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Santé publique.
Une innovation bien timide : la création de « maisons de naissance »
 
Le « Plan Périnatalité 2005-2007 : Humanité, proximité, sécurité, qualité », élaboré sur les bases d’un rapport rédigé par les professeurs Bréart, Puech et Rozé et remis au ministre de la santé en septembre 2003, a été rendu public le 10 novembre 2004 (1;2).
 
Il prévoit, notamment, une innovation, demandée depuis de nombreuses années par les sages-femmes et les usagers : la création de « maisons de naissance ». Il s’agit de lieux d’accueil des femmes enceintes, placés sous la responsabilité exclusive des sages-femmes. Ces dernières permettent d’assurer un suivi des grossesses non pathologiques ainsi qu’un accompagnement des accouchements physiologiques, dans un contexte moins médicalisé que celui offert aujourd’hui par les maternités (3). Les femmes pourraient donc avoir le choix de leur mode d’accouchement.
 
Pour assurer ma sécurité des parturientes, ces maisons seraient insérées dans le réseau de périnatalité afin que le relais soit pris par d’autres professionnels en cas de difficulté. De tels lieux, qui existent déjà à l’étranger, en Grande-Bretagne et aux Pays-Bas notamment, ont prouvé leur efficacité. Il s’agit, dans ces pays, de structures autonomes situées en dehors des établissements hospitaliers. Or le plan périnatalité prévoit, quant à lui, que les « maisons de naissance » seront soit attenantes à des services d’obstétrique, soit au sein même desdits services, et fonctionneront avec des sages-femmes salariées ou libérales. L’accord des établissements concernés sera donc nécessaire. De plus, des protocoles de pratiques professionnelles seront établis.
 
L’autonomie de fonctionnement des ces « maisons de naissance » est largement illusoire. Dans un tel contexte, il faut tout d’abord que l’établissement de santé dispose de locaux et, le cas échéant, de personnel suffisant, pour que les « maison de naissance » puisse voir le jour. On imagine mal comment des sages-femmes qui seraient salariées de l’établissement hospitalier auraient une réelle marge de manœuvre pour gérer la « maison de naissance » et il peut être tentant, par manque de personnel, de les réaffecter dans le service d’obstétrique au gré des besoins.
 
Quant à l’hypothèse d’une « maison de naissance » située au sein même d’un service d’obstétrique, il n’y aura guère de différence avec ce qui existe déjà dans certaines structures : des « salles natures » pour des accouchements moins médicalisés, la possibilité pour les sages-femmes salariées d’effectuer des consultations ou encore l’accès des sages-femmes libérales et de leurs patientes, suivies à l’extérieur, aux salles de naissances (appelé communément mise à disposition du plateau technique pour la naissance).
 
Enfin l’établissement de nouveaux protocoles limitera, une fois de plus, la liberté de choix des parents des manières de mettre leur enfant au monde, ce qu’ils réclament depuis de nombreuses années.
 
La création de telles « maisons de naissance » n’est donc pas une réelle invention. Il aurait été préférable de donner, à titre expérimental, une autorisation de fonctionnement à de véritables « maisons de naissance », centres de naissances physiologiques, indépendants des structures hospitalières et gérés par des sages-femmes libérales. Ces professionnelles sont plusieurs, en France, à être prêtes à fonctionner sur le modèles de ce qui se fait chez nos voisins européens.
 
Plus généralement, le plan périnatalité 2005-2007 est un plan décevant, qui ne se donne pas les moyens d’atteindre les objectifs qu’il s’est fixés. A une demande d’écoute de la part des femmes enceintes, la réponse est limitée à l’envoi de psychologues et à la création d’un entretien supplémentaire au 4e mois de grossesse. La concentration des accouchements dans de grandes structures met à mal l’objectif affiché de proximité géographique. La sécurité réelle ne sera au rendez-vous qu’avec un renforcement des effectifs digne de ce nom, seul capable de renverser la tendance actuelle qui est de remplacer la surveillance humaine par des machines. Enfin, l’objectif de qualité ne saurait être atteint sans une remise en cause des pratiques de routine en matière d’accouchement. Le sous-titre du « Plan Périnatalité 2005-2007 : Humanité, proximité, sécurité, qualité » ressemble donc à un vœu pieux.
 
Viviana Salomé, Magistrate.
La Revue Prescrire, mars 2005, tome 25, n° 259, page 234.
 
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Notes :
 
(1) « Plan Périnatalité 2005-2007 : Humanité, proximité, sécurité, qualité », Ministère de la Santé, Paris 10 novembre 2004. Site Internet : (source) consulté le 20 décembre 2004 (sortie papier disponible : 42 pages).
 
(2) Bréart G. et coll. : « 20 propositions pour une politique périnatale » Rapport de la mission périnatalité effectuée à la demande de monsieur le professeur JF Mattéi, ministre de la Santé, de la Famille et des personnes handicapées, Paris septembre 2003. Site Internet : (source) consulté le 20 décembre 2004 (sortie papier disponible : 24 pages).
 
(3) « Naître aujourd’hui : les dérapages », dossier Alternative santé L’impatient, septembre 2001. Site Internet : (source) consulté le 9 janvier 2004 (sortie papier disponible : 4 pages).

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