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29 juillet 2012 7 29 /07 /juillet /2012 14:25


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J'ai toujours pensé que tu naitrais la nuit, que mon premier accouchement aurait lieu dans le calme, l'intimité et le mystère de la nuit. Depuis que j'ai 23 ou 24 ans, je sais que je mettrai mon enfant au monde par moi-même, loin de l'hôpital, chez moi ou dans la nature, seule ou avec une sage femme. J'ai 28 ans, j'ai rencontré ton père 11 mois avant ta naissance, il a comblé tous les vides de ma vie et a rempli mon ventre.

Je n'ai presque pas pris de poids pendant ma grossesse : tu m'as fait perdre mes kilos en trop et j'ai mangé très sainement, je n'avais pas du tout envie de sucré. Ton papa a tout de suite été d'accord pour rencontrer une sage femme pratiquant les accouchements à domicile et, après le premier rendez-vous, il s'est étonné de ne pas avoir pensé au suivi par une sage femme pour ses précédents enfants. J'avais toujours en tête l'idée d'accoucher seule mais je sentais quand même que cela faisait peur à ton papa.

Tu n'as pas beaucoup bougé dans mon ventre : par contre tu as souvent eu le hoquet, tu te déplaçais en faisant de grosses bosses sur mon ventre comme un sous-marin remontant à la surface et surtout, les derniers mois tu cambrais brusquement le dos en faisant ressortir ton petit popotin juste sous mon estomac : pas vraiment agréable ! Une petite quinzaine de jours avant ta naissance, j'ai eu une grippe carabinée... et bien sûr ton père a suivi, 5 jours plus tard. Nathalie, notre sage femme, m'a dit de vite me remettre sur pied si je ne voulais pas faire une croix sur l'accouchement à domicile.

J'avais tellement hâte d'arriver à ce jour tellement attendu depuis tellement longtemps que j'espérais que tu naitrais en décembre. Finalement, j'ai été bien heureuse de découvrir que tu serais un cadeau de nouvelle année. Le jeudi, c'est mon jour : toutes les choses importantes de ma vie arrivent un jeudi... alors tu es née un mercredi, à 23h55 : ton jour, suivi du mien, avec mon bébé !

Le 12 janvier, nous étions donc remis ton père et moi et mes analyses de sang étaient bonnes. En fin d'après midi, Nathalie appelle pour me prévenir qu'elle ne sera pas là le week-end. Nous faisons une sieste et je me réveille avant mon mari. Je m'assoie dans un fauteuil avec le mac book : ça y est, enfin ! Je sens des contractions ! (Je n'en n'ai jamais eu, n'ai pas perdu le bouchon muqueux ni les eaux... bref aucun signe d'avant goût) Je sais que ça y est, on y est, je ne me pose même pas la question, c'est évident.

Je savoure chaque crampe (pas douloureuse, c'est juste bon de sentir que ça y est, enfin), je fais semblant de me concentrer sur Internet et regarde en souriant mon mari qui dort et ne sait pas encore ce qui se prépare. J'adore ce moment délicieux où la nuit intime de l'hiver tombe, où je suis seule éveillée, où je sais que quelque chose de grand se prépare, où je garde le secret en souriant... bientôt il saura.

Je ne sais plus s'il se réveille avant ou pendant que je serai dans le bain, quoiqu'il en soit j'en sortirai et on passera un petit moment à faire les dernières photos de mon gros ventre (je grimace un peu sur la dernière sous le coup des contractions dont l'intensité commence à monter) et puis je crois que je l'envoie faire 2-3 courses d'appoint. Pendant ce temps, je passe l'aspirateur en soufflant entre deux contractions et regarde d'un air hésitant le beurre que j'avais laissé ramollir dans l'intention de faire des cookies. Pour finir, je renonce à mes élans pâtissiers, sentant que la douleur grandissante ne me laissera pas aller au bout de la préparation.

Ton père revient et je crois que je tente un nouveau bain, bain duquel je me retrouve très vite en position debout à me dandiner d'un pied sur l'autre... je commence à avoir très mal et la douleur est constante, je ne sens pas de "contraction" à proprement parler mais une douleur permanente qui se fait de plus en plus intense et commence à m'inquiéter. Je glisse mes doigts et sens la poche des eaux, comme une banane, à deux phalanges de la sortie.

Je sens que ça va aller vite, comme je l'avais imaginé, que tu vas naître coiffée, comme je l'avais imaginé... mais que j'ai trop mal, aucun répit et que ça "c'est pas normal"... J'abandonne mon idée secrète d'accoucher seule et accepte d'écouter les encouragements de ton papa à appeler Nathalie. Elle me dit de reprendre un bain avec spasfons voir si ça se calme. En raccrochant je me dis que je n'ai pas réussi à me faire comprendre : je sais que c'est là, maintenant, et que ce n'est pas une boîte de Spasfon qui va calmer la tempête.

C'est insupportable de rester dans la baignoire. Je ressors et tourne en bourrique dans l'appartement, maintenant que j'ai accepté de renoncer à mon "projet" d'accoucher seule, je veux que Nathalie arrive TOUT DE SUITE. Je demande à mon mari de la rappeler et je l'entends lui dire qu'il ne m'a jamais vu avec cette tête là. Ca, je sais que ça va la faire venir ! J'adore l'entendre dire ça. Il m'avait raconté que pour ses précédents enfants il avait toujours su, souvent avant les mères elles-mêmes, que c'était LE jour.... alors du coup je me dis que c'est MON jour.

Debout devant le lavabo avec mon chéri d'amour, je me regarde dans le miroir. Il me dit que je suis belle, que j'ai le regard puissant d'une lionne. C'est vrai que j'ai l'air puissante, chasseresse, concentrée, forcenée, guerrière. Je me trouve très belle moi aussi. Je me remets à faire les cent pas. Je commence à avoir sérieusement envie de me vider les intestins. Je crois que c'est plus ou moins à ce moment qu'arrive Nathalie.

Je suis très impatiente qu'elle m'ausculte. Je l'entends dire que la poche des eaux est très résistante, qu'elle n'arrive pas à la percer. Mon dieu qu'elle horreur, je n'avais même pas imaginé qu'on puisse vouloir percer la poche, moi qui rêvais d'un bébé né coiffé... ouf ! Je lui dis que c'est tant mieux et que je ne veux surtout pas qu'on y touche. A quatre pattes je ne peux plus retenir mes intestins et j'en oublierai de lui demander les résultats de son examen. (lorsque je la reverrai pour ma 2ème grossesse, elle me donnera une copie des notes qu'elle a prises lors de l'accouchement : j'étais à dilatation complète).

Elle me propose d'aller aux toilettes. je n'aurais jamais osé y aller de ma propre initiative : trop peur de faire tomber mon bébé dedans ! En tous cas ça me fait beaucoup de bien et ton papa est là à me tenir la main et à me rassurer par sa présence si réconfortante. Puis je me retrouve à nouveau à faire les cent pas. A un certain moment que je ne sais situer dans la chronologie, je vomirai les pâtes mangées quelques heures plus tôt : soulagement.

Nathalie me propose de pousser en me pendant à la porte de la salle de bain. On y restera sans doute une petite demi heure, seule avec mon mari. J'ai très mal, mais j'aime pouvoir être un peu seule avec lui. Pousser me fait du bien, mais je trouve que je commence à crier un peu trop fort et m'inquiète pour les voisins. Tout ce que j'écris là sont des fragments de souvenirs, tout ce qui me reste de cette période est très confus. Je sais juste que j'avais très mal en continu, que j'étais quasiment tout le temps debout à me dandiner et que je commençais à ressentir une extrême fatigue.

Je n'arrêtais pas de dire que j'avais envie de dormir. Il se passera deux heures entre l'arrivée de Nathalie et la tienne. Deux heures totalement confuses (et ce n'est pas le temps qui a effacé les souvenirs : je ne m'en souvenais déjà pas le lendemain... et même le jour même : la souffrance a empêché mon disque dur de graver les infos !) La précision doit me revenir une trentaine de minutes avant ton arrivée. Je me souviens être debout dans le salon, Nathalie assise. En m'éloignant d'elle je dis "heureusement que je ne suis pas à l'hôpital parce que là je suis prête à tout accepter : péridurale, césarienne tout" et Nathalie de répondre "de toutes façons là c'est trop tard pour une césarienne".

Et puis je me mets à quatre pattes, le torse allongé sur le lit. Nathalie se place derrière moi et installe ses petites affaires. Au bout d'un moment elle me propose d'aller à quatre pattes jusqu'à la salle de bain. Je sens que ça doit être une bonne idée et m'exécute. Je reviens contre le lit et bien qu'elle me propose un deuxième aller-retour je ne bougerai plus de là jusqu'à ton arrivée, très bientôt, sans doute moins de vingt minutes.

Mon mari place des coussins sous mes genoux et je me sens trop bien installée (en plus je suis très contente car je vois que je vais accoucher dans la position que j'avais estimé être la meilleure lors de mes recherches pendant la grossesse). Ton papa est face à moi et je m'agrippe à ses mains en poussant très fort, mais ce n'est pas très sonore, en tous cas pas de quoi alerter les voisins ! Il a l'air très content, serein et fier de moi, j'adore sa force, j'adore pouvoir m'agripper à lui, je trouve que j'ai vraiment choisi un bon mari ! J'adore notre manière à la fois relaxe et intense de vivre tout ça. Je suis étonnée de l'effort conscient de poussée que je fais, moi qui avais lu et vu qu'on pouvait accoucher sans pousser, en laissant simplement le corps faire...

Je dis que ça brûle, mais bizarrement je ne m'inquiète pas tant que ça (ma seule véritable crainte de l'accouchement était de déchirer). En fait je crois que je suis soulagée : la brûlure n'est rien comparée à la douleur ressentie depuis trois heures et qui brusquement semble avoir disparue en cette dernière demi heure. Je veux dire, bien sûr, ce n'est pas franchement agréable, ça pousse, c'est dur et puissant... mais en même temps je n'ai plus vraiment mal. Je suis sereine, j'attends chaque poussée tranquillement et en toute conscience, je peux même parler, et à chacune je pousse en tirant sur les bras solides de mon mari chéri.

J'entends Nathalie me dire "Ne poussez plus Stéphanie, ne poussez plus !" j'en déduis que la tête ne doit pas être loin. Moi, à part cette sensation de brûlure, je ne distingue rien de spécial. J'arrive à m'empêcher de pousser même si cela me demande une concentration importante. Et puis j'entends Nathalie s'adresser à ton père pour lui signifier que la tête de sa fille est sortie et que s'il veut la filmer c'est le moment ! Eh oui, dire qu'on a même pas allumé une caméra ni un appareil photo pendant tout ce temps !

La fin de l'accouchement se passe donc pour moi à quatre pattes, appuyée sur le lit, Nathalie derrière moi et ton papa debout à filmer. Aucun son de ma part, juste ma respiration, je n'ai plus mal, j'attends, je me concentre, j'entends Nathalie me dire de surtout ne pas pousser, alors je fais doucement. Elle dit que c'est un beau bébé, qu'elle a plein de cheveux (moi je me dis que c'est normal d'avoir des cheveux), qu'elle a la main sur son épaule (peut-être as-tu sucé son pouce pendant l'accouchement !) alors je la sens essayer de sortir le bras et mon bébé glisse hors de moi.

J'entends un cri d'une puissance qui me fait presque peur, Nathalie me dit d'attraper mon bébé entre mes jambes. Dans ma mémoire j'ai le souvenir de pleurs instantanés, puissants et interminables. En fait, en regardant ce petit bout de vidéo que j'adore, qui me surprend à chaque fois part sa beauté et sa simplicité irréelle et dont je ne me lasse jamais, on voit que tu ne pousses qu'un seul cri. Ensuite je t'attrape et te regarde, te découvre, t'admire, je dis que tu "ramones" parce que tu respires bruyamment et semble toute encombrée, alors Nathalie me dit de te redresser et de te prendre tout contre moi (je t'aurais bien regardée plus longtemps, mais je m'exécute : j'ai tellement rêvé d'accoucher que je n'ai jamais imaginé la suite, l'après, le moment où j'aurais un petit être dans les bras, ce qu'il faudrait faire).

Et te voilà contre moi. je suis trop heureuse, je n'ai plus mal, je ne suis plus fatiguée, enfin si, mais comme si la fatigue n'était que physique, toute conscience mentale de la fatigue a disparue. Mais je tremble, j'ai froid, très froid, je me sens toute fragile. Nathalie me suggère de m'installer sur le lit et m'y aide. Moi je suis dans un autre monde, incapable d'identifier le moindre besoin. Je suis juste heureuse et ébahie d'avoir ma fille dans mes bras avec mon si beau mari qui nous regarde en souriant. Nathalie nous dit de rester peau à peau, toi sous ma "robe" d'accouchement.

Mais tu es toute humide, tu as des lambeaux de sac qui te restent sur le corps : tu es née dans ta poche, mais Nathalie l'a déchirée au moment où ta tête est sortie. J’ai peur que tu aies froid, de ne pas réussir à te réchauffer dans toute cette humidité. Qu'est ce que tu sens bon, tes cheveux, mmmm, une incroyable odeur, unique... Nous ne t'avons lavée que le troisième jour, sur l'insistance de ton père. J'aurais bien conservé ton odeur de naissance encore plus longtemps !

Sur la vidéo, dès que je me retrouve assise sur le lit, on voit que tu as ouvert tes yeux et me regarde. J'ai envie de te donner le sein mais au lieu d'en prendre l'initiative, je "demande l'autorisation" à Nathalie qui me dit d'attendre qu'elle ausculte la petite. Une délicieuse odeur de pain grillé envahit la pièce : ton père nous prépare des petites tartines de miel : les meilleures de ma vie, elles n'auront plus jamais le même goût !

Puis je me retrouve allongée et Nathalie me dit de pousser afin d'expulser le placenta. Elle me dit qu'avec "l'utérus de compétition" que j'ai il doit être juste là, niché devant la sortie. Oui, les premières contractions seront apparues à 19h et à 23h55 tu naissais, à peine 5h dont moins de 3h d'intense souffrance. Mais là je n'ai plus aucune énergie, j'ai l'impression que tous mes organes vont tomber. Pour finir, Nathalie le récupère sans problème et me propose de venir le voir... étrangement, moi qui suis toujours très intéressée pour tout voir et tout savoir je n'ai strictement aucun souvenir de ce placenta ! Je crois qu'il n'y a que toi qui m'intéresse, et je vois le temps qui passe et m'inquiète que tu aies faim.

Ensuite je vais me doucher et ton papa te prend pour la première fois dans ses bras, sous son tee shirt. Je reviens et me réinstalle dans le lit et vous filme tous les deux : là manifestement tu meurs de faim et ton papa dit que tu es en train de manger toutes tes mains ! Je te reprends et quelques instants plus tard Nathalie t'ausculte : tu pleures dès que je dois te détacher de moi, tes premiers pleurs de mécontentement. En plus tu dois avoir trop froid ! pauvre chérie.

Après on t'habille et moi aussi je me change et enfin Nathalie m'autorise à te donner le sein. Mais bien sûr toi tu commences à fatiguer et là tu aurais plus envie de dormir que de manger. En plus elle insiste pour que je te donne le sein allongée sur le côté... mais moi je sens bien qu'on ne va pas y arriver comme ça... Pour finir je m'assoie et peux enfin m'y prendre comme je l'entends. Mais la tétée est courte, tu es fatiguée et je commence à avoir envie d'être tranquille avec mon chéri. Nathalie partira vers deux heures du matin.

J'écris (enfin!) le récit de ta naissance aujourd'hui, alors que je suis enceinte de 5 mois et demi de ta petite soeur, que je me retrouve une seconde fois immergée dans cet appel inconnu, unique et majestueux de l'accouchement. Nous avons à nouveau fait appel à Nathalie car nous avons confiance en elle. Mais je convoite toujours l'idée d'accoucher "seule"...

 

En tous cas cette fois-ci je voudrais vraiment être plus "présente", plus "consciente" : dire que je n'ai même pas senti ta tête sortir : c'est Nathalie qui a du me le dire ! Je n'ai pas senti le bébé "s'engager", je n'ai pas senti la tête faire des va et vient... bref j'ai l'impression que j'en suis toujours au même point qu'avant l'accouchement et quand je regarde la vidéo de mon accouchement, c'est presque comme si je regardais n'importe qu'elle autre vidéo de n'importe qu'elle autre femme qui accouche chez elle !

J'aimerais que Nathalie n'ait pas besoin d'aider à sortir le bébé, que je le fasse moi-même et que je la sorte moi même, de mes mains, de moi. Et puis surtout je lui donnerai le sein quand et dès que j'en aurais envie ! Mais en tous cas, une chose est sûre : nous avons chacun fait du mieux que nous pouvions faire en ce 12 janvier 2011 : c'était inconnu, dévastateur, fulgurant, tellement proche de ce que j'avais imaginé et tellement éloigné en même temps. C'était difficile et simple en même temps et ton papa est merveilleux : je l'ai bien choisi ton papa ! Je t'aime ma fille. Ma fille qui a à peine un an et demi, soulève mon tee-shirt et dit "bébé" en faisant des bisous sur mon ventre...

Stéphanie, juillet 2012.

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Published by Sophie Gamelin-Lavois - dans Récits de naissances
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commentaires

kader 03/11/2012 09:39


waw kel recit ,bravo steph.tu es merveuilleuse.bon courage pour la suite.