Présentation

Le site a déménagé :-)

9 septembre 2011 5 09 /09 /septembre /2011 09:25


iStock_000012048415XSmall.jpg iStockphoto ©

 

Ouverture du premier centre de naissance aquatique de France. Source : Le Parisien, 31/08/2011, d'après un communiqué national de l'Afna, 26/08/2011.

C'est la ville de Guingamp (Côtes-d'Armor) qui inaugurera le tout premier centre de naissance aquatique de France au début de l'année 2013. Pratiqué depuis plusieurs années dans différentes cliniques et centres hospitaliers, l'accouchement dans l'eau, à l'aide d'une baignoire de mise au monde, aura donc prochainement son propre centre, a révélé jeudi le Dr. Richard, président de l'Association Française de Naissance Aquatique (Afna).

 

http://www.accouchement-dans-leau.com/img/photos/z/baignoire-08.jpg

 

Baignoire Ondine ©

 

En France, l'accouchement dans l'eau est pratiqué dans huit cliniques ou centres hospitaliers. La naissance est effectuée dans une baignoire de mise au monde. Comme l'explique le site internet de l'Afna : « L'obstétricien ou la sage-femme, assis face à la paroi transparente antérieure, accompagne l'expulsion. Cette fenêtre est équipée de gants étanches qui permettent l'accompagnement de la naissance (soutenir le périnée, pratiquer une épisiotomie, aider au dégagement de l'enfant) ».
 
La liste des centres pratiquant l'accouchement dans l'eau en France (source Afna) :

Clinique Adassa, Strasbourg (Bas-Rhin) ; Maternité des Lilas, Les Lilas (Seine-Saint-Denis) ; Centre Hospitalier de Guingamp (Côtes-d'Armor) ; Maternité d'Arcachon (Gironde) ; Polyclinique d'Oloron (Pyrénées-Atlantiques) ; Hôpital des Métallurgistes Pierre Rouques Les Bleuets (Paris 12e) ; Clinique Générale de l'Etang De Berre, Vitrolles (Bouches-du-Rhône) ; Centre Hospitalier d'Orthez (Pyrénées-Atlantiques)
 
Pour plus de renseignements sur la naissance aquatique : www.accouchement-dans-leau.com



J'ouvre cet article avec la réaction de Muriel André, sage-femme, qui m'a écrit suite à l'information postée sur la lettre-périnatalité (je publie ici avec son accord) :

« Je n'ai jamais vu quelque chose d'aussi monstrueux, il est clair que le Dr Richard n'a jamais consulté les travaux de Sheila Kitzinger (et Ethels Burns), sage-femme et spécialiste mondiale de l'accouchement dans l'eau qui collecte toute la data sur ce sujet dans le monde entier. Je vous joins la page concernant une collaboration internationale autour de l'accouchement dans l'eau qui n'a rien à voir avec ce centre français http://www.sheilakitzinger.com/WaterBirth.htm

Jusqu'à présent, sa base de données comprend près de 9.000 naissances. Pas d'épisiotomie dans l'eau (en principe, ce ne devrait déjà pas être le cas dans l'air !), liberté posturale et délivrance du placenta dans l'eau. Bref, pas cet accouchement surmédicalisé qui ressemble comme deux gouttes d'eau à celui dans l'air. Nos voisins britanniques et suédois pratiquent l'accouchement dans l'eau depuis bien longtemps. Le ministère de la santé britannique à d'ailleurs imposé à toutes les maternités d'avoir une baignoire d'accouchement et, fort heureusement, elle ne ressemble en rien à celle-là. »

J'ai d'abord été agacée que l'article fasse mention de la "fameuse" épisiotomie sous l'eau, commesi c'était le nec plus ultra... Après des recherches poussées sur le site de l'Afna, je constate que contrairement au journaliste qui a recopié la seule phrase du site (ici) vantant les mérites des gants étanches permettant les actes médicaux sous l'eau, le Dr Richard met davantage en avant (notamment dans les ressources documentaires) les effets positifs de l'eau : moins de demandes de péridurales, moins d'extractions instrumentales, moins d'épisiotomies...

L'annonce de ce premier centre de naissance aquatique en France n'a pas fait (jusqu'alors) un grand battage médiatique. Pour cause : il est en projet et n'est pas officiellement en service. La baignoire Ondine, inventée par le Dr Thierry Richard devait défendre la pratique de l'accouchement dans l'eau à la fin des années 1990, à grand renfort d'études et de détails techniques dans le but de convaincre ses pairs et le grand public : promouvoir l'accouchement médicalisé dans l'eau, sans les conséquences iatrogènes habituelles.

Toutefois, on ne peut que constater que ce mode d'accouchement n'a pas attendu l'arrivée de cette baignoire high-tech (fauteuil monte-charge, eau salée, température et désinfection surveillées, capteurs étanches pour la surveillance cardio-tocographique, gants étanches...) pour se développer ! Les baignoires spacieuses, à remous ou jets d'eau, les piscines gonflables (telles La Bassine) permettent déjà cette pratique, que ce soit dans les maternités répertoriées en France ou à domicile.

http://www.ouest-france.fr/photos/2010/01/04/100104170727481_53_000_apx_470_.jpg baignoire du CH de Guinguamp

En Belgique, par exemple, la maternité des 10 Lunes propose des alternatives à l'environnement "classique", à l'instar de maisons de naissances (Belgique, Suisse, Allemagne pour citer les pays frontaliers).

http://www.rhms.be/www/depart/mat10lunes/images/salle_eau_d.jpg
Salle Eau - Maternité des 10 Lunes
(d'autres photos d'autres salles
sous la rubrique "Conception architecturale")

Moins connus ou plus discrets, il existe aussi des lieux où les baignoires permettent au moins de faire le "travail" et d'y soulager les douleurs : que ce soient celles des salles "nature" dans les structures ou celle de son propre domicile ! Il faut souligner que le but de l'accouchement dans l'eau est d'avoir le moins de contraintes possibles, en plus du bien être, de la détente, de l'effet antalgique : ne pas être astreinte à une position, pouvoir bouger dans l'eau, ne pas avoir quelqu'un en face qui attende ou fasse des manoeuvres / gestes médicaux, entrer ou sortir de l'eau à sa guise (est-il besoin de toute une mécanique en réalité ?).

http://www.courrier-picard.fr/var/plain_site/storage/images/actualites/info-locale/compiegne-noyon-creil/balneotherapie-en-salle-des-naissances/3866321-1-fre-FR/Balneotherapie-en-salle-des-naissances_reference.jpg

baignoire du CH de Senlis


Un article du Courrier Picard du 2 novembre 2010 nous informe que l'hopital de Senlis s'est doté d'une baignoire de balnéothérapie dans l'une de ses salles de naissance. Bien que les mamans n'y accouchent généralement pas, elles peuvent y rester durant le travail. Le journaliste nous informe même que : "En cas de problème, un système de sécurité permet de vider la baignoire en 40 secondes." On est rassurés ! ;-) Alors, Ondine n'arrive t-elle pas un peu tard ? Puisque dans les maternités qui s'équipent c'est ce genre de baignoire qui "suffit"...


http://www.ch-tourcoing.fr/photos/baignoire_dilatation.jpgbaignoire d'une salle de naissance
à la maternité de Tourcoing

 

http://www.ch-dourdan.fr/userfiles/image/maternite/mat%20baignoire.jpgbaignoire du CH de Dourdan

 

http://www.ch-givors.fr/maternite/images/122-baignoire.jpgbaignoire du CH de Givors
voir aussi ici la salle de naissance

 

Beaucoup de ces baignoires de dilatation, préparation, relaxation et pour l'accouchement sous l'eau sont de la marque APAL (seul le modèle Must est équipé d'une porte). Le fabriquant précise sur son site : "Fort de son expérience, APAL a pu créer et réussir un design ergonomique adapté pour soulager la douleur des contractions, relaxer la mère et faciliter l’accouchement sans aucun risque pour la maman et le bébé. Cette conception permet à la mère de choisir la position assise, accroupie ou dorsale et le niveau de l’eau peut s’adapter en conséquence. La baignoire Bensberg APAL respecte la philosophie du passage en douceur de la vie aquatique du foetus à la découverte de notre monde."
 
http://www.industrystock.de/produkt_db/disc/217412_bild.jpgbaignoire Aquarelax de la marque allemande Vivipar.
La société allemande Febromed propose la baignoire Variotrac qui ressemble beaucoup.
 

10 Lunes (blog -que je recommande- tenu par une sage-femme, a été plus rapide que moi pour écrire son article sur le sujet ;-) Elle a abordé un aspect important que j'avais aussi relevé dans le communiqué mis en ligne le 26 août 2011 où le Dr Richard écrit, dans la partie "Blog du président" sur le site de l'Afna : "A l'inverse des maisons de naissance (...) le centre de naissance aquatique proposera pour chaque naissance la présence du gynécologue-obstétricien, augmentant ainsi la sécurité de l'accouchement."


Non seulement il n'a pas peur de tirer à bout portant sur les maisons de naissance afin de faire valoir son projet vis à vis de sa propre corporation, mais préciser que la présence d'un obstétricien apporte davantage de sécurité est une tromperie pour le grand public (le Syngof s'est déjà excusé en mai dernier [un article de 10Lunes mettait d'ailleurs les points sur les i] il ne faudrait donc pas remettre de l'huile sur le feu !). En effet, comme le souligne très bien 10 Lunes : « Soit l’accouchement est physiologique et l'obstétricien n’apporte rien, soit il bascule dans la dystocie - rappelons qu'il est de la compétence de la sage-femme de le diagnostiquer - et les compétences de l’obstétricien sont liées aux actes qu’il peut poser… au sein d’un plateau technique et donc après transfert. »

Si ce projet de centre aquatique (avec la baignoire Ondine) plaît à un certain public (de parents et de professionnels) tant mieux, toutefois il est important de souligner que de nombreuses personnes sont rebutées par cette mise en oeuvre médicalisée et souhaitent la naissance aquatique pour ce qu'elle apporte de liberté *en plus*, et pas *en moins* !

Une naissance dans l'eau sans artifices

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8 janvier 2011 6 08 /01 /janvier /2011 22:33

 

 

Michelle Ten Berge (sage-femme aad, Amsterdam) parle de son métier : "Aider les femmes à découvrir leur propre force me galvanise. L'accouchement est le meilleur moyen dont les femmes disposent pour découvrir leur force, en particulier si elle ne s'était pas révélé à elles. Quand une femme réussit à trouver cette force et à être une femme au plus profond de ses entrailles, c'est formidable d'assister à un tel moment."

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30 juillet 2010 5 30 /07 /juillet /2010 17:32


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Voici un document remis aux futures mamans par le personnel du service de gynécologie-obstétrique du centre hospitalier de Villeneuve Saint-Georges :


Informations pour votre accouchement
et la naissance de votre enfant.


« Madame, voici quelques informations destinées à vous permettre de vivre au mieux votre accouchement et la naissance de votre enfant. Bien sûr, les sages-femmes et les médecins sont là pour assurer votre sécurité et celle de votre enfant ; mais nous souhaitons respecter vos désirs, assurer votre confort et vous permettre d'accueillir au mieux votre bébé.

Lors de votre arrivée pour accoucher, certaines pratiques vous sembleront habituelles telles que l’examen gynécologique, la prise de la tension artérielle ou l’enregistrement du rythme cardiaque fœtal, mais d’autres, concernant votre mobilité, votre installation et votre confort, pourront apparaître inattendues. Cette note, destinée à vous informer sur ces pratiques moins « classiques », mais intéressantes et recommandées, vous permettra de discuter avec votre gynécologue de votre futur accouchement.

Lors de votre arrivée en maternité, si la sage-femme juge que vous êtes en début de travail et si vous ne désirez pas de suite une analgésie péridurale, vous serez installée, avec votre partenaire, en salle de pré-travail qui est une chambre normale dans le bloc obstétrical. Vous pourrez y déambuler librement et utiliser les accessoires à votre disposition (ballons et coussins Corpomed®) destinés à améliorer votre confort et à mieux supporter vos contractions.

Durant le travail proprement dit, en salle de naissance, avec ou sans péridurale, la sage-femme vous proposera d’adopter différentes positions pour l'efficacité du travail et votre confort. Il faut éviter de rester allongée sur le dos, et préférer s'asseoir ou s'appuyer devant soi. Les tables d'accouchement permettent facilement de s'installer ainsi. Pour faciliter l'accouchement, il faut adopter des positions favorisant la progression du bébé dans le bassin. Par exemple, si votre bébé est en "variété postérieure" (l'occiput en arrière), on vous demandera de vous tourner sur le coté, une jambe repliée, voir de vous mettre à "quatre pattes". D’autres positions peuvent être recherchées et proposées pour soulager la douleur des contractions si vous ne souhaitez pas de péridurale.

Pour votre accouchement on vous proposera d’accoucher allongée sur le coté plutôt qu'en position gynécologique (sur le dos, les pieds dans les étriers). Cette position particulière facilite les efforts de poussée, sollicite moins le périnée, réduit l'usage de l’épisiotomie et paraît plus confortable pour la maman, même en cas d’analgésie péridurale.

Dès sa naissance, votre bébé sera posé sur votre ventre, au contact direct de votre peau, et y restera autant que vous le souhaitez. Si vous allaitez, il découvrira ainsi votre sein pour sa première tétée. Bien sûr, si nécessaire, l'enfant sera pris en charge par la sage-femme ou le pédiatre. Les soins habituels (pesée, mensurations, soins des yeux, etc.) seront réalisés après ce contact initial fondamental. Le premier bain ne sera donné que le lendemain, en maternité.

Nous vous rappelons qu'en cas de césarienne, avec l'accord de l'équipe, le père, s'il le souhaite, peut accompagner la mère en salle d'opération pour assister à la naissance de son enfant. Les modalités précises vous seront expliquées par le médecin ou la sage-femme.

Enfin, après la naissance, pendant votre séjour en maternité, votre enfant restera auprès de vous, dans votre chambre, pour faciliter l'allaitement et favoriser la relation entre vous. Bien sûr, si vous souhaitez vous reposer, n'hésitez pas à solliciter le personnel pour qu'il s'occupe de votre enfant.

Ces pratiques nouvelles qui nous paraissent utiles, ne sont que des propositions qui vous seront faites. Si certaines vous intriguent ou vous heurtent, n’hésitez pas à le dire, nous respecterons votre point de vue. Ensuite, faites-nous part de votre vécu ou de vos remarques, car, s'agissant de votre accouchement et de la naissance de votre enfant, nous souhaitons vous satisfaire et vous aider à bien vivre ce grand moment.

Le 8 Juillet 2003, pour les sages-femmes et les médecins de la Maternité,  Dr. Bernard MARIA, chef de service. »

 

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18 juillet 2010 7 18 /07 /juillet /2010 12:58


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Plaidoyer pour une Naissance sans violence.
Enfantement rêvé, enfantement réel. Et la sage-femme ?
Farida Hammani, Paris, octobre 2000.

Mon enfant, mon tout petit, tu es arrivé, dans l'éblouissement de la chair ; Et tu t'es mis à puiser, au mystère de mon corps, le suc de mon sang. Puis tu es sorti de moi, douleurs d'entrailles, sueurs d'angoisses. Tu es sorti, comme un oiseau de sa coquille, et je t'ai nourri de mon lait... Maintenant, mon petit enfant, mon bébé, je te regarde dormir, fleur charnelle à peine ouverte sur la vie, mais à jamais enracinée au secret de mes fibres. Je te regarde dormir, et mon coeur déborde de tendresse.

Stop ! On ne rêve plus ! On est en l'an 2000 ! Dans un pays ci-vi-li-sé !

Mon enfant, mon tout petit, tu es arrivé dans l'éblouissement de la chair... Là c'est de la conception qu'il s'agit, et, même si ce n'est pas l'envie qui manque et s'il est malheureusement vrai qu'en Australie, en Amérique et sûrement encore ailleurs le trafic et la manipulation d'embryons est en pleine expansion, on n'a pas encore trouvé plus sûr et moins cher en France que l'acte sexuel, tout bête, pour faire un enfant..

Et pourtant, déjà à ce stade, ça commence à coincer... On nous parle d'une baisse de la fertilité générale et il y aurait une baisse certaine de la libido chez les jeunes. Comment se fait-il ? Je croyais que la pilule nous avait libérés ? Nous pourrions disserter longtemps sur ce qui conduit au manque de plaisir dans nos sociétés dont la plupart des membres ont tout avant même de l'avoir désiré... mais en matière de maternité je voudrais pointer deux choses :

- Une médicalisation de tous les actes de la vie génitale des jeunes filles en particulier : nombre de mères modernes amènent leurs filles chez le gynécologue, parfois dès 12 ans pour un retard de règles, pour un cycle irrégulier, vers 14 ans , dès que se profile la menace d'un rapport sexuel possible ; la plupart de ces jeunes femmes gardent de ce premier examen gynécologique une impression de viol, tant physique que moral, blessées dans leur pudeur, leur intimité elles expriment une colère monstre contre leur mère qui a laissé faire «ça» et elles revoient la scène : «baisse ta culotte, allonge-toi là, voilà, écarte les genoux, je ne vais pas te faire mal, détends toi voyons, comment veux-tu que j'y arrive ? ? ? Elle est tendue votre fille , madame , non ? » et la maman , gênée, de s'excuser... (Lire à ce sujet «NATIVITES » de Michèle Gazier, Ed. Seuil)

- La présentation négative qui est faite de l'amour par les éducateurs et enseignants. Le mot d'ordre c'est : «Pas de grossesse, pas de SIDA» et nul ne peut nier que ça parte d'un bon sentiment. Le protocole c'est : PILULE/PRESERVATIF, brandis comme des paravents sécuritaires, personne n'ose parler de plaisir, de jouissance.

Conditionnée dès la puberté, ayant déjà «son» gynéco, la jeune femme est prête à se soumettre aux lois de la RAISON MEDICO-SOCIALE lors de sa 1ère grossesse. Nadia 15 ans, l'a bien compris, et n'était pas d'accord. Hébergée dans un foyer d'accueil, elle a connu «le grand amour» et, respectant son instinct, a gardé jalousement le secret de la grossesse qui en a résulté. Ses éducateurs affolés et sidérés d'avoir été trompés si longtemps, me l'ont adressée au 8e mois : «Je leur ai rien dit, ils auraient pas arrêté de me conseiller d'avorter, tandis que là, j'ai eu la paix tout du long.. » Elle était fière de son coup Linda, elle est allée à l'accouchement sans peur, elle montre sa fille comme un trophée.

Pour avoir fréquenté 30 ans les milieux médicaux, m'être occupée de prévention, de soins et de maternité, j'ai vu la montée de la technologie et des arguments sécuritaires remplacer le goût simple de vivre, donc d'oser, de risquer, d'éprouver, d'exprimer. Tout se passe comme si l'augmentation de la soi-disant sécurité, la prise en charge de toutes les étapes de la vie par des spécialistes enlevaient à l'être humain ce que Michel Odent a appelé le «simple, barbare, irrépressible amour de la vie.»

Mon enfant, mon tout petit, tu es arrivé dans l'éblouissement de la chair ; Et tu t'es mis à puiser, au mystère de mon corps, le suc de mon sang. Bon, là elle est enceinte. Mais est-ce bien sur ? Le retard de règles ne suffit plus à affirmer la grossesse : après plusieurs années d'oestro-progestatif, les jeunes femmes n'osent plus interpréter les messages de leur corps : 90% d'entre elles achèteront à leurs frais un test en pharmacie, puis iront dire à leur médecin que celui-ci est positif, il faudra encore le confirmer par un test sanguin, et enfin dater la grossesse par une échographie.

Ecoutons Virginie 23 ans : «Pour confirmer que j'étais bien enceinte, le docteur m'a fait une écho ; j'étais super contente, émue de voir le coeur battre, mais il m'a tout de suite refroidie : «Ne vous emballez pas, 25% des femmes font des fausses couches». Résultat, j'ai attendu d'être enceinte de 5 mois pour annoncer que j'attendais un bébé à la famille et aux amis. J'ai vécu dans l'angoisse jusqu'à la prochaine visite.»

La déclaration faite, le doute s'infiltre dans la relation. On propose à la future mère de s'assurer, par le triple-test que le produit de ses amours est bien conforme à la norme actuelle. Attente, angoisse. Ouf, tout va bien, elle n'est pas dans le pourcentage «à risque». Elle aurait pu y être, elle aurait alors pris rendez-vous dans un centre spécialisé où on lui aurait gentiment fait signer une décharge avant de pratiquer une amnioscentèse. Ces examens sont fabuleux, mais ils ne sont pas sans risques voyez-vous, ça s'appelle le consentement éclairé des patients... Alors, avec son accord, on pique dans l'utérus, on retire du liquide, et encore une fois, on attend les résultats. Angoisse.

Pendant ce temps, pas question d'investir cet enfant de ce «sauvage et fol amour de la vie» dont on parlait plus haut. Reste tranquille petit, on attend le feu vert du corps médical. A la maison on préfère ne pas parler, peur de dire des choses définitives. Et s'il n'était pas normal ? qu'est-ce qu'on ferait ? Peur d'entendre l'autre dire ce qu'il ferait. Souffrances physiques et affectives infligées aux femmes, par l'institution médicale et administrative, manipulations mentales par des associations ou des gourous de tout bord, ou des groupes religieux qui ressortent régulièrement leurs idées culpabilisantes, voire fascisantes, réinventant à chaque génération le mythe de l'Homme Nouveau que seule la femme en bonne santé, chaste, et s'imprégnant de lumière et de pensées nobles et pures peut façonner...

(«la future mère nourrit son enfant tant sur le plan physique que psychique, qu'elle le veuille ou non, elle peut le sous alimenter, voire l'empoisonner avec des matériaux nocifs ou le vivifier, voire le magnifier en lui fournissant des matériaux purs et nobles. La femme, la mère et elle seule a pouvoir sur la matière vivante, ce n'est pas de la science fiction, c'est la seule alternative aux dangers qui menacent l'humanité» (ANEP) Ou encore : «la mère surmenée donne naissance à un enfant débile ou anémique» (Shelton) «de nombreux cas de débilité mentale chez les enfants ont pour origine une vie sexuelle déraisonnable après la conception» Eglise de Compiègne)). Je donne les sources de ces inepties culpabilisantes à qui les veut !

Les femmes souffrent souvent du morcellement qu'on leur fait subir dans la maternité. En effet, classiquement, elles verront quelques minutes par mois leur gynécologue (quand elles ne vont pas voir, d'abord, leur médecin généraliste, ou leur gynécologue médical, qu'elles connaissent mieux, et qui les "orienteront " au 8e mois vers l'obstétricien), si elles sont suffisamment informées, elles iront suivre des cours de préparation à l'accouchement chez une sage-femme, avec laquelle elles investissent souvent affectivement car elles lui sont reconnaissantes de démystifier l'accouchement. Malheureusement, ce ne sera que très rarement la même sage-femme qu'elles retrouveront à l'accouchement. De nouveau, il leur faudra établir une relation forte avec la sage-femme de garde, pour voir quelquefois arriver dans les dernières minutes le gynécologue-accoucheur... ou son remplaçant. Et le bébé est à peine né qu'entrent en jeu le pédiatre et la puéricultrice. Quel courage, quelle force intérieure il faut à cette femme pour gérer toutes ces rencontres, toutes ces ruptures, tout en assumant ses propres transformations et son nouveau rôle de maman !

Nous recevons tous les jours de ces jeunes femmes qui sortent des consultations prénatales plus angoissées qu'elles y sont entrées. Violence, violence. Violences verbales qui s'apparentent à une menace : «C'est votre 1er bébé ? Vous avez 90% de chance d'avoir une épisiotomie, vous n'y échapperez pas.» Violences verbales qui se veulent rassurantes : «De quoi avez vous peur ? On est là, s'il y a le moindre proble, on césarise et voilà !»

Ecoutons Virginie encore : «A la visite du 3e mois, il m'a dit de ne plus faire de voiture. J'ai demandé pourquoi ? Il m'a dit qu'il en avait marre de voir des femmes arriver en pleurant parce qu'elles perdaient du sang et qu'elles faisaient une fausse couche. J'avais maintenant peur de la voiture. Puis il m'a raconté qu'il avait dû avorter une patiente enceinte de 8 mois1/2 car le bébé avait une malformation rénale et qu'il n'aurait pas survécu à l'accouchement. (Oh, mon enfant, mon tout petit) Je me demande s'il le fait exprès, s'il m'en veut, ou s'il dit ça à toutes les femmes... Quand je lui ai dit que je ne voulais pas de péridurale, il m'a dit qu'il connaissait la chanson, qu'on disait toutes ça avant, mais que pendant on la réclamait, et que c'était ridicule de vouloir souffrir. A deux reprises, il m'a parlé de femmes ayant fait des hémorragies après un accouchement normal et qu'on avait dû amener au bloc en catastrophe. Heureusement qu'elles étaient à l'hôpital, m'a-t-il dit. Alors là, j'ai commencé à avoir peur de lui !»

Est-il besoin d'en rajouter, il y a beaucoup de femmes, de couples dans la salle, leurs témoignages rempliraient des bibliothèques. Je reviens à mon rêve : Puis tu es sorti de moi, douleurs d'entrailles, sueurs d'angoisses. Tu es sorti comme un oiseau de sa coquille... L'accouchement, passage initiatique qui devrait être magique, intime, car éminemment sexué, objet de tous les fantasmes, porteur de toutes les peurs... et où tous les sévices peuvent être pratiqués, pour le bien de la mère et de l'enfant, bien sûr. Le fait même qu'ils se déroulent dans des hôpitaux dont le but est de gérer la maladie est un facteur de risque : 90% des accouchements n'ont rien à faire à l'hôpital !

Prise de danger maximum avec le déclenchement artificiel du travail ; augmentation des anesthésies, des instrumentations, des césariennes, mépris total de l'énergie, de la volonté, du rythme de l'enfant, mépris total des capacités du couple mère-enfant à enfanter et à naître avec ses propres forces. Les déclencheurs de bébés sont des déclencheurs de frustrations graves, de troubles relationnels et sont responsables des maltraitances qui en découlent.

Atteinte à la pudeur, l'obligation de vous déshabiller et d'enfiler la fameuse chemise de bloc, très seyante, celle qui vous laisse le dos et les fesses nus, celle qui vous uniformise, celle qui vous conditionne : on ne sait jamais, s'il fallait passer au bloc. Nathalie, la semaine dernière , a demandé a son mari d'aller chercher dans la valise son long tee-shirt, celui avec des petits ours. Elle a balancé la chemise de bloc, a enfilé son vêtement, a souri et... s'est levée. Plus tard, dans la baignoire de la maternité, elle a déclaré qu'elle était bien, que dans l'eau, elle ne se sentait pas nue, pas exposée. On ne pourrait pas avoir des longs tee-shirt en coton avec des petits nounours dans toutes les maternités ? C'est donc si difficile de respecter la pudeur, la dignité des femmes ?

Atteinte à la pudeur : encore la position gynécologique, si confortable, qui fait de vous une femme disponible, le sexe offert à toute personne portant blouse blanche qui entre dans la salle, qu'elle se présente ou non : «Alors ici, où en est-on ? ça avance ? passez-moi un doigtier, mais bon sang, on pourrait pas toujours les mettre à la même place ? va falloir faire réviser ce monito, il fait un bruit infernal... Bon, on se détend ma petite dame, oh, mais c'est bien ça, ça avance ! Allez, encore un peu de patience, ça va venir» "ça", mon enfant, mon tout petit... Et le doigtier part a la poubelle, et le praticien, sage-femme ou gynéco, passe à la suivante...

Interdiction de manger et de boire, interdiction de fait de bouger. Je passe sur le supplice de la position sur le dos quand on a des contractions, sur les dangers qu'elle fait courir tant à la mère qu'à l'enfant, sur la perfusion systématique, sur l'autre bras bloqué par un appareil qui se gonfle seul toutes les 5mn, sur l'aiguille qu'on a finalement accepté de se laisser planter dans la colonne vertébrale, parce que vraiment c'est insupportable, sur l'épisiotomie pour laquelle on ne vous consulte pas et que paraît-il vous ne sentez pas.

Et là, le Corps (avec un C majuscule) Médical est content : la femme est détendue, soumise, tout est calme, en ordre... et le médico-légal a encore eu son sacrifice rituel... c'est une vraie coalition : tout est fait pour rendre la mère impuissante, pour créer toutes les conditions d'un échec de l'accouchement naturel. Il est temps d'affirmer ici que l'épisiotomie est une mutilation sexuelle au même titre que l'excision, même et surtout si elle est faite avec le sourire.

Je ne peux évoquer sans nausées ces situations où au fond, tout le monde est gentil, tout le monde est complice, et que 95% des femmes, des sages-femmes acceptent, finalement. Oh, bien sûr, en râlant, c'est tellement français, en le dénonçant. Mais, ça tourne, ça fonctionne !

Et les sages-femmes dans tout ça ? Les sages-femmes françaises sont comme les femmes françaises : 99,5% des femmes françaises accouchent dans des structures, 90% des sages-femmes travaillent dans des structures... et les unes comme les autres assurent donc la pérennité du système, même hors de l'institution, la plupart des sages-femmes libérales ne pratiquent pas d'accouchement, ne suivent pas les quelques couples sur les chemins de traverse où oser, risquer, vivre enfin la naissance d'un enfant avec ses propres forces est encore possible. Accoucher chez soi est encore une alternative légale dans notre pays, même si elle est gravement menacée : des départements entiers n'ont pas de sages-femmes acceptant d'accompagner les couples dans cette démarche, et la sécurité sociale menace de l'interdire de fait ou de le réserver à une classe aisée, en remboursant de plus en plus difficilement les frais de déplacement des professionnels. Mais la demande des parents reste très marginale et nous n'avons donc pas le rapport de force qui nous permettrait de nous faire entendre.

Il y a 20 ans, à Marseille, Montpellier, Châteauroux, Bruxelles, Royan, nous tenions exactement le même discours devant des salles combles de parents et de professionnels qui allaient changer tout ça... 20 ans plus tard la situation s'est dégradée, le taux de césariennes augmente, l'hyperindustrialisation de la naissance triomphe, parents et professionnels y collaborent...

Mon enfant, mon tout petit, tu es arrivé, dans l'éblouissement de la chair ; Et tu t'es mis à puiser, au mystère de mon corps, le suc de mon sang. Puis tu es sorti de moi, douleurs d'entrailles, sueurs d'angoisses. Tu es sorti, comme un oiseau de sa coquille, et je t'ai nourri de mon lait... Maintenant, mon petit enfant, mon bébé, je te regarde dormir, fleur charnelle à peine ouverte sur la vie, mais à jamais enracinée, au secret de mes fibres. Je te regarde dormir, et mon coeur déborde de tendresse...

J'ai offert ce poème écrit par une Marie-Pierre anonyme, à ma fille pour sa naissance, il y a 19 ans. Sans arrière-pensée, sans bleus à l'âme... parce que j'avais tout simplement vécu et ressenti cela. Je vous l'offre ce soir, comme un plaidoyer pour une société, donc pour un enfantement sans violence.

Farida Hammani est sage-femme libérale, accompagnante d'accouchements à domicile.
Membre fondateur de l'association Femmes/Sages-Femmes <www.femmes-sagesfemmes.org>
Fondatrice et Présidente de Solidarité Femmes Internationale <www.solidaritefemmesinternationale.org>
Formatrice pour Vie et Santé des Femmes <www.visafemmes.org>

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Published by Sophie Gamelin-Lavois - dans Accoucher autrement
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15 mai 2010 6 15 /05 /mai /2010 12:40

 

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Interview de Chantal Birman, sage-femme à la maternité des Lilas. Propos recueillis par Catherine Marchi pour le magazine Parents lors de la sortie du livre Au Monde, aux éditions de La Martinière en février 2003.

 

« Sage-femme, c'est le plus beau métier du monde ! A condition de pouvoir accompagner pleinement et jusqu'au bout les futures mamans qui vont vivre cet événement extraordinaire qu'est un accouchement. »  

 

Dans son livre (réédité au format poche en 2009), Chantal Birman se bat pour rendre à la naissance d'un enfant sa dimension humaine face à l'hypermédicalisation.

Parents : Pourquoi avez-vous eu envie de parler de votre métier de sage-femme ?

Chantal Birman : J'avais le désir de raconter mon expérience (trente-trois ans de pratique) et de livrer le fruit de mes réflexions. Mais surtout, je veux dire mon éblouissement devant la force des femmes ! Mettre au monde des enfants est extrêmement difficile. Les attendre, les enfanter, les allaiter et ensuite les éduquer demande un courage et une énergie incroyables. Quand on sait que les femmes sont performantes dans leur job, qu'elles investissent autant leur vie professionnelle que la maternité, on ne peut qu'être impressionnée.

Parents : Qu'est-ce qui a le plus changé chez les femmes en trente ans ?

C.B. : Leurs peurs et leurs préoccupations se sont déplacées. Les femmes sont devenues plus exigeantes, plus individualistes et réclament davantage de confort dans l'accueil à la maternité. Il y a trente ans, c'était la douleur de l'accouchement qu'elles redoutaient par-dessus tout. Aujourd'hui, elles ont moins peur, car la proposition de la péridurale a diminué ce qui était terriblement craint. Paradoxalement, malgré les diagnostics anténataux et les examens plus poussés pendant la grossesse - en particulier les échographies -, les peurs autour de la malformation n'ont pas beaucoup diminué. Les femmes savent que les moyens d'investigation ne sont pas infaillibles

Parents : Qu'attendent-elles de leur sage-femme ?

C.B. : Mon métier est de les préparer à la naissance et d'expliquer tout ce qui va se passer physiologiquement : le pré-travail, comment on sent qu'il faut partir à la maternité, la rupture de la poche des eaux, les contractions, la respiration, l'expulsion... Je suis là également pour leur redonner confiance, leur confirmer que je crois en elles dans les moments où elles doutent d'être à la hauteur. Il y a beaucoup de périodes de doutes, plus ou moins exprimées. Par exemple, les grosses fatigues pendant la grossesse sont des équivalents de moments de déprime. S'il est important de préparer les futures mamans à ce qu'elles vont vivre physiquement mon rôle est aussi de les préparer aux états émotionnels qu'elles vont traverser.

Parents : Quel genre d'émotions vivent-elles ?

C.B. : Il y a des phénomènes émotionnels transgénérationnels. Il se joue là des choses qui sont de l'ordre de l'histoire de l'humanité. On change de case, ce n'est pas rien pour une fille de devenir mère, pour une mère de devenir grand-mère, pour une grand-mère de devenir arrière grand-mère, pour un fils de devenir père... Il faut du temps, ces événements de la vie marquent profondément toute la cellule familiale. L'accouchement, c'est une séparation. Il va donc y avoir des phénomènes douloureux, des émotions, et la façon de les vivre sera différente d'une femme à l'autre.

Parents : Vous pouvez aider une femme à mieux gérer ses émotions ?

C.B. : J'explique aux femmes qu'elles peuvent être actives, libres, qu'elles ont un vrai pouvoir sur leur accouchement et que la douleur ne sera pas vécue de la même façon selon leur état d'esprit. Par exemple, si on prend deux femmes, l'une très jeune, et une autre de 40 ans qui attendent toutes les deux leur premier bébé, la plus jeune va vivre sa grossesse de manière plutôt décontractée. Elle va arriver à la maternité après plusieurs heures de contractions, à 6 centimètres d'ouverture du col, trois heures avant d'accoucher. Si vous lui demandez combien de temps elle a mis pour accoucher, elle vous répondra trois heures. Dans les mêmes circonstances, la femme de 40 ans est plus anxieuse, c'est un enfant "précieux" , car elle sait qu'elle n'en aura peut-être pas d'autre. Dès la première contraction, elle prépare ses affaires, à la deuxième contraction, elle saute dans sa voiture et, après coup, elle vous dira que son
accouchement a duré quatorze heures, que c'était horriblement long, difficile, pénible... Effectivement il y a eu quatorze heures entre la première contraction et la délivrance. L'accouchement de ces deux femmes est identique, mais le "vécu" est diamétralement opposé.

Parents : Le pré-travail est donc très important ?

C.B. : La façon dont les femmes vivent le pré-travail va conditionner tout l'accouchement. C'est la période la plus longue, surtout pour un premier bébé. Toutes y gagneraient si elles prenaient leur temps, si elles pensaient à regarder la télé, à se détendre, à aller se balader, à attendre tranquillement, à mettre les dernières affaires dans leur valise. Ce temps-là est gagné sur la naissance et aide à se mettre dans de bonnes conditions pour accoucher.

Parents : Mais est-ce qu'il n'y a pas un risque d'accoucher à la maison ?

C.B. : Pour un premier bébé, le risque est quasiment nul. Il faut simplement apprendre aux femmes à repérer les signes vraiment pathologiques qui signifient qu'il faut impérativement aller à la maternité, ce qui n'en concerne que très peu en réalité. Un moyen infaillible de faire la différence entre le moment où le col est à 4-5 centimètres d'ouverture et celui où il est perméable à un ou deux doigts, c'est qu'on ne se pose plus la question, on fonce ! Quand les contractions se rapprochent et s'intensifient, tant que vous vous demandez : "Est-ce que je dois aller à la maternité ?", c'est qu'il n'est pas encore temps. Ce type de préparation à visage humain est en train de disparaître, il y a de moins en moins de sages-femmes disponibles, alors que c'est essentiel.

Parents : Vous vous révoltez beaucoup contre l'hypermédicalisation de la grossesse et de l'accouchement...

C.B. : A l'heure actuelle, avec la place de plus en plus importante que prend la technologie,l'humanité disparaît des salles d'accouchement. Les médecins parlent de physiologie, de pathologie, mais jamais des émotions qui traversent les femmes. La médecine a un peu gommé l'aspect initiatique de l'accouchement. On vous fait une anesthésie, on vous déclenche, d'une certaine façon vous vous retrouverez avec un bébé dans un lit à côté de vous sans aucune préparation psychologique. Il y a quelque chose de violent là-dedans. Et pourtant, ces pratiques médicales sont là pour soi-disant gommer la violence dans l'acte de mettre au monde. La femme, qui n'aura rien vu, rien senti, est privée des étapes essentielles pour se préparer à avoir un enfant.Pendant le neuvième mois de grossesse, le désir d'accouchement monte peu à peu. Mais quand on entre dans cette logique du déclenchement, on ne laisse pas venir ce désir de délivrance.

Parents : Vous remettez aussi en cause de la péridurale ?

C.B.: Je ne travaillerai jamais dans un endroit où il n'y a pas de péridurale. J'ai vu des femmes cassées par la douleur, c'est terrible ! Mais une fois qu'on a dit cela, je trouve inadmissible d'anesthésier tout le monde. La douleur d'accoucher est supportable, vivable. La plupart des femmes sont capables d'attendre un enfant et d'accoucher sans aucun problème. Aller à la rencontre de cette femme-là est un événement fondamental de la vie. Le regard que les gens portent sur les futures mamans a changé. Avant on disait : il est en avant, c'est un garçon, il est bas, c'est une petite fille. Aujourd'hui on y voit une menace d'accouchement prématuré. Les femmes ont adopté le discours médical puisqu'elles n'entendent que ce discours-là.

Parents : Est-ce qu'une sage-femme "prépare" aussi le père ?

C.B. : Beaucoup de pères sont intéressés par la naissance de leur enfant. Le fait d'être enceinte et d'accoucher est exclusivement féminin, ce n'est pas un scoop. Mais avoir un enfant n'est pas exclusivement féminin. Les hommes sont souvent très perturbés par la paternité, mais c'est encore difficile pour eux de parler de ces choses-là, car il y une pudeur sociale. C'est comme s'il y avait un risque de perte de virilité à se confier.

Parents : Quel est votre rôle pendant l'accouchement ?

C.B. : Quand l'accouchement se déroule normalement, je suis presque de trop. Tout va bien, ces gens-là s'aiment, la dilatation se passe bien, l'accouchement aussi, le bébé est beau, c'est simple, je n'ai aucune responsabilité dans tout cela. Mon rôle consiste alors à les laisser jouir de leur félicité et à m'assurer qu'on ne va pas les embêter. Je m'éclipse. Partager avec eux ces moments serait de l'impudeur. Ils ont besoin de vivre à leur rythme, de se parler. L'homme peut éventuellement pleurer avec sa femme et son bébé, sans être regardé. S'il y a du monde, il va ravaler ses larmes, se faire discret. Ce serait dommage...

Parents : Vous trouvez que les médecins banalisent beaucoup l'accouchement ?

C.B. : Oui. Pour chacune, c'est un événement exceptionnel, un bouleversement. Faire des usines à accoucher, baliser, médicaliser, tout prendre en charge comme on le fait aujourd'hui, c'est amputer la vie des gens d'une dimension essentielle. Chaque femme peut apprendre des choses sur elle-même. Si l'accouchement est imposé par des produits, il ne correspondra jamais à son histoire, à l'histoire de son bébé. Elle ne pourra pas l'intégrer dans sa féminité.

Parents : Vous prônez le retour au naturel et les maisons de naissance...

C.B. : Les femmes y ont intérêt car ce qui leur est proposé ailleurs est triste. Elles sont dans la terreur qu'il leur arrive quelque chose et les médecins leur font croire au risque zéro. Ils leur donnent la garantie que si leur accouchement est hypermédicalisé, il ne leur arrivera rien, ce qui est faux ! Les femmes deviennent anxieuses alors qu'elles possèdent un savoir enfoui en elles. Presque toutes savent se débrouiller. En revanche, beaucoup ne se font pas confiance. Elles se ruent dans des maternités de niveau 3, alors qu'elles seraient bien mieux en niveau 1.

 

Voir aussi :

 

Le site de Chantal Birman : www.chantalbirman.fr
Le blog de Chantal Birman : chantalbirman.blogspot.com
Le groupe : Facebook

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