Présentation

Le site a déménagé :-)

24 avril 2009 5 24 /04 /avril /2009 21:31


Il est des instants rares et précieux… nous avons choisi de les vivre en famille, loin des protocoles, hors du temps…

Naissance d'Azélie,
16 novembre 2006 à 23h53…

Voilà plusieurs jours maintenant qu'elle a surgi dans nos vies… Je commence tout doucement ce récit, le besoin se fait sentir de poser des mots, la "bulle de naissance" s'estompe petit à petit… la vie quotidienne reprend peu à peu son cours, avec une petite fille en plus à la maison ! Par où commencer ?

Il y eut dans cette histoire le 16 mars 2006 où je découvre avec surprise que je suis enceinte ! Huit mois jour pour jour avant la naissance de mon bébé ! La surprise fait rapidement place à l'excitation, j'appelle J. notre sage-femme deux heures plus tard pour lui annoncer la nouvelle, et lui demander si elle accepte de vivre une nouvelle aventure avec nous. J'ai envie que la femme qu'elle est soit là, avec nous, être "au complet" pour accueillir notre bébé. Elle fait maintenant partie des histoires de naissances de notre famille, pour nos enfants comme pour nous, c'est la "sage-femme de famille" en quelque sorte !… Nos courriers échangés pendant ces deux années font que nous commençons à bien nous connaître !

Ce bébé s'est installé un peu plus tôt que ce que nous avions prévu, je trouve Aurèle encore si petit… J'envoie un mail à Envela et j'appelle Aline, je suis encore sous l'effet de la surprise !

Les semaines passent, les mois et les saisons défilent et nous rapprochent un peu plus de la venue de notre bébé. Nos garçons sont ravis à l'idée d'être à nouveau grands frères, la vie en famille s'écoule normalement et ils demandent de temps en temps quand est ce que le bébé arrivera…

17 octobre 2006 : dernière "visite officielle" chez J. Les grands ne sont pas contents que j'y aille sans eux (pour une fois !), ils rouspètent un peu, ils aiment bien aller là bas. Comme à chaque fois que nous nous sommes vus chez elle ou à la maison cette année, je lui laisse de la part de mon jardinier préféré quelques produits de notre jardin potager et parfois nous rapportons quelques plantes qui trouvent leur place dans notre jardin…

De cette dernière visite, je reviens un peu bouleversée en réalisant que je commence à toucher à la fin de ma grossesse… "la prochaine fois c'est moi qui vient chez toi" m'a t-elle dit en me quittant. Je me replonge un peu dans la naissance d'Aurèle, il y a bientôt 2 ans, à la maison également. Un sentiment étrange m'envahit pendant quelques jours : j'ai l'impression de connaître la saveur de ce qui nous attend, je me doute que ce sera très "fort" et en même temps je sais que ce sera une autre "première fois" avec ses inconnues. Nous nous retrouverons ici, les mêmes personnes dans cette même maison, chacun de nous ayant inévitablement gardé un souvenir personnel (plus ou moins dilué), de cette naissance et pourtant tout se rejouera, nous entrerons dans une nouvelle danse qui nous est totalement inconnue… parce que nous ne sommes plus tout à fait les mêmes non plus.

Cela me plait bien, je ne me projette pas, je vis au jour le jour, et je compte bien savourer ces dernières semaines qu'il me reste à attendre mon bébé.

S'en vient novembre, le temps s'étire, les jours et les semaines s'allongent, j'ai l'impression de ne plus vivre au même rythme que "tout le monde". Malgré des journées rythmées par les horaires de l'école, des repas en famille, j'ai l'impression d'être hors du "temps des autres". Je me prépare doucement à cette naissance en savourant chaque journée, je sais que ça ne va plus durer bien longtemps maintenant… un mois maximum, quatre semaines… cette période sera rapidement derrière moi alors je vis chaque moment, doucement et pleinement…

Je regarde Aurèle qui deviendra bientôt grand frère, il me semble encore si petit et pourtant comme il a grandi ces derniers mois ! Il parle très bien maintenant, c'est un petit garçon costaud et plein de vie… il y a deux ans, c'est lui que nous attendions…

Que souhaiter après sa naissance si simple et si "évidente" ? Je me le suis souvent demandé. Je saurai plus tard que J. pensait la même chose de son côté ! Mais il n'y a rien à inventer, je laisse à ce bébé le soin de m'offrir sa naissance, qui sera sienne et donc unique.

Nous ne voyons plus beaucoup de monde, nous restons chez nous et en profitons pour embellir notre nid avec quelques travaux de peinture.

Je me sens en pleine forme, je dis haut et fort que j'espère bien aller jusqu'au bout du terme de cette grossesse, c'est à dire fin novembre, et que de toutes façons nous avons les travaux à terminer… Mais j'avais peut-être "oublié" que les bébés choisissent eux aussi le moment de leur naissance !

Mercredi 15 novembre : Depuis la semaine dernière j'ai prévu de passer la journée du jeudi 16 seule sans les enfants (Aurèle ira passer la journée chez sa nourrice et les grands resteront à la cantine le midi). J'envoie un mail à J. pour lui dire que je vais l'appeler demain jeudi, que je me prends une petite journée tranquille pour moi, peut être la dernière d'ailleurs. Nous convenons que je l'appellerai en début d'après-midi le lendemain.

Je me rends ensuite chez Aline avec quelques amis-collègues pour passer une partie de l'après-midi en leur compagnie. L'ambiance est à la bonne humeur, tous me trouvent en pleine forme et quand ils me demandent "pour quand c'est", je leur réponds que "ça" devrait attendre encore une ou deux semaines, vu la forme olympique dans laquelle je suis ! Nous avons la peinture à terminer ce week-end, et puis d'abord j'ai toujours dit que j'irais jusqu'au bout, alors…

Au retour, c'est le moment de dîner, Xavier a préparé une soupe de légumes, nous nous installons avec les enfants et je fais la remarque que le bébé bouge énormément, depuis que je suis rentrée, alors que je ne le sentais presque plus bouger depuis deux ou trois semaines. Toute la soirée il continue à beaucoup bouger, il me fait même un peu mal, Xavier me dit en riant qu'il cherche son chemin…

La nuit est agitée, je passe quelques heures sans parvenir à dormir, dérangée par quelques contractions bien présentes, qui "appuient vers le bas", pendant quelques heures… Xavier doit se rendre compte de quelque chose (il faut dire que je me tortille dans le lit en silence !) et me demande une ou deux fois si "ça va"… je réponds que oui, sans en dire davantage… Il se rendort.

Je m'attends à ce que ces petites contractions cessent en fin de nuit, de toutes façons il le faut, je ne sais même pas si J. est disponible cette nuit, je ne sais pas d'où elle en est dans ses naissances, alors ce n'est pas le moment, d'ailleurs je lui demanderai demain tiens. Et puis j'entends la pluie qui se met à tomber, le vent se lève, je me dis que ce n'est vraiment pas un temps pour être sur la route, et que ce n'est pas un temps pour une naissance non plus, le ciel est trop agité !

Bref, les contractions cessent effectivement, je m'endors et là le cauchemar !! : je rêve que J. est debout, au milieu d'un grand pré… elle a du monde autour d'elle, et d'un coup des barrières se mettent en place et je vois un écriteau : "complet" !

Ouf, heureusement que mes contractions ont cessé, il faut vraiment que je lui demande s'il y a d'autres mamans en "attente" en ce moment ! Je lui envoie un petit mail dans la matinée en lui disant que j'ai presque cru l'appeler cette nuit mais qu'elle était certainement absente (mais non !).

Je suis fatiguée de cette nuit décousue, le bébé bouge encore beaucoup plus qu'habituellement (que sait-il de tout ce qui va se passer ? Se rend-il compte que le moment de sa naissance est venu ?). Je passe l'aspirateur à l'étage et je me glisse sous la couette dans la matinée avec un bon bouquin (Aurèle n'est pas là, ça tombe vraiment bien !). Mais les aventures de Bruno Sachs deviennent rapidement difficiles à suivre ! Je ferme ce livre et m'endors jusqu'au midi… Xavier rentre sans les enfants pour déjeuner, et allume un feu de cheminée… qui crépitera pendant de longues heures…

En début d'après-midi, je m'installe sur le canapé dans le salon (là où naîtra mon bébé mais je ne le sais pas encore) et j'appelle donc J. comme convenu. Nous passons une heure au téléphone à parler d'un peu de tout, mais surtout de naissance pour une fois ! Cela me fait plaisir de l'entendre et elle m'apprend qu'il n'y a plus qu'une maman qui est théoriquement à terme avant moi ! Je suis contente ! Je lui dis que je ne suis plus du tout certaine d'attendre deux semaines encore ! Elle me répond que ça l'étonnerait aussi !

Je ravive le feu dans la cheminée et avant que les enfants ne rentrent de l'école, je prépare une pintade au miel et aux abricots secs pour le lendemain midi en me disant que "ce sera fait", que je serai plus tranquille demain… C'est exceptionnel que je prépare un repas la veille ! Je suis plutôt du genre "dernière minute avec ce que je trouve dans le frigo", je m'épate moi-même ! Puis les contractions reprennent après mon appel téléphonique, pas vraiment douloureuses mais bien marquées quand même…

Je récupère Aurèle à 16h00… Xavier revient de l'école de bonne heure, il a une réunion prévue à Sablé jusqu'à 19h30. Il me demande s'il peut y aller ou pas, je lui dis que oui, aucun problème ! Mais il voit bien que je grimace à chaque contraction et finalement décide de ne pas s'y rendre. Cela me fait rire ! (à ce moment là je voulais croire encore que le bébé pourrait attendre au-moins une semaine mais avec le recul je me rends compte que j'étais bien naïve !!).

A 18h00 j'envoie à nouveau un mail à J. pour l'informer… Je me douche en même temps que mes fils, au cas où ce serait pour cette nuit. Nous dînons, (pour la dernière fois à 5 ! ). Je dis aux enfants que j'ai des petites contractions, qu'il se peut que le bébé arrive cette nuit mais que rien n'est sûr, que l'on ne peut pas savoir à l'avance quand il arrivera. Marius se met à rêver d'une petite sœur, Lubin voudrait bien un autre frère ! J'ai l'impression de revivre la journée du 30 décembre 2004 !

Avant de coucher les enfants, j'en profite pour descendre deux petites couvertures en polaire qui se trouvent dans la chambre d'Aurèle, Xavier descend les alèses jetables et va chercher le vieux matelas dans le garage.

Nous montons les coucher de bonne heure, demain il y a école. Nous leur disons que peut être cette nuit leur papa les changera de chambre pour les mettre dans la nôtre, si le bébé arrive, pour laisser le lit de Marius à Joëlle. Il est tout content qu'elle dorme dans son lit, Lubin veut qu'elle dorme dans le sien car elle a déjà dormi dans celui de Marius au printemps, bref, ils sont sur le point de se chamailler, nous leur disons alors qu'elle choisira et que de toutes façons ce n'est pas sûr qu'elle vienne cette nuit ! C'est rigolo, ils connaissent bien J. maintenant, ils se souviennent de la naissance d'Aurèle, et ils l'ont revue à plusieurs reprises entre mes 2 grossesses. Le courant passe bien entre eux et ils sont ravis de bientôt la revoir ! Il règne comme un air de fête !

Ce soir là, c'est moi qui prends le temps de lire une histoire avec mes grands garçons, en les avertissant que l'histoire va être rapide ! Je m'arrange pour commencer juste après une contraction (elles commencent à me scotcher sur place quand même !) afin d'avoir terminé avant la contraction suivante !! Lubin me propose de m'installer sur le lit de Marius et de m'adosser contre le mur, "comme ça tu seras mieux maman"… je suis émue, il prend soin de moi du haut de ses 5 ans et demi. Je leur dis une nouvelle fois que c'est normal d'avoir des contractions, ce sont elles qui vont permettre au bébé de sortir de mon ventre. Et que s'ils entendent du bruit cette nuit, ils peuvent choisir de se mettre dans notre lit tous les deux pour se raconter des petits secrets, ou bien descendre ou bien continuer à dormir, nous leur faisons confiance.

Les enfants couchés je me décide à appeler J. à 20h45. Je lui dis que je ne sais toujours pas si "c'est ça" (hum !), nous convenons de refaire le point à 22h30 maxi.

Xavier prépare le matelas qui me servira certainement au moment de la sortie du bébé. Il n'a plus besoin de consignes maintenant, on voit qu'il est déjà passé par là ! Il me demande juste où il installe le matelas. Je lui dis que je ne sais pas, j'aimerais bien dans le salon (j'ai toujours très froid pendant et juste après mes accouchements, et la chaleur de la cheminée m'attire). Il n'est pas vraiment d'accord car les enfants nous entendront beaucoup plus si nous sommes dans le salon plutôt que dans la salle de jeux comme pour Aurèle. Je n'ai pas envie d'être dans la même pièce que pour Aurèle, en plus il y fait plus frais, et elle est moins chaleureuse, mais comme il semble insister, j'acquiesce en me disant "on verra le moment venu"…

21h45 : Je me décide à rappeler J. (toujours peur de déranger "pour rien", elle aussi a une vie de famille), cette fois je pense que ça ne s'arrêtera pas, les contractions sont toujours assez espacées (10 minutes peut-être ? ) mais elles deviennent assez douloureuses. Elle me demande si elle a le temps de prendre une douche avant de partir, je lui dis bien sûr et elle me rassure en me disant que même si ce n'est pas pour cette nuit, elle ne sera pas vexée ! Mais elle me connaît et doit bien se douter que je ne l'appelle pas "pour rien" !

Avec Xavier nous calculons qu'elle devrait être là vers 23h15 /23h30. J'envoie un message rapide à Aline pour l'informer, elle est tout excitée ! Un dernier petit coucou aux copines d'Internet, et j'éteins l'ordinateur.

Différents sentiments m'envahissent alors, maintenant que je sais que c'est très probablement pour cette nuit : D'abord la surprise : je ne pensais vraiment pas que ce bébé allait me prendre par surprise deux semaines avant le terme. Et dire que j'avais attendu Aurèle jusqu'au bout en pensant par contre qu'il viendrait bien 8 ou 15 jours avant ! C'est à croire que mes bébés ont un esprit de contradiction bien présent avant même de naître, ou alors que mes désirs conscients ne sont pas mes désirs inconscients ! Et puis un regret que cette grossesse se termine déjà, j'aurais bien signé pour un mois de plus ! Et enfin une certaine excitation quand même à l'idée de rencontrer mon bébé dans quelques heures !

J'appréhende aussi la douleur qui m'attend… j'en fais part à Xavier qui me répond en blaguant qu'il est toujours temps de partir, une piqûre dans le dos et le tour est joué !

Il porte les grands dans notre chambre, afin de libérer la leur, et prépare un lit tout propre pour J.
Je quitte mes vêtements, enfile un peignoir et me rends ensuite dans le salon : les contractions deviennent plus douloureuses, je sens que le bébé appuie vers le bas lors de chacune d'elle, et je mets un certain temps avant de remonter à la surface entre deux contractions. J'ai froid, je suis régulièrement secouée par les frissons. Le salon est tel que nous le connaissons au quotidien, nous n'y avons pour le moment rien installé (tout est dans la salle de jeux, enfin tout c'est beaucoup dire, un matelas avec des alèses jetables, une ou deux serviettes de toilette pour le bébé et c'est tout). Je demande juste à Xavier de se débrouiller pour qu'il y ait moins de lumière : seules restent allumées la petite lampe près de la cheminée, et la lumière de la cuisine : effet tamisé garanti !!

J'éteins également la télévision qu'il a laissée allumée… Elle me dérange. Je ne sais plus trop comment me mettre, tantôt je suis en boule ou en position fœtale sur le canapé, tantôt agenouillée par terre sur un oreiller. Un aller-retour aux toilettes de temps à autre… mais les contractions restent relativement espacées.

Xavier perçoit très vite que je ne franchis pas du tout les contractions de la même façon que pour Aurèle : j'étais toujours debout, active, je marchais, incapable de m'asseoir ou de me poser… là je suis presque figée sur mon canapé (que je trouve trop petit d'ailleurs !) et je ne trouve aucun soulagement dans le fait de me déplacer, ça me fatigue, j'ai envie d'être tranquille toute seule. Il me dit même que si je veux accoucher un jour il faudrait peut être que je marche quand même ! Mais non, ça durera le temps que ça durera, je suis bien là, le feu me réchauffe, je n'ai pas envie de bouger.

Puis il me demande si je veux mes "lingettes" (petites serviettes éponges qui m'avaient beaucoup servi lors de mon précédent accouchement), oui, on va bien voir ce que ça donne. Xavier apporte alors sur la table du salon un récipient rempli d'eau très chaude, et fait des aller-retours dans la cuisine avec la bouilloire afin de maintenir l'eau du récipient toujours très chaude. Et il me tend une serviette quand je lui demande, que j'applique sur le bas de mon ventre à chaque contraction. Je suis toujours assise par terre, ou à genoux, ou bien je grimpe sur le canapé… La chaleur (et je demande à ce que ce soit vraiment TRES chaud !) qui se diffuse dans mon ventre me fait vraiment beaucoup de bien et m'aide à passer chaque contraction… Comme il y a deux ans, elles vont être mes compagnes jusqu'à la naissance, je ne pourrai plus m'en passer jusqu'au moment où je sentirai la tête de mon bébé arriver.

23h00 : Les contractions commencent à me "scotcher" sur place, je commence à dire que "ça fait mal" et je commence à regarder l'heure en me disant que J. ne devrait plus trop tarder, je commence m'impatienter de la voir arriver…

Elle arrive vers 23h20 comme prévu et en entendant sa voiture arriver, une énorme contraction, beaucoup plus forte que les autres, me fait gémir et enfouir la tête dans les oreillers. Je l'entends qui ouvre la porte. Elle ne fait pas de bruit, ne parle pas, je l'imagine qui jette un œil pour constater que je suis installée dans le salon… elle se met dans "l'ambiance", en simple observatrice. La contraction passée, je relève la tête (je suis toujours par terre sur mon oreiller, la tête sur l'assise du canapé), et lui dis que je suis contente qu'elle soit là. Elle me répond d'un petit mot affectueux. A partir de cet instant là, je me sens à nouveau complètement "hors du temps".

Je rappelle assez vite Xavier pour qu'il me donne des lingettes à chaque contraction et comme ça commence à m'agacer de demander à chaque fois, on convient que je lui ferai juste un signe de la main pour qu'il me la tende.

J. me demande si je veux qu'on écoute le cœur de mon bébé ou pas. Je viens de le sentir bouger, je suis certaine qu'il va bien mais oui, je veux bien. Elle applique le doppler pendant quelques secondes sur mon ventre, sans que je change de position. J'entends tout de suite son petit cœur battre, J. nous dit que c'était vraiment "pour le fun" ! Aucun autre examen ne sera fait … Et ne rien faire, c'est déjà faire beaucoup quand il s'agit de naissance…

Puis elle se déchausse comme à son habitude et vient s'agenouiller tout près de moi, tout près de la cheminée aussi ;-) Elle trouve sa place.

Je la salue d'une caresse sur le front, et d'un sourire en signe de bienvenue… elle en fait de même. Tendresse teintée de pudeur. Nous sommes en "contact", cela me paraît important ce soir là, comme si à travers ce contact je pouvais me soulager un peu de la douleur qui m'envahit. J'ai l'impression que ça y'est, nous sommes tous là, dans notre maison, et je vais pouvoir commencer à me "lâcher". D'ailleurs ça ne tarde pas ! Je commence à protester contre cette douleur, j'en ai marre, ça fait vraiment trop mal et je le dis ! Je pense même qu'il faut vraiment être cinglée et que c'est sûr, cette fois, c'est la dernière, on ne m'y reprendra plus ! Je ne dois pas être très polie, je laisse échapper quelques jurons mais tant pis ! Nous ne sommes pas là pour faire des manières !

J. me dit que oui, ça fait mal (ah, merci, ça fait du bien d'être comprise, j'en aurais presque moins mal ! ), c'est vrai qu'elle est passée par là plusieurs fois elle aussi !

Xavier est là, tout près aussi, mais dans la retenue, il me laisse "à mon affaire" et entre beaucoup moins en contact avec moi que pour la naissance d'Aurèle. Mais je n'y vois pas d'inconvénient (peut-être que c'est moi qui, de par mon attitude, lui laisse peu de place finalement), je suis bien toute seule, mes deux anges gardiens m'entourent, ils sont beaux tous les deux, j'ai l'impression que les flammes de la cheminée se reflètent dans leurs cheveux, sur leurs visages, c'est très doux, je garde le souvenir d'une lueur orangée pendant toute cette phase. Je les entends qui chuchotent et ça m'agace un peu parce que je trouve qu'ils sont bien tranquilles eux ! Ils en "oublient" même parfois de me donner une lingette quand s'en vient la contraction, je rappelle doucement Xavier à l'ordre, je ne vais quand même pas tout faire toute seule !

J'ai une pensée soudaine pour ces femmes que l'on allonge dans les hôpitaux, branchées de partout, alors que je suis mouvement continu. Me reviennent également quelques images de films que j'ai vus le mois dernier, de femmes qui accouchent "sous haptonomie" avec le sourire aux lèvres et la bouche en cœur et je me dis que vraiment, nous ne devons pas être fabriquées pareil, ce n'est pas possible !
Je suis à genoux la plupart du temps maintenant et j'effectue un mouvement de balancier avec mon bassin, c'est comme un automatisme, ça fait du bien, ça détend.

Au plus fort de la contraction je bouge, je tourne en rond sur mon oreiller, à quatre pattes ou à genoux, ou bien je me mets en boule. J. appuie alors avec le bout de ses doigts dans le bas de mon dos, à trois ou quatre endroits bien précis. Je ne sais pas ce que sont ces points là mais que ça fait du bien ! Elle me demande d'ailleurs si elle doit continuer, je gémis "oui" !

Tout à coup j'ai très chaud, j'enlève rapidement mon peignoir avec son aide et elle replace ses doigts magiques dans le creux de mes reins à chaque contraction ! ça ne doit pas être très facile, j'ai l'impression de ne faire que bouger et tourner sur moi-même, mais elle suit le mouvement…
La maison est calme, les enfants dorment…

Puis je les entends parler du matelas : il est toujours dans la salle de jeux, et je n'ai plus l'intention de bouger, nous sommes bien, là, nous formons un cercle devant la cheminée, il fait bien chaud. Et je sais que maintenant Xavier ne va plus insister pour que je me rende dans l'autre pièce, vu l'état dans lequel je suis !! Sur les conseils de J., il va donc chercher le matelas pendant qu'elle prend le relais avec les lingettes.

Je crois que c'est à peu près à ce moment là que je commence à changer d'attitude. Je ne proteste plus guère, et pourtant les contractions me paraissent toujours aussi violentes, je ne parle presque plus, je gémis mais je ne rouspète plus. Avec le recul, je pense qu'à partir de ce moment je n'étais plus dans "l'accouchement" mais vraiment dans "la naissance". Avant j'étais telle une jument sauvage, pleine de force et prête à ruer contre cette douleur que je ne supportais plus. Là je deviens gazelle fragile, prostrée, qui ne bouge plus guère, qui accepte, qui attend. Ni l'une ni l'autre ne s'apprivoise… ! Je me sens libre.

J'entends Marius qui se lève pour aller aux toilettes… et qui se recouche, alors qu'il nous a certainement entendus ! Tout à coup je dis "je crois que ça pousse", J. me dit qu'elle pense avoir entendu aussi ! Passent quelques contractions encore avec cette sensation de poussée en fin de contraction seulement.

Xavier doit être en train de préparer d'autres lingettes mais j'entends J. qui lui murmure "oh tu sais, dans 2 ou 3 contractions ton bébé est là". Elle a parlé à voix basse pour ne pas me perturber je pense, mais j'ai bien entendu ! Ah que ça fait du bien d'entendre ces mots ! Ils sont comme un phare dans la tempête, signe que l'arrivée est proche. Je pense "super, c'est bientôt fini !".

Et voilà que je me mets à grogner et à pousser vraiment davantage, je ne contrôle rien, ça vient comme ça, je ne peux rien faire d'autre. J. me dit que je viens de rompre la poche des eaux et que mon bébé est là tout près, juste derrière ! Je le prends comme un signe d'encouragement. Je me mets alors à genoux, j'ai envie de serrer les jambes à cause de la douleur mais je me dis qu'il va bien falloir que le bébé sorte et que ce sera plus facile avec les cuisses ouvertes !

Je suis donc à genoux sur le matelas, la tête dans les coussins et je m'appuie sur un bras sur l'assise du canapé pendant que de ma main droite je maintiens la lingette chaude sur mon ventre. Et alors au plus profond d'une contraction je sens quelque chose qui soulève la paume de ma main : la tête !! J. me dit "oui Anne-Sophie, c'est ton bébé qui arrive", et elle ajoute que maintenant c'est à moi seule de décider quand il va naître, que j'ai tout "mon temps".

Je lâche ma lingette et je pose alors ma main nue prête à accueillir ce petit être, j'ai envie de sentir mon bébé qui progresse vers la lumière (chose que je n'avais pas eu envie de faire pour la naissance d'Aurèle malgré la proposition de J.), je l'accompagne en gardant ma main posée sur le sommet de sa tête. Cela peut paraître étonnant mais je n'ai aucun souvenir d'avoir ressenti une quelconque douleur lors du passage de la tête : elle glisse hors de moi, progressivement, doucement, mais sans s'arrêter, comme si ce bébé sentait que maintenant c'est l'heure de venir se nicher dans le creux de ma main. Je sens bien que mon périnée s'étire mais je ne ressens aucune brûlure, aucun écartèlement, sa tête me semble tellement douce que je me demande si je ne rêve pas !

J. m'encourage et me dit d'y aller doucement, millimètre par millimètre mais elle glisse tellement facilement que je ne fais rien pour la "retenir". Ça y'est, la tête est sortie et là je sens les épaules qui sont encore "en-dedans", je lâche tout et ordonne à mes deux compères "aaaahhh, les épaules !!! attrapez-le !!". Je ne gère plus rien, instant de panique, j'ai l'impression qu'il faut qu'ils fassent quelque chose pour décoincer les épaules, mais non ! J'ai à peine terminé de parler que tout son petit corps se met à glisser hors de moi, accompagné d'un flot de liquide… Passage ! nous sommes dans l'instant de l'entre-deux… j'entends pleurer un tout petit peu, deux secondes peut-être, et puis plus rien…

Je me retourne ! : je découvre les mains de mon homme qui ont pris le relais, tenant ce petit être tout juste sorti de moi, ses mains sont encore dans le mouvement qui accompagne la sortie, qui reçoit… au premier coup d'œil je crois deviner que c'est une fille ! Une fille ? C'est une fille ? Je regarde Xavier qui me fait signe que oui, avec un petit clin d'œil, je crois qu'il n'en revient pas lui non plus, mais il ne dit rien… Il n'a pas le temps de la poser, j'essaie de l'attraper mais il ne sait pas trop comment me la donner, le cordon gêne et il voit bien que ça ne peut pas faire le tour de mes jambes ! Il me reste une lueur de conscience ! Je lui dis : "entre mes jambes !", et je la saisis à pleines mains !

Je reste à genoux, les fesses posées sur les talons, je me retourne vers le canapé pour être seule, J. et Xavier me tendent une serviette pour l'envelopper, je me recroqueville avec ma fille posée assise sur mes genoux, je la maintiens sous les aisselles… elle dort ! … ça y'est, tu es là ! Je pleure, je pleure, je dois rire aussi en même temps, enfin je ne sais plus trop, j'ai l'impression que je parle beaucoup à mon bébé également… je me berce avec elle… quel travail nous venons de faire toutes les deux, tu te rends compte, rien que toutes les deux ! Une fille ! Je n'en reviens pas, moi qui me sentais profondément "maman de garçons", moi qui ne pensais pas avoir de fille un jour, voilà que tu t'es invitée, tu vas apporter ta touche de féminité à notre déjà grande famille, tu es toute fine, mon Dieu que tu es belle…
Elle dort encore ! Elle est née en dormant et continue sa petite sieste ! Tranquille. Rien ni personne n'est là pour la déranger ni la perturber, j'ai l'impression qu'elle est "dans son élément" alors qu'elle vient juste de naître, mais elle semble si paisible, si bien…

Le flash de l'appareil photo me fait revenir avec mes deux compagnons. Leur regard laisse transparaître une émotion bien palpable. Ils ne parlent pas, il n'ont pas parlé, tout s'est fait dans le silence, le respect.

J'ai l'impression que la lumière n'est plus la même, que Xavier a tout allumé maintenant. Plus tard il me dira que non. C'est étrange cette impression de changement de lumière entre l'avant et l'après.
Je reviens à la "réalité", je leur demande si je n'ai pas rêvé, si c'est bien une fille ! (et oui, après 3 garçons on ne s'y attend pas vraiment !).

Avec leur aide je m'allonge sur le matelas, mon bébé contre moi, sous une couette, tout près du feu (et j'ai encore froid !). Ah quel bonheur, nous sommes bien là tous les trois, nous commençons à discuter, la maison est calme, mon bébé dort toujours !

Et puis nous nous demandons comment nous allons appeler cette petite merveille ! Nous avions gardé deux prénoms : Alice ou Azélie…. Xavier commence à dire que pour lui c'est "tout vu" : Azélie… j'acquiesce, et "pour le fun" il demande à J. qui acquiesce également ! Nous rions ! Ce sera donc Azélie. Ça lui va bien. Ce prénom a un côté doux et malicieux qu'elle aura sans doute, entourée de trois grands frères !

Xavier vient près de moi, il a le sourire aux lèvres, il est heureux, ça se voit ! Nous nous embrassons de temps en temps, nous sommes bien, personne ne nous dit quoi faire, nous profitons de l'instant présent.
Plus tard J. me dit que le placenta s'est probablement décollé au moment de la naissance (le liquide amniotique était teinté de sang), elle regarde, je pousse un peu, je lui confirme que je le sens tout près de la sortie, donc il est bien décollé. Elle tire un peu sur le cordon pour m'aider et il glisse hors de moi. C'est très doux et sa sortie me procure une sensation de mieux-être. Une "délivrance" qui porte bien son nom… une deuxième naissance !

Xavier apporte un récipient de la cuisine pour le déposer. J. vérifie son intégrité. Azélie est toujours reliée à son placenta, Xavier coupera le cordon un peu plus tard. Puis ils mettront le placenta au congélateur, en attendant qu'il soit enterré au pied d'un arbre. Notre choix se portera sur un magnolia.

J'applique une bouillotte en noyaux de cerises sur mon ventre pour me soulager des contractions utérines, mais je vais avoir l'agréable surprise dans les heures qui suivent de constater qu'elles sont douloureuses uniquement pendant les tétées (elles avaient été très nombreuses et très fortes, pendant plusieurs heures, après la naissance d'Aurèle). Un cadeau !

Environ une heure après la naissance, nous entendons du bruit là haut ! Marius et Lubin sont réveillés et ont décidé de descendre visiblement ! Ils doivent bien se douter qu'une surprise les attend ! Dans l'escalier j'entends Marius qui chuchote "j'espère que c'est une petite sœur" ! Et puis je l'entends s'exclamer : " vous êtes dans le salon ? Hé bien la prochaine fois vous pourrez vous mettre là !" (désignant le séjour !!). Il a été très surpris de nous voir dans le salon visiblement ! Il s'attendait à nous découvrir dans la salle de jeux, là où est né Aurèle !

Et je les aperçois tous les deux, sourire aux lèvres, je les invite à venir découvrir "le bébé" qui se cache sous la couette ! Au passage Marius lance un grand "Bonjour J. !" Et il l'embrasse ! Lubin en fait de même ! Je suis surprise, je m'attendais à ce qu'ils viennent voir le bébé tout de suite, d'autant plus que nous ne les obligeons jamais à embrasser qui que ce soit pour dire bonjour, c'est donc qu'ils le font de bon cœur ! Je crois qu'ils sont contents de la voir. Et puis, si elle est là, cela signifie qu'il y a un bébé !

Ils s'approchent ensuite de moi, et regardent sous la couette avant de nous dire "c'est un garçon !"… Bon, il faut dire qu'elle a toujours le cordon entre les jambes donc ce n'est pas forcément évident ! J'insiste un peu, pour eux c'est toujours un garçon alors finalement je leur dis que non, ils ont une petite sœur ! Cela ne semble plus guère avoir d'importance finalement, ils sont très calmes, heureux d'être avec nous et cette fois ils ne remonteront pas se coucher comme il y a deux ans, ils sont "grands" maintenant. Ils s'intéressent de près à tout ce qui se passe et J. se charge de les "occuper" : elle demande à Marius d'aller chercher un papier et un crayon et lui dit qu'elle va avoir besoin de son aide ! Il est très fier !

La mesure du périmètre crânien et l'écoute du cœur sont faits sous la couette, puis je pose Azélie sur le canapé. Ses deux frères s'assoient à ses côtés et à ce moment là elle se met à ouvrir les yeux (elle dormait toujours !) et regarde ses frères avec cette profondeur dans le regard qu'ont les nouveaux-nés. Première rencontre. Mes grands la regardent en retour, sans parler, ils l'observent. On dirait presque qu'ils sont intimidés par ce regard… le temps s'est presque arrêté. Nous nous contentons de les admirer…

J. la pèse, vérifie ses réflexes, et demande à Marius de lire et de noter soigneusement chaque mesure ! Il fait cela très consciencieusement, assis sur le canapé juste à côté de sa sœur. Lubin est assis de l'autre côté et regarde attentivement ce qui se passe ! Ils rient tous les deux en voyant que leur sœur "marche" sur le canapé ! J. notera le prénom, la date et l'heure de naissance d'Azélie sur ce petit pense-bête… Marius le conserve précieusement et le lendemain il promet à Azélie de lui montrer ce papier quand elle sera grande !

Marius suit J. partout, et réussit à lui parler de sa passion de l'Egypte… à 2 heures du matin ! "tu sais quand je serai égyptologue…", et les voilà partis dans une grande conversation ! Puis elle lui montre à quoi sert le doppler. Je me dis que c'est un beau cadeau pour eux également cette naissance à la maison.

Qu'ils me semblent grands mes deux garçons, je suis heureuse qu'ils soient à nos côtés, ils sont beaux, visiblement ravis d'être là eux aussi, je suis si fière d'eux. Ils retournent se coucher un peu plus tard. Puis J. et Xavier remettent un peu d'ordre, lancent une machine de linge etc. J. me demande si je souhaite prendre une douche mais comme la douche est à l'étage, je n'ai pas vraiment envie de monter les escaliers. Elle me fera donc une toilette avec les lingettes humides (j'ai du sang un peu partout !). Pour une fois que ce n'est pas moi qui m'occupe des autres, je me laisse chouchouter !

Elle rédige ensuite le compte-rendu de l'accouchement, remplit le carnet de santé d'Azélie et nous demande quelle est son heure de naissance ! Je sais qu'à 23h50 elle n'était pas née, j'ai aperçu l'heure ! J. nous dit qu'à 23h55 elle était née, et Xavier tranche en disant "53 comme la Mayenne" ! Nous rions ! Donc ce sera 23h53 le 16 novembre 2006, c'est très équilibré !

Et puis nous songeons à aller dormir un peu, il doit être 3h30 ou 4 heures du matin. Je marche jusque dans la chambre d'amis/salle de jeux, là où est né Aurèle, pour terminer la nuit avec Azélie nue contre moi dans un grand lit tout propre. J'ai très soif, Xavier me prépare un thé, nous discutons encore un peu tous les trois et ils montent se coucher également. Je ne ferme pas l'oeil de la nuit, trop de pensées m'envahissent…

Je saurai le lendemain que les gars ne dormaient pas encore quand Xavier est monté, ils l'attendaient sagement et étaient bien trop excités pour s'endormir sans lui ! Nous laissons la porte ouverte pour que J. puisse quitter la maison quand elle le souhaite. Une autre de ses mamans est à terme et peut l'appeler. Et puis, un papillon, ça ne s'enferme pas ;-)

Elle descend avant le lever familial et vient s'installer sur mon lit avant de partir retrouver ses garçons. Nous nous retrouvons et chuchotons quelques petits secrets "entre filles" ! Elle me dit qu'elle est contente. Quelques larmes pour quelques confidences passées… une longue étreinte… quelques caresses… un regard… émotion… départ…

Une heure plus tard, la nuit a laissé place à une nouvelle journée qui commence. Xavier descend, les gars suivent peu après. Aurèle arrive également. Quand il aperçoit "le bébé", il reste "bouche bée" (au sens propre !) pendant quelques secondes avant de s'intéresser en détail à ce petit être : ses oreilles, son nez, sa bouche… !

Je me lève… je passe dans le salon qui a retrouvé son aspect habituel. Qui peut soupçonner un instant ce qui s'est passé cette nuit ici ? Reste une empreinte, du domaine de l'impalpable, comme une vibration, invisible et pourtant tellement présente encore. Seules subsistent quelques braises qui crépitent à peine dans la cheminée, témoins d'un passage, témoin de la Vie. Xavier ajoute quelques bûches de bois, le feu "repart" et ne s'éteindra pas de la journée, prolongeant en quelque sorte la magie de l'instant passé.

Au moment de midi, Azélie a pu savourer en direct les odeurs de pintade au miel ! C'est quand même pas mal pour une entrée dans la vie ! Que retiendront mes deux grands de cette nuit là ? Que leur restera t-il comme souvenir? Ils ont demandé à voir le placenta le lendemain. Je me souviens de la déception de Marius l'année dernière quand il nous a demandé où était son placenta à lui… il est né à l'hôpital. Je ne sais pas où est son placenta… Il aurait bien aimé avoir son arbre avec son placenta et pouvoir en prendre soin… Je pense aussi à Azélie : un jour tu seras femme et probablement mère : dans quelle mesure ta naissance te guidera-t-elle dans ta façon de percevoir la maternité et dans ta vie de femme ?

Mes quatre enfants m'ont tous enrichie dès leur naissance, chacun de façon différente. Avec chacun d'eux j'ai connu une "première fois"… Marius est bien sûr celui qui m'a faite mère. Avec Lubin j'ai découvert l'allaitement "long". Aurèle m'a appris la naissance en liberté, en toute simplicité. Et la naissance d'Azélie fut un vrai feu d'artifice, où liberté et animalité étaient étroitement liés. Avec elle je vais apprendre à m'occuper d'une petite fille aussi. Serait-ce le bouquet final ?

Si je devais conclure, avec le recul, je retiendrais plusieurs aspects de cette naissance :

Un grand sentiment de liberté, de complicité et de tendresse entre Xavier, J., moi, et les enfants. Je me suis sentie très à l'aise, à tout moment. Ce fut une naissance où chacun a trouvé sa juste place, au bon moment. Nous avons vraiment vécu une naissance "en famille" cette fois.

Je suis surprise de constater la différence d'attitude entre mes deux accouchements à domicile : pour Aurèle j'étais dans la verticalité, incapable de m'asseoir ou de m'allonger pendant tout le "travail". Pour Azélie j'étais la plupart du temps à genoux ou en position fœtale, changeant de position à chaque instant, mais presque toujours au ras du sol.

Je n'ai pas eu la même relation avec Xavier qu'il y a deux ans non plus : Pour Aurèle je m'accrochais à son cou à chaque contraction ou presque, j'avais besoin de me "raccrocher" à lui. Pour Azélie je n'ai pas eu ce besoin là, j'ai eu l'impression d'être beaucoup plus "seule"…par choix je pense : je crois que j'avais vraiment besoin de me "recroqueviller" sur moi-même pour vivre pleinement cette naissance. Et je me suis trouvée.

J'ai senti Xavier moins "présent" mais c'est moi qui ne suis pas allée vers lui. Et d'un autre côté c'est la première fois qu'il accueille un de nos bébés dans ses mains, lui de son côté était donc bien "présent" !

J'ai le souvenir du silence également. Nous étions trois adultes, avec trois enfants qui dormaient. Je n'ai entendu que des chuchotements, des murmures, que je perçois comme une marque de respect pour ce moment qu'est la naissance. Par contre j'ai l'impression d'avoir beaucoup parlé "toute seule" à partir du moment où J. est arrivée.

La notion de temps et d'absence de temps fut également très présente : avant que J. n'arrive, j'étais dans "l'attente", je regardais l'heure régulièrement, j'étais "là", bien présente. Puis le temps a clairement cessé d'exister, j'ai eu l'impression d'avoir été plongée dans un temps qui n'appartenait qu'à moi : les 30 minutes passées entre l'arrivée de J. et la naissance m'ont semblé beaucoup plus : chaque instant, vécu pleinement, succédait à l'instant précédent. J'étais dans le temps des contractions et de la naissance.

Et puis il y a ce "cadeau" : Pour cette naissance, ce dont j'avais le plus "peur" c'est de la douleur lors du passage de la tête du bébé : Lors de mon premier AAD (pour les aînés en maternité j'avais eu une épisiotomie donc aucune sensation d'étirement du périnée), j'avais eu une sensation d'étirement énorme, j'avais l'impression que la tête n'allait jamais passer, que tout allait éclater. La tête avançait, remontait, avançait, remontait et dans mes souvenirs cela restait de loin le moment le plus douloureux et le plus désagréable. Mais là au contraire, ce fut incroyablement doux, la tête a glissé dans ma main, doucement, en une fois, sans que je ne ressente la moindre douleur. Ce fut une sensation intense, mais j'ai eu l'impression que mon périnée avait "obéi" sans réticence à cette tête qui demandait le passage. Est ce que ce ressenti pourrait être dû au fait que dans ma tête j'étais vraiment dans l'accompagnement de ma fille ?

Et enfin, je suis persuadée que j'ai attendu que J. arrive pour laisser naître ma fille. A partir du moment où j'ai entendu sa voiture arriver, les contractions sont devenues soudainement beaucoup plus fortes, et une demi-heure plus tard, Azélie naissait.

Le vendredi après-midi, Xavier est allé déclarer la naissance d'Azélie, Rose, Marie, à la mairie de notre petit village. Les enfants ne sont pas allés à l'école, sauf en fin d'après-midi pendant une petite heure pour annoncer à leurs camarades de classe qu'une petite soeur était née "cette nuit, dans le salon" !

Après la naissance, nous avons pris soin de laisser la porte close pendant plusieurs jours. Nous avions envie de vivre ce bonheur entre nous uniquement, de laisser encore planer dans la maison la magie d'une nuit de lumière sans perturbation extérieure : si certaines personnes ont réellement compris notre choix, plusieurs membres de nos familles, et certains amis, l'associent à un "doux délire", et évitent soigneusement le sujet, comme si cela les dérangeait, eux…

Seule Maï, ma sage-femme "de proximité" est venue une fois par jour pendant quelques jours. Nous avons aimé reparler de cette naissance avec elle, juste entrouvrir notre porte pour laisser passer ce rayon de soleil. Chaque visite avait un air de fête, elle était pleine d'attention pour les garçons et elle a pris soin d'entretenir cette notion de naissance "en famille".

Azélie aura trois semaines dans quelques jours… je ne ressens pas ce vide énorme que j'avais ressenti après la naissance d'Aurèle et qui m'avait poursuivi pendant de longues semaines. Aujourd'hui je dirais même (mais ça peut changer !) que je me sens "remplie" et comblée. J'ai le sentiment d'avoir achevé quelque chose que j'avais commencé lors de mon premier accouchement à domicile, l'impression d'avoir complété la palette des couleurs qui s'offraient à moi… Même si d'autres couleurs restent certainement à inventer ;-)

C'est la naissance qui, de loin, m'a le plus "bouleversée" : Je me suis retrouvée face à moi-même pendant cet accouchement, j'ai eu le sentiment de mettre mon enfant au monde toute seule. J'ai vécu avec mes compagnons des moments très forts d'émotions partagées, je suis heureuse de ce qu'ont vécu mes fils aînés cette nuit là… et puis, le fait que ce soit une petite fille…

Et je terminerai en rendant hommage à celle qui a vécu cette belle aventure avec nous, celle qui répète souvent qu'elle fait de "l'artisanat d'art", en empruntant des mots si bien écrits : "Elle sait faire vivre la lumière, elle sait parler, elle sait se taire. Elle sait rendre à l'éternité l'éphémère explosion du bonheur. C'est une fée, c'est une artiste. Elle est sage-femme… impressionniste" (Maï Le Dû, "Bord de mères", ELPEA 2005)

… Il est des instants rares et précieux, et pourtant si simples, tellement simples…

Anne-Sophie F., novembre 2006.
Lire aussi la naissance d'Aurèle, en janvier 2005.

Partager cet article

Repost 0
Published by Sophie Gamelin-Lavois - dans Récits de naissances
commenter cet article

commentaires