Présentation

Le site a déménagé :-)

22 avril 2009 3 22 /04 /avril /2009 21:33

Valentine est assise dans mes bras. Elle est si belle. Elle a un mois et demi. Cela fait un mois et demi que je plane de bonheur et de tendresse pour mon bébé. Je ressens tellement d'amour que cet amour englobe aussi mes autres enfants. Je n'ai aucun des sentiments négatifs qui m'avaient effleurés lors des précédentes naissances (culpabilité envers le premier lorsque le deuxième est arrivé, rejet des deux aînées lorsque le troisième est arrivé).

En ce moment, je fonds d'amour pour les quatre enfants, je les trouve beaux, adorables... et sentant cet amour, il n'y a presque pas de tension dans la famille. Tout le monde flotte sur le petit nuage arrivé avec la naissance de Valentine. Je crois que les conditions de la naissance de Valentine ne sont pas étrangères à cette sérénité qui comble notre maison.

Ce n'est pas la première naissance naturelle. Pour Julie, la plus grande, il y a eu cette perfusion d'ocytocyine, mais le reste fut assez peu médicalisé. Julie est née dans une maternité belge et là-bas, la pratique des kinésithérapeutes qui accompagnent les femmes pendant le travail est encore très courante. Elles jouent le rôle des doulas africaines qui soutiennent les mamans moralement. Cette nuit là, Danièle a été si proche, si maternante. Dès qu'elle est arrivée, j'ai laissé mon corps se détendre et faire son travail. Pour Antoinette, ma deuxième fille, je m'étais préparée à une naissance naturelle à la maison. Une sage-femme libérale m'accompagnait dans ce projet.

Après des inquiétudes de menace d'accouchement prématuré à 7 mois, le travail a commencé alors que le terme était depuis longtemps dépassé : 11 jours ! Geneviève, la sage-femme a estimé que ce dépassement de terme présentait des risques, et a souhaité que nous allions dans la maternité où elle avait accès au plateau technique. Antoinette est née tout à fait naturellement, sans aucune intervention, et pratiquement sans douleur pour moi. Pour Louis, mon petit garçon de deux ans, j'avais aussi espéré accoucher à la maison. Et là aussi, le dépassement de terme a inquiété la sage-femme qui m'accompagnait. On a provoqué le travail après cinq jours. Le reste de la naissance s'est bien passé, dans une maternité très accueillante, mais j'étais très déçue de ne pouvoir accoucher naturellement et à la maison. De plus, le fait de provoquer avait rendu le travail plus long et plus douloureux que les fois précédentes.

La déception pour la naissance de Louis m'avait laissé des doutes : serait-ce utile la fois suivante d'encore tenter une naissance à la maison ? Ne valait-il pas mieux chercher une maternité où ils ne médicalisent pas trop et ne pas encore une fois être déçue ?

Je me suis retrouvée enceinte de mon quatrième enfant. Entre-temps j'avais déménagé et j'habitai à quelques kilomètres d'une maternité réputée pour son approche peu médicalisée... Je m'y suis inscrite. Mais dès que j'ai entendu parler d'une sage-femme libérale qui faisait le suivi global de la grossesse et de la naissance, je l'ai contactée et je n'ai plus vu personne qu'elle durant toute la grossesse. J'ai eu trois échographies (dont la première à deux mois et demie de grossesse, alors que je n'avais aucune idée du début de la grossesse, puisque je n'avais pas eu de retour de couches, Louis, deux ans, tétant toujours). La femme gynécologue qui a fait une des échographies était extrêmement négative sur l'accouchement à la maison. Il faut avoir une grande confiance en soi et en ses choix pour ne pas écouter de telles attaques.

Le terme est arrivé, et une fois encore, je l'ai dépassé. Je m'étais pourtant préparée par acupuncture pour ne pas dépasser le terme. J. venait tous les deux jours à la maison avec son monitoring pour faire un tracé des battements de coeur de Valentine, qui allait très bien. Après huit jours, J. a un peu repoussé les membranes, mais à part des douleurs au col, cela n'a rien donné. J. était confiante dans l'idée de ne pas provoquer, parce que Valentine allait très bien et que provoquer était plus risqué qu'attendre. Le onzième jour, après trois épisodes de faux travail (frustrants !), j'ai pris une cuillère à soupe d'huile de ricin (comme le suggère "Une naissance Heureuse" d'Isabelle Brabant), en accord avec J.. Ce fut sans doute le petit coup de pouce que mon corps attendait, parce que le travail a commencé deux heures plus tard.

Il était neuf heures du soir, et les premières contractions étaient tellement fortes, que j'ai commencé par paniquer. Je n'avais jamais voulu ni eu de médicaments pour endormir la douleur, et me voilà en train de réclamer une péridurale. C'était la première fois que j'étais à la maison, et que ce n'était pas possible d'en avoir !

Mon mari Paul, me voyant me plaindre, voulait que nous appelions tout de suite la sage-femme. Moi, j'avais peur de me retrouver encore une fois en faux travail. Je suis allée dans la baignoire, pour voir si les contractions s'arrêtaient. Elles étaient assez régulières (toutes les quatre minutes) et fortes. En me détendant mieux, je me suis vite calmée, et j'ai ri de l'idée de la péridurale. Cela faisait toujours mal, mais le fait de me détendre tout à fait m'aidait à supporter la douleur. J'ai demandé à Paul que nous attendions dix contractions avant d'appeler J.

Vers dix heures, nous l'avons donc appelée, en disant que ce n'était pas sûr que ce serait enfin le bon jour, mais que peut-être... A dix heures et quart, je l'ai rappelée, en lui disant de venir. Je suis retournée dans mon lit, j'ai mis la chemise de nuit que j'ai toujours mis pour accoucher, j'ai allumé mes bougies qui sentaient bon la cannelle et le pain d'épices (choisies expressément), Paul a mis la musique douce de Vangelis... et je suis entrée dans une phase de concentration profonde. Les trois enfants (2, 4 et 6 ans) étaient éveillés, et en bas devant une cassette et sous une grosse couette, avec ma maman.

Ensuite cela a été assez vite. Je suis retournée dans le bain, puis après quelques contractions, je n'y étais de nouveau plus confortable, je me suis assise sur une chaise à l'envers, pour finalement remarquer que c'était dans mon lit que j'étais le moins mal, couchée sur le côté.

Cette phase est un peu confuse dans mon esprit. C'était intense, à la limite de l'insupportable, mais cela restait quand même en deçà de cette limite. L'huile de ricin avait un effet laxatif désagréable. C'est plus difficile de détendre le périnée avec cette tension là. Mais bon, après un moment j'y arrivais quand même.

Il faisait sombre, je ne savais plus très bien qui était là et qui n'était pas là. A un moment, j'ai constaté avec grand étonnement que l'envie de pousser arrivait. Il n'était que onze heures trente, le travail n'avait commencé que depuis deux heures trente ! J., qui avait elle très bien suivi le travail, avait proposé à Paul d'aller chauffer des couvertures et les vêtements du bébé dans le sèche-linge. Elle a appelé en haut de l'escalier et un des enfants (lequel ?) est parti le chercher dans la buanderie. Il est revenu ; j'ai entendu J. lui expliquer montrer comment tenir ma jambe (j'étais toujours sur le côté, "à l'anglaise" et incapable de bouger).Je sentais que mon corps poussait tout seul, j'essayais juste "d'endiguer le flot", de ne pas trop pousser pour ne pas me déchirer (comme les autres fois).

Je me rappelle avoir vu la tête de ma petite Antoinette, 4 ans et demie, dans l'embrasure de la porte. Elle était émerveillée. Je me rappelle avoir entendu "La tête est sortie" et ressenti cet énorme soulagement : "le travail est fini !!!". Et puis j'ai découvert mon adorable petit bébé. Elle était très pâle, et aussi très calme. Elle bougeait doucement les mains et les doigts. Pas du tout de sang. Je l'ai prise près de moi, on a recouvert mon ventre, et Antoinette est partie chercher ses frères et soeurs, et sa grand-mère. Ils étaient tous autour de moi, et c'était un moment familial inoubliable, dans le joli éclairage des bougies.

Antoinette a dit plus tard qu'avant que Valentine naisse, elle avait vu un oeuf sortir du ventre. C'était les membranes qui formaient une bulle, car Valentine est née coiffée. Julie (6 ans et demi) a dit plus tard qu'en entrant dans la chambre, il y avait une bonne odeur de lait chaud. Elle explique que c'est l'odeur du liquide amniotique. Peut-être s'agissait-il plutôt des bougies parfumées ? Je ne pourrais le dire.

On est restés tous si heureux pendant deux heures encore. Valentine a bien tété, ensuite Paul et J. ont coupé le cordon qui avait arrêté de battre. Il s'agissait du premier acte médical puisque J. n'avait ni examiné le col ni écouté le coeur du bébé durant le travail. Elle avait juste remarqué que Valentine avait le hoquet quand j'étais dans le bain, elle était à l'aise sur le fait qu'elle allait bien !

C'est extraordinaire comme J. avait bien remarqué que tout avançait si vite et avait prévu de réchauffer le linge au bon moment !

Valentine s'est endormie, et on attendait toujours le placenta, qui ne sortait pas, malgré la longue tétée de Valentine. Je n'avais aucune contraction (je les redoutais tant, ayant beaucoup souffert de ces "tranchées utérines" lors des précédents accouchements). Après un long temps, et des promenades infructueuses dans le couloir, J. a pressé fortement sur mon ventre. Quelle douleur ! Enfin le placenta est sorti, sur les toilettes. Nous avons pu aller nous coucher, moi tout tout près de ma petite merveille, que j'ai regardé une grande partie de la nuit, et tous les autres pas très loin non plus... J. est restée dormir dans une chambre d'enfant, mais elle devait travailler le lendemain matin. Quel dur mais beau métier !

Valentine est si sereine, si souriante. Sa naissance a été si belle !!! Merci à J., à Paul, à Valentine aussi, et à la vie pour ce délicieux moment.

Corinne, mère de quatre enfants.

Partager cet article

Repost 0
Published by Sophie Gamelin-Lavois - dans Récits de naissances
commenter cet article

commentaires