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12 juin 2011 7 12 /06 /juin /2011 14:14

 

Nelly voulait tenter un AVAC (accouchement vaginal après césarienne). Elle s'est vraiment donné les moyens d'y arriver. Pourtant, ce sera encore une césarienne au final. La différence, c'est un vécu différent et rien de subi !

 

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Introduction
 
Il m'a fallu du temps pour écrire ce récit de naissance. Du temps pour avoir le recul et l'énergie nécessaires. Mahaut a 5 mois depuis peu. Pendant deux ans, ma première césarienne a anéanti ma confiance en moi et ma capacité à entreprendre, j'ai dû accepter cela, toucher le fond et me reconstruire avec cela, sans le nier, sans le combattre... en en faisant une force. Je tenais donc à témoigner ici de ce que peut être une belle naissance sereine, malgré des diagnostics médicaux alarmistes et quasi inhumains parfois.
 
Depuis ma première césarienne subie et incomprise, j'étais sûre d'une seule chose, je voulais être actrice et pleinement responsable d'une éventuelle seconde naissance... un jour... quelle que soit le type de naissance. J'ai été toujours soutenue par mon mari et je me suis battue pour que les peurs des autres ne deviennent pas les miennes, pour qu'on respecte nos choix et nos envies parce que la notion de "risques" qu'on nous envoie souvent à la figure est très très subjective et relative et que depuis le premier souffle de vie de mon aînée, j'ai accepté de ne pas la surprotéger par mes trouilles et appréhensions diverses, de ne pas maîtriser sa vie et la mienne.
 
Voici le récit d'une naissance pour laquelle je me suis battue et en voici un préambule indispensable pour mieux saisir l'historique : j'ai rencontré ma sage-femme neuf mois avant de tomber enceinte afin de prendre contact mais aussi d'avoir des éclairages sur mon dossier médical ; j'ai lu énormément, assisté à des conférences, rencontré des professionnels de l'accompagnement en périnatalité ; je me suis entourée de gens positifs, et de professionnels de santé "alternatifs" humbles et réceptifs : ostéopathe, naturopathe, homéopathe, sophrologue... ; et j'ai négocié TOUT depuis le début et j'ai refusé de n'être considérée que comme un utérus cicatriciel sur pattes et j'ai pleuré, hurlé et baissé les bras une bonne dizaine de fois !
 
Mon bassin est considéré comme chirurgical, j'ai un diamètre promontorétropubien (PRP) à 9 cm, autrement dit une indication de césarienne plus que programmée, qui plus est avec un antécédent de césarienne pour "dystocie d'engagement et stagnation à 8 cm". Et pourtant, c'est avec l'aval de l'équipe d'une maternité de niveau 3 que j'ai pu vivre ce qui suit ...
 
Récit de naissance
 
Trois petites tâches sur la moquette de mon salon… que je contemple avec nostalgie aujourd’hui... Je n’ai jamais nettoyé. Il n’y a que nous pour les voir encore. Trois petites gouttes de sang à côté du canapé comme trois points de suspension… L’aventure ne s’est pas terminée à la maison.
 
Dimanche 7 octobre 2007, nous sommes invités à manger chez des amis. Je me lève vers 8h, réveillée par une contraction un peu forte, je ne crois pas à une mise en route réelle du travail. D’ailleurs ce n’est pas possible, je ne suis qu’à dix jours du terme et je passe la soutenance orale de mon mémoire demain à 11h.
 
Je me lève faire du pain, un coup d’œil sur ma fille aînée qui dort tranquillement les fesses en l’air. Vers 9h toute la maisonnée est réveillée, je chantonne, plutôt relax dans la cuisine. Je contracte toutes les 10 minutes, ça dure… je suis étonnée et je décide d’aller prendre un bain. Je suis sûre que c’est un faux travail et je le certifie à mon homme.
 
Oui on va manger chez nos amis, oui je me sens bien, non je ne veux pas qu’on chronomètre quoi que ce soit. Le bain n’arrête rien du tout, je ne me rends pas bien compte que depuis une heure maintenant je souffle doucement à chaque contraction. On annule notre repas, je suis déçue, on avait préparé plein de bons petits plats sympas (je ne le sais pas encore mais c’est ma sage-femme qui s’en régalera un peu plus tard).
 
Vers 13h je suis prise d’une fringale incroyable, je dévore ! Je me souviens alors des écrits de ce cher Michel (Odent), mon corps prend des forces ! Je suis donc bien en travail (oui, j’en doutais encore). Je reprends un bain, ça fait du bien, sans plus. Entre 14h et 15h, dégoût de nourriture, j’ai trop mangé et ma fille m’agace de plus en plus. Elle est très en demande de son papa et là, son papa, j’en ai besoin !
 
J’appelle papy, j’explique et lui demande s’il peut venir pour amener Anouk au parc une petite heure. Quand mon père arrive, nous avons en fait préparé le sac d’Anouk, je ne supporte plus sa présence, c’est étrange comme sensation, elle me gêne ! Je fais des « OUHHHH ! » et des sons graves en marchant dans le couloir, ma grande rigole et lance à son papy : « Maman fait le loup ! ». Elle semble contente de partir, elle sait.
 
Nous sommes tous les deux désormais, je suis bien dans ma bulle. On met la musique que j’aime, je danse dessus, ça fait du bien de bouger, je sens que je me lâche, que je suis dedans et que je suis bien. Je me mets à sangloter aussi : le départ de ma fille me remue. Ma grande, je n’ai pas su faire tout ça pour toi, j’ai tout subi… Les dernières traces de culpabilité de ta naissance s’en vont avec ces larmes, ça me vide et ça fait du bien. Quoiqu’il arrive pour cette naissance, c’est déjà tellement différent, que de chemin parcouru !
 
Vers 18h30, les contractions passent sous la barre des cinq minutes, ma sage-femme arrive tranquillement à la maison. Il commence à faire nuit, il fait doux. Notre univers douillet est doucement investi par Isabelle et par Mathilde, étudiante sage-femme. Elles me massent, les bougies scintillent dans le salon, je suis à quatre centimètres !
 
C’est parti, il est 19h, la danse des sens commence. A tour de rôle, Isabelle et Mathilde me massent, je suis bien en leur compagnie, la proximité de femmes me renvoie à une histoire ancestrale, j’ai l’impression d’être reliée à toutes les femmes qui ont un jour donné la vie sur cette terre. J’ai besoin de ce contact, de cette présence, de cette communion. Mon chéri assure l’intendance.
 
Nous rions beaucoup, Isabelle me laisse faire, suggère des positions, un bain, je dispose en fonction de ce que je sens. Elle m’installe le ballon et l’écharpe, je m’y suspends avec délice et à chaque contraction je lance un « C’est boooooon ! » ou un « Ouiiiiii » quasi orgasmique. Ca fait rire tout ce petit monde mais c’est pourtant vrai, qu’est ce que c’est bon d’être là tout simplement et de pouvoir vivre cet événement en pleine liberté et en toute confiance !
 
Le travail avance. Vers 22h, je rentre dans la « putain de phase », comme dit Isabelle, je suis à huit centimètres, à quatre pattes sur le canapé avec une poche des eaux intacte. Ca devient dur, vraiment plus intense, Isabelle m’accompagne et m’encourage en me demandant surtout de ne pas retenir les contractions, de les lâcher dès qu’elles faiblissent pour ne pas maintenir la douleur. On dit plein de gros mots toutes les deux, on traite les contractions de tous les noms d’oiseaux que l’on connaît et ça fait du bien car ça me détend à chaque fois en me faisant rire. Belle stratégie !
 
Y’en a une qui arrive bien forte, je lâche un « J’en peux plus, c’est trop dur Isaaaaah ! », je perds pieds en fait, elle me sourit, elle sait et en même temps la poche des eaux éclate ! Le soulagement est de courte durée. On est quatre sur le canapé, elle me propose un monitoring rapide pour être sûr que le bébé va bien et on se met d’accord sur la suite. Je suis presque à dilatation complète mais ce bébé n’est pas encore engagé, tête très haute, mobile, faut que je bouge comme je le sens, mais que je bouge mon bassin ! On se laisse deux heures pour refaire un point, ça me va.
 
Je suis nue dans mon salon, moi qui pensais que la présence d’autres personnes que mon chéri me bloquerait. Je ne les vois même pas, je suis en moi, en connexion unique avec mon bébé. Je râle, je marche, j’ondule, je tire la langue (c’est amusant ça… ça fait un bien fou de tirer la langue à fond !). Je ne sens pas mon bébé descendre, je me sens bien mais à ce moment là je crois que je sais déjà ce que ce bébé essaie de me dire.
 
Isabelle me dit son admiration : « Je n’ai besoin de rien te dire, tu sais faire tu vois, tu n’as pas besoin de moi, j’apprends en te regardant, tu es très belle jolie maman. » Il est minuit, je fatigue, je sens que je capitule, mon corps m’envoie des messages clairs, je les reçois et les accepte. Isabelle me fait pousser sur sa main, je suis à « complète » mais ma puce elle, est toujours au même endroit. J’accepte avec douceur l’étreinte tendre de ma sage-femme, elle est sur moi, à quatre pattes et elle me glisse à l’oreille « Encore un peu ? Comment tu te sens ? »
 
C’est difficile, il y a déjà une partie de moi qui sait, une autre qui veut encore y croire ! Deux heures passeront encore avant qu’elle ne m’installe tranquillement le cathéter obturé, deux heures avant que trois petites gouttes de sang ne tombent sur ma moquette. Je suis saisie par la fraîcheur de la nuit, Isa me soutient et m’amène jusqu’à sa voiture, Enrico suit avec la nôtre. Je pense à tous mes voisins endormis qui ne se doutent pas qu’une femme accouche là sous leurs fenêtres. Ils se réveilleront tout à l’heure, leur vie n’aura pas changé, la mienne oui !
 
Je déconnecte, je dégoupille, c’est infernal, chaque seconde qui passe est une souffrance inutile et c’est ça qui me fait mal sur le moment. Mais j’ai confiance je sais, je sens que mon bébé va bien que tout cela valait la peine ! Isa m’embrasse sur le pas de porte du CHU, elle ne peut pas aller plus loin (conflit à l’époque avec le CHU), elle nous prend dans ses bras, me dit que j’ai un mari merveilleux et que mieux que personne je sais accoucher, qu’elle en a vu des mères et que je suis à ses yeux une leçon vivante de courage et d’engagement… Ces mots me réchauffent le cœur, je sens toute son émotion et sa sincérité.
 
Le reste s’enchaîne assez vite, je suis étonnée de la bienveillance de l’équipe qui nous accueille, Isa a appelé pour préparer notre arrivée. Il n'y a pas d’urgence en fait, pas de souffrance fœtale, ils ont mon dossier, notre projet de naissance. On me propose même d’attendre encore un peu au cas où… et là c’est moi qui exige la rachis et la césarienne en chopant au vol le bras de l’anesthésiste : « Je sais que ça n’ira pas plus loin, j’ai tout donné, je suis prête. » Il semble effaré par mon discours et ma détermination alors que je suis à dilatation complète depuis plusieurs heures. Il me rassure. C’est ok si je tiens assise. Je dis : « Oui ». Je suis vraiment zen, je lâche, je vais voir mon bébé !
 
Vingt minutes plus tard, l’équipe baisse le champ opératoire comme nous l’avions demandé, je ne suis pas attachée, Polnareff chante « Lettre à France » et mon chéri peut voir ce beau bébé qui passe la tête hors de moi, le reste du corps est encore à l’intérieur, il ne sait pas si c’est un garçon ou une fille… et hop direct contre moi, ses petits poings serrés ses grands yeux ouverts, elle tient bien sa tête et plonge dans mon regard ! Quelle assurance, elle semble dire « Enfin… j’ai failli attendre ! » Et là c’est évident, ce port de tête, ces yeux presque frondeurs elle a l’allure d’une reine « C’est donc Mahaut ! » Elle file contre son papa, je la retrouverai plus tard pour sa première tétée…
 
Merci de m'avoir lue jusqu'au bout... aux femmes qui se posent en ce moment des questions du type "comment accepter une césarienne?" Je donne ma réponse humble et simple : peut-être en se battant pour vivre une naissance qui nous ressemble, quelle qu'en soit l'issue, sans se mettre la pression pour un résultat, mais juste une obligation de moyens, une naissance informée, négociée, éclairée pour laquelle on sait ce que l'on veut et ce qu'on ne veut plus. Et ne pas avoir peur de DIRE et d'EXIGER avec force et diplomatie par respect pour soi et pour l'enfant à naître.
 
Nelly
enrico_lem@hotmail.com

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Published by Sophie Gamelin-Lavois - dans Récits de naissances
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commentaires

Stéphanie 23/06/2011 17:55



Merci pour ce récit et ce partage ! Quelle magnifique naissance ...


Je ne m'étais pas encore posée de questions liés à une césarienne éventuelle, je l'envisagerai différemment maintenant. Merci !


Autant de volonté et de détermination m'ont émue aux larmes, quel récit magnifique. On sent l'énergie et le positivisme dans la préparation et dans cette naissance !


Belle vie à vous 4 (ou plus ?...)



Natalia 21/06/2011 23:09



Magnifique article, écrit avec le coeur, j'en ai eu les larmes aux yeux... Admirable. Bravo.



Nelly 20/06/2011 21:26



Merci pour vos commentaires.


je suis très émue de relire ce récit sur ce site, merci Sophie!


Et la bouille de ma pépette qui va avoir 4 ans en octobre prochain est toujours aussi craquante! Je suis fière en la voyant grandir de lui avoir offert une maman épanouie par une naissance
respectueuse. car ce ne fut pas le cas pour ma grande, ça aussi c'est ce qu'on oublie de dire et raconter... lorsque la naissance est mal vécue, quelle qu'elle soit... les conséquences sur le
lien mère/enfant, dans le couple, etc...!!


onne route à tous et toutes!



Cécile de BNN 13/06/2011 11:22



Merci pour ces TRES BEAU reçit !


Belle vie a Mahaut et a toute votre famille. 


 



Nathalie 12/06/2011 19:44



Bonjour.


Magnifique récit, merci de l'avoir partagé. J'ai aussi eu une césarienne choisie, avec un projet de naissance spécifique césarienne, parce que mes jumelles étaient en siège. Et le fait d'être
informée et de participer à la décision, ça aide énormément à s'approprier cette naissance, cette issue. C'est très différent si on est emmenée au bloc sans préparation, je ne sais pas comment je
l'aurais vécu si ça était arrivé.

Et ensuite, mon fils est né à la maison. Parfois, un AVAC se passe bien, parfois il faut savoir renoncer. Etre consciente de nos limites, c'est précieux. Belle continuation à vous.