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Consultante : un concept novateur
(l'accompagnement non médical à la naissance)
Extrait du livre « Accompagner la future maman »,
Sophie Gamelin-Lavois, éditions Jouvence, 2009, p.92-100.
 
En matière d’accompagnement, la demande des parents est réelle. Mais quelle est cette demande au fond, et que revêt-elle exactement ? Je suis dubitative sur un aspect qui me semble fondamental. Par manque de clarté sur les compétences précises de la doula (on sait les remous de la pratique limite de certaines qui ont flirté avec la pratique illégale du métier de sage-femme, et les mélanges de causes sur les services offerts), il existe une brèche dans laquelle les deux parties (parents et doulas) s’engouffrent. Or, cette brèche affective fait le lit d’incompréhensions : les parents souhaitent être respectés et/ou accompagnés émotionnellement et affectivement (et on les comprend !) ; les doulas veulent participer activement et les mères de famille ayant découvert des aspects différents de l’actuelle norme en matière de naissance veulent finalement changer de métier. Pourtant les doulas sont nombreuses à ne pas avoir souhaité être accompagnées ; elles se sont plutôt réappropriées leur corps, ont cherché des informations pour être pleinement actrices et, au-delà, complètement responsables. C’est dans cet objectif que l’on peut concevoir la transmission d’informations ponctuelle de manière à redonner compétence aux parents, sans les materner ou les infantiliser. Le statut de consultante périnatale (75) est une autre voie, un autre concept.
 
Dans le cadre d’une définition générale, on peut dire qu’une consultante est une spécialiste appelée par un client ou une entreprise pour aider à préparer un projet, à analyser des moyens ou à proposer des solutions à des problèmes précis. Courant dans le domaine juridique, par exemple, le terme « consultant » tend à se substituer à « conseil ». La distinction entre consultant et conseil est parfois ténue. Certains auteurs les considèrent comme des synonymes. Toutefois, dans l’usage, conseil s’emploie surtout apposé à la profession (avocat-conseil, ingénieur-conseil, architecte-conseil, etc.). Dans le cadre de la périnatalité, la consultante périnatale se situe en périphérie du système de santé (contexte médical). C’est une personne ressource pour apporter de l’information et du soutien aux femmes enceintes, jeunes mères ou couples sur : les filières de soins en France, les ressources autour de la naissance (juridiques, politiques, scientifiques et institutionnelles), le projet de naissance personnalisé, les droits du patient et de la famille. Elle soutient les parents dans leurs compétences et leur autonomie, et n’a pas pour but d’être présente à l’accouchement.
 
Ce terme n’est pas protégé. « Consultante » et « périnatale » (ou « en périnatalité ») sont des mots du domaine public qui définissent une fonction, comme « boulanger » par exemple. Je n’ai donc pas pu déposer cette appellation à l’INPI (76), comme je l’aurais souhaité, dans le but d’éviter des dérives. Les variantes de termes peuvent être étendues : animatrice périnatale (animation de groupes de soutien, par exemple) ou consultante familiale (axe d’animation plus spécifique aux relations dans la famille, à la petite enfance), par exemple.
 
Le statut social et juridique existe déjà. L’activité de consultante est une profession libérale, donc de nature intellectuelle, reposant sur la pratique personnelle d’une science ou d’un art. En France, toute personne souhaitant exercer une activité libérale doit : soit demander son inscription à l’URSSAF en tant qu’entrepreneur individuel, soit créer une société (EURL ou SARL par exemple). Il existe des professions libérales dites réglementées (avocats, notaires, médecins, etc.) qui dépendent d’un ordre ou d’un organisme professionnel. Ce n’est pas le cas de l’activité de consultante, non soumise à un cadre de formation ou de sanction diplômante. Cette profession est exercée en toute indépendance et entre dans la catégorie des professions libérales dites non réglementées (formateur, coach, etc.). Le terme « travailleur indépendant » est utilisé par les caisses sociales des TNS (travailleurs non-salariés) pour désigner un entrepreneur individuel travaillant seul et sous sa responsabilité (autonomie). On dit aussi travail en free lance ou « solo » pour des métiers d’habitude exercés en tant que salarié. L’entreprise individuelle (dont le régime fiscal est : soit micro-entreprise, soit réel simplifié d’imposition) est conseillée lorsque les risques de l’activité sont peu importants, mais il est possible de créer une société (77). En tant que consultant autonome on peut aussi choisir d’intégrer une structure de portage salarial (convention d’adhésion ou contrat de travail) qui s’occupera de la gestion juridique et sociale de l’activité (78). Enfin, commencer par un statut associatif peut permettre de tester son activité avant de se lancer.
 
Toute consultante, dans quelque domaine que ce soit, se doit d’être capable de connaître ses capacités, d’évaluer ses points forts (et faibles) et ses besoins de formation. Elle peut avoir des diplômes dans sa branche d’activité, ou faire valoir une expérience professionnelle très riche. Elle s’adapte constamment aux évolutions spécifiques dans son domaine, actualise ses connaissances et compétences (lecture appropriée, congrès, formations, stages…). Elle fait partie d’un « réseau » (travail d’équipe, associatif local ou international, professionnel, Internet, etc.) pour tenir ses informations à jour, se faire connaître et exercer ses compétences.
 
J’ai eu l’idée de créer l’étiquette de consultante périnatale en septembre 2003. En effet, après de nombreuses années de travail bénévole d’information et de soutien dans des associations concernant la périnatalité, de nombreuses expériences de naissances et de maternages, l’aboutissement de projets d’informations et de soutiens, des formations en communication, l’écriture de plusieurs livres autour de la naissance, de nombreuses années d’animation, de recherches et la création de plusieurs sites Internet, de listes de discussions, d’un journal Internet d’information… j’ai décidé de limiter mon investissement dans le bénévolat et de mettre parallèlement en place un projet professionnel. Le concept de consultante périnatale était né !
 
Une autre facette du métier de consultante est le travail d’information et de soutien auprès des professionnels de santé. En effet, beaucoup sont désorientés par la demande des parents, ne savent pas simplement informer, mais transmettent leurs peurs personnelles ou sont les vecteurs de pressions hiérarchiques. Ils ne comprennent pas toujours où en sont les parents quand ils font une demande précise, ne respectent pas toujours l’individu et ses droits. Travailler à considérer une femme enceinte autrement que comme une « petite fille » est une démarche qui aiderait de nombreux professionnels à construire une relation sur un mode plus respectueux et moins hiérarchisé, donc moins conflictuel.
 
La consultante peut avoir parmi ses prestations : des consultations personnelles, des animations de groupe, des aides au projet de naissance, des dossiers de recherche personnalisés. Une consultante n’est pas là pour imposer ses idées, mais doit savoir respecter les choix des parents qui la consultent. Elle ne remplace aucunement un professionnel de santé, elle a un rôle complémentaire.
 
Toute « consultante familiale », « consultante en relations humaines », « consultante juridique », etc. a une expérience professionnelle préalable. En cela, consultante est l’aboutissement d’un parcours, ou du moins l’articulation de formations et d’une expérience d’investissement personnel de soutien et d’information (via une association ou au sein d’un réseau, par exemple) avec l’envie de passer à un autre registre. Beaucoup de femmes ont envie d’informer le public que la naissance peut être autre chose que le « pack classique » existant en structure. Or, je constate que la demande actuelle est de bénéficier d’une formation « en kit » pour être consultante (ou doula ou accompagnante…) car c’est à leurs yeux « la même chose que doula, mais avec la présence en moins à l’accouchement »… C’est oublier qu’un minimum de cursus de connaissances, notamment juridiques, est nécessaire !
 
Le simple fait d’avoir accouché naturellement, ou à domicile, et d’avoir allaité n’est pas suffisant et ne donne pas le recul nécessaire dans le cadre d’une relation d’aide, de soutien et d’information. En effet, la consultante n’est pas là pour donner des conseils, mais pour encourager les mères, les parents à prendre les décisions qui leur conviennent le mieux en leur offrant une information la plus large possible. Tout comme je valorise le projet d’autonomie des parents, il me semble important que les personnes motivées pour devenir consultantes deviennent également autonomes : savoir où faire une recherche, avoir des bases juridiques, connaître les ressources sur Internet, le milieu associatif et professionnel, avoir des informations essentielles et vraiment élargies pour redonner le maximum de choix et de possibilités aux interlocuteurs.
 
La périnatalité balaye (hors définition médicale) la période allant de la grossesse (voire avant) aux premières années de l’enfant. Dans le cadre d’une activité de consultante périnatale, il est donc important de pouvoir articuler sa pratique autour de trois domaines incontournables : grossesse et naissance ; accueil du bébé et allaitement ; juridique, institutionnel et scientifique. Ces pôles sont imbriqués et il est nécessaire d’avoir quelques bases essentielles dans chacun d’eux. Il faut alors être capable de s’adapter et répondre à ces divers cas de figure, mais aussi se montrer dynamique, créative et pertinente. Étant donné qu’il n’y a pas de formation spécifique à la périnatalité, il convient de se former dans les trois domaines précités. Il appartient également à chacune d’évaluer sa motivation, ses capacités, ses compétences, ses connaissances et ses ressources dans ces domaines.
 
En résumé, consultante en périnatalité n’est pas une profession de santé. Ce n’est pas non plus doula ou accompagnante à la naissance avec en moins la présence lors de l’accouchement. Son domaine d’activité ne se limite pas à l’aspect affectif et ne concerne pas l’intendance de la vie quotidienne durant la grossesse et l’accouchement. Ses compétences et connaissances sont élargies aux droits du patient et ressources scientifiques. La consultante n’a pas pour ambition d’être thérapeute, d’offrir un soutien logistique ou physique à la maman (massage, relaxation, aide à domicile, présence, défense du projet de naissance…) ni de s’associer à une profession médicale. Elle travaille de manière autonome et peut apporter un point de vue objectif sur la mise en œuvre des moyens à apporter à une situation précise. Elle travaille à donner aux parents les clés leur permettant de faire des choix éclairés et qui leur correspondent. Elle propose une réflexion autour de la naissance afin que la femme, le couple retrouve confiance en ses propres compétences (notion de sécurité, retour sur un vécu, les peurs, par exemple) et puisse être autonome dans son projet de naissance et d’accueil du nouveau-né. Une ou quelques consultations peuvent suffire aux parents.
 
75) Note de l’auteur : je parle ici au féminin puisque j’évoque mon parcours, mais évidemment ce statut se transpose au masculin !
76) INPI, Institut national de la propriété industrielle. Site : www.inpi.fr
77) Pour plus d’informations, voir le site de l’Agence pour la création d’entreprise : www.apce.com
78) Consulter par exemple le site : www.guideduportage.com

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