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© Couverture du livre Préparer son accouchement
éd. 2006, préfacé par le Dr. Bernard Maria

À domicile : Permettre aux femmes de se réapproprier la naissance

Le docteur Bernard Maria est gynécologue-obstétricien, chef de service de la maternité de Villeneuve-Saint-Georges, dans le Val de Marne. Il considère que l'accouchement à domicile devrait faire partie des choix proposés aux femmes enceintes, en France.

Interview sur le site de France 5.
Propos recueillis par Virginie Bétille.

Vous avez pris position en faveur de l'accouchement à domicile, pourquoi ?

Dr Bernard Maria : L'enseignement, les habitudes professionnelles et les pressions médico-légales ont imposé un modèle de surveillance périnatale inscrit dans le système de santé. Mais ce modèle ne satisfait plus les patientes, les sages-femmes et beaucoup d'entre nous.

Je pense, avec un certain nombre de mes collègues gynécologues-obstétriciens, que l'accouchement à domicile est une question de liberté pour les femmes. C'est un choix qui devrait être admis et proposé aux femmes dont la grossesse est normale, c'est-à-dire l'immense majorité d'entre elles.

Cette prise de position résulte aussi des "remontées d'informations" que nous avons sur une certaine insatisfaction des femmes au sujet de leur suivi de grossesse, de l'accouchement et des suites de couches ("hypertechnicisation" de l'accouchement, systématisation des gestes comme l'épisiotomie...).

Enfin, une réflexion sur notre façon, à nous, en France, d'envisager la grossesse : très schématiquement, la grossesse est suivie comme un événement a priori pathologique et non physiologique. Ce qui n'a pas lieu d'être. Cela occasionne un certain nombre de réflexes ou d'interventions techniques au moment de l'accouchement qui, effectivement, reconnaissons-le, n'ont pas toujours lieu d'être (position gynécologique pour l'accouchement, épisiotomies...).

La surmédicalisation de l'accouchement est-elle réelle en France ?

Dr B. M. : Oui. Il y a chez nous une médicalisation des grossesses qui s'est faite au détriment d'un accompagnement humain, ce qui a généré bien des angoisses et a fait perdre aux femmes le peu de confiance qu'elles ont en elles. Or, la grossesse et l'accouchement sont des moments physiologiques se déroulant sans complication dans un grand nombre de cas, mais qui sont, pour les femmes, des bouleversements dans leur vie.

L'accouchement est un moment unique qui n'appartient qu'aux femmes, et que nous devrions mieux respecter.

Pourquoi continue-t-on d'agir ainsi, de médicaliser les accouchements ?

Dr B. M. : En raison du postulat qui affirme que tout accouchement présente des risques imprévisibles imposant, pour y faire face, que tous les moyens humains et techniques soient à disposition. C'est un postulat. Nous avons tous été élevés sous ce principe et nous nous sommes évertués à l'appliquer consciencieusement.

Ailleurs, aux Pays-Bas, par exemple, le postulat de départ est qu'une grossesse est physiologique et va donc bien se passer, sauf avis contraire... Le postulat est inversé, les logiques de suivi de grossesse et de modalités d'accouchement sont inversées aussi.

L'accouchement à domicile est-il plus dangereux qu'à l'hôpital ?

Dr B. M. : Non, si on respecte rigoureusement des conditions de sécurité clairement définies, comme aux Pays-Bas. Là-bas, la prise en charge des grossesses à bas risque et des accouchements à domicile par les sages-femmes est en place depuis longtemps, avec des résultats périnatals favorables. Une grossesse est alors considérée physiologique en l'absence d'antécédents ou de pathologies répertoriées dans une liste nationale validée par tous les professionnels et les autorités.

Les sages-femmes sélectionnent ainsi les patientes devant être prises en charge à l'hôpital et celles qu'elles peuvent suivre à domicile. Lors de l'accouchement, elles doivent repérer toute anomalie qui devrait imposer un transfert à l'hôpital.

Mais, surtout, aux Pays-Bas, en Grande-Bretagne ou en Scandinavie, la pratique des accouchements à domicile est régulièrement évaluée pour vérifier l'absence de complications, la satisfaction des patientes et le respect des bonnes pratiques professionnelles des sages-femmes qui accompagnent ces accouchements à domicile. D'évidence, dans ces pays européens, personne ne conteste la possibilité d'accoucher à domicile dans ces conditions.

Pensez-vous que les pratiques vont évoluer dans le bon sens ?


Dr B. M. : En juin 2003, se sont tenus les Etats généraux de la naissance, qui rassemblaient sages-femmes et gynécologues-obstétriciens.

Les conclusions de ce rassemblement sont claires : comme dans bien d'autres pays, il faut admettre que l'on peut repérer les risques au cours de la grossesse et que l'on peut prendre en charge différemment les grossesses normales.

Il faut modifier nos pratiques pour n'appliquer que des soins efficaces. La médicalisation des grossesses et des accouchements est excessive, coûteuse et parfois délétère. Les soins non justifiés témoignent d'une communication insuffisante et d'un manque de respect des patientes.

Il faut accepter les accouchements à domicile et autoriser la création de maisons et de centres de naissance (confiés aux sages-femmes, dont le métier est de suivre les grossesses physiologiques).

Ces conclusions ont été reprises pour l'essentiel, au dernier trimestre 2003, dans un rapport demandé par le ministre de la Santé, qui a donc désormais connaissance de tout cela.

Hélas, toutes ces bonnes intentions n'ont pas été suivies d'effet en 2006. Nous attendons toujours les autorisations des maisons de naissance, l'accouchement à domicile reste confidentiel et les sages-femmes qui le pratiquent ne peuvent toujours pas être assurées.

Tout au plus, peut-on observer une meilleure écoute des patientes dans certaines maternités qui développent des pratiques obstétricales nouvelles (mobilisation et multiplicité des positions d'accouchement) et qui s'intéressent à l'allaitement maternel et à l'accueil des nouveau-nés.

Nous pouvons nous améliorer sur le terrain mais les responsabilités doivent être prises à tous les niveaux.

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