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19 mai 2013 7 19 /05 /mai /2013 22:51

 

 

 

Récit d'une naissance sans violence, redonnant la puissance aux femmes d'accoucher seule et a domicile, sans douleur en se procurant du plaisir de la maniere la plus naturelle possible. Camille Farge. Avril 2012.

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Published by Sophie Gamelin-Lavois - dans La dimension sexuelle
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19 mars 2010 5 19 /03 /mars /2010 23:40

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Osez l'amour pendant la grossesse
Ovidie, édition La Musardine, 2007.

Un lecteur enthousiaste, amateur de femmes enceintes (maieusophile) et pour qui le livre fut un régal, écrit (en novembre 2009) dans un commentaire sur Amazon : "Je m'étonne que personne n'ait commenté ce livre, bande de petits timides..."

Eh bien voilà, il fallait attendre mars 2010 ;-) Catherine Chaumont vient de lire le livre et nous partage ses impressions :

* * *


Ce que je vous transmets ici, c'est ma perception de cet ouvrage, quelque chose d'éminemment subjectif donc... J'ai été terriblement déçue à sa lecture. Je m'attendais à un livre traitant sans tabou de la sexualité pendant la grossesse, un peu sulfureux et surtout, axé sur le plaisir et la nécessité d'être à l'écoute du corps et des émotions de chaque partenaire.

Pour avoir lu auparavant certains ouvrages de la même collection écrits par Coralie Trinh Thi, je pensais retrouver une approche holistique de la sexualité, soucieuse de ce qui fait l'intime de chaque partenaire, un récit généreux, ludique, osé, ouvert et tolérant.

A ma grande stupéfaction, les femmes et les hommes y sont décrits avec des comportements stéréotypés, aucune attention et aucun respect n'est manifesté envers la diversité des vécus et des ressentis. L'auteure ne suggère pas plusieurs voies mais une seule, au sein de laquelle les femmes enceintes seraient toutes des "Sex Godess", totalement épanouies sur le plan sexuel durant cette période. Celles qui échapperaient à cette description seraient hantées par le mythe de la mère et de la putain et les hommes qui n'auraient pas envie d'elles auraient forcément un problème avec la maternité.

Bien d'autres choses m'ont heurtée dans ce petit guide rédigé par Ovidie. Je vous propose donc quelques extraits, entre guillemets, suivis de mes commentaires.

"La sexualité et la maternité sont justement les deux piliers fondateurs de la féminité"

Ça commence mal... C'est quoi cette "féminité dont on parle" ? Piliers fondateurs ? On est davantage "femme" quand on a accouché ? Meilleure femme ? Je rapproche ces mots de ceux qu'elle écrit à la fin de son ouvrage "Les mères sont les meilleurs amantes", "Maintenant que nous sommes mères, nous sommes réellement femmes".

Si pour Ovidie, une femme n'ayant pas enfant peut "généralement" trouver d'autres voies pour épanouir sa féminité, la grossesse et l'accouchement vous apportent inconditionnellement cette distinction, dont je vous avoue je ne sais pas trop ce qu'elle signifie...

On m'aurait parlé d'exploration d'une autre dimension de la féminité, j'aurais adhéré. Mais là, non.

Quant au fait qu'une femme ayant enfanté soit forcément une meilleure amante... Comment dire, j'hallucine. D'autant qu'Ovidie note que la maternité marque le temps de l'abandon "des plaisirs immatures d'une sexualité adolescente" pour un élan réellement fusionnel ! Que nous sommes dès lors réellement prêtes à accueillir le sexe de notre partenaire dans notre vagin et d'accepter qu'il nous "effracte" (!) comme notre bébé nous a "effractée" (!).

Effraction, définition : briser un système de fermeture pour commettre un délit... Mes enfants ne m'ont pas "effractée", je me suis ouverte pour permettre leur passage. Et jamais (sauf en cas de viol) je ne pourrais considérer la pénétration d'un pénis dans mon vagin comme une effraction. C'est plutôt un accueil, une aspiration avide, résultant d'un appel et d'une ouverture...

Pour moi une amante épanouie est une femme qui prend du plaisir et qui aime en offrir, qui vibre de toute sa sensualité. On peut être totalement inhibée sur le plan sexuel en étant mère !

Les chiffres qui fâchent : "80% de femmes subissent une épisiotomie lors de leur premier accouchement". Selon les chiffres dont nous disposons, datant de 2003, elles étaient 68% (31% chez les multipares). Depuis, la tendance est à la baisse. On en fait toujours trop, ok (d'ailleurs c'est un sujet qui me fâche aussi). Mais c'est pas la peine d'en rajouter...

Les fausses couches à répétition : "Si vous ne trouvez pas d'explication physiologique à ces fausses couches, peut-être cela signifie t-il qu'inconsciemment vous ne vous sentez pas encore prête à être mère" J'ai cru que j'allais m'étouffer... Déjà, je regarde le bouquin et je dis que je rêve : c'est censé être un guide sexuel axé sur la grossesse pas un recueil de psycho à deux balles qui colle sur le psychisme des femmes tous les troubles non explicités par la médecine !

Premier trimestre : "Au delà de la crainte de la fausse couche, il se peut que vous soyez rebutée à l'idée d'avoir un rapport sexuel avec votre compagnon. Le clivage de la maman et de la putain s'installe progressivement dans votre esprit. Ce passage à l'état de mère vous fait oublier votre désir (elle aurait dû écrire "devoir", ç'aurait été plus rigolo) de femme. Faites en sorte de ne pas laisser s'installer cette situation. L'absence de sexualité n'a jamais rien apporté de bon au couple. Si vous commencez à interrompre le contact sexuel avec le papa dès le premier trimestre, la difficulté ne fera que s'accroître durant la grossesse et après l'accouchement".

Ca fait partie des trucs qui m'ont vachement énervée. Le culte de la performance sexuelle qui s'infiltre partout, le besoin pour les femmes de combler sexuellement un mec pour qu'il n'aille pas voir ailleurs (passke c'est super grave, il a pas le droit). Jamais Ovidie n'envisage qu'une femme n'ayant pas envie de sexe pendant sa grossesse soit simplement sous l'effet de ses hormones (la progestérone a un effet inhibiteur sur la sexualité). Et puis même si c'est juste qu'elle est centrée sur son nombril et sur la vie qui pousse en elle, même si elle se sent plus mère que femme, où est le mal ?

Ne peut-on pas être simplement à l'écoute de ce que son corps nous dit ? Faut-il se forcer à être amante ? Ne peut-on pas s'accorder des parenthèses durant lesquelles le désir sexuel se fait plus sourd ? Pourquoi forcément l'envisager sous l'angle de la "difficulté" ?

J'aurais aimé lire un bouquin où l'homme et la femme auraient été décrits dans tout ce qui peut faire leur différence. Un livre où on aurait posé le fait qu'il est probable que durant la grossesse, on ne soit pas en phase sur le plan sexuel mais que ce n'était pas forcément à considérer comme un problème. J'aurais aimé une approche plus sensuelle de la relation de couple dans ces cas où l'envie de sexe disparaît d'un côté ou de l'autre, voire des deux. Des caresses, des fous-rires, des massages... pour que la complicité érotique s'exprime sur un autre mode, sans qu'aucun ne culpabilise.

Effectivement, certaines femmes du fait d'une imprégnation hormonale particulière ou simplement parce quelles se sentent profondément heureuses et épanouies, pleines de vie, sont avides de sexe pendant leur grossesse. Mais pas toutes, loin de là.

Les baisses de désir sont tout à fait possibles, sans qu'il n'y ait d'événements traumatiques survenus avant ou pendant la grossesse. Parfois, on ne capte pas soi-même pourquoi pour telle grossesse, on était très réceptive et en demande et pour telle autre, c'était l'inverse.

N'est pas envisagé non plus que pour une femme (ou un homme), la nouvelle forme de sexualité du couple, plus soft, moins sauvage, moins variée et spontanée pour ce qui est des positions, puisse paraître peu excitante.

Est-on forcément obligée de trouver ça éclatant le sexe pendant la grossesse ?

Le sujet de la masturbation est à peine survolé. Exemple : "Rien ne vous empêche de vous masturber durant toute la durée de votre grossesse. Votre désir insatiable (encore présenté comme une évidence !), que le papa ne pourra pas toujours honorer, pourra parfois être apaisé par l'utilisation de sextoys".

Rien de franchement excitant sur le plan sexuel n'est suggéré. La masturbation, avec ou sans sextoys, est ici présentée très sommairement comme un simple moyen d'apaiser une tension sexuelle liée à la frustration. Elle n'est pas abordée telle une manière de développer son autoérotisme, de se redécouvrir avec ses doigts, de caresser et d'explorer ce corps qui change ; pas davantage à jeu à pratiquer en couple.

La masturbation avec ou sans sextoys, peut aussi, par exemple, permettre de déclencher un orgasme en s'abandonnant de façon plus "pulsionnelle", en donnant libre cours à ses fantasmes (centrée sur le ressenti corporel en oubliant l'état de gestation) pour sortir de la configuration "papa-maman" quand d'aventure elle nous perturbe un peu sur le plan sexuel.

Il y a tant de variantes possibles quand on touche à un sujet si intime, bouleversant les sensibilités respectives des femmes et des hommes ! Je ne comprends absolument pas le ton catégorique d'Ovidie. L'absence de désir devient sous sa plume soit inexistante soit révélatrice d'un problème psy.

Du coup, le tabou elle le pose sur la possibilité de devoir ponctuellement faire le deuil d'une sexualité que l'on trouvait épanouissante, pour s'adapter à une autre forme, qu'on pourra trouver géniale ou bof-bof ou nulle :-)

En fait, si Ovidie avait commencé par écrire "Il est possible que vous ressentiez un désir sexuel très fort durant votre grossesse", elle aurait logiquement pu enchaîner sur "Il est aussi possible que ce soit l'inverse" et poursuivre avec des trucs du genre "Voyons voir comment on peut entretenir l'érotisme du couple quand l'un ou l'autre ou les deux n'ont pas très envie de faire l'amour".

Son ouvrage devient dès lors très pauvre : celles et ceux qui vivent douloureusement les périodes de baisse de libido s'y trouvent stigmatisés, sans qu'on leur dise que c'est courant, que ce n'est pas dramatique, sans qu'on leur donne des pistes pour découvrir et partager du plaisir différemment, de manière ludique et décomplexée.

Ceux qui vivent leur éventuelle baisse de libido tranquillement et qui reprendront une vie sexuelle plus active progressivement après l'accouchement n'existent pas.

Et comme Ovidie ne conçoit pas qu'une femme enceinte puisse voir son désir s'émousser du fait de sa transformation physique, elle ne précise pas à quel point il peut être important qu'un homme dise à sa femme combien il la trouve belle avec ses formes généreuses (quand il le pense, of course, il ne s'agit pas de mentir...).

Achtung, le conseil vestimentaire qui tue : "Par pitié, évitez le trop tentant recours au pantalon de jogging lors du dernier trimestre !" Ben ouais, c'est pas sexy...

Deuxième trimestre : "Vos variations hormonales commencent à créer un immense besoin de satisfaction sexuelle. Plus que jamais, vous désirez faire l'amour avec le futur père de votre enfant".

Voilà, on y est : être enceinte, c'est forcément le pied et on se transforme en déesse du sexe : on a envie, envie, envie (du futur père de notre enfant, il va de soit...). Ca semble presque magique ; en fait ça sonne un peu comme les paroles d'un hypnothérapeute. Et si on n'avait déjà pas vraiment envie de lui avant d'être enceinte, ça marche quand même ?

Aucune place pour celles qui ne se retrouvent pas dans cette description idyllique. C'est comme ça, point.

Bon, on apprend que la grossesse "décuple notre libido", qu'on fait des rêves érotiques d'une intensité incroyable (pas moi) et que, je cite, "la grossesse est à envisager comme une sorte de psychanalyse gratuite".

Euh, non. C'est vraiment pas comme ça que j'ai envie d'envisager une grossesse...

"Il est souvent interdit aux femmes d'avoir des rapports sexuels classiques". Souvent ? Ah oui, on apprend dans le bouquin que c'est le gynobs ou la sage-femme qui nous dit si on a le droit d'avoir des rapports selon la consistance et la longueur de notre col... Le toucher vaginal pour autoriser les rapports sexuels, arf... Et l'écoute des sensations corporelles, ça ne suffit pas pour une femme ? Moi qui pensais que si on n'avait pas de signes inquiétants genre contractions, douleurs ou saignements, on pouvait faire crac-crac aussi souvent qu'on le voulait et que les touchers vaginaux, outre qu'ils prédisposaient aux infections n'empêchaient pas les accouchements prématurés...

Paraît que de ce fait (interdiction d'avoir des rapports sexuels), les femmes sont nombreuses à se lancer dans l'aventure de la sodomie et que même des fois, après la naissance, c'est niet, elles veulent plus. La sodomie devient dans ce contexte une, je cite, "prescription médicale non avouée"... Arrrgh... La sodomie présentée comme substitution à la pénétration vaginale sur "prescription médicale". Enoncé comme ça, c'est fou ce que ça donne envie.

Merde : et le plaisir, et la sensualité et les sensibilités, tabous et inhibitions des unes et des autres ? Où est la nuance dans ce bouquin ? Une fille franchement rebutée à l'idée d'avoir un rapport anal ne va pas
subitement y trouver du plaisir. Et celle qui découvre cette pratique et qui y prend du plaisir risque aussi de renouveler l'expérience après la naissance.

Bon, Ovidie ne donne aucune description détaillée concernant les caresses buccales langoureuses des zones génitales ni même de conseils pour apprivoiser l'orifice anal et permettre une ouverture propice au plaisir. Vous trouverez juste quelques croquis montrant des positions "recommandées" pendant la grossesse (mais pas trop comme ci pour ne pas comprimer la veine cave, pas trop fort si t'es comme ça...). Bref, du très technique, fade, dépourvu de conseils coquins, dépourvu d'encouragements à observer l'autre, à cerner les signes qui indiquent qu'il aime ou qu'il n'aime pas (la respiration d'une femme,sa manière de basculer son bassin, l'ouverture de ses cuisses, ses gémissement). Rien non plus sur la présence du bébé : ce tiers présent entre l'homme et la femme, entre papa et maman. Peut-on le caresser ce ventre distendu, et à travers lui le bébé, pendant qu'on fait l'amour ? Comment est-ce perçu par les partenaires ? Est-ce que ça peut être gênant pour l'un, pour l'autre ?

Vous en ressortirez avec une vision tronquée de la maternité : ça m'a fait penser à un sketch de Florence Foresti. La "brigade des nurses" est passée par là ! Tout est beau, tout est chaud, nos seins sont supers sensibles et on adoooore ça qu'on nous les titille (déjà en temps normal on n'est pas toutes pareilles sur le sujet : il y a celle à qui ça procure des sensations de plaisir intense, celle à qui ça ne fait rien et enfin celle pour qui c'est hyper désagréable), on a envie de sexe tout le temps, si on est bonne au pieu, on va accoucher, je cite, "dans la joie voire dans l'extase"... Et là, je fais une pause.

S'il est possible que le fait d'être très à l'aise dans sa sexualité puisse favoriser un accouchement facile, rien n'est sûr ! La plupart d'entre nous ne font d'ailleurs pas le lien entre accouchement et sexe. Dès lors, des inhibitions pouvant affecter notre sexualité peuvent ne pas perturber un accouchement. Il y a des nanas pas franchement branchées sur la bagatelle qui accouchent comme on met une lettre à la poste. D'autres hyper branchées sexe, très à l'aise dans leur petite culotte, qui vont trouver leur accouchement horrible, atroce, à mille lieues de ce qu'elles considèrent comme faisant partie de la sphère de la sexualité ! D'autres en effet, incluant l'accouchement dans le champ de leur sexualité, vont se trouver aussi à l'aise quand elles font l'amour qu'en accouchant (et pas comme l'écrit Ovidie "sur une table d'accouchement" : on peut accoucher ailleurs...).

Ovidie donne une indication fort utile aux futurs papas : ne surtout pas interroger leurs amis (ou membres de groupes de futurs papas) sur l'accouchement de leurs compagnes, non ! Il existerait une sorte de complaisance dans l'horreur (l'histoire de boucherie de Foresti). Vos amis risquent de vous raconter des bobards, juste pour vous faire flipper. La vision toute rose d'Ovidie est tellement plus adaptée à vos besoins... Ah oui, un accouchement, ça dure en moyenne 7 heures (ou des fois plus si l'accouchement "n'avance plus en cours de route"). Hum... No comment, ou bien si : Merde aux montres. Merde aux préjugés sur l'accouchement "normal" qui devrait durer "tant" et où les "pauses " sont interprétées comme pathologiques. Merde.

Préparation du périnée... L'assouplissement du périnée par des massages à l'huile. Bon, je croyais qu'on allait parler Q, moi... Ah ben on y vient, sauf que j'accroche pas du tout : lors des rapports sexuels, la meilleure technique de préparation du périnée selon Ovidie, c'est l'introduction de plusieurs doigts du futur papa, voire la main, avec utilisation d'huile végétale. Et là, j'ai eu besoin d'air (encore...).

Soit j'ai un rapport sexuel avec mon mec et je m'amuse avec un lubrifiant (c'est vachement plus fun que l'huile) à accueillir ses doigts pour devenir dingue de plaisir, soit je fais de la préparation périnéale avec de l'huile. Je ne fais pas de "préparation périnéale" pendant un rapport sexuel. Je ne sais pas si vous voyez ce que je veux dire... Pour moi, c'est ce qui fait la différence entre un examen gynéco et un délire sexuel. L'intention compte. D'un côté le plaisir et l'abandon pour la femme et l'excitation particulière que peut éprouver un homme lors de ces jeux, de l'autre une optique d'assouplissement des tissus où mon mec devient aussi excitant qu'une sage-femme ou un gynobs quand il glisse ses doigts dans mon vagin.

Ensuite, elle évoque la péridurale, qu'il vaut mieux éviter car la mère en position gynéco "empêche son bébé de s'engager correctement". Les mots importent pour moi : ce n'est pas "la mère" qui empêche son bébé de s'engager, c'est la position qui ne facilite pas l'engagement (et aussi le fait que sous péri, les tissus deviennent mous).

Ovidie précise aussi le recours plus fréquent aux forceps et à l'épisiotomie sous péridurale et note que l'état de notre périnée a de l'importance dans notre vie sexuelle. Mais bon, j'aurais aimé lire qu'un accouchement mal vécu par absence de péridurale, où on accouche malgré soi en n'étant parfois plus que souffrance, sous les yeux d'un compagnon traumatisé par ce qu'il voit, parfois aussi avec un forceps pour "manque de coopération maternelle", ça peut aussi avoir des répercussions négatives dans la sexualité du couple...

Elle évoque le déclenchement et affirme qu'un rapport sexuel déclenche l'accouchement si on est à terme. C'est faux ! Cela peut éventuellement aider dans certains cas, mais celles qui paniquées par leur dépassement de terme ont tout tenté : stimulation des mamelons, rapport sexuel... savent que parfois, rien n'y fait. De la même manière, les déclenchements en milieu hospitaliers usant de prostaglandines ou d'ocytocine ne marchent pas forcément...

Ovidie n'aborde pas une question fondamentale : pourquoi vouloir déclencher un accouchement ? Est-ce souhaitable tant que maman et bébé vont bien ?

Le désir des mecs. S'ils osent vous dire qu'ils vous trouvent moins bandante alors que vous ressemblez à une baleine, pleine de cellulite, de vergetures, voire d'acné sur le dos, les fesses, le visage (ouais,ça arrive à certaines mais Ovidie n'en parle pas), c'est juste parce qu'ils "expriment un refus de votre maternité et par extension de votre féminité".

Ainsi, si on peut comprendre qu'un homme puisse trouver certains physiques non attirants sur le plan sexuel, il n'en va pas de même pendant la grossesse. Même si vous devenez un peu moche et même si vous vous trouvez vous-même plutôt baleine que panthère de l'amour, la sanction est implacable pour monsieur : il a problème dans la tête et ça, c'est pas acceptable.

Re-merde : on peut en rire de notre côté baleine. On peut amener son partenaire à l'apprivoiser en décomplexant. On peut s'amuser d'être temporairement loin de la prédatrice sexuelle que nous étions auparavant. On ne va pas imposer une psychothérapie à notre mec s'il est perturbé par notre physique imposant, ou disgracieux à ses yeux.

Il y a ceux qui vont se délecter de nos formes généreuses, qui vont être fous de notre corps et l'honorer avec délices. Il y a ceux que ça n'inspire pas vraiment. Autant du côté des hommes que des femmes les sensibilités sont variées...

Ces pères qui trompent...

Ouhhh les vilains. Y a ceux qui sont surpris en train de regarder des films pornos, ceux qui tchattent sur des sites de rencontre, ceux qui draguent dans la rue, ceux qui osent se "vautrer" (sic) dans les bras d'une autre femme.

Par son statut de future mère, la femme est plus que jamais en droit de s'immiscer dans l'imaginaire érotique de son compagnon, de "lui demander des explications", de "lui faire comprendre son mécontentement", d'exiger l'exclusivité affective et sexuelle. C'est comme ça dans un couple respectable : on appartient à l'autre, on n'est plus libre, ni de ses pensées, ni de ses paroles, ni de ses actes. Pour moi que cette vision horripile, c'est dur à encaisser sous la plume d'une femme libérée sexuellement. Ah oui, un mec "honnête vous avoue avoir eu une liaison et n'attend pas qu'on le découvre" (à force d'épier notre moitié, on va bien finir par trouver des trucs compromettants). Pire que la prison. On surveille tes communications téléphoniques, on lit ton courrier, on renifle tes vêtements, on veut savoir où tu étais à telle heure et avec qui. On est loin de l'adage "ce qui ne se sait pas ne saurait nuire".

Ces femmes qui trompent leur mari...

Ahhh, ben voilà, la femme libérée sexuellement s'exprime timidement, avec largement moins de sévérité qu'envers les hommes...

C'est nor-maaal : beaucoup de femmes trompent leur mec pendant la grossesse (un "nombre considérable", dixit Ovidie ; je découvre ça avec étonnement...).

C'est soit parce qu'on avait déjà un amant avant, soit à cause de nos hormones de l'amouuuur et de la frustration née d'un compagnon qui refuse de nous honorer. Nous, on a le droit au plaisir extra conjugal, même s'il faut faire gaffe, hein. Pourquoi ? "Vous ne vous en rendez peut-être pas compte, mais vous aurez plus que jamais besoin de votre compagnon pendant les premiers mois de votre enfant. Etre maman solo n'a jamais été facile".

Bon, il est donc entendu pour Ovidie que l'adultère signe la fin du couple, que c'est normal d'exercer un chantage affectif sur la personne avec laquelle on vit et que si on doit faire gaffe de notre côté, c'est juste parce qu'un mec, c'est bien utile "pendant les premiers mois" de notre bébé. Après, on peut le jeter.

Elle a une approche très conventionnelle du couple. Reconnaissant que des frustrations puissent naître de part et d'autre elle n'envisage pas pour autant qu'il puisse être normal et sain de combler ses besoins dans l'autoérotisme, l'imaginaire ou dans la liaison amoureuse extra conjugale. Plus gênant pour moi, elle trouve légitime l'intrusion d'une femme dans le jardin secret d'un homme, normal qu'on exige des comptes. Moi, je comprends pas...

Le baby-clash : le mythe du bébé responsable de la séparation du couple... Des stats indiquent des pics de séparation au bout de 4 ans, quelles que soient les cultures, quelles que soient les époques, dès lors que la femme dispose d'une autonomie sur le plan économique. Ces séparations précoces interviennent davantage chez les jeunes sans enfants que chez les moins jeunes...

L'usure du couple, ça existe, même sans enfants. L'arrivée de bébé, même si ça peut être source de fatigue et conflits, c'est aussi un ciment pour beaucoup de couples. Les enfants nous font comprendre qu'ils ont besoin de maman et papa...

Ovidie parle de la dépression du post partum, à différencier du "classique baby blues hormonal du troisième jour". J'ai eu trois gosses, je ne sais pas de quoi elle parle. C'est donc systématique ce baby-blues hormonal ?

Le proto-regard :

"Il est extrêmement important que l'équipe soignante veille à ce qu'immédiatement après l'accouchement, la mère et son enfant puissent se plonger dans les yeux l'un de l'autre. Ce regard sera le ciment d'un amour maternel indestructible".

Nan, l'équipe soignante doit foutre la paix à la maman et à son bébé. Et on doit rassurer les femmes : si des circonstances font qu'elles ne plongent pas leur regard dans celui de leur bébé immédiatement après l'accouchement, elles le feront plus tard. L'amour maternel n'est pas conditionné par nos hormones, ni par un "proto- regard".

Voilà, je vais m'arrêter là. J'ai trouvé tout ça trop nul. Ovidie mettant en avant le fait que l'accouchement faisait partie intégrante de la sexualité féminine, je trouvais ça trop bien. Mais elle manque profondément de nuance, d'humilité face à la grande diversité des ressentis humains, que ce soit en matière d'accouchement ou de sexualité.

Quand elle finit par écrire que l'accouchement n'est "pas un acte physique mais uniquement psychologique", que "tout se joue dans la tête de celle qui accouche", j'ai envie de hurler. Pourquoi dissocier le corps de l'esprit ? Comment nier la part énorme de travail purement physique, déclenché et entretenu de manière involontaire ? Nos caractéristiques, nos forces et nos faiblesses corporelles ? Oui, le psychisme intervient : on accouche toute entière, avec nos émotions, nos ressentis, notre vécu, nos peurs, nos joies... mais aussi avec notre corps, qui va s'ouvrir, qui se contracte, qui transpire, qui a faim, qui a soif, qui a mal... Les deux sont en interaction. Il n'y a pas que le psychisme qui peut compliquer ou faciliter un accouchement sur le plan physique. Il y a aussi le physique qui peut compliquer ou faciliter un vécu psychique...

Catherine Chaumont
kate.bonobo@skynet.be

 

Pour un projet d'écriture dont le thème sera l'impact de l'accouchement sur la sexualité du couple, Catherine Chaumont souhaite recueillir des témoignages. Plus d'infos sur ce document (format PDF) ou en version word.

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12 mars 2010 5 12 /03 /mars /2010 21:30

Une nouvelle conception de la naissance : le style penthouse, ou la dimension sexuelle et érotique de la naissance...


http://membres.multimania.fr/melezvous/amour/rodin_lebaiser.jpg
Le baiser, Auguste Rodin (1840-1917)
 
Rob attendait ce moment depuis des mois. Aujourd'hui, Diane et lui allaient finalement le faire. Leur première fois. Ils sont tous deux excités, et un peu nerveux. Qu'est-ce que les gens allaient penser ? Qu'est-ce que leurs parents feraient si ils savaient ce qui était sur le point de se passer ? Ils seraient furieux, c'est certain.

"Je suis prête, je crois", dit Diane, avec un peu d'appréhension. Rob sourit. Il attendait depuis longtemps pour ça. Pensez-y, Diane avait tout préparé pour lui seul. Rob peut difficilement attendre. Son coeur bat à tout rompre par anticipation.

"Doucement" se dit-il intérieurement, "ce pourrait être difficile pour Diane". Il lui semblait que son attente durait depuis des siècles, attendant le jour où Diane serait prête. Finalement, ça y est ! Ce serait l'apothéose de leur amour, l'ultime lien les cimentant l'un vers l'autre.

Diane prépare le lit, avec des draps fraîchement lavés. Rob remarque qu'elle a même pensé à protéger le matelas avec du plastique. C'est bien Diane, se préoccupe du moindre détail. Diane place quelques serviettes tout près. "Penses-tu saigner beaucoup ?" plaisante Rob. Il met un peu de musique douce.

Pendant que Diane préparait la chambre, Rob avait fait coulé un bain chaud et sensuel pour elle, parfumé avec des huiles. Des chandelles à la flamme vacillante reflétaient leur lueur au travers de l'eau fumante, les invitant dans sa chaleur apaisante. Lentement, Rob déboutonna sa robe et l'aida à entrer dans le bain, puis se déshabilla promptement et se glissa derrière elle. Diane s'étendit contre son torse ferme et musclé.

Rob commença à caresser doucement le front de Diane, puis glissa lentement jusqu'à son cou, explorant sa poitrine et s'attardant sur ses mamelons foncés. Il les pinça avec amusement et les encercla avec ses doigts. Il sentit Diane commencer à se tordre et vit avec satisfaction comment ses mamelons devinrent érectiles.

"Mmmmmm" gémit doucement Diane, "Continue".

Rob n'arrêta pas de stimuler ses mamelons, doucement, tendrement, la regardant s'agiter, se mouvoir de plus en plus. Sa respiration commença à s'accélérer, et elle à balancer rythmiquement son bassin, tout en frottant ses jambes l'une contre l'autre. Il était captivé, la regardant et se demandant si il ne devrait pas ralentir un peu. Il ne voulait surtout pas brusquer les choses.

Diane gémissait maintenant. Elle était prête ! Rob se leva et se sécha rapidement, enroulant une serviette autour de sa taille. Tenant une autre serviette tout près pour Diane, et l'entourant de ses bras puissants pour l'aider à sortir. Elle enroula ses bras autour de son cou, ses longs cheveux en cascade dans son dos, et comme elle se tournait vers lui pour rencontrer sa bouche avec un baiser passionné, Rob pouvait sentir son excitation, une certaine tension dans son corps qui l'excitait encore davantage.

"Es-tu certaine de toujours vouloir le faire ?" Il la taquine encore gentiment. Elle ne peut qu'émettre un gémissement profond comme réponse.

Rob la porta jusqu'au lit, leurs bras enlacés dans une tempête de baisers passionnés. Diane s'étendit sur le côté, ses bras agrippant Rob et ses yeux l'implorant : "viens vers moi ".

Rob la regarda avec admiration : "Mon dieu, elle est magnifique" pensa-t-il, ses yeux s'abreuvant de la plénitude de sa beauté sauvage. Elle était ravissante, voluptueuse, son corps nu si mûr, ses lèvres ouvertes haletantes, ses bras l'invitant.

Rob plaqua sa bouche sur la sienne et l'embrassa longuement. Ses larges mains caressèrent doucement les jambes de Diane, et elle les ouvrit spontanément, accueillant son toucher. Il la sentait humide et gonflée, sa chair pulsant avec anticipation. Rob la sentit trembler sous son étreinte, de peur ou d'excitation, peu importait. Ils avaient franchi le point de non-retour, et seraient maintenant unis par un lien physique et émotionnel qui ajouterait une nouvelle profondeur et une nouvelle dimension à leur relation.

"Ahhhhh" elle put le sentir comme il entra dans son vagin. Elle hoqueta et retint son souffle. La sueur perla sur son front et sur ses lèvres. Elle roula les yeux et gémit à nouveau comme sa plus intime partie s'étirait comme jamais auparavant.

"Oh! " s'écria-t-elle "Ohhhh!" Diane prit une profonde inspiration et frissonna.

Elle se détendit, s'abandonna complètement aux sensations submergeantes de son corps. Quelque chose se laissa-aller, très profondément dans son esprit, et elle perdit tout contrôle, des grognements et des hoquets vinrent des profondeurs de son intérieur. Elle saisit et empoigna Rob, tirant ses cheveux en poussant un cri. Elle se sentait comme si elle allait se séparer en deux et elle cria encore.

Soudainement, elle sentit une éclaboussure entre ses jambes et regarda plus bas. Elle vit Rob, à genoux entre ses jambes, hoquetant avec excitation, respirant fort et vite. C'est là qu'elle le vit : sa peau chaude et nue était suivie d'une traînée comme il glissa de la chaleur de son propre corps; une mouilleur glissante de son vagin, et encore couvert d'une substance blanche et crémeuse. Ses yeux s'agrandirent de surprise à la vue de cette masse rougeâtre, cette chair palpitante et pulsatile lui ayant donné toutes ces sensations si nouvelles et incroyables. C'est qu'il était si... gros !

Rob le prit dans ses bras, ses yeux brillants, son visage rayonnant comme jamais auparavant. "C'est un garçon", annonça-t-il, et le bébé prit son premier souffle.

Sheila Stubb

Texte traduit de l'anglais par Marypascal Beauregard. Site Internet : www.birthingtheeasyway.com (le site n'existe plus) Sheila est monitrice LLL et mère de 5 enfants, 1 né par césarienne, 1 AVAC à l'hôpital, 1 prématuré non-assisté à domicile et 2 nées à la maison avec sage-femme et médecin. Elle vit en Ontario avec son mari Bert et ses enfants.
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12 janvier 2010 2 12 /01 /janvier /2010 22:29

Le plaisir d'accoucher est un secret bien gardé...

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« La genèse de l'enfant dans l'abdomen, sa croissance, son augmentation du poids s'imposent encore dans un autre sens à l'âme féminine, viennent s'enchevêtrer avec des habitudes fermement enracinées et utilisent, pour attacher la mère à l'enfant, des goûts qui, des couches cachées de l'inconscient, dominent le coeur et la vie de l'être humain. Vous n'êtes pas sans avoir remarqué que l'enfant, trônant sur son petit pot, ne donne pas volontiers tout de suite ce que l'adulte, pour qui cette occupation contient moins de délices, réclame de lui, d'abord avec douceur, puis en insistant de plus en plus énergiquement. Si vous voyez quelque intérêt -- qui peut certes passer pour un intérêt d'un ordre assez bizarre -- à suivre de près cette tendance à la constipation volontaire, qui devient assez fréquemment une habitude pour la vie entière, je vous prierai d'abord de vous rappeler qu'à l'intérieur de l'abdomen se perdent aux alentours du rectum et de la vessie des nerfs fins et sensibles dont l'action est de faire naître certaines envies et que l'excitation éveille.

Puis vous penserez qu'il arrive souvent aux enfants, pendant le jeu ou le travail, de se trémousser sur leurs sièges -- peut- être même l'avez-vous fait vous aussi au temps de votre innocente enfance -- de remuer les jambes, de gigoter jusqu'à ce que retentissent les inévitables paroles de la mère : «Jean -- ou Lise -- va au cabinet! » Pourquoi cela? Serait-il vrai que le garçonnet ou la petite fille se fussent oubliés à jouer, comme le prétend Maman par égard pour un de ses propres penchants depuis longtemps réprouvé ou qu'ils eussent été trop absorbés par leurs devoirs? Non pas! C'est la volupté qui crée ces états, une bizarre forme de l'auto-satisfaction, pratiquée depuis l'enfance et développée plus tard jusqu'à la perfection par la constipation. Sauf qu'alors, hélas! l'organisme ne répond plus à la volupté, mais -- en même temps que la sensation de culpabilité de la masturbation -- produit des migraines, des vertiges, des maux de ventre ou quels que soient les noms des mille suites de cette habitude d'entretenir une constante pression sur les nerfs génitaux.

Oui, et puis vous songerez aussi aux gens qui ont coutume de sortir sans avoir évacué au préalable, qui ensuite, pris d'envies, soutiennent dans la rue des luttes pénibles et ne se rendent même pas consciemment compte des délices qu'elles représentent. Il faut remarquer la et la totale inutilité de ce ces luttes entre l'être humain et son postérieur pour conclure qu'ici, l'inconscient pratique un innocent onanisme. Eh bien, amie vénérée, la grossesse appartient à ce genre de masturbation en infiniment plus fort, car ici, le péché s'auréole de sainteté. Mais quelque sainte que soit la maternité, cela n'empêche pas que l'utérus gravide excite ces nerfs et produit une sensation de volupté.

Vous trouvez que la volupté doit être enregistrée par le conscient? C'est une idée erronée. C'est-à-dire que vous pouvez être de cet avis, mais laissez-moi rire. Et puisque nous sommes arrivés à ce thème épineux de la volupté secrète, inconsciente, jamais clairement définie, je puis me permettre de parler en même temps de ce que représentent pour la mère les mouvements de l'enfant. Le poète s'est adjugé ce thème, l'a revêtu de roses et l'a délicatement parfumé. En vérité, cette sensation, une fois qu'on lui a retiré le nimbe de la sublimation, n'est autre que celle qui se produit généralement quand quelque chose bouge dans le ventre de la femme. C'est la même que celle que lui fait ressentir l'homme, seulement, elle est dépouillée de toute idée de péché, portée aux nues, au lieu d'être réprouvée.

N'avez-vous pas honte? me direz-vous. Non, je n'ai pas honte, ma très chère; j'ai si peu honte que je vous retourne la question. N'êtes-vous pas accablée de chagrin et de honte en pensant à l'être humain qui a traîné dans la boue le bien le plus précieux de la vie, l'union entre l'homme et la femme? Songez, ne fût-ce que deux minutes, à ce que représente cette volupté à deux : on lui doit le mariage, la famille, l'État; elle a fondé la maison et la ville, fait surgir de rien la science, l'art, la religion; elle a tout fait, tout, tout, tout. Tout ce que vous respectez! Osez encore, après cela, trouver sacrilège la comparaison entre l'accouplement et les mouvements de l'enfant!

Non, vous êtes trop compréhensive pour persister à m'en vouloir d'avoir employé des termes proscrits par la pruderie d'une institutrice revêche sans avoir pris le temps de réfléchir. Et ensuite, vous consentirez à me suivre plus loin encore et à admettre une affirmation encore plus sévèrement désapprouvée par le coeur et la civilisation, à savoir que l'accouchement lui- même est un acte de suprême volupté dont l'impression subsiste sous forme de tendresse pour l'enfant, d'amour maternel.

A moins que votre bonne volonté n'aille pas si loin! Il est vrai que cette affirmation est en contradiction avec toutes les expériences, avec l'expérience de millénaires. Pourtant, un fait que je tiens pour fondamental et duquel il faut partir, ne la contredit point : c'est qu'il ne cesse de naître de nouveaux enfants, par conséquent, toutes ces peurs, toutes ces souffrances desquelles on nous rebat les oreilles depuis des temps immémoriaux ne sont pas assez fortes pour ne pas être surpassées par le désir, ou un quelconque sentiment de volupté.

Avez-vous déjà assisté à un accouchement? Il y a un fait tout à fait étrange : la parturiente gémit, crie, mais son visage est rouge, fiévreusement surexcité et ses yeux ont ce rayonnement extraordinaire qu'aucun homme n'oublie quand il l'a suscité chez une femme. Ce sont des yeux singuliers, curieusement voilés, exprimant l'enivrement. Et qu'y a-t-il de remarquable, d'incroyable, à ce que la douleur soit une volupté, une suprême volupté? Seuls, ceux qui flairent partout la perversion et les plaisirs contre nature ne savent pas ou font semblant d'ignorer que la grande volupté s'accompagne de douleur. Débarrassez-vous donc de cette impression qui vous a été communiquée par les lamentations des femmes en mal d'enfant et les contes ridicules des commères jalouses. Essayez d'être honnête. La poule aussi crételle après avoir pondu un oeuf. Mais le coq ne s'en soucie guère et s'empresse de chevaucher à nouveau la poule, dont l'horreur pour les douleurs de la ponte se traduit d'une manière surprenante par une entière soumission amoureuse aux désirs du seigneur et maître du poulailler.

Le vagin de la femme est un Moloch insatiable. Où donc est le vagin qui se contenterait d'avoir en soi un petit membre de la taille d'un doigt, alors qu'il pourrait disposer d'un autre, gros comme un bras d'enfant? L'imagination de la femme travaille avec des instruments puissants, l'a toujours fait et le fera toujours. [...]

Il y a quelques années, et après une assez longue stérilité, une femme mit au monde une fille. C'était un accouchement par le siège et la femme a été délivrée sous anesthésie dans une maternité par un accoucheur célèbre, aidé de deux assistants et de deux sages-femmes. Deux ans plus tard, une seconde grossesse se déclara; et comme, entre temps, j'avais pris plus d'influence sur la femme, on décida que pour l'accouchement, aucune résolution ne serait prise sans que j'en fusse informé. Au contraire de la première, cette seconde grossesse s'écoula sans incident. Il fut résolu que l'accouchement se ferait à la maison et par les soins d'une sage-femme.

Peu de temps avant l'événement, et à la demande de la sage-femme, on m'appela auprès de cette dame, qui habitait dans une autre ville. L'enfant se présentait par le siège : que faire? Quand j'arrivai, l'enfant se présentait en effet par le siège; les douleurs n'avaient pas encore commencé. La parturiente avait très peur et voulait être emmenée à la clinique. Je me suis assis auprès d'elle, ai quelque peu fouillé dans son complexe de refoulement -- avec lequel j'étais déjà passablement familiarisé -- et lui ai, pour finir, dépeint sous de vives couleurs -- je crois que vous savez combien j'excelle à cela -- les plaisirs de l'accouchement. Madame X devint toute joyeuse et une bizarre expression de ses yeux disait que l'étincelle s'allumait.
 
Ensuite, je cherchai à me faire expliquer pourquoi l'enfant se présentait à nouveau par le siège. «Parce qu'ainsi, la naissance est plus facile», me dit-elle. «Le petit derrière est mou et ouvre la voie plus doucement et plus commodément que la tète, si dure et si grosse.» Alors, je lui ai narré l'histoire de l'instrument, gros ou petit, dur ou flasque, dans le vagin, à peu près comme je vous le décrivis l'autre jour. Cela lui fit quelque impression, mais il subsistait un reste de méfiance.
Elle finit par dire qu'elle voulait bien me croire, mais que tout le monde lui avait conté tant d'horreur sur les douleurs de l'enfantement qu'elle préférait être anesthésiée, Et si l'enfant se présentait par le siège, on l'endormirait, elle le savait par expérience.
 
Donc, la présentation par le siège était préférable. A quoi, je lui répondis que si elle était assez bête pour vouloir absolument se priver du plus grand plaisir de sa vie, qu'elle ne se gênât point. Pour moi, je ne voyais aucun inconvénient à ce qu'elle se fît anesthésier, dès qu'elle ne pourrait plus supporter les douleurs. Mais pour cela, la présentation par le siège n'était pas indispensable. «Je vous donne l'autorisation de vous faire endormir même si vous accouchez par la tête. C'est vous qui déciderez si, oui ou non, vous le voulez.» Là-dessus, je suis reparti, et le lendemain, j'appris qu'une demi-heure après mon départ l'enfant se présentait par la tête.
 
L'accouchement eut lieu sans complication. L'accouchée m'en décrivit les diverses péripéties dans une jolie lettre. «Vous aviez tout à fait raison, Docteur. Cela a vraiment été une grande jouissance. Comme la bouteille d'éther se trouvait sur la table, à côté de moi, et que j'avais la permission de me faire endormir, je n'avais pas la moindre peur et je pus suivre tout ce qui se passait et l'apprécier sans inhibition. Il vint un instant où la douleur, qui, jusque-là, avait eu quelque chose d'excitant et d'attrayant, fut trop forte et je m'écriai : l'éther! -- mais j'ajoutai aussitôt que ce n'était plus nécessaire. L'enfant criait déjà. Si j'ai un regret, c'est que mon mari, que j'ai torturé pendant des années à cause de cette peur stupide, ne puisse ressentir cette suprême jouissance.»

Si vous êtes sceptique, vous direz qu'il s'agit là d'une suggestion heureuse, n'ayant pas force de preuve. Cela m'est indifférent. Je suis certain que la prochaine fois que vous aurez un enfant, vous aussi, vous observerez «sans inhibition», vous débarrassant ainsi d'un préjugé, et que vous apprendrez à connaître une sensation contre laquelle vous avait prévenue la bêtise en vous effrayant. »
 
Le livre du ça, Georg Groddeck.
Ed. Gallimard. Extrait de la page 48 à 55.
Publié pour la première fois en 1923.
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10 décembre 2009 4 10 /12 /décembre /2009 10:38

L. a accouché dans son lit. Elle était arrivée quelques dizaines de minutes avant à la maternité, un grand sourire sur les lèvres en balançant son ventre devant elle à chaque pas, un enfant à chaque main. « C’était prévu pour demain mais je me demande s’il n’y a pas quelque chose qui se passe... »

L. est une superbe antillaise ronde dans tous les sens tant au moral, qu’au physique. Au premier regard on sent une tranquillité, une assurance une certitude même de la puissance de son corps dans cette jeune femme qui vient là en voisine pour demander à ceux qui savent si ce qu’elle pressent est bien en chemin. Pas se rassurer, elle n’est nullement inquiète. Mais si c’était ça... on ne sait jamais.

Les enfants attendent avec un air de gravité surprenant. Un garçon et une fille 3 et 6 ans guère plus ; ils se taisent résolument. La sage-femme qui l’accueille dans le couloir la salue et pense « elle a déjà deux gosses, elle devrait savoir... ». Elle la contemple un instant. Ses joues rebondies, son sourire épanoui, sa façon de mouiller les r et cette aisance malgré l’embonpoint attirent l’attention plutôt sur sa personnalité joviale que sur un éventuel travail d’accouchement.

Lui proposer un siège, faire le dossier médical, demander de raconter la grossesse, quelques minutes se passent. Au cours de la conversation, à intervalles, elle s’arrête de parler, son regard s’embue légèrement, sa poitrine se soulève à un rythme plus rapide.

« Vous voyez, dit-elle, c’est ça... ». La sage-femme en baissant les yeux a remarqué qu’en même temps le ventre change de forme. On dirait que, pour quelques dizaines de secondes, il perd de son aspect nonchalant et étalé pour prendre du galbe, s’arrondir et presque remonter. En tous cas il ne touche plus les genoux.

« Quand même, ça contracte... ». En effet l’examen fait dans la foulée montre un col utérin dilaté à 4-5 cm (un bon « cinq francs » dirait l’ancien). L’accouchement est donc bien en cours. On met en place l’appareil d’enregistrement du cœur du bébé. Le monitoring est bon. Tout va bien.

Les enfants n’ont toujours pas ouvert la bouche. L. a du lâcher leurs menottes pour dire bonjour, sortir des papiers, en signer d’autres. Elle s’est déshabillée puis installée dans son lit. Ils ont suivi le mouvement pas à pas. Ils ont couvert de caresses silencieuses les parties de peau maternelle à leur portée. D’abord les bras, au fur et à mesure les jambes, le ventre et même maintenant le visage. Papa est en voyage. Bébé va venir au monde sans lui. Manifestement les "grands" se sentent responsables de quelque chose. En tous cas ils se comportent comme s’ils avaient conscience de vivre un moment très important.

La sage-femme a dit : « Il y en a pour une bonne heure » et elle est repartie s’affairer auprès des autres mamans présentes à la maternité avec leurs bébés, en attente dans leur ventre ou déjà au monde.

Tout-à-coup L. a senti que la tête de Bébé appuyait dans son bas-ventre. Tout son corps s’est tendu et sur son visage est passée une crispation. Cela, elle connaît. Ses yeux se sont voilés de rêve. Machinalement elle a remonté sa chemise pour découvrir ses cuisses maintenant écartées dans un mouvement spontané. Les enfants ont caressé ses joues et ses bras de plus belle.

La voisine de chambre a senti plus qu’elle n’a vu, encore moins entendu qu’il se passait quelque chose. Elle a sonné.

Quand la sage-femme est entrée dans la pièce une touffe de cheveux noirs apparaissait entre les petites lèvres écartées, tellement roses entre la peau foncée et ces cheveux ébène. Elle a eu juste le temps de mettre un champ stérile sous les fesses et d’accompagner le mouvement du bébé que sa maman, comme si elle avait fait ça toute sa vie, ramenait sur son ventre, installait entre ses seins. Les enfants n’ont pas dit un mot de plus. Ils se sont regardés avec un sourire et ont esquissé un geste d’applaudissement.

Bébé a respiré sans aide et, après une discrète sollicitation de sa maman, il s’est littéralement jeté sur le mamelon du sein droit qu’il s’est mis à téter d’importance. C’est dans l’indifférence de L. et des enfants tous attentifs aux performances du nouveau-venu que la sage-femme sortait la délivrance et après une toilette locale, replaçait la maman dans une position plus habituelle.

Le lendemain je passe la visite au service. Ce jargon médical signifie que je passe avec la sage-femme de garde dans chaque chambre de la maternité dont j’ai la charge pour rencontrer les mamans et leurs bébés et régler les différents problèmes médicaux qui peuvent se poser.

L. va très bien. Bébé tète sans problème. Elle s’est levée et a fait sa toilette seule. Son mari, joint au téléphone, est rentré dans la nuit. Tout va pour le mieux. Et pourtant...

Tandis que je parle à la voisine, L. pose son bébé dans le berceau, se poste près de la porte, et au moment où je sors de la chambre :

- Docteur je voudrais vous demander... (regard vers la sage-femme et la puéricultrice pour signifier qu’elle veut me parler seul à seul ; elles s’éloignent)
- Oui ?
- Est-ce normal de... (elle est très gênée, les mains sur son ventre à peine moins rebondi que la veille, le regard qui monte et qui descend)
- De quoi ?
- D’avoir du plaisir en accouchant ? Mais vous savez, un vrai plaisir, comme... comme quand on fait l’amour... encore plus même...

Heureusement, j’avais vécu déjà l’histoire suivante. Cela m’a permis de la rassurer complètement sur sa normalité. Et de penser, tout en terminant ma visite, à ce satané Georg Groddeck qui, au début de ce siècle, écrivait à propos du plaisir féminin quelque chose comme « avant de mettre un enfant au monde, la femme se demande ce qu’est le plaisir; et après, elle cherche ». (lire l'extrait ici)

Et s'il fallait du temps pour naître ?, Claude-Émile Tourné, Editions Llibres del Trabucayre, 1996. Extrait : La doudou. Publié ici avec l'accord de l'auteur.

Le docteur Claude-Émile Tourné est spécialiste en gynécologie-obstétrique à Perpignan.
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