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24 avril 2009 5 24 /04 /avril /2009 15:52


Avant même d'être enceinte, j'ai décidé d'accoucher à domicile.
Anne-Sophie F.

Nous sommes fin 2003, je crois. Cela fait plusieurs mois que je réfléchis aux conditions de la naissance de mes enfants, à mes accouchements… Pour différentes raisons, que je n'explique pas ici mais qui sont écrites aussi, je décide que mon prochain bébé naîtra à la maison (si lui et moi sommes en bonne santé, bien sûr).

Quelques mois avant de me lancer dans l'aventure d'une troisième grossesse, je prends contact avec J., une sage-femme qui accompagne les naissances à domicile. Ecoute, respect et douceur se dégagent de cette femme. Je lui parle de mon projet. Le courant passe… Ca y est : je peux tomber enceinte ! Je sais que je ne subirai plus, malgré moi et sans raison, la valse des touchers vaginaux, des contrôles et des dépistages systématiques…

Je parle de cette idée d'accoucher à domicile à Xavier. Je crois qu'il m'a prise pour une folle au début ("Tiens, encore une idée bizarre qui lui traverse l'esprit… mais elle serait bien capable de vouloir m'embarquer dans son truc ; C'est qu'elle a l'air d'y tenir à son accouchement !"). Je lui fais lire des témoignages, lui explique que dorénavant je me prendrai en charge, que mon corps sait mettre au monde un enfant (même lui n'en doutais pas, tiens…) et que si la grossesse se passe normalement, je souhaite fortement que notre bébé voit le jour dans sa maison. Il s'est laissé convaincre ("Pourquoi pas, après tout…") et je crois qu'il est entré vraiment dans cette aventure le jour où nous avons rencontré J. pour la première fois.

J'avais choisi, éclairée par mes recherches Internet. Je me sentais libre car j'avais décidé de devenir actrice de cette grossesse et de cet accouchement, d'accompagner et d'accueillir ce bébé à ma façon. J'avais trouvé une personne qui respectait et comprenait mes choix, avec qui je pouvais discuter (je devrais dire NOUS pouvions discuter car bien sûr Xavier était intégré au projet). Pfffiou, ça me changeait drôlement des relations que j'avais eues avec le personnel médical lors de mes précédentes grossesses. On me demandait comment j'allais, ce que je ressentais, on parlait naissance, vie, mort, on parlait de nous… On ne parlait pas de col, de contractions, de centimètres, de dilatation…

Peu de temps après, bébé s'installe : nous sommes en avril 2004. Comme J. habite à 1h30 de la maison, je contacte alors C., sage-femme de ma région. Je lui parle de mon projet et lui demande si elle accepte de faire mon suivi de grossesse. Elle adhère au projet, se rend disponible tout au long de cette grossesse. Je la sens même plutôt motivée ! Elle accepte mon choix de refuser des gestes systématiques. Je me sens bien et la grossesse se déroule sans examen du col, avec le minimum d'analyses.

L'accouchement, la naissance…

Dans la nuit du 29 au 30 décembre, je ressens quelques contractions non douloureuses mais fréquentes, qui se poursuivent dans la matinée. Cela m'est déjà arrivée, il y a 2 semaines. En fin d'après-midi, les contractions reviennent fréquentes et régulières mais en aucun cas douloureuses. Avec Xavier, on s'amuse à croire que finalement ce bébé sera peut être de 2004. Je crois que j'en suis intimement persuadée mais je ne veux pas y croire !

Je fais un peu de rangement, m'active un peu en montant et descendant les escaliers plusieurs fois sous le regard amusé de Marius qui me dira le lendemain "ben heureusement que tu as monté les escaliers hein !!"). Vers 20h30 nous couchons les enfants, et je ressens ensuite le besoin de préparer une couverture pour le futur bébé, des serviettes de toilettes etc. Je me sens euphorique. Avec Xavier, on rigole et il se décide à préparer le matelas pour l'accouchement. On décide de l'installer dans la chambre d'amis / salle de jeux :la pièce est petite, on y sera bien.

Je crois qu'à ce moment je réalise que finalement il se pourrait que ce bébé arrive à l'aube. Je suis heureuse. Cela fait plus de 2 ans que je me renseigne et me prépare à accoucher à domicile, et voilà que le moment serait arrivé ? Je n'ose y croire ! Que de chemin parcouru ces derniers mois avec J., la femme que nous avons choisi pour nous accompagner, C., mon autre sage-femme qui nous a toujours soutenus dans ce projet. Un long chemin parcouru avec Xavier également, sans oublier les enfants.

A 21h45, je décide d'appeler J. pour la tenir informée. Pour elle, le travail a commencé : elle est prête à venir quand je le souhaite. Je lui dis que je vais la rappeler car je ne veux pas la faire déplacer pour rien. On se dit que ce serait royal que la naissance ait lieu cette nuit ! Je termine un peu de rangement dans la bonne humeur.

A 22h45, je rappelle J. car je viens d'avoir 1 ou 2 contractions légèrement douloureuses et surtout elles sont insistantes dans le bas du ventre, chose que je ne ressentais pas pendant la grossesse. Nous pensons toutes les deux que le moment est venu pour qu'elle parte. Je lui dis que tout va bien, que nous avons encore du temps devant nous.

Je passe un peu de temps sur Internet puis m'en vais prendre un bain chaud. Cela me soulage des contractions qui sont devenues plus douloureuses depuis que je sais que J. est partie (certains diront que c'est un hasard ;-) Le bain me permet aussi de me "poser". Je parle à mon bébé, lui dis que nous allons nous rencontrer, que je compte sur son aide :-)

Vers minuit, je sors du bain et je demande à Xavier de poser son oreille sur mon ventre, je crois que bébé est positionné dos à gauche alors qu'il avait été dos à droite pendant toute la grossesse. J'ai besoin de savoir comment il est pour l'imaginer, et mon ventre est devenu trop tendu pour le sentir avec mes mains. Selon Xavier, il est bien dos à gauche !

Pour me soulager, je dis à Xavier que nous allons commencer l'opération "compresses chaudes" : il fait chauffer de l'eau et nous passons notre temps dans la cuisine à mouiller des serviettes que j'applique sur mon ventre à chaque contraction. La chaleur humide me fait du bien, je ne peux plus m'en passer et je franchirai chaque contraction avec la chaleur de la serviette sur mon ventre. La tempête a commencé : nous parlons peu, la maison est dans une semi-pénombre qui nous rassure, tout est calme, les enfants dorment. Nous formons quand même une belle équipe ! Lui maintient l'eau bien chaude et renouvelle les serviettes entre chaque contraction et, dès que je lui fais signe, il m'en tend une que je lui rends après la contraction.

A minuit et demi je demande à Xavier d'appeler J. pour savoir où elle est. Dans une demi-heure, elle sera là, c'est parfait. J. arrive à 1h05, vêtue de blanc, calme et souriante comme à son habitude. Elle me demande si je souhaite que l'on écoute le coeur de mon bébé. On écoute rapidement les battements du cœur et elle me confirme que bébé s'est placé dos à gauche sous la force des contractions. Il est en parfaite position. L'écoute du coeur sera le seul examen fait pendant la phase de travail et d'expulsion. La voix de J. est douce. Je sais que tout va bien. Nous parlons entre chaque contraction. L'ambiance est à la bonne humeur mais rapidement les contractions deviennent très rapprochées.

A 1h40, une contraction beaucoup plus violente me donne l'envie de pousser. J. me suggère de me rendre sur mon matelas, si je le souhaite, car ensuite ce ne sera plus possible. Qu'elle est sage, cette femme ! Toujours dans la proposition, la suggestion, la douceur et la liberté. Jamais elle ne m'a imposé quoi que ce soit ou parlé de façon trop dirigiste. C'est ça l'accouchement à domicile !

J'ai mal mais j'essaie de profiter de ce moment qui précède de peu la naissance. Je sais que mon bébé sera contre moi dans quelques minutes. Une aventure va se terminer, une autre commencer, tout se passe comme je l'avais imaginé… Je m'agenouille sur le matelas et m'appuie sur les oreillers du lit (le matelas est sur le sol, contre le lit), cette position me semble la plus évidente à ce moment là.

J'entends J.. qui murmure : "Maintenant le temps t'appartient, tu vas à ton rythme, tu as tout ton temps, c'est toi qui décide quand va naître ton bébé". J'ai choisi d'accoucher à domicile entre autre pour donner une naissance douce à mon bébé, alors je décide que cette fois, malgré la douleur, je prendrai tout mon temps pour faire naître mon bébé. Personne ne me dit ce que je dois faire : c'est mon accouchement, j'en ai pleinement conscience à ce moment là.

J. m'applique des serviettes chaudes sur le périnée : que ça fait du bien ! En quelques contractions la tête commence à sortir, puis remonte entre les contractions, puis ressort... La douleur est intense. J'ai l'impression que mon périnée va exploser. Je visualise parfaitement la position de la tête de mon bébé… mon bébé… Il est presque là… J'essaie de ne pas forcer la poussée pour préserver mon périnée, je sais que le passage doit se faire en douceur, J. me le rappelle aussi et me conseille juste de bien respirer pour bien oxygéner mon bébé entre les contractions. Alors, je laisse mon corps faire. J. et Xavier sont à mes côtés, ils se taisent, me laissent accomplir ma mission. Leur présence est rassurante et leur silence me confirme que tout se déroule normalement. Je ne les regarde pas : j'ai la tête enfouie dans les coussins mais je sens qu'ils se regardent et se font des petits signes ;-) !

J'entends Lubin qui pleure là haut… puis, la tête sort, et le reste de mon bébé. Il se met à pleurer tout doucement, juste un petit peu, tranquillement. Il ouvre les yeux. Sensation extraordinaire… Tout s'est fait si doucement…

Je me retourne : un garçon !!! Je m'allonge… "mon bébé, mon bébé". J. l'enveloppe rapidement dans une serviette et remonte le bébé contre moi. Nous resterons ainsi l'un contre l'autre jusque dans la matinée. J s'éclipse pour voir l'heure qu'il est… 1h54. Nous sommes le 31 décembre 2004. Xavier monte voir les enfants qui se sont réveillés, ils descendront quelques minutes plus tard, main dans la main, découvrir leur petit frère… puis remonteront se coucher d'eux mêmes, très calmement.

Le placenta sortira environ 20 minutes après la naissance… véritable "délivrance" pour moi. Je n'ai commencé à me détendre qu'à partir de ce moment là ! Nous l'examinons ensemble. J. nous en explique les différentes parties, leur fonctionnement…superbe ! Xavier l'enterrera le surlendemain dans notre jardin, au pied d'un jeune abricotier. J écoute le cœur et les poumons d'Aurèle, toujours blotti contre moi, il est en pleine forme. J et Xavier prennent le temps de tout ranger puis nous prenons un thé ensemble sur le lit. Il doit être 4 ou 5 heures du matin, la maison est redevenue calme.

Xavier monte se coucher à l'étage pour être auprès des grands. J. va se reposer sur le canapé… Nous lui avions préparé un lit mais finalement c'est moi qui l'ai pris :-o Moi je reste blottie contre mon bébé dans la pièce où il est né. Vers 9 heures, nous nous retrouvons tous autour de la table de la cuisine. Nous prenons le temps de discuter… encore un moment très agréable ! En fin de matinée J. s'en va retrouver sa tribu. Une nouvelle journée commence… Quelques heures plus tard nous habillons Aurèle. Il prendra son premier petit bain le surlendemain.

Une semaine après, ce que je retiens de cette nuit là, c'est la simplicité du moment, la confiance réciproque entre J., Xavier et moi, la tranquillité de la maison, l'émerveillement des enfants au milieu de la nuit, la liberté, le temps qui nous appartient. Il faut bien peu de choses pour créer un grand moment…

Merci à J. et à toutes ces sages-femmes qui permettent aux couples qui le désirent d'avoir le choix de la naissance pour leur enfant. J'ai le sentiment d'avoir accouché pour la première fois ce 31 décembre 2004. Merci.

C. (ma sage-femme "de proximité" !) est passée à la maison une fois par jour pendant 4 jours. Le 3 janvier, Xavier est allé déclarer son fils à la mairie… dans un village de 400 habitants : ça crée l'événement… !

Anne-Sophie F., janvier 2005.





Aurèle et cette fin d'année 2004.
Xavier F.

Ce témoignage est celui d'un papa comme un autre, mais tout de même là quand il le faut. La journée débute là où nous avons laissé la précédente. Finalement, nous attendons la nouvelle année bien tranquillement. Nous naviguons entre sérénité et impatience. Cette idée d'un accouchement à la maison a mûri il y a bien longtemps dans la tête d'Anne-Sophie.

Il m'aura fallu un peu de temps pour accueillir cette volonté, mais bien vite je mesure ce que cela veut dire pour elle : envie, conviction et bonheur d'amener à la vie notre petit bout dans notre nid à nous. La crainte ne m'habite pas, seulement un tas de petites questions. Je sais la nature bien organisée. Je nous fais confiance.

Sans doute que cette journée allait se passer entre les vicissitudes de notre petite vie et le rythme impulsé par nos deux "grands garçons". Quel vin allons-nous savourer avec mon ami Pierre ce 31 décembre ? Une bonne table me met toujours de bonne humeur. Mais c'était sans compter sur nos deux compères, uni(e?)s pour quelques heures encore. Anne-Sophie sent bien au cours de cette fin d'après-midi des petites contractions, mais elle en a vu d'autres ! Notre vie trépidante continue donc et chacun s'affaire à ses multiples occupations.

La valse entamée depuis quelque temps se rythme petit à petit. Anne-Sophie se met à monter les escaliers, les redescend et ainsi de suite sous l'oeil amusé de Marius. (Il s'en souviendra probablement un bon moment.) La soirée s'annonce palpitante. Mais cela ne nous inquiète pas. Après tout, nous sommes prêts depuis longtemps. Le temps de préparer les enfants pour une nuit magique, de dîner une dernière fois à quatre et ils sont déjà rendus dans leurs chambres, des rêves plein la tête.

Nous nous retrouvons tous les deux, comme si cela allait être la première fois, remplis de sentiments : excitation, retenue, tendresse et douleur. Nous savons qu'il est là, bien décidé à surgir dans notre vie, si bien lové depuis des mois. Les contractions sont régulières, nous savons que le moment est sans doute proche. C'est à ce moment que nous décidons de nous prendre en main et de gérer le côté matériel de notre aventure.

- "Mais où se trouve la couverture ?"
- "Tu sais où sont les alèses ?"

Après quelques détours au fond des placards, nous finissons par rassembler ce dont nous avons besoin. Une machine à laver part dans la foulée, juste le temps de la finir pour un tour de sèche-linge, et le tour est joué. En deux temps trois mouvements, la salle de jeux se transforme pour accueillir Anne-Sophie si elle le souhaite : matelas par terre protégé à ma façon, situé à côté du clic-clac. Nous ressortons un tas de petits trucs, au cas où, mais en fait, peu de choses sont vraiment utiles.

Pour ma part, je retiendrai une chose sincèrement utile, il s'agit des petites serviettes du type "essuie-mains" que vendent notamment les géants du nord. Je sais, cela peut paraître incongru, mais elles nous ont suivi tout au long de l'accouchement, essuyant tout sur leur passage sans se plaindre, avec tant d'efficacité, calmant les douleurs salvatrices d'Anne-Sophie durant les dernières contractions.

Anne-Sophie appelle J. une première fois… Puis une deuxième fois, peu de temps après. Elle décide de partir, il devait être aux alentours de 23h00. Il n'y a plus de doute possible, les contractions répétées sont le signe d'une naissance prochaine. La maison est calme … Anne-Sophie fait une dernière virée sur le net, prend un bain une bonne demi-heure. Tout est prêt. Une seule petite lumière reste allumée dans notre maison, elle nous semble si douce. Une ambiance confinée s'installe et la pénombre enveloppe toutes nos pensées.

Seul, je prends mon petit café qui doit m'aider à rester bien éveillé toute cette nuit. La télé restée allumée me regarde, j'attends sagement la suite des événements songeur, impatient. J'ai dû confier notre naissance à "l'haut delà"… Une joie dissimulée, mais totalement envahissante, excite mon attente.

Anne-Sophie réapparaît, quelque peu apaisée par cette pause relaxante. Notre corps à corps peut débuter. Je suis là, présent à ses côtés, pour la soutenir. Chaque nouvelle contraction rapproche notre bébé de nous. Les lingettes chaudes que je pose sur son ventre dur soulagent la douleur. J'ausculte (avec mon oreille) le ventre d'Anne-Sophie, le coeur semble battre à gauche, les choses se présentent bien.

Chaque gémissement d'Anne-Sophie respecte le sommeil des grands, ils respectent de leur côté ce moment si peu habituel. La porte de leur chambre est ouverte, comme d'habitude. Ils dorment à poings fermés, sans doute vivent-ils eux aussi la naissance. C'est rassurant de les savoir près de nous … Les minutes s'allongent, les douleurs aussi. J. sillonne les routes. Nous arpentons d'autres routes.

Aux alentours d'une heure, J. arrive, tout simplement. Nous sommes rassurés, heureux de voir ses sourires et son silence. Nous discutons entre les contractions. Le travail s'accentue, chaque contraction nous unit fortement. J. propose à Anne-Sophie de s'installer dans la chambre.

Très vite, Anne-Sophie trouve la position qu'elle va adopter, moi aussi. Je me tiens à côté d'elle, certes un peu impuissant, mais tellement présent. Je soutiens sa tête, je la caresse, je la laisse dans la solitude de son accouchement. J. trouve aussi sa place. Elle se positionne comme prête à recevoir notre enfant. Quelques mots viennent çà et là, Anne-Sophie travaille seule, forte, courageuse et déterminée. Les efforts deviennent très douloureux, mais très efficaces. Les cheveux sont déjà là, comme à chacun de nos deux autres garçons. Chevelus, les mecs ! Avec J, nous échangeons des regards silencieux, rassurants et confiants. La naissance est proche.

Anne-Sophie n'est plus avec nous, elle fusionne avec son bébé quelques instants encore, avant de le laisser naître pour tous ceux qu'elle aime. Lubin se met à pleurer, il entre à son tour en communion avec Anne-Sophie, se rappelant ainsi de cette union charnelle qu'il partageait dans le ventre de sa maman. Pourquoi se réveille-t-il si près de la naissance, alors que les cris d'Anne-Sophie emplissent la maison depuis un bon moment ?

Anne-Sophie veut en finir, elle jette ses dernières forces et notre poussin arrive dans un tourbillon de liquide. Délivrance ! (L'heure n'avait que peu d'importance.) J. le prend dans ses mains, et le dépose sans plus attendre aux côtés de sa maman, douce délivrance. Moi, je vis tous ces moments intérieurement, avec beaucoup de retenue et de bonheur. Notre petit bonhomme est là.

Quelques minutes plus tard, je m'empresse de rejoindre les enfants, cette fois-ci tous les deux réveillés. Cet instant de joie, j'aurais bien voulu qu'Anne-Sophie puisse aussi le vivre. Mes deux garçons savent déjà que "le bébé" est arrivé. Lubin : "Papa, ça y'est, le bébé de maman est là ?" Je leur explique que c'est un garçon, qu'il s'appelle Aurèle et qu'il jouera peut-être au foot. Lubin est très heureux, avec son petit sourire à rallonge qui veut tout dire. Marius, encore un peu dans le gaz, vit cela plus de l'intérieur, comme moi.

Ils ne vont plus beaucoup dormir pour cette nuit. Je redescends pour rejoindre ma douce aimée, amoureusement enlacée avec sa progéniture. J. regagne la cuisine, simplement pour nous laisser savourer ce moment précieux. Nous nous retrouvons tous les trois, nous déposant de petits bisous, écoutant le silence de ce moment unique. Seules les contractions semblent s'acharner à troubler notre plénitude. Ce moment dure longtemps.

J'ai toujours eu confiance en la Nature, c'est certainement cette certitude qui m'a conforté dans ce projet d'accouchement chez nous, loin de toutes les préoccupations du monde médical. J., merci mille fois de nous avoir accompagnés avec tant de retenue, de délicatesse. Ta connaissance est grande, ce que tu dégages l'est tout autant. J'étais heureux de te voir arriver, si tard, ce soir là. Tu fais partie des nôtres.

J. est dans la cuisine, la pénombre de notre petite lampe lui suffit pour griffonner quelques écritures. Je la rejoins, nous échangeons quelques paroles, tout se passe si bien… Les enfants sont sur le pallier, là haut, et appellent doucement. J'y vais. Ils sont là, tout sourire. J'ai compris, ils désirent tant descendre et bavarder des mots doux avec leur frérot. Ils arrivent, main dans la main dans la salle de jeu. C'est magique, peu de mots mais une joie intense pour tout le monde. Juste le temps de faire un petit bisou, ils remontent dans leur chambre et tentent de retrouver le sommeil.

Peine perdue… Je vais leur rendre une petite visite régulièrement, ils ont vraiment envie de profiter de ce moment unique. A chaque fois, on discute un petit coup et je retourne auprès d'Anne-Sophie. Enfin, je prends Aurèle contre moi, Anne-Sophie et J. accompagnent la fin de l'accouchement, la délivrance arrive. Le placenta trône dans un récipient quelques instants, avant que J. nous parle de cette poche de vie. Nous écoutons, savourant la rencontre de la connaissance et de la Nature.

Quelques jours plus tard, je dépose ce petit nid auprès des racines d'un abricotier fraîchement planté. Chaque abricot aura une sacrée odeur de vie ! La nuit s'écoule à ce rythme paisible, nous remettons un peu d'ordre, nous prenons un thé tous ensemble au beau milieu de la vie ( je voulais dire de la nuit). En fin de nuit, nous nous décidons à fermer un petit coin de l'œil ; Après avoir tapé une dixième discute avec mes gars, nous tombons de sommeil. Un matin pas comme les autres nous fait sortir de la couette, 2005 approche à grands pas, et nous, nous voici un de plus, à la maison, aussi heureux qu'Alexandre le bienheureux.

J., après une très courte nuit, reprend le volant, courageuse, mais certainement heureuse de ce plaisir partagé. Et nous, eh bien nous sommes chez nous, et ça, c'est un vrai bonheur. Pour la petite histoire, notre soirée du nouvel an a bien eu lieu, évidemment quelque peu écourtée. Nos amis présents ce soir là auront partagé un petit bout de notre aventure, et arrosé notre petit Aurèle !

Merci Anne-Sophie, le chemin de notre vie est si vivant.
Merci J., tu accompagnes si bien toutes les sources de vie.
Je retourne auprès de ma petite famille.
Fin heureuse pour une histoire qui s'est répétée des milliards de fois !

Xavier F., janvier 2005.
xavier.fallard(arobase)wanadoo.fr

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Published by Sophie Gamelin-Lavois - dans Récits de naissances
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