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Le site a déménagé :-)

29 juillet 2012 7 29 /07 /juillet /2012 14:25


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J'ai toujours pensé que tu naitrais la nuit, que mon premier accouchement aurait lieu dans le calme, l'intimité et le mystère de la nuit. Depuis que j'ai 23 ou 24 ans, je sais que je mettrai mon enfant au monde par moi-même, loin de l'hôpital, chez moi ou dans la nature, seule ou avec une sage femme. J'ai 28 ans, j'ai rencontré ton père 11 mois avant ta naissance, il a comblé tous les vides de ma vie et a rempli mon ventre.

Je n'ai presque pas pris de poids pendant ma grossesse : tu m'as fait perdre mes kilos en trop et j'ai mangé très sainement, je n'avais pas du tout envie de sucré. Ton papa a tout de suite été d'accord pour rencontrer une sage femme pratiquant les accouchements à domicile et, après le premier rendez-vous, il s'est étonné de ne pas avoir pensé au suivi par une sage femme pour ses précédents enfants. J'avais toujours en tête l'idée d'accoucher seule mais je sentais quand même que cela faisait peur à ton papa.

Tu n'as pas beaucoup bougé dans mon ventre : par contre tu as souvent eu le hoquet, tu te déplaçais en faisant de grosses bosses sur mon ventre comme un sous-marin remontant à la surface et surtout, les derniers mois tu cambrais brusquement le dos en faisant ressortir ton petit popotin juste sous mon estomac : pas vraiment agréable ! Une petite quinzaine de jours avant ta naissance, j'ai eu une grippe carabinée... et bien sûr ton père a suivi, 5 jours plus tard. Nathalie, notre sage femme, m'a dit de vite me remettre sur pied si je ne voulais pas faire une croix sur l'accouchement à domicile.

J'avais tellement hâte d'arriver à ce jour tellement attendu depuis tellement longtemps que j'espérais que tu naitrais en décembre. Finalement, j'ai été bien heureuse de découvrir que tu serais un cadeau de nouvelle année. Le jeudi, c'est mon jour : toutes les choses importantes de ma vie arrivent un jeudi... alors tu es née un mercredi, à 23h55 : ton jour, suivi du mien, avec mon bébé !

Le 12 janvier, nous étions donc remis ton père et moi et mes analyses de sang étaient bonnes. En fin d'après midi, Nathalie appelle pour me prévenir qu'elle ne sera pas là le week-end. Nous faisons une sieste et je me réveille avant mon mari. Je m'assoie dans un fauteuil avec le mac book : ça y est, enfin ! Je sens des contractions ! (Je n'en n'ai jamais eu, n'ai pas perdu le bouchon muqueux ni les eaux... bref aucun signe d'avant goût) Je sais que ça y est, on y est, je ne me pose même pas la question, c'est évident.

Je savoure chaque crampe (pas douloureuse, c'est juste bon de sentir que ça y est, enfin), je fais semblant de me concentrer sur Internet et regarde en souriant mon mari qui dort et ne sait pas encore ce qui se prépare. J'adore ce moment délicieux où la nuit intime de l'hiver tombe, où je suis seule éveillée, où je sais que quelque chose de grand se prépare, où je garde le secret en souriant... bientôt il saura.

Je ne sais plus s'il se réveille avant ou pendant que je serai dans le bain, quoiqu'il en soit j'en sortirai et on passera un petit moment à faire les dernières photos de mon gros ventre (je grimace un peu sur la dernière sous le coup des contractions dont l'intensité commence à monter) et puis je crois que je l'envoie faire 2-3 courses d'appoint. Pendant ce temps, je passe l'aspirateur en soufflant entre deux contractions et regarde d'un air hésitant le beurre que j'avais laissé ramollir dans l'intention de faire des cookies. Pour finir, je renonce à mes élans pâtissiers, sentant que la douleur grandissante ne me laissera pas aller au bout de la préparation.

Ton père revient et je crois que je tente un nouveau bain, bain duquel je me retrouve très vite en position debout à me dandiner d'un pied sur l'autre... je commence à avoir très mal et la douleur est constante, je ne sens pas de "contraction" à proprement parler mais une douleur permanente qui se fait de plus en plus intense et commence à m'inquiéter. Je glisse mes doigts et sens la poche des eaux, comme une banane, à deux phalanges de la sortie.

Je sens que ça va aller vite, comme je l'avais imaginé, que tu vas naître coiffée, comme je l'avais imaginé... mais que j'ai trop mal, aucun répit et que ça "c'est pas normal"... J'abandonne mon idée secrète d'accoucher seule et accepte d'écouter les encouragements de ton papa à appeler Nathalie. Elle me dit de reprendre un bain avec spasfons voir si ça se calme. En raccrochant je me dis que je n'ai pas réussi à me faire comprendre : je sais que c'est là, maintenant, et que ce n'est pas une boîte de Spasfon qui va calmer la tempête.

C'est insupportable de rester dans la baignoire. Je ressors et tourne en bourrique dans l'appartement, maintenant que j'ai accepté de renoncer à mon "projet" d'accoucher seule, je veux que Nathalie arrive TOUT DE SUITE. Je demande à mon mari de la rappeler et je l'entends lui dire qu'il ne m'a jamais vu avec cette tête là. Ca, je sais que ça va la faire venir ! J'adore l'entendre dire ça. Il m'avait raconté que pour ses précédents enfants il avait toujours su, souvent avant les mères elles-mêmes, que c'était LE jour.... alors du coup je me dis que c'est MON jour.

Debout devant le lavabo avec mon chéri d'amour, je me regarde dans le miroir. Il me dit que je suis belle, que j'ai le regard puissant d'une lionne. C'est vrai que j'ai l'air puissante, chasseresse, concentrée, forcenée, guerrière. Je me trouve très belle moi aussi. Je me remets à faire les cent pas. Je commence à avoir sérieusement envie de me vider les intestins. Je crois que c'est plus ou moins à ce moment qu'arrive Nathalie.

Je suis très impatiente qu'elle m'ausculte. Je l'entends dire que la poche des eaux est très résistante, qu'elle n'arrive pas à la percer. Mon dieu qu'elle horreur, je n'avais même pas imaginé qu'on puisse vouloir percer la poche, moi qui rêvais d'un bébé né coiffé... ouf ! Je lui dis que c'est tant mieux et que je ne veux surtout pas qu'on y touche. A quatre pattes je ne peux plus retenir mes intestins et j'en oublierai de lui demander les résultats de son examen. (lorsque je la reverrai pour ma 2ème grossesse, elle me donnera une copie des notes qu'elle a prises lors de l'accouchement : j'étais à dilatation complète).

Elle me propose d'aller aux toilettes. je n'aurais jamais osé y aller de ma propre initiative : trop peur de faire tomber mon bébé dedans ! En tous cas ça me fait beaucoup de bien et ton papa est là à me tenir la main et à me rassurer par sa présence si réconfortante. Puis je me retrouve à nouveau à faire les cent pas. A un certain moment que je ne sais situer dans la chronologie, je vomirai les pâtes mangées quelques heures plus tôt : soulagement.

Nathalie me propose de pousser en me pendant à la porte de la salle de bain. On y restera sans doute une petite demi heure, seule avec mon mari. J'ai très mal, mais j'aime pouvoir être un peu seule avec lui. Pousser me fait du bien, mais je trouve que je commence à crier un peu trop fort et m'inquiète pour les voisins. Tout ce que j'écris là sont des fragments de souvenirs, tout ce qui me reste de cette période est très confus. Je sais juste que j'avais très mal en continu, que j'étais quasiment tout le temps debout à me dandiner et que je commençais à ressentir une extrême fatigue.

Je n'arrêtais pas de dire que j'avais envie de dormir. Il se passera deux heures entre l'arrivée de Nathalie et la tienne. Deux heures totalement confuses (et ce n'est pas le temps qui a effacé les souvenirs : je ne m'en souvenais déjà pas le lendemain... et même le jour même : la souffrance a empêché mon disque dur de graver les infos !) La précision doit me revenir une trentaine de minutes avant ton arrivée. Je me souviens être debout dans le salon, Nathalie assise. En m'éloignant d'elle je dis "heureusement que je ne suis pas à l'hôpital parce que là je suis prête à tout accepter : péridurale, césarienne tout" et Nathalie de répondre "de toutes façons là c'est trop tard pour une césarienne".

Et puis je me mets à quatre pattes, le torse allongé sur le lit. Nathalie se place derrière moi et installe ses petites affaires. Au bout d'un moment elle me propose d'aller à quatre pattes jusqu'à la salle de bain. Je sens que ça doit être une bonne idée et m'exécute. Je reviens contre le lit et bien qu'elle me propose un deuxième aller-retour je ne bougerai plus de là jusqu'à ton arrivée, très bientôt, sans doute moins de vingt minutes.

Mon mari place des coussins sous mes genoux et je me sens trop bien installée (en plus je suis très contente car je vois que je vais accoucher dans la position que j'avais estimé être la meilleure lors de mes recherches pendant la grossesse). Ton papa est face à moi et je m'agrippe à ses mains en poussant très fort, mais ce n'est pas très sonore, en tous cas pas de quoi alerter les voisins ! Il a l'air très content, serein et fier de moi, j'adore sa force, j'adore pouvoir m'agripper à lui, je trouve que j'ai vraiment choisi un bon mari ! J'adore notre manière à la fois relaxe et intense de vivre tout ça. Je suis étonnée de l'effort conscient de poussée que je fais, moi qui avais lu et vu qu'on pouvait accoucher sans pousser, en laissant simplement le corps faire...

Je dis que ça brûle, mais bizarrement je ne m'inquiète pas tant que ça (ma seule véritable crainte de l'accouchement était de déchirer). En fait je crois que je suis soulagée : la brûlure n'est rien comparée à la douleur ressentie depuis trois heures et qui brusquement semble avoir disparue en cette dernière demi heure. Je veux dire, bien sûr, ce n'est pas franchement agréable, ça pousse, c'est dur et puissant... mais en même temps je n'ai plus vraiment mal. Je suis sereine, j'attends chaque poussée tranquillement et en toute conscience, je peux même parler, et à chacune je pousse en tirant sur les bras solides de mon mari chéri.

J'entends Nathalie me dire "Ne poussez plus Stéphanie, ne poussez plus !" j'en déduis que la tête ne doit pas être loin. Moi, à part cette sensation de brûlure, je ne distingue rien de spécial. J'arrive à m'empêcher de pousser même si cela me demande une concentration importante. Et puis j'entends Nathalie s'adresser à ton père pour lui signifier que la tête de sa fille est sortie et que s'il veut la filmer c'est le moment ! Eh oui, dire qu'on a même pas allumé une caméra ni un appareil photo pendant tout ce temps !

La fin de l'accouchement se passe donc pour moi à quatre pattes, appuyée sur le lit, Nathalie derrière moi et ton papa debout à filmer. Aucun son de ma part, juste ma respiration, je n'ai plus mal, j'attends, je me concentre, j'entends Nathalie me dire de surtout ne pas pousser, alors je fais doucement. Elle dit que c'est un beau bébé, qu'elle a plein de cheveux (moi je me dis que c'est normal d'avoir des cheveux), qu'elle a la main sur son épaule (peut-être as-tu sucé son pouce pendant l'accouchement !) alors je la sens essayer de sortir le bras et mon bébé glisse hors de moi.

J'entends un cri d'une puissance qui me fait presque peur, Nathalie me dit d'attraper mon bébé entre mes jambes. Dans ma mémoire j'ai le souvenir de pleurs instantanés, puissants et interminables. En fait, en regardant ce petit bout de vidéo que j'adore, qui me surprend à chaque fois part sa beauté et sa simplicité irréelle et dont je ne me lasse jamais, on voit que tu ne pousses qu'un seul cri. Ensuite je t'attrape et te regarde, te découvre, t'admire, je dis que tu "ramones" parce que tu respires bruyamment et semble toute encombrée, alors Nathalie me dit de te redresser et de te prendre tout contre moi (je t'aurais bien regardée plus longtemps, mais je m'exécute : j'ai tellement rêvé d'accoucher que je n'ai jamais imaginé la suite, l'après, le moment où j'aurais un petit être dans les bras, ce qu'il faudrait faire).

Et te voilà contre moi. je suis trop heureuse, je n'ai plus mal, je ne suis plus fatiguée, enfin si, mais comme si la fatigue n'était que physique, toute conscience mentale de la fatigue a disparue. Mais je tremble, j'ai froid, très froid, je me sens toute fragile. Nathalie me suggère de m'installer sur le lit et m'y aide. Moi je suis dans un autre monde, incapable d'identifier le moindre besoin. Je suis juste heureuse et ébahie d'avoir ma fille dans mes bras avec mon si beau mari qui nous regarde en souriant. Nathalie nous dit de rester peau à peau, toi sous ma "robe" d'accouchement.

Mais tu es toute humide, tu as des lambeaux de sac qui te restent sur le corps : tu es née dans ta poche, mais Nathalie l'a déchirée au moment où ta tête est sortie. J’ai peur que tu aies froid, de ne pas réussir à te réchauffer dans toute cette humidité. Qu'est ce que tu sens bon, tes cheveux, mmmm, une incroyable odeur, unique... Nous ne t'avons lavée que le troisième jour, sur l'insistance de ton père. J'aurais bien conservé ton odeur de naissance encore plus longtemps !

Sur la vidéo, dès que je me retrouve assise sur le lit, on voit que tu as ouvert tes yeux et me regarde. J'ai envie de te donner le sein mais au lieu d'en prendre l'initiative, je "demande l'autorisation" à Nathalie qui me dit d'attendre qu'elle ausculte la petite. Une délicieuse odeur de pain grillé envahit la pièce : ton père nous prépare des petites tartines de miel : les meilleures de ma vie, elles n'auront plus jamais le même goût !

Puis je me retrouve allongée et Nathalie me dit de pousser afin d'expulser le placenta. Elle me dit qu'avec "l'utérus de compétition" que j'ai il doit être juste là, niché devant la sortie. Oui, les premières contractions seront apparues à 19h et à 23h55 tu naissais, à peine 5h dont moins de 3h d'intense souffrance. Mais là je n'ai plus aucune énergie, j'ai l'impression que tous mes organes vont tomber. Pour finir, Nathalie le récupère sans problème et me propose de venir le voir... étrangement, moi qui suis toujours très intéressée pour tout voir et tout savoir je n'ai strictement aucun souvenir de ce placenta ! Je crois qu'il n'y a que toi qui m'intéresse, et je vois le temps qui passe et m'inquiète que tu aies faim.

Ensuite je vais me doucher et ton papa te prend pour la première fois dans ses bras, sous son tee shirt. Je reviens et me réinstalle dans le lit et vous filme tous les deux : là manifestement tu meurs de faim et ton papa dit que tu es en train de manger toutes tes mains ! Je te reprends et quelques instants plus tard Nathalie t'ausculte : tu pleures dès que je dois te détacher de moi, tes premiers pleurs de mécontentement. En plus tu dois avoir trop froid ! pauvre chérie.

Après on t'habille et moi aussi je me change et enfin Nathalie m'autorise à te donner le sein. Mais bien sûr toi tu commences à fatiguer et là tu aurais plus envie de dormir que de manger. En plus elle insiste pour que je te donne le sein allongée sur le côté... mais moi je sens bien qu'on ne va pas y arriver comme ça... Pour finir je m'assoie et peux enfin m'y prendre comme je l'entends. Mais la tétée est courte, tu es fatiguée et je commence à avoir envie d'être tranquille avec mon chéri. Nathalie partira vers deux heures du matin.

J'écris (enfin!) le récit de ta naissance aujourd'hui, alors que je suis enceinte de 5 mois et demi de ta petite soeur, que je me retrouve une seconde fois immergée dans cet appel inconnu, unique et majestueux de l'accouchement. Nous avons à nouveau fait appel à Nathalie car nous avons confiance en elle. Mais je convoite toujours l'idée d'accoucher "seule"...

 

En tous cas cette fois-ci je voudrais vraiment être plus "présente", plus "consciente" : dire que je n'ai même pas senti ta tête sortir : c'est Nathalie qui a du me le dire ! Je n'ai pas senti le bébé "s'engager", je n'ai pas senti la tête faire des va et vient... bref j'ai l'impression que j'en suis toujours au même point qu'avant l'accouchement et quand je regarde la vidéo de mon accouchement, c'est presque comme si je regardais n'importe qu'elle autre vidéo de n'importe qu'elle autre femme qui accouche chez elle !

J'aimerais que Nathalie n'ait pas besoin d'aider à sortir le bébé, que je le fasse moi-même et que je la sorte moi même, de mes mains, de moi. Et puis surtout je lui donnerai le sein quand et dès que j'en aurais envie ! Mais en tous cas, une chose est sûre : nous avons chacun fait du mieux que nous pouvions faire en ce 12 janvier 2011 : c'était inconnu, dévastateur, fulgurant, tellement proche de ce que j'avais imaginé et tellement éloigné en même temps. C'était difficile et simple en même temps et ton papa est merveilleux : je l'ai bien choisi ton papa ! Je t'aime ma fille. Ma fille qui a à peine un an et demi, soulève mon tee-shirt et dit "bébé" en faisant des bisous sur mon ventre...

Stéphanie, juillet 2012.

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Published by Sophie Gamelin-Lavois - dans Récits de naissances
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12 juin 2011 7 12 /06 /juin /2011 14:14

 

Nelly voulait tenter un AVAC (accouchement vaginal après césarienne). Elle s'est vraiment donné les moyens d'y arriver. Pourtant, ce sera encore une césarienne au final. La différence, c'est un vécu différent et rien de subi !

 

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Introduction
 
Il m'a fallu du temps pour écrire ce récit de naissance. Du temps pour avoir le recul et l'énergie nécessaires. Mahaut a 5 mois depuis peu. Pendant deux ans, ma première césarienne a anéanti ma confiance en moi et ma capacité à entreprendre, j'ai dû accepter cela, toucher le fond et me reconstruire avec cela, sans le nier, sans le combattre... en en faisant une force. Je tenais donc à témoigner ici de ce que peut être une belle naissance sereine, malgré des diagnostics médicaux alarmistes et quasi inhumains parfois.
 
Depuis ma première césarienne subie et incomprise, j'étais sûre d'une seule chose, je voulais être actrice et pleinement responsable d'une éventuelle seconde naissance... un jour... quelle que soit le type de naissance. J'ai été toujours soutenue par mon mari et je me suis battue pour que les peurs des autres ne deviennent pas les miennes, pour qu'on respecte nos choix et nos envies parce que la notion de "risques" qu'on nous envoie souvent à la figure est très très subjective et relative et que depuis le premier souffle de vie de mon aînée, j'ai accepté de ne pas la surprotéger par mes trouilles et appréhensions diverses, de ne pas maîtriser sa vie et la mienne.
 
Voici le récit d'une naissance pour laquelle je me suis battue et en voici un préambule indispensable pour mieux saisir l'historique : j'ai rencontré ma sage-femme neuf mois avant de tomber enceinte afin de prendre contact mais aussi d'avoir des éclairages sur mon dossier médical ; j'ai lu énormément, assisté à des conférences, rencontré des professionnels de l'accompagnement en périnatalité ; je me suis entourée de gens positifs, et de professionnels de santé "alternatifs" humbles et réceptifs : ostéopathe, naturopathe, homéopathe, sophrologue... ; et j'ai négocié TOUT depuis le début et j'ai refusé de n'être considérée que comme un utérus cicatriciel sur pattes et j'ai pleuré, hurlé et baissé les bras une bonne dizaine de fois !
 
Mon bassin est considéré comme chirurgical, j'ai un diamètre promontorétropubien (PRP) à 9 cm, autrement dit une indication de césarienne plus que programmée, qui plus est avec un antécédent de césarienne pour "dystocie d'engagement et stagnation à 8 cm". Et pourtant, c'est avec l'aval de l'équipe d'une maternité de niveau 3 que j'ai pu vivre ce qui suit ...
 
Récit de naissance
 
Trois petites tâches sur la moquette de mon salon… que je contemple avec nostalgie aujourd’hui... Je n’ai jamais nettoyé. Il n’y a que nous pour les voir encore. Trois petites gouttes de sang à côté du canapé comme trois points de suspension… L’aventure ne s’est pas terminée à la maison.
 
Dimanche 7 octobre 2007, nous sommes invités à manger chez des amis. Je me lève vers 8h, réveillée par une contraction un peu forte, je ne crois pas à une mise en route réelle du travail. D’ailleurs ce n’est pas possible, je ne suis qu’à dix jours du terme et je passe la soutenance orale de mon mémoire demain à 11h.
 
Je me lève faire du pain, un coup d’œil sur ma fille aînée qui dort tranquillement les fesses en l’air. Vers 9h toute la maisonnée est réveillée, je chantonne, plutôt relax dans la cuisine. Je contracte toutes les 10 minutes, ça dure… je suis étonnée et je décide d’aller prendre un bain. Je suis sûre que c’est un faux travail et je le certifie à mon homme.
 
Oui on va manger chez nos amis, oui je me sens bien, non je ne veux pas qu’on chronomètre quoi que ce soit. Le bain n’arrête rien du tout, je ne me rends pas bien compte que depuis une heure maintenant je souffle doucement à chaque contraction. On annule notre repas, je suis déçue, on avait préparé plein de bons petits plats sympas (je ne le sais pas encore mais c’est ma sage-femme qui s’en régalera un peu plus tard).
 
Vers 13h je suis prise d’une fringale incroyable, je dévore ! Je me souviens alors des écrits de ce cher Michel (Odent), mon corps prend des forces ! Je suis donc bien en travail (oui, j’en doutais encore). Je reprends un bain, ça fait du bien, sans plus. Entre 14h et 15h, dégoût de nourriture, j’ai trop mangé et ma fille m’agace de plus en plus. Elle est très en demande de son papa et là, son papa, j’en ai besoin !
 
J’appelle papy, j’explique et lui demande s’il peut venir pour amener Anouk au parc une petite heure. Quand mon père arrive, nous avons en fait préparé le sac d’Anouk, je ne supporte plus sa présence, c’est étrange comme sensation, elle me gêne ! Je fais des « OUHHHH ! » et des sons graves en marchant dans le couloir, ma grande rigole et lance à son papy : « Maman fait le loup ! ». Elle semble contente de partir, elle sait.
 
Nous sommes tous les deux désormais, je suis bien dans ma bulle. On met la musique que j’aime, je danse dessus, ça fait du bien de bouger, je sens que je me lâche, que je suis dedans et que je suis bien. Je me mets à sangloter aussi : le départ de ma fille me remue. Ma grande, je n’ai pas su faire tout ça pour toi, j’ai tout subi… Les dernières traces de culpabilité de ta naissance s’en vont avec ces larmes, ça me vide et ça fait du bien. Quoiqu’il arrive pour cette naissance, c’est déjà tellement différent, que de chemin parcouru !
 
Vers 18h30, les contractions passent sous la barre des cinq minutes, ma sage-femme arrive tranquillement à la maison. Il commence à faire nuit, il fait doux. Notre univers douillet est doucement investi par Isabelle et par Mathilde, étudiante sage-femme. Elles me massent, les bougies scintillent dans le salon, je suis à quatre centimètres !
 
C’est parti, il est 19h, la danse des sens commence. A tour de rôle, Isabelle et Mathilde me massent, je suis bien en leur compagnie, la proximité de femmes me renvoie à une histoire ancestrale, j’ai l’impression d’être reliée à toutes les femmes qui ont un jour donné la vie sur cette terre. J’ai besoin de ce contact, de cette présence, de cette communion. Mon chéri assure l’intendance.
 
Nous rions beaucoup, Isabelle me laisse faire, suggère des positions, un bain, je dispose en fonction de ce que je sens. Elle m’installe le ballon et l’écharpe, je m’y suspends avec délice et à chaque contraction je lance un « C’est boooooon ! » ou un « Ouiiiiii » quasi orgasmique. Ca fait rire tout ce petit monde mais c’est pourtant vrai, qu’est ce que c’est bon d’être là tout simplement et de pouvoir vivre cet événement en pleine liberté et en toute confiance !
 
Le travail avance. Vers 22h, je rentre dans la « putain de phase », comme dit Isabelle, je suis à huit centimètres, à quatre pattes sur le canapé avec une poche des eaux intacte. Ca devient dur, vraiment plus intense, Isabelle m’accompagne et m’encourage en me demandant surtout de ne pas retenir les contractions, de les lâcher dès qu’elles faiblissent pour ne pas maintenir la douleur. On dit plein de gros mots toutes les deux, on traite les contractions de tous les noms d’oiseaux que l’on connaît et ça fait du bien car ça me détend à chaque fois en me faisant rire. Belle stratégie !
 
Y’en a une qui arrive bien forte, je lâche un « J’en peux plus, c’est trop dur Isaaaaah ! », je perds pieds en fait, elle me sourit, elle sait et en même temps la poche des eaux éclate ! Le soulagement est de courte durée. On est quatre sur le canapé, elle me propose un monitoring rapide pour être sûr que le bébé va bien et on se met d’accord sur la suite. Je suis presque à dilatation complète mais ce bébé n’est pas encore engagé, tête très haute, mobile, faut que je bouge comme je le sens, mais que je bouge mon bassin ! On se laisse deux heures pour refaire un point, ça me va.
 
Je suis nue dans mon salon, moi qui pensais que la présence d’autres personnes que mon chéri me bloquerait. Je ne les vois même pas, je suis en moi, en connexion unique avec mon bébé. Je râle, je marche, j’ondule, je tire la langue (c’est amusant ça… ça fait un bien fou de tirer la langue à fond !). Je ne sens pas mon bébé descendre, je me sens bien mais à ce moment là je crois que je sais déjà ce que ce bébé essaie de me dire.
 
Isabelle me dit son admiration : « Je n’ai besoin de rien te dire, tu sais faire tu vois, tu n’as pas besoin de moi, j’apprends en te regardant, tu es très belle jolie maman. » Il est minuit, je fatigue, je sens que je capitule, mon corps m’envoie des messages clairs, je les reçois et les accepte. Isabelle me fait pousser sur sa main, je suis à « complète » mais ma puce elle, est toujours au même endroit. J’accepte avec douceur l’étreinte tendre de ma sage-femme, elle est sur moi, à quatre pattes et elle me glisse à l’oreille « Encore un peu ? Comment tu te sens ? »
 
C’est difficile, il y a déjà une partie de moi qui sait, une autre qui veut encore y croire ! Deux heures passeront encore avant qu’elle ne m’installe tranquillement le cathéter obturé, deux heures avant que trois petites gouttes de sang ne tombent sur ma moquette. Je suis saisie par la fraîcheur de la nuit, Isa me soutient et m’amène jusqu’à sa voiture, Enrico suit avec la nôtre. Je pense à tous mes voisins endormis qui ne se doutent pas qu’une femme accouche là sous leurs fenêtres. Ils se réveilleront tout à l’heure, leur vie n’aura pas changé, la mienne oui !
 
Je déconnecte, je dégoupille, c’est infernal, chaque seconde qui passe est une souffrance inutile et c’est ça qui me fait mal sur le moment. Mais j’ai confiance je sais, je sens que mon bébé va bien que tout cela valait la peine ! Isa m’embrasse sur le pas de porte du CHU, elle ne peut pas aller plus loin (conflit à l’époque avec le CHU), elle nous prend dans ses bras, me dit que j’ai un mari merveilleux et que mieux que personne je sais accoucher, qu’elle en a vu des mères et que je suis à ses yeux une leçon vivante de courage et d’engagement… Ces mots me réchauffent le cœur, je sens toute son émotion et sa sincérité.
 
Le reste s’enchaîne assez vite, je suis étonnée de la bienveillance de l’équipe qui nous accueille, Isa a appelé pour préparer notre arrivée. Il n'y a pas d’urgence en fait, pas de souffrance fœtale, ils ont mon dossier, notre projet de naissance. On me propose même d’attendre encore un peu au cas où… et là c’est moi qui exige la rachis et la césarienne en chopant au vol le bras de l’anesthésiste : « Je sais que ça n’ira pas plus loin, j’ai tout donné, je suis prête. » Il semble effaré par mon discours et ma détermination alors que je suis à dilatation complète depuis plusieurs heures. Il me rassure. C’est ok si je tiens assise. Je dis : « Oui ». Je suis vraiment zen, je lâche, je vais voir mon bébé !
 
Vingt minutes plus tard, l’équipe baisse le champ opératoire comme nous l’avions demandé, je ne suis pas attachée, Polnareff chante « Lettre à France » et mon chéri peut voir ce beau bébé qui passe la tête hors de moi, le reste du corps est encore à l’intérieur, il ne sait pas si c’est un garçon ou une fille… et hop direct contre moi, ses petits poings serrés ses grands yeux ouverts, elle tient bien sa tête et plonge dans mon regard ! Quelle assurance, elle semble dire « Enfin… j’ai failli attendre ! » Et là c’est évident, ce port de tête, ces yeux presque frondeurs elle a l’allure d’une reine « C’est donc Mahaut ! » Elle file contre son papa, je la retrouverai plus tard pour sa première tétée…
 
Merci de m'avoir lue jusqu'au bout... aux femmes qui se posent en ce moment des questions du type "comment accepter une césarienne?" Je donne ma réponse humble et simple : peut-être en se battant pour vivre une naissance qui nous ressemble, quelle qu'en soit l'issue, sans se mettre la pression pour un résultat, mais juste une obligation de moyens, une naissance informée, négociée, éclairée pour laquelle on sait ce que l'on veut et ce qu'on ne veut plus. Et ne pas avoir peur de DIRE et d'EXIGER avec force et diplomatie par respect pour soi et pour l'enfant à naître.
 
Nelly
enrico_lem@hotmail.com
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Published by Sophie Gamelin-Lavois - dans Récits de naissances
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20 février 2011 7 20 /02 /février /2011 13:48


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Léonie, comme une évidence.
Janvier 2011.

 

Préambule : Ce récit est essentiellement axé sur mon ressenti personnel ainsi que sur celui de mon mari. Nous n'étions pas seuls pour la naissance mais nous avons pris le parti de ne parler que de notre expérience.
 
Convaincue. Archi-sûre. Ce bébé n’attendra pas la fin de l’année. Noël ? Réveillon de la St Sylvestre ? Le jour se lève sur cette nouvelle année et je suis toujours aussi ronde. J’attends. Avec ferveur, angoisse et parfois colère. Louis tousse et l’épidémie de gastro semble bien avoir franchi nos portes. Lyla et moi toussons aussi de concert. Chaque toux me déchire la poitrine et me lacère le ventre. Nous nous soignons tous dans notre cocon. Antoine veille. Il est trop tôt. Trop de fatigue, de miasmes et d’agacement lié au confinement. Je ne peux pas laisser venir ce petit même si je sens bien qu’il est plus que prêt. Mon ventre n’a jamais été aussi lourd, aussi imposant, mon dos aussi douloureux…
 
Et puis un matin, je me réveille et je décide de sortir. Renouveau. Une semaine de ballades, petites courses et papotages. Puis à nouveau je ressens le besoin impérieux de m’enfermer. Je ne veux voir personne. J’annule le RDV du 9e mois à la clinique de « repli », la dernière s séance d’haptonomie passe a l’as et même le labo pour une dernière prise de sang me paraît inenvisageable. Juste ma maison, mes odeurs et mes couleurs. L’attente a laissé place à la paix. Il peut venir. Bientôt.
 
Samedi 22 janvier, je me lève lourdement. Nausées. Mal au dos. Désespoir, la paix s’en est allée. Journée grise et morne. Je reste «  à coté ». Je suis incapable de m’occuper des enfants, de manger à table en famille. Je reste prostrée dans mon lit. J’ai sommeil. Immensément. Alors je dors beaucoup. Je me réveille et je n’ai qu’une envie : aller nager. J’appelle aussitôt une amie (Elise), elle est disponible, elle passe me chercher. Nous nagerons une heure. Je rentre et m’allonge de nouveau dans mon lit. Dans un ultime effort, je descends dans le salon, une fois que la maison est dans la pénombre et le calme. Antoine est en bas. Il se repose de ces derniers jours où il n’a pas cessé de courir : boulot, maison, crèche, école, repas, linge, enfants... Il s’allonge et s’endort profondément. 21h. Je me dis que c’est drôle que nous ayons besoin a ce point, aujourd’hui, de dormir beaucoup, Antoine et moi…comme si nous prenions des forces… au cas où… je n’espère plus.
 
Immensité grandiose.
00h, je me couche. Je somnole. Mon ventre se durcit. Tiens. Etrange. Est-ce qu’à renoncer totalement, j’aurai enfin accepté de laisser venir cet enfant ? Je n’ose y croire. Et puis je n’ai pas mal. Alors je dors. Je suis bercée par les vagues, c’est doux.
 
3h13, mal. Antoine est toujours sur le canapé en bas et dort profondément.
 
Il est temps de me lever. Calme et ordonnée je m’affaire avec Antoine a tout préparer : ballon, écharpe de suspension, déplacer la lourde table, gonfler la piscine, la remplir, protéger le canapé…et allumer les bougies.
 
4h et des poussières, j’entre dans l’eau chaude. Antoine a géré à la perfection 37/38°. La douleur est présente mais appréciable dans l’eau chaude. Je sens l’euphorie monter, nous allons rencontrer notre bébé. Je souris entre les contractions, Antoine m’enlace tout le temps, nous nous embrassons, a pleine bouche. J’ai besoin de ce contact charnel pour qu’il touche du doigt tout ce qui se passe dans mon corps. S’il savait !

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Déjà, le ballet se met en place. Antoine m’entoure et m’embrasse. C’est une jolie danse. La lueur des bougies, les clapotis de l’eau et les sons un peu sourds que je commence à faire.
 
Antoine est là, présent, de toute son âme. C’est bon. Je mange des gâteaux, bois un sirop.
 
Louis se réveille. Il est intrigué, intéressé et excité. Durant une demi-heure, il sera présent parmi nous. Mais très vite je me rends compte que ce ne sera pas possible. Je n’aime pas envisager ça mais il doit partir. Lyla, elle, dort. Nous appelons Cerise, une amie qui s’est proposé de garder les enfants chez elles si nous le souhaitions. A son arrivée, Lyla est réveillée par son papa pour partir avec son frère. L’idée fugace de laisser Lyla dormir et de ne laisser partir que Louis, me traverse l’esprit. Et je me dis que ce ne serait pas juste. Pour qui ou quoi, je ne sais pas, mais toujours est-il que je dois dire au revoir à mes deux enfants. Je les serre fort contre moi. La douleur des contractions devient franchement terrifiante, tout comme l’idée de me séparer d’eux. Lyla, ma toute petite. Je suis déchirée à l’idée de la laisser. J’ai mal dans mon cœur de maman. C’est en la serrant contre moi que je sens la désespérance arriver. Je le sais. Les laisser partir va me permettre d’entrer dans une nouvelle phase du travail. Je commence à pleurer doucement.
 
Puis les sanglots m’étouffent, ils sont francs et bruyants. Je pleure sur mes petits que je laisse partir, cet autre que je dois laisser venir, sur cette douleur lancinante qui tire dans mon ventre. Lovée dans le cou d’Antoine je crie mon ras le bol de tout ça. Mes yeux son fermés depuis longtemps. Les sanglots ne se calment pas et redoublent.

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Une nouvelle attente se dessine. Le ballet des mains dans mon dos, de l’eau et de compresses chaudes continue. Antoine est toujours bien présent, aimant et tendre. Je sors me vider aux toilettes une ou deux fois je crois. En dehors de l’eau, la douleur est insupportable. J’ai une pensée rapide pour ces femmes accrochées au monitoring qui supplient pour une péridurale…elles ont tellement raison, tellement besoin d'être soulagées !! Mais vite je réalise que ce n’est pas (plus) mon histoire, que je suis là, ici et maintenant : je dois atteindre les toilettes. La première fois j’y vais seule. J’ai encore un soupçon de pudeur. La deuxième fois, je reste accrochée à Antoine… s’il n’est pas là je perds pied.
 
Cette vidange est un nouveau signe. Je le sais bien. Et là, la peur me prend. Viscérale, terrifiante. Je vais avoir bien plus mal. Je vais défaillir. Je ne peux pas, c’est au dessus de mes forces. Et puis je suis fatiguée. Je dis à haute voix qu’une sieste serait bienvenue. Et puis je m’allonge sur le canapé. Au chaud sous la couette, lovée dans les bras d’Antoine. Recroquevillée dans ma douleur je tente de l’apprivoiser, la voir comme une alliée mais je suis juste en colère contre elle. Et je voudrais tellement dormir !

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Antoine promène sa main en bas de mon ventre entre les contractions pour faire descendre le bébé. Le contact de sa peau me ramène à l’essentiel. Il me calme. Les contractions sont très fortes mais je garde toute leur force à l’intérieur de moi. J’ai cessé de gémir ou produire des sons. Je ne fais que respirer. Depuis le début du travail, entre chaque vague, mon bébé bouge bien. Je le sens terriblement bien. Il a même le hoquet à cet instant, ça me fait sourire. Je sais donc qu’il va bien, c’est évident. Je sens mon col s’étirer. Je vais sentir avec ma main. Je touche la poche des eaux, fait le tour…7 ou 8 cm peut être…j’y suis presque, c’est incroyable ! Ma stupeur me fait décrocher de mon intériorisation et je pousse à nouveau des râles. Je suis un peu perdue.
 
Personne ne mettra au monde ce bébé à ma place. Il ne reste que moi, mon corps et ce tout petit qui se fraye un chemin. Je le sens qui pousse, tire et gigote, il est pressé, lui aussi, de nous rencontrer. Les râles fusent. Je me redresse, à quatre pattes, en prière musulmane. J’ai VRAIMENT mal. J’avais oublié. Les yeux brouillés, Antoine est déjà en face. Il m’enlace
 
L’ordre des évènements est flou. Je me souviens d’avoir commencé à pousser sur le coté. Mes jambes sont endolories,  Antoine continue l’haptonomie pour faire descendre le bébé. Je me souviens que par moment je chasse les mains de mon corps quand la douleur est trop forte. Je me souviens du SPLACH de la poche des eaux qui se rompt. Puis d’un coup je me retrouve à genoux a nouveau. Je retrouve cet état de grâce, instant où la douleur surpasse tout, où je me sens l’âme guerrière, forte et invincible, je vais mettre au monde mon enfant ! Mon sexe s’ouvre. Trop grand. J’ai encore une peur fugace « Ca ne passera pas » ! Je pousse cette tête entre mes cuisses, les yeux ancrés dans ceux d’Antoine. Il me communique sa force. Antoine s’éloigne, je ne comprends pas, l’air me manque. Il revient immédiatement.
 
Je me fixe à nouveau dans son regard et je pousse, la tête sors. Je n’ai pas vraiment senti la « couronne de feu » mais ça brule. Le temps est suspendu. Je pousse pour sortir les épaules et je me dis que cet enfant est drôlement dodu. Je l’entends pleurer un peu et je sens encore à l’intérieur de moi ses petits pieds pousser. Je l’attrape maladroitement entre mes jambes, je déroule son cordon qu’il a autour de la poitrine et deux fois autour du cou. Le cordon cache encore le sexe. Mais a cet instant je l’admire juste, j’ai oublié que nous ne savons pas. Un regard avec Antoine et je le soulève : c’est une fille. Je n’en reviens pas ! Je l’espérais si fort ! Pourtant j’imaginais un garçon. Ma joie est immense, ma fierté, incroyable. Nous avons réussi. Léonie. Il est 10h, nous sommes le 23 janvier 2011.
 
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Elle est si belle, si parfaite. Je crois que je plane. Le reste est encore flou. Léonie tête vite et bien. Elle pleure fort. Elle est vigoureuse, toute rose, tout va bien. Tranchées, je grimace. Ca aussi j’avais oublié. Délivrance, je me redresse et pousse. Léonie est emballée et son papa la prend bien vite en peau a peau pour que je puisse me plonger a nouveau dans l’eau de la piscine qui aura été réchauffée. J’ai besoin de faire une toilette, je me sens en pleine forme. J’observe le placenta. Il a l’air complet. Je saigne peu. Tout est en place.
 
Les draps son changés, un gros petit déjeuner m’attend. Je vais m’installer sur mon canapé, Léonie au sein. Royale et rayonnante, je trône. Tout est parfait.
 
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Published by Sophie Gamelin-Lavois - dans Récits de naissances
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29 novembre 2010 1 29 /11 /novembre /2010 21:09

 

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Grâce à votre site, entre autres, j'ai eu l'envie puis la possibilité d'accoucher à domicile. Les récits que j'avais lu dans vos pages m'ont parfois aidé, parfois bouleversé, souvent émue. Je me devais donc de faire la même chose en retour. Voici le récit de mon accouchement à domicile le 20 janvier 2007. Merci encore de faire perdurer la parole des femmes qui veulent accoucher naturellement.

 

Samedi 23 Décembre 2006

Le plus dur, c’est de commencer, non ? Il faut que j’écrive tout cela : comment je suis arrivée à prévoir un accouchement à domicile, et puis je préfère l’expression « accouchement à la maison », simplement parce que ça correspond plus à cet acte qui peut très bien se faire dans la douceur et la tranquillité d’un cocon que je connais déjà : ma maison. C’est ce qui est prévu pour le moment mais même si j’accouche ailleurs, sans doute dans une clinique à Royan, il faut que je retrace le cheminement vers l’accouchement à la maison. J’en suis à 36 semaines d’aménorrhée (SA), Noël est tout proche, le temps a passé si vite depuis le 22 mai, date à laquelle on avait la certitude de la grossesse.

 

La grossesse a pris sa place tranquillement dans ma vie, sans violence, aucune nausée, un peu de fatigue, surtout cet été alors que le rythme du boulot était dur dur, et puis les premiers mouvements de bébé, un petit ventre rond avec les premiers kilos vers 15-16 SA. Je n’avais presque pas envie de faire l’échographie morphologique de peur de voir le sexe du bébé ! On pense que c’est un garçon, mais je ne voulais pas en avoir la certitude, c’est peut être le moment de dire que mon métier pouvait influencer le cours des choses... Je suis sage-femme ! C’est important dans le sens où au cours de mes études (qui datent de 3 ans) on ne parle absolument pas de la possibilité d’accoucher chez soi. Il faut dire qu’en France ce n’est pas chose aisée. Il faut d’abord savoir que c’est possible et s’y intéresser, puis trouver une sage-femme qui fasse l’accompagnement global. Et alors là ça se complique vraiment !

 

Bébé a le hoquet pendant que j’écris... J’ai eu beau voir des femmes enceintes, le fait que le corps d’une femme puisse se transformer à ce point me rend toujours aussi admirative devant tant de facilité à faire de la place pour la vie au plus profond de soi. Donc ce ne sont pas au cours de mes études que j’ai pu approfondir la place de l’accouchement à domicile en France, sauf pour les personnes qui n’ont pas eu le temps de se rendre à la maternité et qui arrivent avec leur bébé dans leurs bras, toutes étonnées encore que l’accouchement ait été si rapide. L’idée a émergé d’une autre façon : l’opportunité de faire le remplacement d’une collègue sage-femme libérale qui pratique les accouchements à la maison. Je lui dois beaucoup. Même si mon projet ne va pas jusqu’au bout, c’est son expérience et celles des patientes que j’ai pu rencontrer au cours de ce remplacement, qui m’ont le plus ouvert les yeux sur cette partie de notre métier ou cette autre possibilité pour les femmes.

Dimanche 31 décembre 2006, 0h28

La demande d’accouchement à domicile est plus importante que j’aurai pu penser, elle est simplement celle de se réapproprier cet événement, de le sentir au plus profond de soi, d’en être le réalisateur et non pas un simple figurant. Cela est simplement plus facile à la maison parce qu’on s’y sent généralement mieux que dans une maternité qu’on ne connaît pas. Cependant je pense que ce serait possible de s’approcher de ces conditions si les sages-femmes étaient moins débordées par la charge de travail et donc plus disponibles pour répondre mieux au désir des femmes et des couples pour leur accouchement. Je pense qu’en les accompagnant vraiment dans leur projet elles oseraient alors formuler, si on leur en laissait la possibilité.

 

Au cours de ce remplacement et avant même d’être enceinte, c’est tout doucement que je me suis laissée ouvrir l’esprit sur l’accouchement à domicile, notamment en lisant beaucoup de récits d’accouchements à la maison qui m’ont souvent émue. J’ai aussi assisté à deux accouchements à domicile au cours de l’été (j’étais alors enceinte de 4 mois) qui m’ont encore encouragé dans mon idée : accoucher chez moi dans ma maison à Oléron. Je passe sur les détails qui me renforcent dans cette idée, comme par exemple la rencontre avec l’anesthésiste de la maternité « de secours » qui me dit : « ... en plus vous êtes sage-femme (petit rire sournois de sa part) alors on verra au moment de l’accouchement si vous ne voulez toujours pas de péridurale... ».

 

Voilà le chemin jusqu’à toi petit bébé pour te laisser venir dans un lieu où je suis bien, entourée par les personnes dont la présence sera utile : surtout ton papa qui, je le sais depuis le début, sera comme j’en aurai envie le moment venu.

 

Je suis à 37 SA et rien n’est vraiment prêt dans la maison. Je sens que tu attends simplement le meilleur moment pour nous trois. C’est doux de sentir que tu es au même rythme que nous, le rythme lent des pays chauds (ton papa et moi, on s’est trouvés en Guyane).

Mercredi 3 Janvier 2007

 

14h53

Je me devais d’écrire aujourd’hui pour plusieurs raisons : cela fait un an tout juste, jour pour jour, que l’on a décidé d’avoir ce bébé, que l’on t’a désiré tellement fort petit d’homme qu’on était dans un état proche de l’euphorie, aussi heureux que le jour où l’on va te rencontrer les yeux dans les yeux... Aujourd’hui c’est aussi l’anniversaire de ma maman, sa grand-mère aura 51 ans et je pense qu’elle sera une des plus émues de la naissance de ce bébé. C’est Flo qui l’a appelé ce matin à son travail pour lui souhaiter et pour qu’elle s’habitue au fait qu’un jour proche c’est lui qui appellera pour « l’annonce »... Elle a juste eu l’ombre d’un doute.

 

Enfin, j’ai des contractions depuis ce matin où elles étaient anarchiques je crois, je ne prêtais pas attention à leur rythme. C’est vrai que depuis 2 ou 3 jours j’en ai plus, et puis le câlin du matin a peut être joué pour déclencher les contractions. Mais depuis 13h environ elles sont toutes les 5 minutes avec une petite pointe de douleur ressemblant aux règles. Florian dit que c’est psychologique à cause de l’anniversaire de maman et il ne veut pas qu’il soit Capricorne... Il blague et je l’envoie quand même acheter des couches (je n’en ai qu’une que j’ai eu en échantillon !). Hier soir, j’ai préparé ce dont j’aurai besoin pour l’accouchement et ses premiers petits vêtements aussi, même si ce n’est pas pour aujourd’hui, en me reposant tout à l’heure, j’ai réalisé l’excitation et le bonheur lorsque j’aurai la certitude de rencontrer mon bébé le jour où il l’aura décidé. A suivre ....

19h05

 

Et encore des contractions toutes les 5 minutes, dont une en ce moment mais pas plus douloureuses qu’avant et c’est peu douloureux. Je ne sais pas dire si c’est le début du travail, en tout cas le pré-travail seulement. L’après-midi s’est déroulé tranquillement. Florian dit qu’il n’est pas prêt, il a une sortie de prévue ce soir avec ses copain(e)s et il y
est parti. Il faut continuer la vie normale et ne pas se focaliser, même si depuis quelques heures on a des doutes sur la date de ta venue, petit bébé. On ne s’attend pas à ce que ce soit si tôt dans le mois, mais je suis prête moi, je veux te voir quand tu l’auras décidé.

 

On a fait une belle promenade au bord de mer pendant une heure. La mer était grise mais belle, haute et assez agitée. Trop bon de se balader et d’avoir aussi dans le corps une force de la nature qui monte et qui descend régulièrement. Est-ce le jour J ? Je suis sage-femme mais je ne sais rien ! C’est toute la magie du moment.

23h51

Je vais essayer de dormir, je commence à être fatiguée. Il faut dire que les nuits précédentes n’ont pas été très bonnes... J’ai toujours des contractions utérines (CU) peu fortes mais peut-être un peu moins pendant le DVD qu’on a regardé. Flo est parti prendre l’air du large. Notre bébé bouge toujours autant malgré les CU, au contraire j’ai l’impression qu’il visite sa maison avant de partir ... bientôt. Les CU se sont calmées vers 4h du matin, heure à laquelle je me suis endormie, épuisée. K. (ma collègue sage-femme) avait sans doute raison, c’était peut être les effets de la pleine lune, je n’y avais même pas pensé !

Samedi 20 Janvier, 4h09

Allez, je peux commencer ? Là, ma vraie question est plutôt : « Est-ce que le chemin vers la naissance de notre bébé est commencé ? » Peut-être, mais ce n’est que le début, alors ! La journée de vendredi 19 ... C’est la nouvelle lune. Maman espère que cela va déclencher le travail alors qu’on n’y croit pas vraiment, mais elle est impatiente. Je l’appelle vers 20h pour lui demander où sont les effets de cette lune car rien de plus que d’habitude, des contractions de temps en temps, c’est tout. Ma journée ? Ménage le matin, elle me dit que c’est un signe... Je lui réponds que c’était plutôt une nécessité, cela fait 3 jours que l’aspirateur me regarde avec pitié pour la maison... et l’après midi : coiffeur. Elle me dit : tu es donc prête! J’ai même fait un sac de « au cas où » l’on devrait partir à la maternité. Il était temps que je le prépare, à une semaine du terme.

 

Flo travaille, et rentre vers 18h30, fatigué. Je prépare un hachis de courgette, on mange et discutons un long et bon moment avant de se prévoir un film. Il est déjà 23h. Un petit pipi avant de s’installer pour le DVD. Mais là ... je constate des saignements qui me donnent un coup de stress. Flo est dehors, je lui explique que je saigne un peu, que c’est soit le col et le début du travail, soit le placenta et il faudra aller à la clinique. Ca fait beaucoup, non ? Je ne m’attendais pas à ce scénario, évidemment.

 

Je m’allonge, prise de tremblements incontrôlables. A bien y réfléchir, c’est vrai que j’avais déjà quelques tremblements quand on discutait et plus de contractions mais pas douloureuses. Il me faudra attendre les douces et chaudes mains de Florian sur mon ventre pour faire cesser les tremblements et me calmer. On ne voit pas pourquoi ça serait le placenta. Mon corps me ferait d’autres signes et c’est vrai que mon col était fragile en début de grossesse. Mais je suis surprise d’avoir ces saignements, alors que je n’ai aucune douleur.

 

Bébé se met à bien bouger quand Florian pose à nouveau ses mains et son petit coeur bat « comme d’habitude » lorsqu’il l’écoute au stéthoscope de Pinard. Après quelques hésitations sur ce qu’on devait faire, Florian insiste pour qu’on aille se coucher ensemble. Il ne veut pas s’allonger sans moi, et au fond, repousse un peu le moment de réaliser qu’il ne va pas tarder à être papa. Après sa douche, il est exténué, on décide d’essayer de se reposer. Et pendant ce temps, les contractions continuent, peut-être un peu plus fortes. On s’endort vers 1h30. Moi pour seulement 30 ou 40 min car, ce n’est donc pas comme d’habitude, ces contractions sont plus fortes. Je patiente dans le lit, ne regardant pas toujours l’heure ou l’intervalle entre les contractions, rêvant à cette rencontre improbable et tellement proche maintenant.

 

Nous voilà à 4h30, je me suis levée à 4h. Je m’installe assise dans le canapé car les contractions sont plus douloureuses allongée. Je décide de commencer l’homéopathie. Je laisse Flo dormir et j’aimerais bien faire comme lui mais...

 

7h30


J’ai dormi 3 ou 4 fois 10 minutes entre les contractions. Cela m’a fait du bien. Je voudrais continuer mais je n’y parviens plus. Difficile de dormir assise... Je suis allée plusieurs fois voir Florian, je l’ai juste regardé dormir, une fois la tête enfouie sous les couvertures, une fois les bras sur ou sous sa tête... Il y a le temps. Je préfère qu’il se repose. Je ne saigne plus ce matin, bébé bouge toujours de temps en temps. J’ai préparé du café pour Flo, pour moi... Je ne sais pas trop si j’ai faim, mais quand même une désagréable sensation d’estomac creux. En dehors des contractions, qui m’oblige à respirer, je me sens bien et me demande encore si c’est pour aujourd’hui. Le jour va se lever, ce jour où...

La suite est racontée quelques jours plus tard, le 22/01/07

Vers 8h30, Flo se réveille, tranquillement. Je me recouche avec lui mais me relève pour « souffler » chaque contraction. Elles sont toujours espacées de 6 à 10 minutes environ, puis me blottit à nouveau dans la chaleur de son dos enroulé dans notre couette.

 

Il est temps de voir si le col s’ouvre. Vers 1h, puis 4h, je sentais la tête du bébé très basse mais pas le col, signe qu’il est encore postérieur. Mais à 8h45 la dilatation a évolué. Je pense que le col est plus centré et ouvert à 4 ou 5 cm. C’est donc bien pour aujourd’hui ! J’en fais part à Florian, puis fais passer le café et enfin appelle K. pour lui dire que le
travail a commencé. Elle s’organise pour faire garder son fils, puis arrive. Il est 8h55. Je vais ensuite prendre une douche qui fait du bien : de la chaleur sur mon ventre où je sens encore bien bouger ce bébé qui vient à nous.

 

J’ai un peu faim. Vers 9h30 je bois une tisane de feuilles de framboisier et mange une tartine de pain-grillé-beurre-confiture. A la contraction suivante, je le regrette presque, cela me porte au coeur et puis ça passe. J’essaie toujours de prendre l’homéopathie toutes les 15 minutes. Parfois j’oublie (mais je resterai accrochée à mes tubes jusqu’à la fin !).

 

K. arrive vers 10h30 après s’être un peu perdue ! Je suis maintenant sur le canapé, assise quand la mer est calme et à genou appuyée au dossier quand la vague monte. On écoute bébé... qui va bien mais je n’en ai jamais douté. Florian l’avait écouté aussi ce matin, toujours un petit rythme rapide. Vers 11h, elle m’examine : le col est à 9 cm. C’est super, génial ! « Tu vas bientôt accoucher » me dit-elle. On a du mal à réaliser. Florian se propose même quelques minutes plus tard d’aller faire des courses au marché, comme on l’avait prévu ... hier ! K. et moi rions, il ne doit pas avoir compris, là... Je vais vraiment bientôt accoucher.

 

Les contractions sont de plus en plus fortes mais elles progressent tranquillement, je ne sais pas leur rythme mais entre deux, nous pouvons discuter tous les trois . Quand une contraction arrive, je me referme pour mieux respirer, pour mieux m’ouvrir et ce petit bébé qui bouge toujours ses pieds là au fond de mon ventre.

 

Je me lève un peu pour marcher et aller faire pipi, je m’accroche au montant de la douche en me suspendant pour faire passer quelques contractions, puis revient vers le canapé. Je crois que c’est là que je vais accoucher, là où je l’ai toujours imaginé, là où tu as été conçu, petit bébé ?...

 

Vers 12h, je demande à K. de m’examiner : c’est toujours 9 cm mais la tête est descendue, c’est la poche qui retient un peu tout. Quelques CU plus tard, je ressens une poussée sur la fin des contractions. Puis tout s’enchaîne assez vite sans plus rien maîtriser, ni les contractions, ni les mots, ni les vêtements, ni les cris qui viennent du fond de mon corps, là où je n’avais jamais été. J’ai peur à ce moment et me retient de « je ne sais quoi ». C’est surtout que la sensation de brûlure est si forte qu’on n’ose plus accompagner la poussée. Et pourtant je ne suis pas la seule dans cette aventure, les contractions me poussent, le bébé pousse, Florian et K. me poussent vers mon destin, mon devoir, cette rencontre.

 

Les sensations sont incroyables, je m’entends crier que c’est « un truc de fou ». Puis je « passe de l’autre côté », m’ouvre un peu plus, là, accoudée sur le dossier du canapé. Je touche la tête de mon bébé qui arrive et décrie ma déception quand je la sens remonter. Mais « c’est bien pour le périnée », me dit K. Je l’avais oublié celui-là. Je ne contrôle pas la poussée, elle n’est pas technique mais instinctive, je souffle, crie, pousse encore. Quelques gouttes de sang rouge coulent, le périnée antérieur souffre et fait que K. me demande de me mettre sur le dos pour qu’elle puisse regarder.

 

Je me lève avec un peu de mal, j’ai l’impression d’uriner, non je perds les eaux, m’allonge, pousse encore ; K. hésite à couper, je lui demande de ne pas le faire. Encore une vague forte qui fait sortir la tête de bébé. Pour les épaules, je dois encore faire un effort, je remonte même les jambes un peu plus, sentant la difficulté qu’à K. pour m’aider. Et une sensation de glissade, et je vois mon bébé, là, tout entier, sorti de moi, puis sur mon ventre. Et là je n’ai pas les mots, je n’ai que les larmes pour dire ce sentiment débordant.

 

J’ai cru voir une fille mais n’en suis pas sûre, tellement on était persuadé que c’était un garçon. Mais c’est une fille, ce bébé qui bougeait tant, ce petit être est une fille ! Incroyable, cette double surprise. Florian coupe le cordon, m’embrasse, on ne sait pas dans quelle dimension on est. Je saigne un peu trop, les pertes se calment après une ampoule de Méthergin que m’injecte K. Je suis sur une autre planète, tremble de partout, de douleur du périnée qui brûle encore tellement. Je serre mon petit bébé.

 

Elle reste un moment sur moi, on prend les premières photos de notre fille qui n’a pas encore de prénom, si persuadés de nommer un garçon. La mise aux seins se fait très bien, on prend le temps de la regarder, elle est si belle. Être née en quelques poussée (peut être 5 ou 6, 10 minutes peut être ?), être arrivée au creux de notre nid, fait qu’elle est éveillée, calme ayant à peine fait un cri d’arrivée. On décide alors qu’elle est née à 12h20, le 20 janvier 2007. Puis quelques coups de téléphone, surtout mes parents, la conversation est courte, tout le monde pleure là-bas. Le temps n’a plus de minutes. Il est suspendu dans le moelleux de sentiments purs sans nom.

 

Après un long moment je vais me doucher avant que K. me suture une déchirure pendant que Florian prend notre bébé en peau à peau dans notre lit sous la couette où ils s’endorment tous les deux. Je les rejoins ensuite et on est là à trois, ces moments sont... magiques !

 

K. et Florian vont ensuite remettre tout en ordre, pendant que j’essaie de me reposer avant l’arrivée de mes parents, dans la soirée. Avant il y aura eu beaucoup de coups de téléphone, trop heureux d’annoncer la naissance de notre bébé, qui n’a pas encore de prénom, cela fait rire tout le monde.

 

A l’arrivée de mes parents qui ont traversé la France, beaucoup d’émotion, surtout Maxime comme lors de l’annonce de la grossesse, mon frère. Dans la soirée, Florian vient me voir et me dit que Naëlle, c’est beau. J’aime aussi. Alors ce sera Naëlle, notre fille.

 

J’ai encore aujourd’hui du mal à réaliser ce qui s’est passé tellement cela a été naturel pour nous. Cela a suivi tranquillement le cours des choses sans nous bousculer, sans craintes, ni remise en question. Nous devons beaucoup à K., et aussi en notre confiance en la vie, en nous, en notre bonne étoile, en Naëlle.

 

Céline Anne

cel.anne@wanadoo.fr

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Published by Sophie Gamelin-Lavois - dans Récits de naissances
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18 novembre 2010 4 18 /11 /novembre /2010 12:35

 

Malika a réussi à accoucher à l'hôpital comme elle le voulait : pas de péridurale, pas de perfusion, pas de syntocinon, pas d'épisiotomie.

 
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Lors de ma grossesse, j’ai « dégusté » tous ces récits de naissance et ils m’ont aidé à me préparer à cet accouchement naturel que je désirais tant, après deux naissances très médicalisées il y a plus de 10 ans. Avec le papa nous avons pratiqué l’haptonomie avec une sage-femme extraordinaire et le lien que nous avons construit avec notre bébé m’a beaucoup aidé lors de l’accouchement. Nous avions également assisté à deux conférences sur la douleur (Maïtie Trélaün) et les sons lors de l’accouchement, qui ont complété l’haptonomie, ainsi que de multiples lectures.

Lundi matin, je me lève après une nouvelle nuit à contracter… J’ai peu dormi et passé une partie de la nuit sur le canapé, après avoir englouti un gâteau de semoule (merci mon amour…) car ces épisodes m’affament !

Je n’ai pas particulièrement l’impression que c’est pour aujourd’hui car le scénario se répète maintenant depuis deux semaines !

Au petit-déjeuner, j’ai quelques contractions différentes, plus puissantes, qui me surprennent et m’arrêtent quelques secondes, mais elles sont anarchiques et peu rapprochées. On décide donc que mon homme peut partir travailler.

Je range la table, fait un tour sur l’ordi et les contractions se poursuivent sans régularité, mais différentes des autres fois. Je n’envisage même pas de me recoucher pour récupérer de la nuit.

Je commence à entreprendre de cuire la confiture de cerise mise à mariner la veille mais j’abandonne très vite, me rendant compte que cette fois, c’est probablement la bonne… Je n’y crois pas encore complètement !
Il faut que j’aille me laver et finir mon sac pour la maternité. Tout cela me prend pas mal de temps car à chaque contraction, je dois m’asseoir sur le rebord d’une chaise ou d’un lit et faire de grandes respirations abdominales. Je visualise mon bébé pour l’accompagner dans sa descente.

À 11h00, j’appelle mon homme pour lui dire de rentrer : je contracte toutes les 5 minutes depuis un moment et l’intensité augmente, m’obligeant à arrêter toute activité pour profiter du temps de repos entre chaque contraction. Il me tarde qu’il arrive et qu’on parte.

La partie la plus difficile de l’accouchement pour moi sera le trajet, pourtant court jusqu’à la maternité, car je suis obligée de sortir de ma bulle et j’ai du mal à « prendre » les contractions. Mon homme s’arrête à chacune pour que je puisse sortir de la voiture. Il y en aura 5, la dernière sur le parking de l’hôpital.

Il est 12h15, on entre en salle de naissance, la sage-femme nous accueille et me fait entrer dans la salle de pré-travail. Je n’ai qu’une envie, aller directement dans la salle nature et refaire ma bulle avec mon homme, mais Anne (la sage-femme) veut me faire un monitoring. Je sens qu’une contraction arrive, je m’assois sur le lit et entame mes respirations. Ça doit être impressionnant car Anne décide de m’examiner directement !

Elle me dit : « Vous avez bien travaillé, vous êtes à 8 ! ». Je sentais que j’étais bien avancée mais 8, c’est une bonne surprise ! Elle m’installe le monitoring assise et je prends encore quelques contractions avant qu’elle nous accompagne dans la salle d’accouchement physiologique.

Je suis bien ! Je peux faire ma bulle avec mon homme. Je m’installe assise au bord du grand matelas installé au sol. Il n’y a qu’une petite lumière, mon homme et moi. Je ne pourrai pas profiter de la baignoire de travail, Anne me dit que le bébé sera né avant qu’elle ne soit remplie !!! La sangle du monitoring me gène et Anne me le retire rapidement.

Puis je sens que ça ouvre dans mon bassin et la position assise ne convient plus. Je me lève et me suspend instinctivement aux bras de mon homme à chaque contraction, position que nous avions vue dans le livre de Maïtie Trélaün. Maintenant, les sons m’accompagnent à chaque contraction. Des « Ah » graves et puissants, mon homme m’accompagne.

Puis je fatigue sur les jambes et Anne me suggère de changer de position. Je me mets à 4 pattes en appui sur un ballon qu’elle me rapporte. Je suis bien, je peux me reposer entre chaque contraction et je profite vraiment de ce temps. Puis la sensation de poussée devient plus forte, je me concentre sur mon bébé et me répète de le laisser descendre, de m’ouvrir. Je continue les sons et Anne et mon homme m’aident pour que je reste dans les graves car j’ai tendance à aller vers les aigus et à fermer !

À nouveau, la position me fatigue, j’ai des fourmis dans les jambes. Anne me propose de me mettre sur le côté et cale ma jambe avec le ballon. Je sens mon bébé avancer, Anne m’encourage et me dit qu’il sera bientôt là. Elle ne cesse de me répéter : « C’est bien ce que vous faites, continuez. » en me souriant. C’est bon de la sentir, elle est entrée dans notre bulle.

Je continue les sons et Anne me suggère de souffler comme pour faire de la buée. Je lutte pour continuer à m’ouvrir devant cette sensation puissante et troublante mais presque agréable.

Le bébé avance à chaque contraction puis repart. Je sens avec ma main sa tête à travers la poche des eaux qui ne s’est toujours pas rompue. Soudain, ça brûle, sensation inquiétante, jusqu’où ça va aller ?

J’essaie de m’ouvrir malgré cette brûlure, mon homme et Anne m’encouragent, je sais que c’est l’affaire d’une ou deux contractions et j’ai hâte que mon bébé sorte, donc je le laisse faire…

Le voilà. Anne le laisse manœuvrer, mon homme le récupère. Il est « coiffé » : la poche des eaux ne se rompt que quand il est presque entièrement sorti. Moment inoubliable, j’abandonne toute sensation, toute douleur dans mon corps et regarde mon amour qui me présente Mano et le dépose sur mon ventre. Quelle émotion ! On le touche, le caresse, le découvre. On lui parle, l’accueille. Il trouve le sein.

Le placenta sort rapidement. Je n’ai pas de déchirure, quelques petites « éraillures ».

Anne s’éclipse et nous profitons pendant plus de 2 heures de ce moment à trois qui restera gravé dans nos mémoires…

Anne me nettoie sommairement et mon homme habille Mano qui a seulement été pesé (3,400 kg). Nous montons dans ma chambre et je n’en reviens pas d’y aller sur mes deux jambes ! Mon homme porte Mano et Anne pousse le petit berceau !

Nous profiterons ensuite à 3 de notre première nuit. Mon homme sur un lit d’appoint et Mano contre moi, calé par le coussin d’allaitement et la barrière du lit.

Je suis heureuse d’avoir vécu ce 3ème accouchement si naturellement, si simplement et même « animalement ». Mes 2 accouchements avec péri/perf/ocyto/épisio… sont loin : j’ai réussi !

Malika

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