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24 avril 2009 5 24 /04 /avril /2009 12:29

Bonjour à tous,
 
Je vous livre tel quel le récit de la naissance de Loïc que je viens de finir d'écrire. N'hésitez pas à l'éditer sur vos pages web (je pense à Sophie Gamelin entre autre) il est fait pour ça autant que pour en immortaliser le souvenir : j'ai trouvé tellement de réconfort et d'encouragements dans les témoignages que j'ai pu lire que je tiens à apporter ma contribution !
 
Amicalement,

Anne,

28 ans, mariée à Gilles (même âge) depuis 8 ans. Maman de Clément (7 ans), Noémie (5 ans ½), Sonia (2 ans ½) et Loïc (15 jours)

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La naissance de Loïc - 26 avril 2005

Pour cette 4e grossesse, j'ai vomis en tout 127 fois pendant les 5 premiers mois et pris 25 kg. A 15 jours du terme, j'étais énorme au point de pouvoir à peine rentrer dans mes vêtements de grossesse (prévus larges pourtant), je me sentais lourde (le mot est faible), irritable, fatiguée, et j'étais vraiment impatiente d'en finir avec cet état. J'ai beau les avoir désirées, mes grossesses n'ont jamais été cette période de sereine béatitude que décrivent certaines femmes.

Plongée dans un brouillard nauséeux quasi permanent, je vis ces neuf mois comme un long tunnel qu'il me faut traverser bon gré mal gré : entre les vomissements, la prise de poids, l'odeur de mon homme qui m'insupporte, ma libido au 36e dessous, je ne me reconnais plus,et notre complicité - si précieuse et si vitale pour moi d'ordinaire - en pâtit sérieusement. Notre couple souffre. Pourtant, Gilles fait de gros efforts, il laisse passer les orages et sublime sa frustration affective dans son travail autant qu'il le peut, faisant preuve de toute la patience qui me manque. Bref. Autant dire que j'étais vraiment, mais vraiment, très pressée d'accoucher, de découvrir ce petit être qui avait grandi en moi, de le tenir dans mes bras, le respirer, le présenter à ses frère et soeurs. Et de me retrouver par la même occasion.

Peut-être est-ce cette impatience qui fut à l'origine des nuits de faux travail qui précédèrent l'accouchement. La première fois, le dimanche 17 avril, à 2 semaines et demi du terme, nous avons vraiment cru que c'était parti (je n'ai jamais fait de faux travail avant) et nous sommes allés nous coucher tout excités après avoir prévenu M., la sage-femme, que c'était peut-être pour ce soir. Nous avions même fait chauffer la petite chambre jaune où tout est prêt pour la naissance depuis déjà un bon moment. Gilles s'est endormi très vite, moi je guettais les contractions et chronométrais les intervalles (environ 15 minutes), incapable de me détendre. Pour finalement m'endormir aux alentours de 4 heurs du matin, et me réveiller le lendemain extrêmement déçue de réaliser que tout s'était arrêté. Il en fut ainsi presque une nuit sur deux pendant 8 jours ! Quelque peu désabusée, je m'étais résignée à contrecoeur et n'espérais presque même plus accoucher.

Et puis nous voilà lundi 25, jour semblable aux autres, c'est-à-dire : long.. Pendant ma sieste de l'après-midi, je suis réveillée par une contraction. Bon, je commence à avoir l'habitude, alors je n'y prends pas garde. Et puis j'en ai d'autres alors qu'affalée devant la télé, j'attends l'heure de la sortie de l'école. Puis d'autres, et elles deviennent un peu plus fortes, disons plus " sensibles ", j'en serais presque à les sentir dans le dos, comme ça a été le cas à chacun de mes accouchements. Mon coeur s'emballe, bien que j'essaie de ne pas trop y croire, frustrée des nuits passées.

Finalement vers 17h30, lorsque Gilles rentre, je lui annonce que c'est peut-être pour ce soir. Cela fait plus d'une semaine qu'il entend ça tous les jours ou presque, mais il " accroche " malgré tout et prépare la valise des enfants. A 18h je les conduis chez leur Mamie qui habite à 20 minutes de chez nous. Au cas où ce serait vraiment pour ce soir, je ne me sens pas de les avoir à la maison, de risquer de les réveiller, j'ai peur de leur faire peur. Je ne veux pas avoir à gérer ça et désire me consacrer à la naissance entièrement, et je ne veux pas non plus que Gilles ait autre chose à penser que de me soutenir et être avec moi. C'est un peu égoïste je l'admets.

J'attrape ma soeur Marie-Laure au passage quand elle revient du lycée. Elle a 12 ans de moins que moi mais, de mes 3 soeurs et mon frère, c'est d'elle que je suis la plus proche, et je lui ai promis qu'elle pourrait assister à la naissance. Je lui annonce que c'est peut-être le jour J. Elle est toute excitée. Nous nous retrouvons tous les trois, à attendre. 18h30, nous prévenons M., la sage-femme, qui habite à 200 km de chez nous et qui se met en route. Puis Gilles se prépare une tarte flambée, il a faim, moi pas. Je mange juste un peu de salade histoire de l'accompagner.

Une heure plus tard, nous rappelons M. pour faire le point : les contractions sont plutôt anarchiques, je commence à craindre un faux travail de plus. Dans le doute, M. décide de s'arrêter quelques temps dans une station et me conseille d'aller marcher et de la rappeler une demi-heure plus tard. Nous partons donc : Gilles, Marie-Laure et moi, nous balader dans les champs derrière chez nous. Il fait beau, l'air est frais, nous sommes gais et plein d'entrain. J'ai des contractions assez sensibles, mais malgré tout, je ne suis pas sûre de moi. D'abord elles ne sont pas régulières, et ensuite pas très fréquentes non plus. 20h15, nous rappelons M. Je ne sais pas quoi lui dire, exactement comme pour la naissance de ma troisième, j'ai très peur de la faire venir pour rien, et tout se mélange, je n'arrive pas à faire la part entre ce que je ressens, ce que je souhaite, ce que je crains.
 
Après de longues minutes d'hésitation de son côté et du mien, elle décide de faire demi-tour et de retourner chez elle. Je suis hyper gênée et ennuyée qu'elle ait roulé autant pour rien. Avant de raccrocher, elle m'enjoint malgré tout à ne pas hésiter à la rappeler si cela se précisait, même dans une heure. Ca me rassure un peu mais je reste extrêmement embarrassée. Toutefois je suis soulagée d'une angoisse, et nous continuons la balade en profitant du soleil couchant magnifique. On rigole bien, et je m'arrête régulièrement pour gérer le mal aux reins que me provoquent les quelques contractions que j'ai encore. Cependant, je reste presque sûre qu'il s'agit d'une fausse alerte. Comment pourrait-il en être autrement étant donné que M est sur le chemin du retour ?

Lorsque nous rentrons à la maison, il fait nuit. Marie-Laure décide de rester encore un peu, histoire d'être sûre que ce n'est pas vraiment pour ce soir. Nous entamons une partie de barbu (un jeu de cartes), et là, progressivement, les contractions se font plus fortes, régulières, toutes les 8 minutes environ, et je commence à devoir fermer les yeux pour me concentrer sur ma respiration. Gilles, inquiet, m'incite à rappeler M. mais je suis tellement gênée de l'avoir fait rouler pour rien que j'hésite fortement. Et puis, à la fin de la partie, je ne peux plus nier : ce sont des contractions de travail, il faut que j'assume mon erreur et que je la rappelle. Une voix fatiguée me répond. Elle s'apprêtait à aller dormir. Je me confonds en excuse et lui assure que cette fois il n'y a plus de marche arrière possible, je SAIS que je suis en travail. Qui plus est, depuis le début, je suis certaine d'accoucher la nuit. Voilà qui s'annonce plus que probable !
 
M. reprend donc la route à 23 h. Nous faisons chauffer la chambre jaune et je me prépare : j'enfile un grand t-shirt et je m'installe sur le lit, allongée sur le côté pour que Gilles me masse les reins avec notre petit masseur en bois qui a déjà bien servi pour la naissance de Sonia, il y a 2 ans 1/2. Marie-Laure le relaye un peu. Il va, il vient, il ne tient pas en place. On rigole bien, l'ambiance est très détendue !

1h15 : M. arrive. Je me confonds une nouvelle fois en excuses. A la limite si je pouvais m'excuser d'accoucher, je le ferai ! Les contractions sont un peu plus rapprochées mais restent très gérables. Elle m'examine : je suis à 6 cm. Je préfère m'assurer que " Ca ne peut plus s'arrêter, là, maintenant, n'est-ce pas ? " Ouf. C'est bel et bien parti. le dernier petit doute s'évanouit.

Suivent de longues heures d'attente. Il fait très chaud dans la chambre et tout le monde s'assoupit. Marie-Laure et M. dans un fauteuil, Gilles a côté de moi. Je le secoue à chaque contraction pour qu'il me masse vigoureusement. J'ai très mal au dos, mais curieusement les contractions ne sont pas très longues, et relativement espacées. J'ai la sensation très forte que. le bébé me ménage ! Toutefois cela dure, dure. Gilles pronostiquait la naissance pour 2h30. Puis Marie-Laure à 3h. Mais ces heures passent, dans le silence et l'attente. Quand je pense qu'on m'avait dit que pour un 4e en deux ou trois heures ce serait fait !

Au bout d'un moment M. vient écouter le coeur du bébé, histoire de s'assurer que tout va bien, ce qui est le cas. Il (ou elle) prend son temps, c'est tout. Je commence à avoir vraiment mal aux contractions, mais elles ne durent pas assez pour que je m'en plaigne. En fait je souhaiterai presque que ça s'accélère, qu'on en finisse ! Du coup je me mets en position semi assise, je me dis que ça va sûrement aider le bébé à descendre. Cela me fait très mal au dos, j'essaye de me cambrer un maximum et Gilles me cale avec des oreillers. Le travail s'intensifie un peu, et tout à coup je perds les eaux. Cela me fait plutôt plaisir ! Enfin, il va y avoir de l'action ! Mon bonheur est de courte durée, le bébé s'engage aussitôt et là je commence à avoir très, très mal, et surtout très, très, très peur. Une trouille bleue, comme si j'anticipais la douleur à venir, et je voudrais fuir à toutes jambes. Seulement j'ai à peine le temps d'émettre cette pensée : le bébé arrive.

Une douleur fulgurante m'envahit. Je me cramponne à Gilles, à Marie-Laure, je crie " non, non ! " de toutes mes forces, j'ai tellement peur !. Et alors que Sonia était sortie comme un boulet de canon sans me laisser le temps de dire ouf, ce bébé-là faire durer la chose, il prend son temps pour sortir ! Je me sens comme écartelée, et cela dure, dure. M. dit " Ca y est, voilà la tête ", mais la contraction s'arrête, je reste là, dans ma douleur, le bébé comme suspendu entre ciel et terre, et j'ai mal, j'ai mal.
 
Un temps s'écoule qui me parait une éternité (Gilles me dira plus tard : 4 minutes !). J'ai l'impression d'être à la limite de ce que je peux supporter. Je supplie " Vite, vite ! ". Et la contraction salvatrice arrive, enfin. M. me dit quelque chose comme " Tu as le droit d'être douillette " et là, je me sens profondément vexée. Je ne suis pas douillette du tout ! Ca fait horriblement mal, point final ! Du coup je rassemble tout mon courage, ma fierté et ce qui me reste de lucidité et de volonté pour accompagner la poussée, juste ce qu'il faut pour le sentir glisser. M. dégage une épaule, puis l'autre, je crie comme une damnée malgré moi. Et puis ça y est, le soulagement intense, la fin de la douleur, et ce petit bébé qu'on me pose sur le coeur, enfin ! Tout est très confus dans mes souvenirs, à ce moment-là. Je le regarde, je le touche, un peu hébétée. Gilles pleure, comme à chaque fois, Marie-Laure est très émue, et moi tellement heureuse de ne plus avoir mal, de pouvoir enfin sentir ce bébé que j'ai tellement attendu.

Au bout de quelques minutes irréelles, je réalise que je ne sais même pas si c'est une fille ou un garçon. Depuis le début de la grossesse je sentais un garçon, mais ne voulais pas trop y croire... on ne sait jamais. Je glisse une main sous la serviette chaude qui l'emmitoufle : " il a un petit zizi ! C'est un p'tit gars ! ". Gilles est aux anges. Je suis ravie et soulagée de ne pas m'être trompée. J'annonce alors à Marie-Laure : " C'est Loïc. ". M. demande l'heure : Il est 4h45.

Ensuite tout se passe dans la sérénité et la joie. Petit bonhomme cherche à téter et je le mets au sein qu'il attrape tout de suite. Gilles me fait sentir le cordon qui bat encore. Pour la première fois en 4 accouchements, je prends le temps de regarder à quoi ressemble ce fameux cordon que je n'ai jamais vu ! Loïc est calme. Nous ne nous lassons pas de le regarder, de le caresser.

Peut-être une demi-heure ou trois quarts d'heure plus tard, M. proposera de couper le cordon. Gilles donne alors les ciseaux à Marie-Laure " Je l'ai déjà fait trois fois. Je sais que c'est symbolique, tout ça, mais si tu veux tu peux le faire. ". C'est donc ma petite soeur qui, avec émotion, effectue ce geste.

Et puis les contractions reprennent, et ça ce n'est pas très agréable, mais bon, c'est nécessaire. Le placenta sort facilement, sans que j'aie grand-chose à faire... Ouf. Là aussi, j'en profite pour regarder, car je ne sais pas à quoi ça ressemble ! Même à la naissance de Sonia je n'avais pas pensé à regarder. M. vérifie qu'il est entier. Tout va bien. Je ne suis pas déchirée, pourtant bébé a une jolie carrure d'épaule, il pèse 4 kg (M. l'a pesé dans une sorte de hamac avec un ressort.) et c'est un joli garçon bien dodu ! Je suis très surprise de sentir mon périnée se contracter aussi fort que si je n'avais pas accouché. Qui plus est, j'ai perdu très peu de sang, je me sens en pleine forme !

Encore quelques petites choses à faire : enlever les alèses, changer de t-shirt, etc. et tout le monde a quitté la chambre sauf Loïc et Moi. Je l'ai gardé, vêtu simplement d'une couche, lové contre moi, et je suis restée jusqu'au lever du jour à le regarder, sans ressentir aucune fatigue ni besoin de dormir. D'ailleurs je ne fermerai pas l'oeil pendant les 48 h qui suivront sa naissance, semblant retrouver d'un coup toute l'énergie qui m'avait manquée ces derniers mois. M. est allée dormir quelques heures. Marie-Laure a pris son bus pour le lycée, comme n'importe quel autre jour. Quant à Gilles, il a rangé la maison, est allé chercher des croissants,annoncer la nouvelle aux enfants. Il s'est activé toute la matinée !

Les suites de couche furent éprouvantes nerveusement les 4 premiers jours surtout à cause des tranchées qui se manifestèrent par de fréquentes douleurs violentes, irradiantes, et qui semblaient me vider littéralement de toute énergie au point que je craignais à chacune d'elle de tourner de l'oeil ou de lâcher Loïc quand je l'avais dans les bras. Par contre tout le reste s'est très bien déroulé. A cette heure, 15 jours après la naissance, je ne perds déjà plus de sang, j'ai perdu 13 kg et je renais ! Je me sens libérée sereine, heureuse, comblée !

L'allaitement de déroule à merveille, Loïc est un petit garçon adorable. Cet enfant continue de me ménager, au-delà de sa naissance : il ne réclame qu'une ou deux fois par nuit, il dort beaucoup, boit bien et est très régulier dans ses horaires de tétées, comme s'il respectait mon besoin de repères routiniers sécurisants. Bref, la vie à 6 s'organise on ne peut mieux, et les beaux jours qui arrivent ajoutent une note joyeuse au tableau. Il a pris sa place dans la fratrie très naturellement, comme si depuis toujours elle lui avait été réservée. Nous ne prévoyons pas d'avoir d'autre enfant, la famille nous semble " au complet " telle qu'elle est et nous nous apprêtons à aider tout ce petit monde à grandir au mieux.

Anne, 10 mai 2005.

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Published by Sophie Gamelin-Lavois - dans Récits de naissances
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