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19 février 2010 5 19 /02 /février /2010 18:02

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De celui qui t’a fait naître tu attendras autre chose que de la sécurité (Les nouvelles politiques d’accompagnement de la grossesse et de la naissance)

Dr Michel BRIEX (Source et texte complet)
publié dans la revue Spriale n°39.
Extrait : Autre chose que la sécurité

S’il reste encore beaucoup à faire pour améliorer la sécurité de la naissance dans notre pays comme nous l’avons vu un peu plus haut, ceci ne doit pas se faire au détriment du reste et en particulier de cette relation particulière que nous avons avec les couples qui attendent un bébé.

Certes la demande de sécurité de notre société est bien présente et semble être considérée comme un pré-requis par la majorité de ces couples. Leurs reproches semblent porter principalement sur l’accueil, l’humanité ou le respect des choix personnels lorsqu’ils sont exprimés mais les plaintes au sens juridique du terme si elles restent peu fréquentes portent sur la sécurité et influent sur la prise en charge que nous leur offrons avec une réponse faisant majoritairement appel à la technique et plus secondairement au dialogue et à l’information. Ces derniers n’ont malheureusement pas beaucoup de poids dans les affaires ou la sécurité est mise en défaut et où la justice vient donner son point de vue mais on sent bien que s’en éloigner nous écarte de tout ce qui rend nos métiers si particuliers et si passionnants et qu’une réponse purement technique et mal concertée n’apporte pas en santé publique les résultats attendus et entraîne une escalade sans fin comparable à la course aux armements.

René Amalberti (Directeur de l’institut des sciences cognitives institut de médecine aérospatiale) spécialiste des problèmes de sécurité faisait le constat suivant dans un congrès médical récent sur l’échographie et la prévention du risque (Morzine 2006 d’après un résumé du Dr M.Opinel).

- La fonction ne s’arrête jamais mais les outils changent (la fonction transport de passagers existe toujours mais nous sommes passés de la diligence à l’aéronef puis au jet piloté par un humain mais cela ne perdurera pas)

- La demande de sécurité s’accroît: Particulièrement en temps de paix et elle est injuste car d’autant plus forte que les systèmes deviennent plus sûrs. Les erreurs persistent quand bien même se multiplient les dépenses en profondeur (en dépistage échographique le référent, centre multidisciplinaires, multiplication des examens)

- Tout système ou mode de fonctionnement a une durée de vie et de mort:

  • Temps héroïques: aucune plainte
  • Temps de l’espoir: progrès rapides et peu de plaintes
  • Temps de la justification: lois publiques, exigences accrues excès de confiance avec une machine qui s’emballe et les plaintes avec
  • Temps de la rupture technologique avec apparition de la ligne rouge: En échographie la ligne rouge étant peut être l’enfant parfait?

- La sécurisation d’un système passe toujours par le même chemin:

  • Accepter le deuil de la performance
  • Accepter les Objectifs de l’autre
  • Accepter pour les soignants de devenir un acteur équivalent: le dépistage échographique par exemple a un taux d’erreur de 1/10.000. Davantage serait suicidaire car tout effort de stabilisation d’un corps de service doit passer par une sorte de schizophrénie (ne pas tenter tous les jours de modifier sa pratique). De la même manière une naissance peut s’accompagner de complications imprévisibles.

Accepter le risque résiduel en gardant à l’esprit la relative protection que nous offre le système médical Français concernant la couverture sociale, l’offre de soins, la satisfaction globale des usagers, le peu de plaintes pour erreur, le peu d’associations crédibles de patients et l’absence de réelle mainmise de l’état sur nos pratiques.

Au risque de se répéter, ce qui semble manquer le plus aux professionnels de la naissance si on les interroge c’est du temps, de nouveaux collègues, du matériel et du personnel même si avec nos moyens actuels il est peut être possible de faire mieux sur le plan technique. Ceci ne signifie pas faire davantage mais surtout de recentrer nos efforts au bon endroit dans un vrai projet de santé publique qui se donne les moyens de ses ambitions.

Dans l’idéal, il nous faudrait plutôt améliorer encore la sécurité et non pas proposer uniquement "toujours plus de sécurité". Nous devrions ainsi pouvoir modifier nos pratiques et faire que la technique qui accompagne cet objectif de réduction du risque soit moins visible et laisse plus de place à l’humanité que nous demandent les couples, notamment en l’absence de complications. C’est d’ailleurs un des buts des maisons de naissance dans lesquelles certains mettent beaucoup d’espoirs. Il nous faut aussi écouter les couples et leur demande et dialoguer à leur faire accepter les risques qui accompagnent la naissance pour ne pas que ce risque vienne gâcher l’expérience positive que peut apporter cet heureux événement.

Comme nous l’explique Goethe : le risque, comme la beauté est une question de point de vue.

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Published by Sophie Gamelin-Lavois - dans Accoucher en sécurité
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