de 2 ans. Nous avons attendu 2 heures en salle d'attente, et le gynéco s'est excusé du bout des lèvres...

J'ai commencé par parler de mes deux premiers accouchements. Il ne voyait pas ce qui clochait, a ouvert les dossiers les a feuilleté (1cm d'épaisseur chacun, des ribambelles de tracé de monito, des listes interminables de résultats de touchers et de médicaments injectés dans la perf') et m'a déclaré que j'avais eu des accouchements "parfaitement naturels". Il avait l'air tellement convaincu que je n'ai rien dit ! J'avais par contre fait l'erreur d'oublier tous mes résultats d'examens chez moi.

Je n'avais donc aucune preuve de mon suivi. Le monsieur contenant difficilement son énervement m'a demandé si "au moins, on pouvait écouter le coeur du bébé", mais bien sûr monsieur ! Impossible de calmer ma fille qui se demandait ce que je faisais perchée sur une table loin d'elle (indiférence du gynéco), il me tâte le ventre durement, n'écoutant pas ce que je lui dis (je connais la position du bébé). Les larmes au bord des yeux (encore aujourd'hui) je le laisse prendre ma tension (pour qu'il puisse poser quelques actes et se calmer un peu), évidemment très élevée !

Résultat "vous allez à l'infirmerie, on vous prendra à nouveau la tension dans un quart d'heure". Comme une cruche j'ai dit "oui". Arrivée à l'infirmerie, le gynéco me tourne le dos et dit tout bas à la dame en blanc "si sa tension ne chute pas, vous la montez au bloc mater pour une surveillance continue"... Enfoiré ! Docile, je m'allonge avec ma fille à mes côtés. L'infimière revient quelques minutes plus tard, la tension à à peine baissé, mais je m'en vais, adieu hôpital ! J'arrive enfin chez moi et je pleure. Je fais manger ma petite et tout le monde au lit !

Je me suis rendue au rdv avec l'anesthésite (charmante vieille dame), j'en ai profité pour mettre un double de tous mes examens dans mon dossier. La seule angoisse qui me reste : dépasser le terme et être obligée d'aller faire des examens (monito, écho) à l'hôpital. (Louisiane est née 4 jours après le terme et je connais la rengaine). C'est pour ça que les contractions qui apparaissent 3 jours avant le terme n'arrivent pas à me convaincre que tout à commencé.

J'ai des contractions de Braxton-Hicks depuis un mois et demi, et chaque soir quand je me couche, tout s'arrête. Je mange donc avec toute ma petite famille. Mon compagnon me propose de prendre un bain pendant qu'il met les filles en pyjama, lit l'histoire et les met au lit (je dois être un peu crispée). Je lui assure que tout va bien et qu'il peut même aller se coucher lui aussi, je le rejoindrai plus tard.

A 22h00 je sors de la baignoire avec difficulté. Loin de s'arrêter, les contractions se sont intensifiées et rapprochées. J'ai du mal à marcher jusqu'à notre chambre. Je souffle et gémis un peu chaque fois que la douleur revient. Je réveille mon compagnon qui se propose de chronométrer : moins de 5 min entre chaque contraction.... Il faut faire quelque chose... Je suis déjà bien loin ! A quatre pattes dans la cuisine (je voulais boire un verre d'eau !), prise au piège de la douleur, je n'arrive pas à me lever. Mon compagnon me demande ce que je veux : aller à l'hôpital ou faire venir la sage-femme ? Après un quart de seconde d'hésitation, je demande la sage-femme.

Il est déjà 23h00. Une voisine vient chercher Louisiane qui s'est réveillée entre temps pour boire un verre d'eau. Roxane dort. Je me tords de douleurs sur le canapé. Impossible de trouver une position antalgique. Chaque contraction est comme une décharge électrique des genoux au ventre, finissant dans le dos. Mon compagnon me prend dans ses bras. Je suis heureuse qu'il soit là. Je gémis de plus en plus fort.

J'ai du mal à profiter du calme entre chaque contraction pour récupérer. Je suis persuadée que je n'accoucherai pas cette nuit, que le travail n'avance pas, que je souffre pour rien. A 00h00 la sage-femme arrive. Je commence à crier, j'ai mal, j'ai mal, j'ai mal. Je lui demande de me faire un toucher pour savoir si "ça avance". Je suis dilatée à 5cm. A peine a t-elle enlevé sa main que la poche se rompt. Je me calme un peu, je ne travaille pas "pour rien". Elle me propose le banc d'accouchement. J'accepte, au moins je pourrai vraiment me laisser aller dans les bras de mon compagnon, il pourra m'enlacer, je serai en sécurité.

Pendant une heure, chaque contraction m'arrache un hurlement (j'ai dû réveiller tout le quartier !). Je n'ai jamais hurlé si fort ! Je crie, je gémis, je vocalise... Nous sommes dans le salon et la seule source de lumière vient d'une petite lampe en cristal de sel. Je fixe la lumière diffuse et orangée comme un phare dans la tempête. C'est elle aujourd'hui, plus que le lieu de mon accouchement qui me rappelle ce moment intense. Le bébé entame sa descente, j'ai cru que mes hémoroïdes allaient exploser, un peu plus bas, la brulure est telle que j'ai l'impression de mettre au monde un fer à repasser ! Je sens la tête sortir "ça y est, c'est fini !" Et non ! "encore une contraction pour les épaules" me dit la sage-femme, assise par terre devant moi.

Je pousse avec l'énergie du désespoir et je sens le bébé sortir, suivi par une vague de liquide amniotique. Je m'avachis dans les bras de mon compagnon : j'ai réussi ! Il est 1h10, Chiara est dans nos bras. Je m'allonge sur le canapé, enroulée dans des couvertures avec ma fille. La sage-femme coupe le cordon quand il a cessé de battre. Les contractions reprennent (Aïe! Aïe !) et le placenta sort. Il est entier. La sage-femme m'examine : périnée intact.

Chiara arrête de téter, on en profite pour la peser : 4,120 kg (et 52 cm, on la mesurera le surlendemain). Je vais prendre une douche. A 3 h00, la sage-femme rentre chez elle se coucher. Nous faisons de même, tous les trois dans le grand lit. Notre bonheur est à son comble : Nous avons réussi, mon compagnon est totalement convaincu que nous avons raison, notre fille est magnifique, elle ressemble à ses soeurs.

Aujourd'hui, trois semaines plus tard, nous prenons nos habitudes de famille nombreuse petit à petit. Mon compagnon était persuadé de n'avoir rien fait et de m'avoir laissé subir la douleur, impuissant spectateur, incapable de me soulager. Je lui ai dit mon bonheur d'avoir accouché dans ses bras, le réconfort et la chaleur de sa présence et tout l'amour que j'ai pour lui. Il m'a dit sa fierté d'avoir une troisième fille, née à la maison, chez nous, avec nous.

J'ai reçu des petits mots de femmes que j'avais rencontrées lors de ma recherche d'une sage-femme pratiquant l'accouchement à la maison. Ils contenaient les mots justes qui disent exactement le bonheur de vivre ce moment en famille. Quand j'en ai parlé à mon compagon je lui ai dit "ça y est, "j'en suis", il m'a dit "moi aussi".

Marie, le 2 mars 2004
maman de Louisiane (5 ans 1/2, Roxane 2 ans 1/2 et Chiara, 3 semaines)
mmailly(arobase)free.fr

Partager cet article

Repost 0
Published by Sophie Gamelin-Lavois - dans Récits de naissances
commenter cet article

commentaires