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24 avril 2009 5 24 /04 /avril /2009 15:33

« Je m'installe sur la table, elle met en marche sa machine, je l'observe et la voit qui se décompose pour m'annoncer : Il n'y a plus d'activité cardiaque ». Lydie était enceinte de 7 mois.

La naissance de Fleur, bébé mort-né le 14 juin 2003

A toi ma Fleur, je t'ai si peu connue,
Pourtant je ne t'oublierais jamais,
Ta maman qui t'aime.


Voici le récit de ces derniers mois, tout est allé très vite, beaucoup trop vite... Le projet d'avoir un bébé était prévu, mais nous avions prévu d'attendre la fin de mes études d'infirmière pour le mettre en route. Fraîchement diplômée (12/12/02), je commence à travailler dans une clinique dans un service de réanimation. Seulement trois semaines après avoir commencé à travailler des doutes s'installent. Fin décembre toujours pas de règles, mes seins sont tendus et douloureux, une sensation d'être différente... Je fais donc un test de grossesse, le résultat est bien entendu positif ! Joie, bonheur, questionnement, peurs, pleurs !

J'angoisse de le dire à Laurent car je suis allée il y a quelques jours réserver une salle pour la réception de notre mariage, initialement prévu le 26 juillet 03. Or d'après mes calculs ce sera aussi le terme de ma grossesse, d'où le problème. Qu'importe, Laurent lui aussi est fou de joie d'accueillir cet enfant, ne réalisant pas encore vraiment !!! (c'est notre premier enfant). Finalement la date du mariage sera avancée.

Le début de la grossesse s'est bien déroulé, le fait d'être infirmière me réconforte un peu : des accouchements (ce qui m'effraie le plus) j'en ai vu pas mal et je pense a peu près savoir comment je voudrais vivre le mien. J'ai choisi une maternité que j'ai connu en stage pendant mes études, que j'ai apprécié et le fait de connaître un peu le personnel est un peu rassurant. Je me suis arrêtée de travailler au début du cinquième mois, ce qui m'a permis de profiter pleinement de cette grossesse.

Les visites chez la gynécologue, tous les mois, se passent bien. Laurent essai d'être présent le plus de fois possible et j'apprécie. C'est la fin du cinquième mois, mon ventre commence à vraiment s'arrondir, on remarque que je suis enceinte et je suis très heureuse de l'être ! J'ai ressenti ton premier coup en dînant, moment très intense que je n'oublierais jamais. Ton papa a mis plus de temps à te découvrir mais par la suite c'est un vrai lien qui s'est noué entre vous. Nous venons d'apprendre que c'est une petite fille qui viendra agrandir notre famille ; on a du mal à te choisir un prénom, ce n'est pas important, on verra plus tard.

Durant le sixième mois, avec les chaleurs d'été qui commencent, je fais des oedèmes et de la rétention d'eau, j'ai gonflé et presque triplé de volume, mon surpoids me gêne dans les gestes de la vie quotidienne et ça devient difficile. Peu importe, j'évite de faire de trop gros efforts. Mes seules vraies sorties sont le week-end avec Laurent : on va rénover notre future maison encore en travaux mais qui normalement sera finie pour accueillir notre fille début août.

Début du septième mois, je me dis que je devrais préparer la valise pour la maternité, juste au cas où. Très superstitieuse, rien n'est prêt pour le bébé, ni le lit, ni la puériculture, seuls quelques habits pour lesquels j'ai craqué pendant la grossesse, une tétine rigolote, un doudou, plusieurs peluches... Voilà ma valise est prête. Je la fais et je la refais plusieurs fois, j'ai du mal à réaliser que je vais être maman bientôt...

Consultation du septième mois chez la gynécologue le 06/06/03, échographie de contrôle, je vois ma fille s'agiter, je vois son petit coeur battre, la gynécologue me dit que tout va bien. Ce sera la dernière fois que je te vois en vie. Je fais un peu d'hypertension artérielle que je dois contrôler deux fois par jour. De plus j'ai une prédisposition génétique à avoir des problèmes de circulation sanguines, de phlébites, d'embolies. Ma gynécologue en est avertie depuis le début de la grossesse, aucun protocole préventif n'a été mis en route, car il n'y a pas assez de recul sur la maladie, encore méconnue, qui justifierait cette prévention.

Le 11 Juin au matin en sortant la chienne, je ressens de vives douleurs au bas du ventre.... Je rentre, je me couche, je ne sais pas trop quoi faire, il se passe quelque chose. Je suis toute seule, j'appelle Laurent et lui dit que j'ai mal au ventre, il ne comprend pas très bien, ne sait pas trop, et me conseille d'appeler ma mère, ce que je fait. Elle me dit de me reposer et de rappeler si la douleur ne diminue pas. Mais la douleur diminue pour disparaître complètement.

Le lendemain je vais beaucoup mieux mais je m'interroge sur le bébé, c'est bizarre c'est quand la dernière fois que je l'ai senti bouger ? J'essaie de lui parler, de bouger mon ventre pour la réveiller, elle doit dormir. J'ai lu dans un magazine qu'à ce stade de la grossesse bébé dort plus de seize heures par jour, ça doit forcément être ça ?! J'attends un signe, un coup, toute la journée mais rien. Laurent rentre, je lui fait part de mes craintes et lui me rassure en me disant que le lendemain on doit aller à la clinique pour s'inscrire aux cours d'accouchement et qu'on demandera un examen pour nous rassurer sur le bébé.

Le lendemain matin je discute avec la sage-femme de la clinique, lui expose mes craintes pour le bébé, et elle pense me rassurer avec un monitoring. Elle me connecte avec l'appareil, je la vois chercher désespérément mais toujours rien. L'angoisse monte, des larmes commencent à apparaître. Elle change d'appareil, et toujours aucun signes. Là, elle nous demande de nous rendre immédiatement chez la gynécologue pour faire une échographie. Dix minutes plus tard, nous voilà chez la gynécologue qui nous prend de suite. Je m'installe sur la table, elle met en marche sa machine, je l'observe et la voit qui se décompose pour m'annoncer : "Il n'y a plus d'activité cardiaque."

Le verdict est tombé : ma fille est morte. Tout s'effondre autour de moi, Laurent est tout aussi perdu que moi, on ne réalise pas, décidemment on est acteur de rien, on se laisse porter par les événements. Le plus dur reste encore à faire : la gynécologue nous conseille de rentrer à la clinique pour déclencher l'accouchement. Je rentre à la clinique le 13/06/03 à 13h30 et dans l'après-midi on me donne par l'intermédiaire de toucher vaginal deux comprimés pour déclencher le travail. La gynécologue passe me voir, le travail avance lentement et d'après elle ce sera pour cette nuit.

J'ai rencontré l'anesthésiste pour une péridurale que je n'aurais pas. A partir de 20h je ressens de vraies contractions, plus violentes, plus douloureuses. Laurent est là à coté de moi, il me tient la main ; moi je pense que ce sont les derniers moments que je passe avec ma fille et que je ne la connaîtrais jamais et que je ne saurais peut être même pas pourquoi.....

Vers 23h30 on m'emmène en salle d'accouchement et la sage femme me pose une perfusion avec un antalgique qui m'a vraiment shooté (Nubain), ce calmant arrive à point car je n'arrive plus à supporter la violence des contractions qui se rapprochent et s'intensifient. D'un coup en même temps qu'une contraction j'ai le besoin de pousser, je ressens tout, je la sens passer, je sens mon bassin s'écarter pour la laisser passer, et je la sens sortir d'abord la tête et le reste du corps. Moments magiques.

Puis on nous a présentés, Fleur 41 cm 1kg290 bébé mort-né à 00h40. Tu es magnifique, tout le portrait de ton père c'est stupéfiant. On dirait que tu dors, mon amour, je te tiens dans mes bras en réalisant mes premiers gestes de mère. Je te regarde pour ne pas t'oublier. Pour la première fois depuis que je le connais, je vois ton papa pleurer à chaudes larmes. La sage femme t'a emmené, mais nous avons pu te revoir plusieurs fois.

Puis c'est le retour dans la chambre, Laurent et moi plus proche que jamais, je me sens tellement mal, j'ai l'impression d'être vidée, je réalise que dans cette chambre, il me manque quelque chose ou plutôt quelqu'un.... On reste deux jours à la maternité et on rentre à la maison car je ne supporte plus d'entendre ces petits choux pleurer.

Je préfère zapper le passage à la mairie pour la déclaration de bébé mort-né. Mais je suis heureuse que Fleur fasse partie de notre livret de famille.

Voilà. Cela fait seize jours que j'ai accouché, seize jours que je suis séparée de ma fille, et qu'elle me manque. Mais ça va aller, il le faut bien. Faire face... Nous avons décidé de refaire un enfant dès que cela sera possible, mon généraliste m'a conseillé un rendez-vous avec un spécialiste des grossesses à risques, voilà donc mon nouveau statut ?!!

Lydie, 25 ans.
lylybest(arobase)voila.fr

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Published by Sophie Gamelin-Lavois - dans Récits de naissances
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