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21 avril 2009 2 21 /04 /avril /2009 14:04

Le récit de cet accouchement est la version courte. La version longue comprend les prémices, les faux départs et angoisses. On peut dire que mon accouchement a en réalité débuté le 6 février pour s'achever le 23 février 2007. Mais partons simplement de quelques jours auparavant.

Les 21/ 22 février, grosse angoisse. Me voilà confrontée à mes démons habituels. Mon compagnon, C., ne sera pas là pour l'accouchement. Travaillant et demeurant en Angleterre, il n'aura pas le temps d'arriver et, bien évidemment, il est impossible de prévoir quand celui-ci interviendra.

En réalité je n'ai pas vraiment envie qu'il soit présent. Trop agité, trop " hype ". Et puis j'aime la solitude en accouchant. J'en ai même besoin. Dans le même temps, symboliquement son absence me peine. Je songe même, un moment, à un déclenchement afin d'être certaine qu'il soit là quand même (ha l'ambivalence !). Mais aux " Maternelles " sur la 5, Cécile Loup, de l'association AFAR, est présente pour évoquer ce sujet et bien entendu cela me remet les idées en place. Un échange de textos avec C. achève de me convaincre. Il m'écrit " ce sera ta dernière grossesse - sans doute (à noter l'humour noir ici) - alors profites en bien. Jean-Sebastian naîtra quand il devra naître ". Ces paroles agissent comment un déclic.

Je réalise que je retenais mon bébé pour des tas de raisons. D'abord l'ambivalence quant à la présence de C. Ensuite, la peur de devoir gérer quatre enfants seule (J., mon aînée est en Angleterre elle aussi et n'habite plus la maison). Non seulement dans l'immédiat après accouchement (être réveillée toutes les heures pour les tétées et s'occuper de mes enfants, dont T., seulement trois ans, de la grande maison, etc.) mais aussi dans le futur, notamment lorsque je reprendrai le travail, et aurai alors à enchaîner les trajets. Il y a aussi, plus dans la symbolique, le fait que février est le mois de la naissance de ma mère. Déjà pour T. j'avais perdu les eaux un 26 février et accouché le...1 mars à 1 heures 28 du matin, résistant jusqu'à la dernière minute à ce qu'il soit en quelque sorte sous l'influence de la " danseuse féroce " - ma mère - dont je rêvais avec terreur, petite. C'est comme si, comme dans la Belle au bois dormant, elle pouvait jeter un sort sur mes enfants, pour me punir de ne l'avoir pas invitée (je ne l'ai prévenue d'aucune de ces deux grossesses). Là j'ai eu mes pré-travail précisément avant la date exacte de son anniversaire (le 8). Une fois cette date dépassée, plus rien jusqu'au jour J.

Le déclic imprimé par les paroles de C. va outrepasser ce mauvais présage. Au point que la date de la naissance effective de Jean s'avère finalement plus effrayante encore : il naît le 23, date de naissance de Nadia, ma soeur et co-sorcière de ma mère avec qui elle vit… Mois de ma mère… jour de ma soeur ! Quelle blague !

Quoi qu'il en soit, la nuit du 22 au 23, T. a une méga crise d'asthme. Il en aura eu plusieurs durant ce mois de février et a notamment interrompu un pré-travail au début du mois. A trois heures du matin il faut le traiter à la Ventoline et à la cortisone. Cela prend une bonne heure. On le recouche. Il est 4 heures. Je n'arriverai pas vraiment à me rendormir. Mais somnolerai. Durant ce demi-sommeil, je rêve que je vais aux toilettes et trouve du sang. " Hurray " me dis-je, je vais bientôt accoucher. Mais au réveil, je réalise dépitée qu'il ne s'agissait que d'un rêve. Pas de sang en vue.

Je m'affaire. Fais faire de l'anglais à N.. Fais 13 km à vélo. 10 heures 35, le facteur passe. N. va chercher le courrier. Il ramène un colis. Il contient - enfin ! - les exemplaires auteur de mon dernier livre qui devait paraître en octobre 2006…

Je vais sur Internet et commence à lancer l'information auprès des amis, des associations. Je prévois de continuer l'après-midi. A 11 heures 35, je vais aux toilettes. Et c'est comme dans le rêve : du sang ! J'exulte. C'est pour bientôt. Aujourd'hui, même peut être, bien que je n'aie pas de contractions. J'appelle mon amie Isabelle, que j'ai invitée à mon accouchement. Isabelle a une histoire d'accouchements difficiles et je veux lui faire le cadeau de voir une naissance libre. Elle était indisponible mercredi et jeudi, et justement nous sommes vendredi. Là, elle va bosser, à une heure et demi de voiture. Je lui dis ce qui se passe, mais que je n'ai pas encore de contractions. Que cela peut être dans la journée comme dans 48 heures, mais que cela ne sera sans doute pas plus long. Elle me demande si elle doit annuler. Je lui réponds que non, mais que je la tiens au courant s'il se passe quelque chose d'autre. Je raccroche et quelques minutes plus tard les premières contractions arrivent. Evidemment rien de bien significatif encore. Mais je rappelle aussitôt Isabelle en lui disant que peut être nous aurons de la chance. Aussitôt avoir raccroché je m'affaire. Je termine rapidement quelques e-mails. Je vais faire à manger. Je range plus soigneusement que d'habitude, prépare les dernières choses oubliées de la valise.

J'avais songé un temps accoucher à la maison, avec J., mais les pré-travail que j'ai eu début février - elle est venue pour le premier - m'ont découragée. D'une part, je me dis que décidément, la maison n'est pas un lieu pour moi. D'autre part, je répugne à déranger encore une fois J., au cas où ce serait encore un pré-travail. Je suis toujours mal à l'aise de déranger, de solliciter. Au point que c'est de nature à précisément stopper un travail en cours. Donc j'ai pris ma décision lors du troisième pré-travail du début du mois d'aller à la maternité où les sages-femmes, anonymes, sont par définition là pour leur garde et donc je ne vais pas les déranger. C'est plus confortable pour moi. A noter que si le premier, au cours duquel J. était venue, n'avait eu aucun effet sur le col, tel ne sera pas le cas des deux autres. A la visite de la 38e semaine, mon col est bien ouvert à 2 centimètres.

Vers 14 heures, 14 heures 30, je décide d'aller me retirer dans ma chambre à l'étage. Je mets un DVD pour N. et T. et leur dis que j'ai besoin d'être au calme. Il me faut à présent me recentrer sur ce qui se passe. Les contractions se sont poursuivies, mais sont gérables, et je voudrais évaluer si elles sont régulières, à quel point et si elles s'intensifient. Je mets moi aussi les DVD de cette hilarante série que j'ai regardée depuis le début du mois, petit à petit, en la savourant, Boston Legal. Je regarde les deux derniers épisodes. Les contractions sont bien régulières, mais toutes les 10 minutes environ, gagnant cependant un peu en intensité. Il se passe quelque chose, mais est-ce pour aujourd'hui ? A 16 heures, fin du dernier épisode.

J'appelle la baby-sitter. Elle doit s'occuper des enfants en mon absence de la maison et m'amener à la maternité. Je lui indique que je suis peut être en train d'accoucher, mais que je vais prendre une douche, tranquillement et la rappellerai à 16 heures 30. Je préviens également Isabelle, que je la rappelle elle aussi à 16 heures 30. Je descends, prends ma douche. Et là, indiscutablement les contractions sont plus fortes. Je commence à avoir besoin de m'accroupir, de respirer, etc. Je crois bien qu'elles s'accélèrent aussi. Je commence à y croire un peu, mais pas tout à fait. 16 heures 35 je décide quand même qu'il est temps d'appeler Narindra et Isabelle. Elles partent. Narindra vers la maison pour nous récupérer. Isabelle, directement vers la maternité.

A partir de là les contractions sont plus fortes et toutes les 5, puis 3 minutes. Mais par moments il se passe à nouveau 5 minutes entre deux ; de quoi douter encore un peu. Je m'assieds sur les escaliers. Nous sommes tous prêts. N., la baby-sitter n'arrive pas. J'essaye de me lever en me disant " tiens ça fait 5 minutes sans contractions, peut être que cela se calme " et alors que j'esquisse un mouvement une méchante me cloue sur place. 17 heures N. n'est toujours pas là. Nous sommes inquiets. Je me dis que là je pourrais accoucher à la maison avec mes trois autours et franchement ce n'est pas un scénario qui me plaît. N. et T. sont petits et très agités. N. fait le clown. T. chouine, fait des caprices. Les contrôler me prend attention et énergie, là tout de suite et j'ai vraiment besoin d'être seule.

Ma fille appelle N.. Il y a des embouteillages. Là je réalise l'heure… arriverons-nous à temps à la mat' ? Pas sûr. Si N. arrive à temps, pas certain que nous soyons à même d'aller à la mat', à l'autre bout de la ville, par un vendredi de sortie de bureau et de début de week-end.

N. arrive vers 17 heures 10. Là je suis déjà en train de partir dans un autre monde. Je lui dis que je lui ferai la causette un autre jour, mais que là je n'en suis plus capable. On charge valise et enfants dans la voiture. Une contraction très forte me cloue au moment où j'essaye de rentrer dedans. Là, enfin, je n'ai plus aucun doute sur ce qui se passe.

Nous partons. Je suis prise d'une émotion très vive. J'ai envie de pleurer tellement je suis émue. Comme pour chacun de mes accouchements, je pleure ou ai envie de pleurer avant mais jamais quand le bébé est là. C'est alors que C. appelle. Il tombe des nues lorsque je lui dis que nous filons à la mat'. Il comprend à moitié. Je m'arrête de parler par moments. Au cours de notre échange, j'aurai trois très fortes contractions. Alors que je me tais, pour en gérer une, il me demande si je suis toujours là. Je lui explique que, tout en lui parlant, justement, j'ai eu des contractions. Là il commence à comprendre. Nous arrivons presque à la maternité. N. n'était pas certaine du chemin, mais a tout de même miraculeusement trouvé une route permettant d'arriver sans tomber dans les embouteillages.

Nous arrivons à 17 heures 35. Toujours ce chiffre 35 ! Nous nous garons loin sur le parking. Une méchante contraction en tentant de sortir. Deux autres sur l'allée qui mène à la maternité. Cette fois cela va très vite et très fort. Mais je gère encore très bien. On doit voir sur mon visage quand même que je ne suis pas au top parce que deux messieurs qui attendent devant la porte me proposent une chaise roulante. Je les remercie et leur réponds que je préfère marcher : " ça fait descendre ! ".

J'arrive à l'accueil. Il y a ma petite dame préférée qui me fait un énorme sourire. Chaque fois elle m'a vue venir avec mon troupeau d'enfants. Je lui dis " je viens pondre ". De l'humour à deux centimes qui cache une soudaine émotion violente ; la deuxième et dernière. Ma voix s'est un peu étranglée dans ma gorge. Mais je me maîtrise. On prend l'ascenseur. Dans celui-ci une très très forte contraction. Je lâche un peu élégant " putain ! " que je regrette aussitôt : mauvais exemple pour les petits.

On sort ; une sage-femme arrive avec un grand sourire. Je lui dis que je viens accoucher. Je dis au revoir aux enfants, un peu trop vite. Mais là, il faut vraiment que je parte. Une contraction encore me cloue dans le couloir. Elles sont vraiment rapprochées. J'ai passé le stade où je suis capable de regarder ma montre pour les timer. Mais je dirais toutes les 1 ou 2 minutes. Je vais en salle d'examen. Sur le dos, position ignoble. Il est environ 17 heures 40/45. La sage-femme me demande si je veux bien accepter l'examen. Dans cette maternité il en sera toujours ainsi de chaque geste. Toujours demandé, suggéré, doucement, poliment, jamais imposé. A croire aussi que les touchers vaginaux ont été appris d'une manière particulière, car comme lors de la visite avec la gynéco, on ne sent rien. Une violente contraction… et durant l'examen elle me dit " vous en êtes à 6… non 7 ". Exactement les mêmes paroles que lors de mon précédent accouchement, mais en fin de travail. Là je viens d'arriver et je suis totalement galvanisée. Yes ! fais-je intérieurement. D'après mes précédentes expériences, je sais qu'arrivée à 7, il ne me reste que très peu de temps. Je verrais bientôt mon bébé.

Nous arrivons dans cette super salle de travail qui ressemble à une chambre. La sage-femme me dit " on va vous mettre quelques minutes sous monito, si vous le voulez bien, mettez la tenue que vous avez prévue ; je reviens. "

La tenue… c'est avec un plaisir considérable que je remets mon énorme, délavé, tee-shirt qui date de ma période baba… 1979, et que j'ai mis pour chacun de mes trois premiers accouchements. Pour le quatrième, C. a sans doute eu honte de son côté SDF et m'a dit " this birth is different ! please don't wear that again ! " Et je me suis exécutée, mais avec regret. C. tant pis pour toi. Tu n'avais qu'à être là. Je suis si bien dans ce vieux truc et je sais qu'il me portera bonheur.

La sage-femme me laisse là. Je découvre qu'il y a des toilettes donnant dans la salle de travail !!! J'exulte. J'y vais comme un gosse qui utiliserait tous les échantillons de savon dans un grand hôtel. Pour le plaisir. Un pipi libre en accouchant ! Je me lave les mains, m'accroupis pour la contraction qui arrive. Et là on ne rigole plus. J'entre en transition. Je suis soudain de mauvaise humeur. " Merde j'ai pas envie de cette douleur-là ". Dieu merci je suis seule et le resterai jusqu'au moins 18 heures 20/25. Je déambule comme une malade mentale.

Un pipi, une contraction accroupie, la salle de travail, je marche à droite, à gauche, je me tiens au lit. Me relève, retourne aux toilettes. Ça poussotte un tout petit peu par moments alors j'essaye d'aller à la selle. Ça ne marche pas. Re-acroupie, re-debout. Re salle de travail. A un moment je me dis " tu fais n'importe quoi ma pauvre vieille ". Je ne réfléchis même pas à ma respiration, comme j'ai toujours su le faire pour d'autres accouchements, plus violents. Là je suis dans une folie sauvage. Alors je me dis " ressaisis toi, tiens allonges-toi par exemple ".

Tout ce temps, mes yeux sont fermés ou presque, histoire de ne pas me casser la figure. Et la sage-femme arrive. Elle me propose de me mettre sous monito. Je lui dis que je ne supporte vraiment pas la position sur le dos. Elle me propose de m'installer ainsi d'abord, puis une fois les capteurs fixés, de me placer sur le côté. Sur le monito on voit que le bébé ne supporte pas bien le travail. Son coeur bat à 80. La sage-femme me dit : " Il ne faudrait pas que cela tarde trop, là ". Mais je n'ai pas vraiment le temps ni la capacité de m'inquiéter. Je suis dans un autre monde et je ne peux plus en revenir. La sage-femme me propose de me ré-examiner pour voir si cela a progressé. Elle dit alors " vous êtes presque à complète ". Alors qu'elle dit cela, la poche des eaux lui éclate presque à la figure. Ce n'est pas elle qui l'a rompu.

Juste à ce moment théâtral, Isabelle frappe à la porte. Quel timing ! Elle se place sur le côté gauche où je me suis recroquevillée. Me prend la main. Je lui dis, yeux fermés, que je n'arrive pas vraiment à gérer car tout a été si vite. Et là l'envie de pousser arrive. Elle me surprend cependant par son manque d'intensité. Je me souviens de sensations franchement désagréables, voire ignobles, pour mes trois derniers accouchements. L'impression d'éclater. Une peur d'ailleurs me prend quelques secondes. " This is it " et franchement je déteste ce moment. Pourtant il sera extraordinaire.

La sage-femme me dit " vous voudriez bien vous mettre sur le dos ? ". Je lui réponds dans un souffle que : " Non, vraiment je n'y tiens pas et n'y arriverai pas ". Elle ne s'offusque absolument pas. Me répond simplement : " Je ne sais pas très bien faire ". Et alors cède d'un geste que je trouve très élégant, la place à sa collègue, entrée je ne sais comment, qui elle a semble-t-il appris la " technique ". Je soulève ma jambe du dessus. Elle la prend. Et là je peux/veux pousser. Ou plutôt ne pas pousser. Juste laisser aller l'énergie, le mouvement. Je crie. Un cri venu du fond de ma gorge, moins gutural, moins " ourse " que pour T., le précédant. Mais un cri encore plus violent, fort. Une exultation.

J'accompagne la " poussée " ; un magnifique vomissement du fond des âges. Deux poussées seulement. Je bas mon propre record qui était de trois jusqu'ici pour chacune des quatre autres naissances. Et le bébé est sorti si vite que les capteurs du monitoring sont encore là. La sage-femme s'apprête à poser Jean sur mon ventre, mais il faut les ôter. C'est fait en deux secondes. Et mon fils est là. Elle me dit : " Hé bien vous alors vous êtes vraiment la championne du monde toutes catégories ! Si seulement tous les accouchements étaient comme cela ! ".

Un petit bémol cependant. Lorsque le bébé sort, j'entends l'une des sages-femmes dire à l'autre : " Il a une circulaire ". C'est réglé en deux secondes. Je suis là encore trop " partie " pour vraiment réagir. Mais en y repensant je suis heureuse d'avoir été accompagnée pour accoucher. J'ai toujours eu cette ultime réserve par rapport à un accouchement seule. Non pas que je ne me serais sentie incapable de gérer cela. Mais précisément, je n'aurais pas eu envie de le faire. L'expulsion, c'est vraiment le moment le plus sauvage où j'aime à tout laisser tomber, et où reprendre le niveau conscient pour 1) vérifier s'il y a un tel problème 2) s'il est présent, le régler, est vraiment quelque chose auquel je n'ai jamais eu envie d'être confrontée. Autant j'ai besoin de solitude pour le travail et notamment la transition, autant là j'ai besoin qu'une personne soit présente à qui j'abandonne ces questions-là.

Me voilà donc en situation de simplement me réjouir et profiter de cette torpeur béate dans laquelle les hormones, le soulagement et le bonheur nous mettent juste après. Je suis comme pour chaque naissance, totalement apaisée, bien, que je ne pleure pas. L'émotion cela a été avant et sera après quand chaque jour qui passera j'aurai besoin de remercier maintes fois un Dieu auquel je ne crois pourtant pas. Par contre Isabelle pleure pour moi. Elle prend son appareil photo et commence à nous bombarder. Je lui avais assigné le rôle de reporter de mon accouchement, mais il sera dit que je ne devrai avoir aucune photo d'aucun de mes accouchements et c'est finalement bien ainsi. Elle me prend dans les bras, bébé compris et me dis dans un souffle : " Tu es vraiment courageuse, je suis super fière de toi grande soeur ! ".

La sage-femme demande avec un sourire : " Vous voudriez bien nous donner votre placenta ?! ". La formule m'amuse. Je réponds : " Volontiers ! " Alors j'embauche mon fiston pour sa première tétée. Il est 18.50. Dès la première succion je sens une contraction. Et le placenta sort tout seul - jamais cela ne m'est arrivé aussi facilement. Le cordon n'a été coupé que tardivement. C'est la première fois que j'ai pu le voir pour l'un de mes enfants. Je le trouve tout mince.

A propos de minceur, l'expulsion a été si facile, que j'ai à peine senti le bébé passer. Je suis alors persuadée qu'il est beaucoup plus léger que, à tout le moins, ses deux frères, (N. 3,540 et T., 3,810 kg). En réalité lorsqu'il sera pesé c'est tout de même un 3,740 qui s'affiche. D'où vient donc que je n'ai pas senti si violemment le passage ? Position plus confortable, adaptée ? Mais T. aussi était né sur le côté - il est vrai l'autre. Est-ce l'absence de synto ?

Soudain le téléphone sonne. C'est le mien. Je devine que c'est C.. Je suis tout de même un peu gênée. Je sais que les hostos en général sont hostiles à l'usage des portables sous des prétextes que je sais fallacieux, mais tout de même. Isabelle et moi nous regardons, embarrassées. Mais la sage-femme nous dit : " Vous pouvez répondre ! ". Je ne me fais pas prier, passée la surprise. C'est bien C. qui, comme dans les films me la joue : " Na ! you must be kidding ! Already ?! But you did not sound that much in pain before " et veut tout savoir, comme toujours, sur la couleur de peau, les yeux, les cheveux, les mains, le nez, etc. J'essaye de lui faire un récit détaillé, ce qui m'oblige à regarder mon bébé. Comme d'habitude, j'ai d'abord accueilli mon enfant par le nez. Je l'ai d'abord humé, respiré et reconnu ainsi comme mien. Impossible de donner la couleur des yeux d'ailleurs car il ne les ouvrira pas avant le lendemain en toute fin de journée. Nous discutons longuement. La sage-femme a disparu aussitôt pour respecter mon intimité téléphonique. Isabelle aussi. Je rappelle Isa lorsque c'est fini. La sage-femme nous laissera très longtemps seules.

Le séjour à la maternité sera du même acabit que l'accouchement. Respect des rythmes… Lit spécial cododo avec des barrières de sécurité, rien d'imposé, toujours des suggestions, aucun toucher vaginal ni même d'examen vaginal, à peine ose-t-on me demander de regarder où en est l'utérus et encore, même pas le dernier jour, les petits déjeuner à 8 heures/8 heures 30 pour laisser les gens dormir, les passages des sages-femmes que l'on peut zapper si on n'en veut pas, etc.

Quant à Isabelle, je lui ai demandé de venir déclarer mon fils à l'état civil. Pour moi, pour nous c'est comme un baptême civil. Elle était là, bonne fée qui corrigera, je l'espère, le mauvais sort jeté par les deux sorcières et pour la postérité son nom figurera sur l'état civil de mon fils. Un bel acte de naissance qui " a de la gueule ". C. est soulagée qu'une autre femme ait pris le relais. Pour moi cette naissance c'est aussi l'apogée d'une très belle histoire d'amitié. Comme le dit Isabelle, que j'ai rencontrée il y a trois ans, alors enceinte de T., alors que j'étais dans son jury de thèse : " Si j'avais imaginé quand je t'avais vu dans ta robe de prof. que je serais à ton accouchement ! ".

M.
tototteenpeaudemaman(arobase)yahoo.co.uk

En post-scriptum j'ai envie d'ajouter que l'accouchement a eu un effet positif sur l'allaitement. Pour mes trois autres allaitements j'avais eu des engorgements monstrueux que j'avais certes appris à mieux gérer les deux dernières fois, avec l'expérience, mais qui m'avaient vraiment empoisonnée. Cette fois l'accouchement " drug free " me permet d'échapper à ces formes cataclysmiques de la montée de lait : pas de synto, pas de perf, deux causes classiques. En plus, j'ai supprimé le peu de laitages que je m'étais à nouveau autorisés en fin de grossesse. Et cela marche. La montée de lait est simplement délicate la première nuit. Mais je n'ai qu'une douche à prendre ce soir-là à minuit. Quelques massages pendant les tétées durant trois jours et le tour est joué.

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Published by Sophie Gamelin-Lavois - dans Récits de naissances
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