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24 avril 2009 5 24 /04 /avril /2009 19:56

Ce soir je me lance. Il y longtemps que j'envisage de vous raconter mon expérience : c'est ce soir. Je suis la maman de Victor (bientôt 4 ans) et d'Arthur qui est né à la maison le 13 mars dernier et mort le 16 mars au service de réanimation pédiatrique, d'une maladie génétique rare.

Lors de ma première grossesse, en 1998, j'avais déjà entendu parler de la naissance à la maison et cette idée m'avait tout de suite emballée pour toutes les raisons que nous partageons sur cette liste (ndlr : liste-naissance) et qui m'avaient semblé évidentes (chaleur du foyer, liberté de la femme et du couple, absence de gestes médicaux superflus...) mais en tant que jeune femme inexpérimentée (j'avais 27 ans) je considérais ne pas avoir le droit (!!!) de tenter ce genre d'expérience. L'argument était : "s'il se passait quelque chose (toujours cette mort sous-entendue !) je ne pourrai jamais me le pardonner !". En fait, j'ignorais tout de ce qu'était un accouchement et il me semblait bêtement que c'était quelque chose qui s'apprenait.

Peut-être aurai-je l'occasion un jour de vous raconter en détail cette première expérience qui m'a énormément appris sur le milieu médical, mais toujours est-il que Victor est né en catastrophe avec les forceps en salle d'opération sans son Papa, à cause d'un travail trop long (!!!) : double injection d'ocytocine pour accélérer les choses ralenties par la péridurale (quand j'écris ça, ça me rend malade !) et donc deux arrêts cardiaques de Victor "coincé" entre deux contractions énormes. Bref, un accouchement traumatisant : mes premiers mots "il est vivant ?" et l'impossibilité de prendre mon fils dans les bras (Leboyer parle de ça dans un de ses livres ; ça m'a beaucoup fait pleurer).

En juin 2001 Arthur s'annonce et débute une nouvelle grossesse. Alors se pose la question de l'accouchement à la maison : 1) à l'école de Victor une maman se prépare à vivre cette expérience pour la seconde fois dans une parfaite sérénité 2) je suis plus que jamais convaincue par l'accouchement à la maison au vu de mon premier accouchement 3) il me semble que l'expérience de ma première grossesse me donne à 31 ans une légitimité par rapport à mon entourage qui donne du poids à mes choix personnels (quelle foutaise !) 4) (et ce 4 est sans doute l'argument déclencheur) je ne peux me résoudre à laisser Victor pendant quelques jours pour une hospitalisation...

En octobre 2001, la décision est prise, je contacte une sage-femme qui me suivra pendant toute la grossesse. Le courant passe immédiatement, les rendez-vous d'abord mensuels puis hebdomadaires sont l'occasion de discussions interminables où nous sommes en tout point d'accord !!! Je suis très fatiguée et j'ai la nostalgie de ma première grossesse lors de laquelle je disais que j'aurais souhaité passer ma vie enceinte ! Tout se passe bien cependant. Je vis cette grossesse sur un mode complètement différent : pas d'euphorie, une grande "sagesse"... si j'arrive à trouver les mots j'essaierai plus tard de définir l'état dans lequel j'étais.

Mars 2002. Les premières contractions arrivent le 12 à 22h et s'intensifient régulièrement. Comme prévu nous appelons la sage-femme (et mon frère pour qu'il vienne chercher Victor qui passera la nuit chez lui : je ne veux pas qu'il soit là parce que je sais que je vais crier (?!!!). Jusqu'à 3 h les contractions sont "supportables", la sage-femme s'est allongée et mon mari dort ; moi, je déambule dans la maison à chaque contraction et me couche quand c'est passé. Et puis les choses s'accélèrent, je hurle (comme prévu !), je laisse les choses se faire dans l'attente de la "délivrance" (je trouve le mot tout à fait juste !) avec une sourde inquiétude tout de même.

Mon mari et la sage-femme sont d'une aide immense ; c'est vraiment l'aventure d'un trio : avec moi qui subit mon corps et sa douleur avec patience et sans le moindre doute sur le bien fondé de mon choix malgré cette peur sourde ; la sage-femme qui me soutient verbalement et me guide avec délicatesse lorsque je questionne, et me rassure quand je m'interroge ; et mon mari qui me tient, me porte et m'accompagne par les mots et par les gestes dans une espèces d'"osmose chaotique" (c'est exactement ça !).

Et voilà Arthur : il est tout petit, tout léger, tout beau. C'est le bonheur. Il est 8h nous sommes le 13 mars : tout s'est parfaitement bien passé. La douleur est déjà oubliée. Une fois le placenta sorti nous allons vite nous coucher Arthur et moi pour une première "titouille". Mais il refuse en geignant. Ce refus me dérange un peu (Victor tète encore à 4 ans !). Je le garde bien au chaud contre moi et prend mon petit déj au lit tout en me félicitant à haute voix de la chance d'être à la maison : j'entends les tondeuses du voisinage vrombir, c'est le printemps : je suis heureuse comme jamais ! Il va être bientôt midi : Arthur ne tète toujours pas et pousse de petits râles déplaisants auxquels la sage-femme donne immédiatement un nom inquiétant.

Et alors tout s'accélère : les geignements deviennent réguliers (je compte le temps qui les sépare), les côtes se creusent, on appelle le pédiatre qui parle d'hypothermie et dit d'attendre 1h qu'Arthur se réchauffe. Mais on n'attend pas. La sage-femme commence à lui insuffler de l'oxygène et on appelle le samu pédiatrique. Je pense qu'il est midi. Le samu arrive dans la demi-heure alors que nous sommes toujours avec l'oxygène, dans tous nos états. Ils emportent Arthur dans ce grand véhicule blanc et restent plus d'une heure devant la maison. Le monde s'écroule tout à coup.

Ils l'emmènent à l'hôpital et nous pensons "il est sauvé" sans savoir ce qu'il a, ni ce qu'il s'est passé, ni rien... Et puis c'est la visite au service de réanimation vers 16h : il est intubé, perfusé, complètement inconscient. Bref... (je n'arrive plus à écrire à cause de l'émotion). Ils le gardent en vie pendant 3 jours sous respiration artificielle. Au fil des visites, le médecin (une Delphine, comme moi !) nous a doucement amenés à envisager la mort de notre fils. On nous appelle le samedi à 7h pour nous dire qu'il s'affaiblit et le temps d'amener Victor à garder nous arrivons à 8h à l'hôpital. Il nous a attendu et meurt à 8h30 dans mes bras.

Outre les 9 mois de grossesse, nous avons vécu très peu de temps avec notre fils. Mais les heures que nous avons passées ont été d'une extrême intensité. Quel joie et quel réconfort d'avoir choisi d'accoucher à la maison ! Grâce à ce choix, je n'ai pas été dépossédée de la naissance de ce fils auquel j'ai la douleur de survivre. Je peux me rappeler grâce à l'intensité de la douleur physique ce moment fort de sa venue au monde dont il ne me resterait aucune trace forte en terme de sensation s'il était né avec la péridurale.

Grâce à ce choix, il a vécu dans notre maison : non seulement il a vécu, mais en plus nous avons vécu avec lui sa naissance en toute conscience et aussi nous avons vécu ensemble des heures d'un immense bonheur ! Grâce à ce choix j'ai pu lui rendre visite autant de fois que cela était possible sans être alitée, ni hospitalisée et surtout pas sous tranquillisants !!! mais avec ma famille, mon mari et mon fils, tous les 3 unis dans la même douleur, partageant notre énergie d'amour pour surmonter le chagrin.

Grâce à ce choix l'existence de notre Arthur à une teneur et une intensité que le milieu hospitalier aurait sans nul doute diminuées, si ce n'est détruites dès les premières minutes du fait de l'intrusion d'une médicalisation vaine. Bien sûr il a vécu 3 jours qu'il n'aurait sans doute pas vécu sans l'assistance du service de réanimation. Bien sûr nous avons appelé le samu et nous ne le regrettons absolument pas. Mais grâce à sa venue au monde chez nous, nous avons connu un vrai bonheur sans nuage de quelques heures... et ça, croyez-moi, ça n'a pas de prix.

Delphine

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Published by Sophie Gamelin-Lavois - dans Récits de naissances
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