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24 avril 2009 5 24 /04 /avril /2009 09:26

Bonjour à tous ; juste quelques mots pour partager avec vous d'abord une naissance, et puis une "appréciation". Bon, en fait je viens de relire, ce ne sont pas que quelques mots, mais encore un roman...

L. est née dimanche dernier, ça fait une semaine. C'était une journée calme, avec du temps disponible pour accueillir au mieux cette petite fille. Ses parents ont moins de 40 ans à eux deux, sa mère est dans le service depuis la nuit, avec quelques contractions encore timides, son père est un jeune homme encore pas bien sur d'être au bon endroit, de savoir ce qu'il y fait, et ce que ça va induire dans sa vie. Il ne sait pas quoi faire de son temps, ni de sa casquette branchée ! Dehors, il fait beau, la journée se présente bien, je me sens bien, et pourtant les gardes précédentes m'ont fait penser que finalement épicière au fin fond d'un cirque réunionnais avec quelques centaines d'âmes comme habitants, ce n'était pas si mal comme plan de carrière.

Bon, l'après midi s'annonce, et la femme m'appelle. " Rien ne va plus ? ", lui demandai-je en souriant. " Non, rien ", me répond-elle avec un joli sourire aussi. Effectivement, et nous allons vers la salle de naissance. C'est flou le déroulement des événements, je revois le futur papa, qui tient mollement la main de sa compagne. En baillant, il lui chuchote qu'il n'a pas dormi depuis deux jours, quand même, presque un "dépêche-toi !", pendant qu'elle souffle, installée sur le coté, et le regarde sans se vexer.

Elle ne s'énerve pas, ni sur lui, ni sur ses douleurs. Je ne sais plus à quel moment elle a perdu les eaux... Rapidement vient le moment où sa respiration change, elle cherche à accompagner la descente de son petit, et mène bientôt les cheveux de L. de façon à ce qu'ils soient visibles pour nous. Elle a fait ce travail un peu sur le coté, un peu assise, un peu dans tous les sens, mais toujours sereine et encore souriante. Elle est mieux sur le dos, mi assise, alors, je me dis allons-y, puisque c'est ainsi qu'elle est la plus à l'aise. Je "casse" la table et l'installe en position "gynéco", oui, je sais, honte sur moi. Sauf que ce n'était pas à moi de décider !

L. nous a fait comprendre qu'elle, en tous les cas, ne supporte pas tellement cette position, et son inconfort se manifeste par des ralentissements relativement sérieux de son coeur, et elle n'avance pas plus que ça. De deux choses l'une, soit je la laisse dans cette position, les cheveux sont dehors, mais il faudra quand même appeler le docteur parce que le coeur flanche trop, il posera une ventouse, fera à coup sûr une épisiotomie, le gars pourra aller dormir, et la dame rejoindra la masse des femmes désappropriées de leur accouchement et qui pensent qu'accoucher c'est ça. SOIT je propose une autre position. Je remets la table en place, et on essaie sur le coté. L. préfère, mais ce n'est pas pour autant qu'elle sort.

Voilà un petit moment qu'elle avance pendant la contraction et la poussée de sa mère, et qu'elle repart sitôt après, elle nous montre ses jolis cheveux, mais pas plus que les dix contractions précédentes. Sa maman commence à être moins sereine, s'inquiète, s'agite, souffle... Me lance un regard, où j'ai compris qu'il fallait changer de position. Je n'osais l'espérer ! J'ai proposé à 4 pattes. On essaie, on verra, E., si c'est pas bien, on changera.

J'ai eu peur que le papa ne soit choqué, déjà qu'il trouve ça long : on change, on change, et toujours rien... Ben non, il a pris une nouvelle dimension, ce papa ! Il regardait l'effort de sa compagne faire avancer L. - de façon nettement plus efficace soit dit en passant ! Il l'a encouragée, et elle aussi s'est sentie à l'aise ainsi. Normalement, pour une naissance, je ne suis qu'avec une auxiliaire, mais là, la journée était calme, et deux autres auxiliaires ont dit qu'elles voulaient assister à l'accouchement "parce que c'est Delphine qui est en salle", alors, là, flattée ++++.

Donc, contexte : lumière tamisée (pas de fenêtres en salle, juste le scialytique qui n'aveugle pas E. puisqu'elle lui tourne le dos), il est 16h30, pas de cris, même pas de la part d'E. (pas de péridurale, est-il utile de le préciser), quatre personnes en train d'assister à une naissance face à un couple et à une petite fille qui s'est positionnée "à l'envers", elle ne regarde pas de la façon la plus facile pour sortir. Ca semble beaucoup quand je dis 4 personnes, mais j'insiste toujours pour qu'elles se fassent relativement discrètes. Pas d'incitation à pousser, elle le sait très bien, quand est-ce qu'elle a besoin de pousser, et j'ai horreur, quand c'est moi qui suis avec une femme, que mes collègues, sage-femme ou pas, stimulent les poussées.

La tête sort, elle regarde en bas, ce qui veut dire qu'elle a l'occiput contre le sacrum de sa mère, à l'envers quoi. Une main a accompagné sa joue, elle pleure déjà, trois quart dedans, un petit quart dehors ! Le papa est ébahi... Je propose à E. de se redresser, et de saisir son enfant.

Ce que nous avons vu nous a fait monter des larmes d'émotion. Cette femme, dos, à la lumière, dos à nous, 19 ans, premier enfantement, a délicatement mais fermement pris ce bébé, et l'a monté sur sa poitrine. J'en frissonne encore. Et les yeux de cet homme qui vient de voir l'enfant paraître, ainsi, de cette façon, avec tant de douceur, de simplicité et de silence, d'émotion...

Mes collègues sont restées ébahies, emballées, enchantées... Elles m'ont remerciée, je leur ai dit que ce n'était pas moi qu'il fallait remercier, mais là où je suis ravie, c'est qu'elles ont vu une naissance libre et sans violence pour plagier un peu, et qu'elles en sont marquées. J'espère qu'elles y penseront toujours quand elles verront d'autres accouchements. J'ai versé quelques larmes, laissé passer quelques frissons, je me suis sentie grandie par ce petit bébé tout à fait serein, d'accord avec cette naissance. Le périnée est intact, j'ai presque envie de dire "bien sûr".

Pardon, je brode, je brode... Le lendemain soir, je retrouve E. et L. Je demande comment s'est passée la 1ère nuit, elle me répond que bébé a bien dormi, mais pas elle... Ah bon, pourquoi ? Elle a passé la nuit à la regarder... Ben oui, évidemment... Comment dormir après de tels instants ? Elle est ravie de son accouchement, elle ne sait pourtant pas ce à quoi elle a échappé, mais entrevoit quand même toute la spécificité de cette naissance. Et nous lui avions dit, à quel point cet accouchement a été beau, et marquant. Je prends des nouvelles du papa, demande s'il a bien récupéré de ses deux jours d'avant où il se plaignait de ne pas avoir dormi. Elle me dit qu'il n'a pas dormi non plus !!!!! Trop ému ! Alors, ça, ça, c'est vraiment révélateur... Je les aurai bien imaginés, tous les deux, pas dormir d'accord, mais être au moins tous les deux, dans leur lit, avec ce bébé autour d'eux, à la maison, quoi. Enfin, bref. Peut-être ce récit vous paraîtra un peu surfait, dans les récits de naissance, il y a en de bien plus enchanteurs, mais il fut pour moi un rayon de vérité.

Passons à l'appréciation. Régulièrement, il y a à l'hôpital des "évaluations". Quand on est titulaire, c'est une rencontre avec la surveillante et le chef de service, avec à la clef une notation qui fait augmenter l'échelon, etc. On peut dire comment on se sent au boulot, ce qui va et ne va pas. Quand on est contractuelle, par contre, comme moi, c'est juste la surveillante, et une appréciation déjà notée par le chef de service, qu'on signe si on est d'accord. Donc, pour moi, l'appréciation est : "doit se conformer aux conduites à tenir du service" au maximum, un truc du genre, et "travail avec esprit d'équipe à poursuivre".

L'histoire de l'épisiotomie semble avoir marqué, en même temps ; heureusement que c'est pas passé inaperçu, mais je pense qu'on se méfie un peu de ce coté non conformiste. On m'attend encore au virage. Dernière anecdote, dans la même journée que mon évaluation, qui se passe quatre jours après la naissance de L., une de mes collègues passe en notation, donc avec le chef de service. Il se trouve qu'elle était l'une des auxiliaires qui avait voulu être présente pour l'accouchement d'E. Elle a parlé au chef de cet accouchement, qu'il avait été enchanteur, beau, et que laisser de la place à la physiologie en salle de naissance était un élément motivant, que ça fait plusieurs décennies qu'elle bosse, que c'était la première fois qu'elle voyait ça, et qu'elle avait été émue, après tant d'années, par cette naissance. Elle a mentionné ma participation, ce qui est un bon point pour moi ! Voila... L. m'a été d'un grand secours, elle m'a permis de venir travailler en espérant toujours pouvoir permettre de telles naissances, et m'a donné un répit positif auprès de mes supérieurs. J'ai eu envie que vous sachiez que l'hôpital de St Benoît est en marche je l'espère, vers plus de douceur, en tous cas aussi souvent que j'y travaillerai.

Delphine, été 2005.

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Published by Sophie Gamelin-Lavois - dans Récits de naissances
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