Présentation

Le site a déménagé :-)

24 avril 2009 5 24 /04 /avril /2009 21:40

2 février 2006. Récit d'une naissance à la maison, presque un an après…

10 février 2005 : accouchement à la maison et pourtant ça semble hier ! C'est si présent dans mon esprit. Mais c'est maintenant que j'ai enfin envie de raconter cet accouchement à la maison, vécu en intensité, dans la nuit du 9 février 2005.

En fait, tout avait commencé deux nuits auparavant avec une fissure de la poche des eaux qui m'a mouillé régulièrement pendant 24 heures. Cet épisode a déclenché un sentiment d'urgence à partir du moment où les sages-femmes furent prévenues par téléphone, le mardi à midi. J'ai compris par la suite que pour elles, chaque heure qui s'écoule comporte un risque d'être " attaquée ", " mal vu " si on se présente à la maternité, quelques jours après la rupture de la poche des eaux et que survient un " problème ".

Evidemment ce n'était pas mon intention de mettre nos deux sages-femmes en difficulté, bien au contraire. Je leur suis reconnaissante d'avoir choisi de pratiquer les accouchements à la maison. Quel courage ! Quelle chance pour nous, les futures mamans.. . Frédérick Leboyer nous avait affirmé qu'on pouvait rester plusieurs jours sans aucun risque après la rupture de la poche des eaux et je n'avais aucune inquiétude jusqu'au moment où les sages-femmes m'ont un peu stressée pour accélérer le processus, même si c'était de façon naturelle (infusion de cannelle, ostéopathie).

Mercredi après-midi, donc, début de l'aventure. Je n'en suis pas encore sûre car je suis encore chamboulée par une matinée passée au téléphone entre les sages-femmes qui suivent l'évolution (toujours rien !) et mon acharnement à joindre l'acupuncteur (c'est mercredi, journée réservée à ses enfants), du coup je me rendrais chez l'ostéopathe. Toujours est-il que les contractions ont commencé le mercredi dans l'après-midi, alors que la première coulée entre les cuisses fût dans la nuit de lundi à mardi, à 3h du matin…

Donc on ne peut pas dire que je sois " posée ", ça démarre sur les chapeaux de roue et on a tellement envie que ce soit les bonnes contractions qu'on ose à peine y croire !

Pourtant elles sont bien présentes toutes les 4 minutes environ, pas violentes mais régulières. Le travail a commencé et je ne suis pas dans un état d'esprit de sérénité, de joie ou de réceptivité, je ne suis pas assez centrée ni reliée, je suis trop tournée vers l'extérieur. Et si là, déjà, j'avais commencé à me faire confiance au lieu de rentrer dans ce jeu d'incertitude, de peur que les contractions ne viennent pas assez vite par rapport au " délai " de la rupture de la poche des eaux ? …

Je décide de monter dans la chambre, il est 16h, je commence à " souffler avec les sons indiens " sur chaque contraction, comme nous l'avons appris au stage de Frédérick Leboyer. Les contractions vont se poursuivre, assez fortes. Elles sont supportables mais ce rapprochement va beaucoup me fatiguer, c'est une question d'endurance en fait, mais je ne sais pas combien de temps il faudra " tenir ".

A 17h, Laurent, mon tendre compagnon, me fait couler un bain. Entre temps il aura déjà fait plusieurs navettes entre la cuisine et la chambre pour m'apporter de l'eau, des figues, des amandes, me soutenir, me masser les reins… Il est très présent mais cette présence que je réclame tant et qui me semble indispensable m'empêche là aussi de me retrouver, de m'intérioriser…

Premier appel de S., la sage-femme, vers 18h pour savoir comment ça progresse, elle est tranquille au bout du fil, sûrement rassurée que le travail ait commencé. On convient de se rappeler vers 20h. Pour moi, je continue à " gérer " les contractions qui se font devant et derrière puisque mes reins souffrent aussi ! Je change très souvent de position, émettre les sons m'aident, les mains, les paroles de Laurent aussi. Je m'installe par moment contre lui ou alors je suis appuyée sur le gros ballon, je roule dessus ! C'est une des positions qui me soulagent le plus. J'ai l'impression que le temps passe vite et en même temps que ça dure depuis des heures. Ce qui est vrai ! Combien je suis impatiente !

A 20 h, S. me demande au téléphone si je préfère qu'elle vienne directement chez nous où si elle retourne chez elle (elle était en visite à mi-chemin entre notre maison et chez elle, qui est à plus d'une heure de notre domicile). Je suis un peu étonnée de son manque d'empressement à venir, je ne vais donc pas accoucher tout de suite ? J'ai besoin qu'elle me dise " où j'en suis " et en même temps j'ai peur de la faire venir " pour rien ".

Elle arrivera donc vers 22h, après avoir dîné. A la suite de son examen vaginal, il s'avère qu'en effet mon col est peu ouvert bien qu'elle ait pu toucher les cheveux du bébé. Je suis un peu déçue, toutes ces heures " pour rien " (c'est ainsi que je le vis). Donc elle propose d'aller s'allonger si je suis d'accord. Je suis ok avec sa proposition, je préfère être tranquille et je n'ai pas trop envie qu'on me touche, me regarde et qu'on suive l'évolution sans arrêt ! J'ai bien compris que je ne vais pas accoucher dans les secondes qui suivent et si j'ai besoin d'elle, il suffit d'aller la réveiller.

Les contractions continuent. J'en ai marre. Je suis épuisée. Je pensais que ce serait plus rapide. Minuit approche et je réalise que je n'accoucherai pas le 9 comme je le croyais (ou voulais !).
J'essaie de manger un peu, je vomis tout dès que la contraction arrive. Je n'oublie pas les sons, la visualisation avec mon bébé mais mon mental arrive quand même à prendre, petit à petit, le dessus.

Et il y a ce foutu réveil où je vois les heures défiler. Je n'ai pas un moment de répit, les contractions sont rapprochées. Des doutes commencent à s'immiscer subrepticement dans mon esprit. Mon néo-cortex continue de carburer à fond et pourtant je ne peux pas accuser l'extérieur de le solliciter : aucune lumière violente, aucune visite ou examen du col ! Même Laurent sait être discret et très présent à la fois.

Non, tout se construit à l'intérieur de mon esprit, la peur de ne pas savoir faire toute seule et cette colère aussi contre moi qui accepte de souffrir alors qu'avec une péridurale tout serait réglé !

Comment puis-je avoir de telles pensées, moi qui prône la naissance à la maison ? Comment ai-je pu me laisser envahir par ces peurs, alors que la naissance à la maison est de toute évidence l'opportunité de retrouver son plein pouvoir de femme et une grande liberté ?

J'ai peur, partagée entre l'envie de réveiller S. et ne pas l'importuner. Pour quoi faire, de toute façon, le travail n'a pas dû avancer… et j'ai tellement peur qu'elle le confirme. Je suis dans le flou, l'inconnu, face à moi-même et au lieu de me recentrer, je commence à divaguer, à me sentir incapable, je n'y arriverai pas… Et cette souffrance qui continue de m'épuiser et m'insupporte.

Laurent me propose à nouveau un bain bien chaud vers 2h du matin que j'accepte volontiers bien que je n'arrive pas à y rester, plus de 10 minutes. Je lui fais part de mon envie de partir à la maternité (à 25 minutes). Il est surpris et pourtant, va faire preuve de délicatesse et de douceur. Ses paroles d'amour vont me redonner confiance.

Je continue de parler au bébé, de visualiser le passage, de l'accompagner et je sens justement, en sortant de la baignoire, comme une descente, un positionnement dans le bas de mon ventre. Je regarde encore l'heure : 2h20.

Ces contractions s'amplifient à un point que là, je lâche d'un coup. Les paroles de Laurent et le fait de lui avoir avouer mes peurs m'ont libéré. Je rentre dans un nouvel état, je me sens dorénavant reliée, plus sereine. J'ai juste une petite requête : que le bébé soit là à 3h du matin sinon je réveille S. pour faire le point. Et je lâche, je vis désormais mes contractions debout, accrochée à Laurent, sans plus aucune crainte.

Puis je ne pense pas à réveiller S, j'ai dépassé un seuil, je vis l'instant, je ne pense plus, je suis dans ce moment présent, je vis mes contractions, j'émets un râle pour supporter la douleur plus violente des contractions, depuis la sortie de l'eau. Puis je ressens le besoin de me mettre à 4 pattes.

Je suis donc à genoux sur un matelas au sol, mes coudes adossés sur le rebord du lit. Presque immédiatement, je sens une grande brûlure envahir tous le bas de mon ventre en plus d'une grande poussée sur l'anus et le périnée. Je ne contracte rien, je laisse faire, je ressens une joie m'envahir car Laurent me dit : " Je vois ses cheveux ".

Je sais que ça y est et en même temps je laisse faire mon corps. Je parle intérieurement à mon bébé. Je lui dis de prendre son temps, de faire comme elle le sent, je suis là pour l'accueillir, je suis complètement relâchée. Je suis dans une totale ouverture. Surtout ne pas pousser ! (mon ami Vincent, ostéopathe qui aide les femmes pendant leur accouchement grâce à la complicité d'une sage-femme, m'avait recommandé de maintenir une respiration douce et surtout de ne jamais pousser).

A nouveau une brûlure suivie d'un écartèlement se manifeste et, moi qui suis si présente, à l'écoute de ce qui se passe, je me laisse surprendre par la " sortie " prodigieuse de mon bébé ! Elle arrive comme une fusée, en un seul " jet ", et Laurent a juste le temps de réagir et de la récupérer ! Tout est allé si vite ! Elle est là ! Laurent me la fait glisser dans les bras, je me suis redressée, je suis à genoux, je la serre fort contre moi. Et pendant que Laurent court réveiller S., je murmure, dans un sanglot, que j'y suis arrivée, que nous avons réussi toutes les deux ! Il est 2H52.

Cette arrivée est magique ! Sans avoir poussé, dans une position idéale pour laisser faire la nature et dans cet état second de lâcher prise et de confiance dans lequel je me trouvais (d'ailleurs sans le savoir, je l'ai analysé après) : un état de grâce et d'ouverture à la vie !

Conclusion :

Je m'étais préparée à cette naissance tant désirée à la maison. Pour moi c'était évident que ça se passerait chez nous et pas ailleurs ! Nous avons suivi des séances d'haptonomie. Nous avons eu la chance de suivre une " préparation " avec Frédérick Leboyer lui-même, sur un week-end .

Les différentes lectures (Frédérick Leboyer, Michel Odent…), les témoignages d'accouchement à la maison, et la lettre-périnatalité de Sophie Gamelin ont aussi beaucoup contribué à cette approche nouvelle et consciente de sa " prise en charge " de son accouchement !

Et pourtant, malgré toute cette préparation, ces échanges avec le futur papa, tout aussi investit que moi, j'ai douté à un moment donné. J'ai surestimé mes possibilités ; il ne suffit pas de savoir et de vouloir, encore faut-il se permettre de se faire confiance, de faire confiance en la vie, au bébé, à son conjoint.

Pour ma part, ne pas vouloir mettre la barre trop haute, ne pas être dans cette volonté affirmée, cette croyance que je devais assumer et être au top puisque je m'étais préparée ! Il ne suffit pas de savoir, ni de vouloir ! Etre trop exigeante pour soi-même attire la rigidité… du corps. Mais je ne regrette pas ce long cheminement au milieu des contractions ventre-rein. Je comprends aujourd'hui combien cela m'aide à être plus dans l'amour vis à vis de moi-même, combien mon ego aurait regardé les autres femmes de haut : " les pauvres ignorantes " ! Je crois donc que tout ce qui est vécu est juste.

D'ailleurs, j'ai pu constater que quand on lâche, tout est fluide et l'accouchement se passe sans heurt et tout seul ! Ce fut mon cadeau, notre cadeau ; Anaëlle " a atterri " sans aucun obstacle car elle avait le champ libre, je lui ai parlé avec mon coeur, ma confiance et il n'y avait à cette seconde là aucune attente, aucune demande, juste un état de réceptivité et de don… Elle a pu venir en toute confiance.

Savoir, c'est laisser faire notre coeur, c'est oublier ce qu'on a appris pour se connecter au plus profond de son être et, ainsi, permettre à la vie de jaillir et de donner dans la joie et l'amour.

Amour, confiance et aucune exigence…

Quelle intensité cette naissance…

Catherine Magnin-Mourier
acfmagnin(arobse)club-internet.fr

PS : J'ai 42 ans et Anaëlle est mon 4e enfant, ma première fille et la seule née à la maison ! J'ai le bonheur d'avoir des grands garçons, des hommes, même s'ils restent mes enfants . Sébastien est né, il y a 24 ans (!), avec épisiotomie et forceps. Jérémie, 22 ans et Nicolas 19 ans ont eu droit à des accouchements déclenchés avant terme, donc longs et difficiles (les médecins avaient peur que les bébés soient trop gros puisque Sébastien pesait 4,560 kg !).

Partager cet article

Repost 0
Published by Sophie Gamelin-Lavois - dans Récits de naissances
commenter cet article

commentaires

PhilKi 10/07/2012 17:15


Extraordinaire...le livre de Leboyer est tellement beau et plein de vie qu'on devrait l'adapter au Théatre...siplement le dire sur une scène  comme une ode à la Vie et à la conscience
humaine !