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Parents - 472 - juin 2008

Avec Françoise Bardes, Christiane Jeanvoine et Jacqueline Lavillonnière, sages-femmes libérales, et le Dr. Bernard Maria, chef de service à la maternité de Villeneuve Saint-Georges (Val-de-Marne)

Vivre la naissance de son bébé de façon plus naturelle : de plus en plus de futures mamans le souhaitent. De là à choisir d'accoucher chez soi, sans péridurale, sans gynéco... Peu répandue en France, cette pratique suscite pourtant beaucoup de curiosité et de questions. Les réponses de nos experts.

En France, le nombre d'accouchements à domicile a doublé en dix ans, affirme l'association Nationale des Sages-Femmes Libérales (ANSFL). Une pratique encore confidentielle (2% des accouchements), mais déjà largement diffusée chez nos voisins. Après une période de médicalisation de la grossesse et de la naissance, les femmes revendiquent aujourd'hui le droit d' "accoucher comme je veux, où je veux". Un mouvement qui gagne peu à peu notre pays. Les maisons de naissance, gérées par des sages-femmes et promises par les autorités en 2004, devraient leur apporter une réponse. Seulement, le projet menace de s'enliser. Les couples qui privilégient le bien-être et le respects de l'intimité n'ont souvent plus d'autres choix que de se tourner vers une naissance à la maison. A domicile, le taux de gestes techniques est en effet beaucoup plus faible qu'en milieu hospitalier. Pour autant, pas question de renoncer à la sécurité. La charte de l'ANSFL encadre rigoureusement cette pratique. En cas de doute ou de complications, la maman est aussitôt redirigée vers la maternité.

QUELS AVANTAGES A RESTER CHEZ SOI ?

Ce choix implique de renoncer au confort de la péridurale, mais justement, ces mamans qui accouchent chez elles veulent rester en contact avec leurs sensations et gérer elles-mêmes leur douleur. Pendant le travail, la maman peut s'occuper, se déplacer, s'alimenter. Elle s'évite le stress d'un trajet vers l'hôpital. "La qualité de l'accueil à la maison est nettement supérieure. En maternité, il est rare que le bébé bénéficie de peau à peau. Pris en charge par l'équipe, on va le peser, l'examiner. Et routine technique ne signifie pas sécurité", insiste la Dr. Bernard Maria. Les sages-femmes qui pratiquent l'accouchement à domicile sont plus respectueuses du temps. "Peser un bébé une heure ou trois heures après sa naissance, quelle importance ? A la maternité, la contrainte du planning signifie aussi un taux d'épisiotomie plus élevé."

PREND-ON DES RISQUES ?

Pour éviter tout risque inutile, la naissance à la maison est réservée aux grossesses physiologiques (normales) et aux femmes en bonne santé. Impossible également d'effectuer un accouchement prématuré, et il est exclu dans certaines situations : notamment en cas de présentation du bébé par le siège, de grossesses multiples ou s'il y a un antécédent de césarienne. Une fois ces précautions prises, "des études démontrent qu'en cas de grossesse normale, si la patiente est motivée, bien préparée, il y a peu de complications. La préparation, par exemple, diminue le tau de dystocie, cette anomalie de la dilatation du col. Cela dit, dans l'absolu, on n'est pas à l'abri : l'imprévisible peut se produire comme à l'hôpital", explique le Dr. Bernard Maria. Au moindre signe de souffrance foetale ou de complications, la maman est donc transférée immédiatement à la maternité.

A QUI S'ADRESSER ?

En parler à son gynécologue ? Affûtez vos arguments car "il vous dira que votre idée est insensée", affirme le Dr. Maria. Renseignez-vous sur les forums et nombreux sites dédiés à ce thème, mais surtout, que vous ayez pris ou pas votre décision, contactez rapidement la sage-femme libérale proche de votre domicile. Peu nombreuses, elles sont très occupées - la liste est disponible sur le site de l'ANSFL. Une fois choisie, c'est elle qui vous suivra tout au long de votre grossesse.

DOIT-ON RENCONTRER L'ANESTHESISTE ?

Toute sage-femme sérieuse vous obligera à le rencontrer. En cas de grossesse pathologique, d'accouchement avant terme ou de complications, vous accoucherez à la maternité. Il n'est pas question que votre santé ou celle de votre enfant soit mise en jeu parce que vous ne lui auriez pas fait part de vos allergies, par exemple...

FAUT-IL S'INSCRIRE EN MATERNITE ?

La sage-femme prévoit toujours une inscription à la maternité car les parents peuvent à tout moment changer d'avis et revenir dans le circuit classique. Soit au cours de la grossesse, soit le jour J, des raisons médicales pouvant imposer un transfert. La sage-femme peut alors vous proposer plusieurs solutions. Premier cas de figure : elle travaille avec une maternité et dispose d'un plateau technique, c'est-à-dire d'une salle d'accouchement. Dans ce cas, elle peut continuer à vous suivre et vous accoucher au sein de cette maternité. Si elle ne bénéficie pas d'un plateau technique mais a établi de bonne relations avec l'équipe, les médecins devraient lui permettre d'assister à votre accouchement. En revanche, si elle n'est liée à aucune maternité, à vous de la trouver pour vous y inscrire, comme pur un accouchement classique. Votre sage-femme pourra vous rejoindre après la naissance, pour les soins post-partum. Certaines sages-femmes conseillent alors de présenter à l'équipe de la maternité son projet de naissance : une page rassemblant tous ses souhaits concernant les actes techniques et l'accueil de l'enfant. "Si le personnel ne peut le respecter, il sera obligé de s'expliquer. C'est une bonne chose", confie la Dr. Maria.

COMMENT SE PASSE LE SUIVI DE LA GROSSESSE ?

Exactement comme pour un accouchement classique. La sage-femme assure sept consultations obligatoires et huit séances de préparation. Elle prescrit tous les examens : prise de sang, échographie, etc., examine la maman et prend ses constantes (tension, mesure de l'utérus, écoute du coeur du bébé) à son cabinet. Cet accompagnement individualisé présente plusieurs avantages : chacune des consultations, de 45 minutes à 1 heure (contre 20 minutes en institution), est l'occasion de se renseigner sur l'état physique et psychologique de la future maman. Ces rendez-vous installent une relation de confiance indispensable au bon déroulement de l'accouchement. A la moindre inquiétude, la maman peut joindre par téléphone cette professionnelle. Surtout, grâce à cet accompagnement global, "on travaille sur une meilleure connaissance de ses ressentis, sur le sens de la douleur. La maman doit avoir confiance en son corps, en son bébé, en son compagnon et en sa sage-femme", explique Jacqueline Lavillonnière, sage-femme. "Cette préparation explore les possibles et les limites de chacun sans perdre de vue la sécurité matérielle et affective", ajoute Françoise Bardes, sage-femme.

COMMENT SE DEROULE L'ACCOUCHEMENT ?

La sage-femme prépare son matériel : une boîte d'accouchement comportant des pinces et des ciseaux, le matériel pour arrêter et compenser une hémorragie, de quoi ventiler un enfant en difficulté de "démarrage respiratoire", etc. "Tout est prêt pour que cela ne serve pas", explique Christiane Jdanovien, sage-femme. La maman se positionne où et (comme) elle se sent le mieux : le rebord du lit ou celui du canapé, dans les bras de son compagnon, dans la baignoire, à quatre pattes... Durant le travail, la sage-femme écoute le cœur du bébé, surveille le bon déroulement de la dilatation, de l'expulsion et de la délivrance. Le bébé né, elle s'occupe des premiers soins et de la mise au sein. Si nécessaire, elle recoud le périnée sous anesthésie locale. elle reste présente aux côtés de la maman deux heures minimum pour surveiller une éventuelle hémorragie.

LE JOUR J : QUAND PREVENIR LA SAGE-FEMME ?

Dès que les contractions sont régulières et rapprochées (toutes les cinq minutes pour un premier enfant). La journée, il vaut mieux l'appeler tôt pour qu'elle réorganise ses rendez-vous. La nuit, une heure avant son arrivée. Au préalable, vous devez acheter des alèses jetables en pharmacie pour protéger les lit, le canapé, etc.

COMBIEN CA COUTE ?

Le tarif mentionné s'élève à 15.30 euros pour une consultation, 38.25 euros pour la première séance de préparation à la naissance, puis 30.60 euros pour les autres. L'accouchement est remboursé à hauteur de 312.70 euros. Il comprend le suivi de la première semaine. Beaucoup pratiquent des dépassements d'honoraires, mais certaines mutuelles les prennent en charge. Renseignez-vous. A Paris, il faut compter environ 1300 euros pour l'accouchement et 40 euros la consultation. A la campagne, des frais de déplacements sont facturés.

QUELLE EST LA PLACE DU PERE ?

"Pour le papa, l'accouchement à domicile est intéressant parce qu'il est chez lui, libre de ses mouvements", affirme Françoise Bardes. Il peut se rapprocher de sa femme à son rythme tout en restant actif : il sait, par exemple, où sont les serviettes demandées, prépare le thé préféré, change la musique... Une place qu'il n'a pas à l'hôpital.

LA SAGE-FEMME PEUT-ELLE REFUSER ?

Elle peut évidemment refuser un accouchement à domicile pour un motif médical. Toutes les grossesses à risque sont de fait exclues. La sage-femme qui a tissé pendant plusieurs mois des liens particuliers avec la maman prend également en compte des facteurs psychologiques. Elle peut estimer que la maman n'est pas suffisamment prête ou que la relation de confiance entre les deux femmes n'est pas assez installée. La sage-femme peut aussi évaluer le climat relationnel et affectif qui règne entre les parents et estimer qu'il n'est pas serein.

ET LES SUITES DE COUCHES ?

La sage-femme viendra tous les jours durant une semaine vérifier que la maman et l'enfant vont bien. elle fera le test de Guthrie pour détecter chez le nourrisson cinq maladies rares et vérifiera l'absence de jaunisse. Elle peut également déclarer la naissance à la maison, comme le père peut le faire muni d'un certificat médical délivré par la sage-femme (il porte la mention né vivant, le prénom, le nom, la date et le poids du bébé). Au bout de huit jours, un certificat de santé sera établi par un pédiatre ou un généraliste.

Valérie Siddahchetty

>> Réaction judicieuse d'une lectrice à cet article, et que je publie donc ici : "Dans le paragraphe « PREND-ON DES RISQUES ? » il me semble qu’il y a des informations « erronées ». En effet, certaines sages-femmes acceptent les prématurés (un mois d’avance maximum, 37SA), les sièges, les AVAC et même AVAxC, et acceptent les multiples. Bien sûr ce n’est pas complètement faux car en effet ce n’est pas « sans risque », mais dans ce paragraphe on n’a quand même l’impression que ce n’est pas possible, dommage !" (juin 2010). <<

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